IIelmholtz, Itevue des cours scientifiques, 1868, p
3. Th. Young (1773-1829), médecin anglais, philologue, et surtout physicien de génie.
FONCTIONS SENSORIELLES
L’une répond vivement à l’excitation du rouge et peu à celles du vert et du violet; la seconde répond très vivement à l’excitation du vert, et peu à celles du rouge et du violet; enfin la troisième entre vivement en jeu sous l’influence des rayons violets et très faiblement sous celles des rouges et des verts. Le mélange de ces trois excitations dans des proportions différentes faitnaître la sensation de toutes les autres couleurs du spectre. La figure 219 traduit, sous une forme graphique, l’hypothèsp de Yoijng-Helmholtz : les
Fig. 219. — Courbe représentant l'irritabilité des trois espèces de fibres rétiniennes
(Hypothèse de Th. Yoong).
couleurs spectrales y sont disposées par ordre, depuis le rouge R jusqu’au violet V ; les trois courbes superposées représentent l’irritabilité des trois ordres de fibres, la courbe 1 pour les fibres du rouge, la courbe 2 pour celles du vert, et la courbe 3 pour celles du violet.
Cette théorie paraît bien rendre compte de plusieurs des particularités qu’on observe dans l’excitabilité de la rétine par les couleurs. Elle explique ce qu’on appelle l’impression d’une couleur saturée. On dit qu’une couleur est saturée lorsqu’elle est aussi pxire que possible, c’est-à-dire sans mélange d'aucun des autres éléments de la lumière colorée. Traduisant cette
SENS DE LA VUE
proposition dans l’hypothèse de Th. Yoüng, nous dirions que, par exemple, nous avons la sensation du rouge saturé lorsque la fibre élémentaire, l’organe terminal élémentaire qui correspond à l’excitation du rouge, entre absolument seul en activité. Or, si la théorie est vraie, nous ne devrions jamais avoir la sensation d’une couleur saturée, puisque, d'après cette hypothèse, SI a umièi e rouge excite énergiquement Téléiiient qui correspond au rouge, elle excite aussi, quoique à un bien plus faible degré, ceux qui correspondent au vert et au violet. Toute lumière rouge, produisant l’excitation du rouge, devra donc être mêlée Toujours d’une quantité, infiniment petite, il est vrai, de vert et de violet. — C'est ce qui a lieu en effet. Un artifice expérimental ingénieux permet d’isoler le rouge maximum, que nous avons pris pour exemple, de toute trace des deux autres couleurs ; il suffit pour cela d émousser la sensibilité de l’œil pour ces deux dernières, c'est-à-dire de fatiguer, de rendre inexcitables les éléments rétiniens du vert et du violet; alors la lumière rouge ne mettra en action que le seul élément rétinien du rouge, et nous aurons la perception du rouge saturé. Si donc nous fatiguons une partie de la rétine par une longue contemplation du vert bleuâtre du spectre, et que nous rendions ainsi cette partie de l’œil aveugle à la fois pour le vert et pour le violet, lorsque nous porterons immédiatement ensuite le regard sur un rouge spectral aussi pur que possible, la portion de ce rouge qui viendra impressionner la partie précédemment fatiguée de a rétine nous paraîtra d’un rouge saturé intense, d’un rouge plus pur que le reste du rouge spectral qui l’environne, et qui est pourtant le rouge le plus pur que le monde extérieur puisse nous offrir.
Nous aurons à revenir plus loin sur les diverses expériences de ce genre dans lesquelles sont mis en jeu la fatigue, l’épuisement de l’excitabilité de la rétine pour certaines parties du spectre. Indiquons seulement ici ce fait que, si une partie de la rétine est fatiguée pour une couleur, pour le rouo'e par exemple, lorsque sur cette partie viendra se peindre une image blanche,' la, rétine ne donnera pas lieu à une impression de lumière blanche, mais bien à une impression de lumière d’un vert violet, puisque dans le blanc composé de rouge, de vert et de violet, elle ne sera plus excitée par lé rouge, mais seulement par le vert et le violet; en un mot, dans le cas de vision de la lumière blanche, la rétine ne sera excitée que par la couleur complémentaire de celle pour laquelle elle est fatiguée.
La théorie de Th. Yoüxg a paru propre également à°expliquer les anomalies connues sous le nom A’achromatopsies '. Chez quelques personnes la retiae n est sensible qu’à deux ou qu’à une des trois couleurs élémentaires [achromatopsie partielle). Parmi les nombreuses formes de cécité des couleurs étudiées par les ophtalmologistes, le cas le plus fréquent est celui d achromatopsie pour le rouge ou anérylhrohlepsie^. Chez ces sujets.
1. On confond trop souvent l’achromatopsie avec un autre Iroiibl,» d<» la r.a,.
ception des couleurs, \adyschromalopsie, qm consiste proprement ence qu’ mroii plusieurs ou toutes les couleurs ne sont point dislino-uées hvpp lüi " médiocre et ne sont reconnues qu’à une lumière très vîve éclairage
2. L’achromatopsie pour le rouge est dite encore daltonisme, du nom de Dai
, ° célèbre par ses décoin^Stes dan,'
es sciences physiques, et par 1 étude qu’il fut le premier à fair- de cette «in hère infirmité de la vision dont il était atteint. ' " ^ singu-
Gley. — Physiologie.
FONCTIONS SENSORIELLES
la lumière rouge est comme si elle n'existait pas; par suite, toutes lesclifl'èrences de couleurs paraissent, pour les couleurs de peinture, les dili'érences de jaune et de bleu; pour les couleurs du spectre, les différences de vert et de violet : « Les ffeurs rouge écarlate du géranium leur paraissent du même ton que les feuilles de cette plante; ils ne peuvent distinguer entre elles les lanternes rouges et vertes qui servent de signaux sur les chemins de 1er; le rouge écarlate très saturé leur parait pres(iue noir, à tel point qu’un prêtre écossais, affccLé d'anérylhroblepsie, se choisit un jour par mégarde du drap rouge écarlate pour une soutane » (IIelmuoi.tz). On explique ces phénomènes dans lathéorie deTu.YoüNC, en admettant que, puisqu’il y a dans le nerf optique, ou dans scs éléments terminaux, des fibres sensibles au violet, d’autres au rouge, d’autres au vert, il suffit ([ue l'une de ces espèces de fibres manque pour que le sujet soit condamné fatalement à ignorer la couleur correspondante.
Tout intéressantes que sont ces e.xplications, elles ne doivent pas faire oublier la nature hypothétique de la théorie à laquelle elles se réfèrent. Cette théorie, en effet, n’a aucun fondement anatomique. D'autre part, au point de vue physiologique, elle est en contradiction avec ce fait que l'œil, sensible à toutes les couleurs dans sa partie centrale, y devient insensible dans ses parties périphériques. Enfin V achromatopsie est incompréhensible dans cette hypothèse ; sans doute les sujets atteints de cécité totale des couleurs, et qui ne distinguent que les degrés de clair et d’obscur, voyant les objets tels que les représente la photographie, sont extrêmement rares, mais enfin il en a été observé; dès lors, comment serait-il possible de considérer le blanc, que voit une rétine absolument insensible aux couleurs, comme le résultat de trois sensations chromatiques fondamentales?
Une autre théorie a été proposée pour expliqueras sensations de couleurs, c’est celle de Hering (1872-1874). 11 y aurait dans la rétine trois substances différentes, de la formation ou de la décomposition desquelles résulteraient les sensations chromatiques. L’une de ces substances se détruit sous l’action de la lumière blanche; à ce processus chimique de composition correspond donc la sensation de blanc, et au processus inverse, c’est-à-dire à la formation de cette substance, correspond la sensation de noir. La formation des deux autres substances donnerait le vert ou bleu, et leur destruction le rouge ou le jaune. — La théorie de Hering n’est pas moins hypothétique que celte de Young-Helmiioi-tz.
3“ Sensibilité visuelle. — Outre les sensibilités lumineuse et chromatique, il existe une troisième fonction rétinienne élémentaire.
Quand on éclaire un point avec le minimum de lumière qui puisse assurer la vision, on aperçoit ce point sous la forme d’une tache diffuse, plus large que l’objet, à bords indistincts, confusément
SENS DE LA VUE
Eclairés; c est seulement avec un éclairement plus intense qu’on
perçoit 1 objet avec netteté et avec sa forme (expérience de A. l.üaul'ENTIEU, 1880).
H lésulte de là que, dans la vision d’un objet, il y a deux pliases distinctes, celle de la perception brute et celle de la perception nette ou perception visuelle proprement dite. A ce dernier mode de sensibilité, A. CiiARPEMiEa'a donné le nom de sensibilité visuelle. Et l’on pourrait qualifier de minimum visuel la plus petite quantité de lumière qui doit éclairer deux points lumineux pour les rendre distincts l’un de l’autre.
Outre l’expérience fondamentale qui vient d’être indiquée et (jui permet de di'fiérencier cette forme de sensibilité, voici d’autres faits par lesquels se complète cette ditférenciation : le repos de l’œil (maintien de l’œil à l’obscurité) exalte la sensibilité lumineuse, mais
ne modifie pas la visuelle, pas plus d’ailleurs que la chromatique;
la sensibilité lumineuse ne varie pas avec les couleurs, tandis qu’il fautd autant plus de lumière, pour l’exercice delà sensibilité visuelle, que l’on opère avec des couleurs plus éloignées du rouge, plus rapprochées du bleu violet; — la sensibilité chromatique décroît 1 1 gulièrement du centre à la périphérie de la rétine, la visuelle aussi, mais beaucoup plus vite.
Ainsi la sensibilité visuelle varie indépendamment des deux autres formes de la sensibilité rétinienne ; elle en est distincte.
Faut-il, de tous ces faits, conclure qu’il existe trois ordres d’éléments rétiniens, différemment excitables, ou trois processus visuels distincts? Comment rendre compte de ces trois opérations physiologiques ? 11 ne paraît pas y avoir à ce sujet de théorie satisfaisante, On a vu en particulier, en ce qui concerne la vision des couleurs, quelle part d’hypothèse comprennent les théories émises pour en rendre compte.
c. Acuité VISUELLE. — Champ visuel. — L’acuité visuelle est le pouvoir de la rétine de distinguer deux points lumineux et, d’une façon plus générale, de distinguer les objets. Elle peut se mesurer par la distance la plus grande à laquelle on distingue nettement les objets. Comme on ne voit nettement qu’avec la macula, l’acuité visuelle est l’expression de la vision centrale ou directe.
Mais nous voyons aussi les objets qui nous entourent avec les autres parties de la rétine. C'qsI Isl yision périphérique ou indirecte et celle-ci nous donne donc l’ensemble des points de l’espace qui font impression sur la rétine, l’œil étant immobile. Tout cet espace embrassé par l’œil, c’est le champ visuel.
d. Adaptation uÉTixiENNE. — C’est un phénomène qui s’applique ’ surtout à la sensibilité lumineuse.
Quand on passe du grand jourà une obscurité relative, on ne voit d’abord rien, c’est un fait d’observation vulgaire ; au bout de quelques minutes, l’œil recouvre peu à peu sa sensibilité, et on finit par distinguer les objets. Inversement, lorsque, au sortir d’un endroit obscur, on passe dans un endroit éclairé, l’éblouissement que l’on éprouve montre bien que la sensibilité de l’œil est d’abord exaltée ; puis cette exaltation diminue, et on arrive à regarder sans fatigue les mêmes objets dont le vif éclairement était intolérable.
Ainsi l’excitabilité de la retine s’accroît ou s’émousse sous l’influence de l’obscurité ou de la lumière. L’influence du repos de l’œil, dans l’obscurité, sur la sensibilité lumineuse, pour l’augmenter, peut s’expliquer par le fait de la présence, dans cet œil, d’un excès d’érythropsine ; on sait, en effet, que la lumière décolore cette substance qui se régénère dans l’obscurité. Quoi qu’il en soit, l’appareil rétinien a la faculté de s’adapter à l’éclairage ambiant. C’est là ce que l’on appelle l'adaptation lumine^ise, bien décrite d'abord par H. Aubert, puis par A. Charpentier, et qui est tout à fait distincte de l’adaptation dioptrique ou accommodation du système réfringent de l’œil aux distances des objets. En dehors de son intérêt propre, ce phénomène constitue un exemple remarquable d’un fait bien connu de physiologie générable, la capacité du système nerveux à s’adapter aux conditions extérieures, c’est-à-dire à se protéger et à maintenir la possibilité de son fonctionnement par une variation de son activité, inverse de la variation du milieu.
e. Inertie rétinienne. — Tout appareil organique présente un degré d’inertie que l’excitation appliquée à cet appareil doit vaincre pour que se produise la réaction. C’est ce que l’on observe lors de l’excitation d’un nerf quelconque. Du reste, la lumière blanche ou colorée n’agit pas immédiatement sur la rétine.
Si on présente à l’œil une très faible -lumière dont on augmente graduellement l’intensité, il vient un moment où, pour un minimum donné, la sensation lumineuse se produit. Mais, si on affaiblit alors lentement la lumière pour laquelle cette sensation avait pris naissance, on constate qu’elle est encore perçue, quoiqu’elle ait perdu beaucoup dé son intensité. On en conclut qu’il y a eu dans la production de la sensation lumineuse perte de lumière et que la quantité perdue a été employée à l’ébranlement de l’appareil visuel ; l’inertie de ce dernier a ainsi été vaincue.
Cette inertie varie suivant la couleur de la lumière employée comme excitant; elle est plus grande pour les rayons plus réfran- ’ gibles. Sa valeur augmente donc dans le même sens que la réfrangibilité de la couleur excitatrice.
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Ces observations ont montré que la rétine ne se comporte pas autrement que les autres appareils nerveux. On sait que l’on entend un son qui s éloigne de l’oreille à une plus grande distance qu’un son qui s’en rapproche ; en d’autres termes, qu’il faut, pour provoquer la sensation auditive, une excitation plus intense que celle qui suffit à 1 entretenir, une lois qu’elle a pris naissance. De môme, 1 excitation électrique sentie par la peau peut être graduellement diminuée, sans cesser d’être sentie.
La perte d énergie employée à vaincre l’inertie rétinienne correspond à une perte de temps que l’on détermine ; c’est le retard de la sensation sur 1 excitation qui l’a provoquée.
2° Caractères des sensations.
11 est souvent difficile de faire ici la part de ce qui revient à la rétine et de ce qui revient au fonctionnement de l’appareil central, c’est-à-dire des centres nerveux visuels.
Intensité de la sensation. — La sensation lumineuse ou chromatique est plus ou moins intense suivant l’intensité de l’éclairement. ÎSous verrons plus tard quel est le rapport que l’on peut établir entre 1 intensité de l’excitation et celle de la sensation.
Temps perdu de la sensation, — La sensation se produit presque tout de suite après l’excitation ; la période d'excitation latente, c’est-àdire l’intervalle de temps entre le moment de l’excitation et celui de la réaction, est extrêmement courte.
Persistance des impressions rétiniennes. — Quand la rétine a été excitée, l’impression ne disparaît pas immédiatement; elle persiste quelque temps après que l’objet lumineux a cessé d’agir. Cette durée a été évaluée à 1/30-1/50 de seconde. 11 suit de là que, si des impressions lumineuses très courtes se succèdent rapidement, elles finissent par se confondre en une impression continue.
Tout le monde sait qu’un charbon ardent agité vivement devant les yeux produit l’effet d’un ruban ou d’un cercle de feu, parce que l'impression qu’il a produite en passant devant un point de la rétine persiste encore lorsqu’il y revient après une révolution, et qu’ainsi ces impressions successives se continuent les unes avec les autres de manière à paraître ininterrompues. De même, lorsqu’une fusée est lancée dans les airs, elle paraît conduire à sa suite une longue traînée de feu ; lorsqu’une voiture se meut avec une grande rapidité, les rais qui réunissent la circonférence des roues avec les moyeux disparaissent ; lorsque les cordes vibrantes résonnent, elles paraissent amplifiées à leur partie moyenne et si, sur une telle corde on marque un point en blanc, ce point ressemble à une ligne.
C’est sur ce fait de la persistance des images rétiniennes qu'est fondé l’emploi des disques rotatifs pour l’élude du mélange des couleurs. Suppo-
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sons d’abord un disque divisé en secteurs blancs et noirs alternativement disposés; si l’on fait tourner le disque pendant- qu’on le regarde, le» parties rétiniennes qui, un instant auparavant, se couvraient avec les secteurs noirs et qui par conséquent n’étaient pas excitées, sont bientôt, par le fait de la rotation, excitées par les secteurs blancs, et vice versa. Si la vitesse de rotation est assez grande pour ijue deux excitations successives produites par deux secteurs blancs (séparés par un noir) soient telles que la seconde ait lieu alors que la première persiste encore, on aura l’impression d'une excitation continue, mais plus faible que s’il n’y
avait pas eu interposition d’un secteur noir, c’est-à-dire que le disque ne paraîtra plus divisé en parties blanches et noires, mais bien uniformément teinté d’un mélange de blanc et de noir; il sera vu uniformément gris. De même, quand on fait tourner des disques qui portent des secteurs différemment colorés,, si la vitesse de la rotation est suffisante, les impressions produites par les différentes couleurs sur la rétine éveillent une impression unique, celle de la couleur mixte. Ainsi, quand on dispose sur le disque des secteurs colorés correspondant aux principales couleurs du spectre, comme dans la figure 2:20, la sensation résultante est celle de la lumière blanche.
C’est également sur le fait de la persistance des images rétiniennes qu’est fondée la construction de divers appareils, tels que le phénakisticope de Pl.\.te.\u ; cet appareil consiste essentiellement en un disque sur la périphérie duquel on a peint un animal quelconque aux différents moments de la course ou du saut; on fait tourner le disque avec une vitesse suffisante, et l’animal paraît courir ou sauter. — Sur ce principe aussi a été construit le cinématographe, appareil qui permet de faire passer rapidement sous les yeux une série de photographies prises à de très courts intervalles.
Imarjes consécutives, positives et négatives. Fatigue de la rétine. — Otte persistance des images se constate alors môme qu’on terme les yeux ou qu’on porte le regard sur un fond obscur ; l’excitation continuant un certain temps dans la rétine, nous voyons encore l’objet éclairé qui a produit cette e.xcitalion. C’est là ce qu’on a appelé les images consécutives; le type le plus frappant en est donné par l’expérience suivante :
Après avoir regardé un instant le soleil ou une flamme très brillante, on ferme les yeux qu’on recouvre des deux mains, et alors on continue à voir pendant un court espace de temps une image brillante du soleil. Oa
Kig. 2i’0. — Disque rotatif de Newton pour le mélange des couleurs.
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obtient le mf^me résultat avec des objets moins lumineux, à condition de laisser d abord 1 œil quelque temps dans l’obscurité, et de regarder ensuite momentanément 1 objet lumineux. L’image persistante présente encore tiès nettement les divers détails de l’objet; bien plus, elle permet parfois de leconnaître, par le fait de sa longue persistance, certains détails qu'on n avait pas eu le tenq)s de remarquer lors de l’impression très courte faite par l'objet lui-méme.
Ces images persistantes ou consécutives, qui se produisent aussitôt après 1 impression, ([ui ne sont que cette impression continuée, et qui se peignent par des parties lumineuses correspondant aux parties lumineuses de l’objet, sont dites images positives. Mais bientôt cette image positive ]>àlit peu à peu, puis est remplacée par une image consécutive dite négative, c’est-à-dire dans laquelle les parties précédemment lumineuses sont vues en noir, tandis que les parties noires sont vues en blanc ; en d’autres termes, cette nouvelle image est à la piemière ce qu un cliché négatif de photographie est à une épreuve photographique.
^ L’exphcation des images consécutives négatives n’est pas difficile, si Ion tient compte delà fatigue des éléments rétiniens (ou des éléments du nerf optique, ou môme des éléments centraux), c’est-à-dire de ce que, après l’action de la lumière sur ces éléments, il y a d’abord en eux persistance de l’excitation (image consécutive positive), puis diminution de l’e.xcitabilité. On sait que cette diminution d’excitabilité après une excitation se constate pour tous les nerfs, moteurs ou sensitifs, et c’est elle qu on désigne sous le nom de fatigue ; dans tous les appareils nerveux ou autres, elle doit être rapportée à l’usure de certains éléments chimiques, à la présence desquels est due la sensibilité de l’organe (pour la rétine en particulier, on peut penser que l'un de ces éléments chimiques est le rouge rétinien). Partant de ces données sur la fatigue des éléments sensitifs, d faut, pour expliquer les images négatives, considérer successivement les deux cas où elles peuvent se produire :
1® L’image négative se produit surtout nettement lorsque, au moment où l’image positive observée les yeux fermés va disparaitre, on ouvre les yeux et dirige le regard sur une surface uniformément claire ou môme simplement si. écartant les mains qui couvrent les yeux, on laisse pénétrer flans ceux-ci, à travers les paupières, une faible quantité de lumière. 11 y a donc alors dans tous ces cas une lumière uniforme qui vient agir sur toute la rétine ; c est ce qu on appelle la lumière réagissante. Or, tandis que la lumière réagissante excite les parties non fatiguées de la rétine, elle est impuissante à faire naître une excitation dans les parties fatiguées : celles-ci se manifesteront donc dans le champ visuel par des places obscures; c’est pourquoi si, après avoir regardé le soleil, et alors que son image consécutive positive a disparu, on regarde la voûte céleste uniformément claire, on croit voir dans le ciel une tache (image négative du soleil) qui accompagne partout le regard. "
•jiû
2» Mais on observe aussi les images consécutives négatives dans le champ visuel complètement obscur, les yeux fermés et recouverts des mains, et en apparence en l’absence de toute lumière réagissante. C’est que, dans ce cas, s’il n’y a pas de lumière réagissante venant de l’extérieur, il n’en existe pas moins une lumière réagissante pour ainsi dire intérieure. En effet l’appareil sensitif du nerf optique n’est jamais dans un repos absolu, mais il est soumis, par le fait même de sa circulation et de sa nutrition, à des causes d’excitation propre qui y font naître une impression lumineuse constante plus ou moins intense. Lorsqu'une partie de la rétine a été épuisée par une forte excitation extérieure, cette partie devient moins sensible à la lumière propre, c’est-à-dire que celle-ci joue alors le rôle de lumière réagissante et qu’en définitive les conditions des images négatives dans le champ visuel dit obscur se trouvent ainsi identiques à celles de leur production dans le champ visuel uniformément clair; il n’y a de particulier que l’origine de la lumière réagissante, qui est d’origine extérieure dans un cas, d’origine intérieure dans l’autre, ün peut, du reste, et c’est là une expérience très démonstrative, emprunter à n’importe quelle source d’excitations artificielles (phosphènes, électricité) la lumière réagissante nécessaire pour développer les images consécutives négatives: ainsi, lorsque, après avoir fait naître dans l’œil une image négative, on fait traverser l’œil et le nerf optique par un courant électrique ascendant, ce qui produit l’éclairement bleuâtre du champ visuel, on voit l’intensité de l’image négative augmenter considérablement.
Images consécutives colorées et contrastes des couleurs. — Au moment où les images consécutives passent du positif au négatif, elles présentent des alternances de phases colorées dans leurs parties primitivement claires, c’est-à-dire que les parties blanches passent successivement par un bleu verdâtre à 1 indigo, puis au violet, à l’orangé et finalement au vert jaunâtre.
On a rendu compte de ces phénomènes en admettant que, pour les fibres qui reçoivent l’impression de chacune des couleurs fondamentales, les périodes d’excitation persistante et d’épuisement ou fatigue consécutive, c’est-à-dire, en un mot, les difl’érentes périodes des images consécutives (positive et négative) ont des durées différentes : ainsi une partie excitée par le blanc, c’est-à-dire par du rouge, du vert et du violet, présentera d’abord une image persistante positive blanche; puis la persistance de l’excitation sur la fibre rouge cessant plus vite que sur les deux autres fibres, l’image positive perdra son élément rouge, c’est-à-dire passera au vert bleuâtre, etc. Mais l’arrivée d’une lumière réagissante pourra modifiei l’aspect ouïe marquer davantage. Si, pendant la présence de 1 image acci- (lenielle, dit Helmholtz, on laisse pénétrer peu à peu de la lumière réagissante, en écartant doucement les mains dont on a recouvert les yeux, on voit cette image accidentelle passer à des phases plus avancées de son développement chromatique ; elle revient au contraire à des phases moins avancées, lorsqu’on aü’aiblit la lumière réagissante. Si on laisse pénétrer
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la lumière au moment où les parties claires de l’image sont bleues, on les voit devenir jaunes; si l’on recouvre alors les yeux, on retrouve le bleu.
C’est qu’en effet ce que nous avons dit pour les images consécutives des corps simplement lumineux se reproduit, avec une modification facile à comprendre, pour les objets colorés. Si l’on regarde un objet rouge, puis qu’on ferme les yeux, on continue, par le fait de la persistance de l’excitation, à voir l’objet avec sa couleur rouge ; c’est ici l'image consécutive positive, dite dans ce cas homockroïque (de même couleur que l’objet) ; mais, dès que cette image disparaît et est remplacée par une négative, cette dernière prend la couleur complémentaire, c’est-à-dire que, dans l’exemple choisi, elle est vue verte ou d'un bleu verdâtre. Pour obtenir ce résultat, il faut que la lumière réagissante, qui développe le négatif, soit assez intense ; il faut, par exemple, après avoir regardé un objet coloré, porter le regard sur le papier blanc ou gris clair : si donc on a regardé du papier rouge, l’image consécutive négative obtenue en fixant du papier gris sera d’un bleu verdâtre. Du papier rose, au contraire, donnera une image négative complètement verte; du vert en donnera une rosée, du bleu une jaune, et du jaune une bleue. La rétine (ou le nerf optique) peut donc éprouver une fatigue partielle pour les couleurs ; si, par exemple, d’après l'hypothèse de Tu. Young, les fibres sensibles au vert ont subi une grande excitation et une grande fatigue en présence d’une lumière verte, lorsque cette même partie de la rétine reçoit ensuite de la lumière blanche, l'impression du vert est affaiblie ou supprimée, et celles du rouge et du violet sont vives et dominantes ; leur somme donne alors l’impression du pourpre, qui en se mélangeant avec le blanc invariable du fond produit la couleur rose. Il va presque sans dire que, si l’on emploie comme lumière réagissante non de la lumière blanche, mais delà lumière colorée, l’image négative aura une couleur mixte, résultante de la couleur du fond et de la couleur que doit avoir Timago négative d’après la nature des fibres précédemment épuisées par l’impression directe.
Tous ces faits relatifs au.x images consécutives colorées et négatives (non homochro’fques) constituent ce que Chevreul a appelé des contrastes successifs; ce sont des phénomènes grâce auxquels une partie de la rétine, selon qu’elle vient d’être fatiguée par l’impression d'une couleur, est par elle-même plus ou moins apte à être excitée par une autre couleur.
Si l’on a regardé une surface rouge, puis qu’on regarde une surface bleu vert, les fibres du rouge étant fatiguées par la première impression, il n’y a que les fibres du vert et du violet qui entrent fortement en action, et alors le bleu vert est vu avec une netteté, une saturation toute particulière; on dit alors que ce bleu vert est vu plus fortement par un effet de contraste, ce qui revient à dire que l’impression du bleu vert objectif est comme renforcée par l’image accidentelle négative du rouge, puisque cette image négative est justement complémentaire du rouge, c’est-à-dire formée de vert et de violet.
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A côté des contrastes successifs, se placent les contrastes simultanés. Ce sont ceux qui résultent de l’influence réciproque qu’exercent l’une sur l’autre des couleurs différentes vues simultanément dans le champ visuel.
Les expériences très simples de Chevreul ont montré que, en plaçant successivement sur des champs de couleur ditTérente une étroite bande de papier gris, on voit changer la teinte de ce papier suivant la couleur du fond. C’est ainsi que sur fond rouge le gris paraît verdâtre ; sur un fond jaune, violet ; sur un fond vert, rouge, etc.
Phénomènes d'irradiation. — Un objet très lumineux, placé sur un fond noir, nous paraît toujours plus grand qu’il n’est en réalité; au contraire, un objet noir ou peu éclairé, placé sur un fond très lumineux, nous paraît plus petit qu’il n’est. On admet, pour expliquer ce fait, que les parties très lumineuses ébranlent non seulementles points de la rétine où elles viennent se peindre, mais encore les points les plus voisins, de façon à empiéter sur les images des parties moins éclairées : aussi a-t-on désigné ce phénomène sous le nom d'irradiation.
C’est ainsi qu’un triangle blanc, placé sur un fond noir, nous paraît plus grand qu’il n’est, et de plus ne se présente pas avec des bords J’ectilignes, mais comme limité par des lignes courbes, avec des bords convexes, en un mot ; un triangle noir, sur un fond blanc, nous paraîtra, au contraire, plus petit et avec des bords concaves. Dans la figure 221, le carré blanc
[•'ig. 2iM. — Expérience d'irradialion rétinienne.
sur fond noir paraît plus grand que le noir sur blanc, quoique les deux carrés aient exactement les mêmes dimensions. Une surface partagée en lignes également épaisses et alternativement blanches et noires nous paraîtra cependant contenir plus de blanc que de noir, les lignes blanches paraissant plus larges que les autres; c’est pour cela que les monuments gothiques, noircis par le temps, se projetant sur un ciel brillant, nous paraissent plus légers, plus élancés que les monuments récents de pierres blanches.
Extériorité et localisation des sensations. — Nous situons les impressions rétiniennes en dehors de nous, dans la direction du
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rayon visuel. L’image ainsi extériorisée se localise dans le point de 1 espace déterminé par les lignes de direction des deux yeux.
Ce sentiment d’extériorité est acquis par l’exercice et par l’habitude. On en a une preuve dans les observations faites sur les enfants. Dans les premiers temps que ceux-ci commencent à l'egarder, ils croient que tous les objets qu ils aperçoivent sont à leur portée et cherchent à les saisir avec la mam. L'aveugle-né, opéré par Cheselden L s’imaginait de même, dans les premiers temps qui suivirent l’opération, que les objets qu’il voyait touchaient ses yeux. On a constaté d’ailleurs sur d’autres aveugles-nés que ce n’est qu’après avoir tàté à plusieurs reprises tel outel objet usuel, couteau, cuillère, dé à coudre, etc., qu’ils le reconnaissent à la vue ; il leur faut pour cela une éducation de plusieurs jours. L’e.xercice apprend donc peu à peu 5. extérioriser et à localiser les impressions rétiniennes.
V ision droite. Nous voyons les objets droits et dans leur position normale, quoique sur la rétine les images soient renversées. Nous voyons les objets droits et non renversés, parce que notre esprit transporte à l’extérieur toutes les impressions qui se font sur la rétine, et en transporte tous les points dans la direction que les rayons lumineux ont suivie, en venant agir sur telle ou telle partie de la membrane sensible ; en d’autres termes, à chaque partie du champ rétinien correspond une partie du champ visuel extérieur, et ces deux champs sont liés si nécessairement l’un à l’autre que tout ce qui se passe dans le premier est reporté au second dans la place qu’il doit y occuper. Ainsi, quand nous regardons un objet au point de fatiguer la rétine et d’y faire persister l’image, alors même que nous fermons les yeux, cette image continue à être vue droite et non renversée. On ne saurait dire s’il y a là un effet de Vhahitudeei de Véducation des sens, car on rapporte des cas d’aveugles de naissance qui, au moment où la vue leur fut rendue, virent aussitôt les objets droits et non renversés. 11 importe d’ailleurs de remarquer que « nous ne connaissons pas plus l’image rétinienne que nous ne connaissons les muscles qui entrent dans un mouvement donné ; nous connaissons uniquement des sensations qui sont en relation de coexistence et de succession avec d’autres sensations soit de même nature, soit de nature différente, et, à ce point de vue, on pourrait dire avec IIelmiioltz qu’il n’y a pas lieu de poser la question de la vue droite avec les images renversées. Nos perceptions en effet no sont pas des images des objets, mais des actions des objets sur nos organes ; elles ne sont pas objectives, mais subjectives ^ ».
^ •'«'"’eiigle de Cheselden a été très bien exposée par H. Taine
De l inlelUgence, t. II, ch. ii. — W. Cheselden (1688-1752), un des cliirurgiens et anatomistes anglais les plus célèlires du .xvm® siècle.
éléments de plu/siologie, t. II, p. 564, 3» édition.
FONCTIONS SENSORIELLES
Vision avec les deux rjeux. — iNoiis regardons non pas avec un seul œil, mais avec les deux yeux, II faut donc se demander comment il se fait qu’un point qui, produisant son image dans les deux yeux, donne lieu à deux impressions rétiniennes, ne détei mine qu’une seule impression dans les organes nerveux centraux, sur le cerveau. C’est qu’en réalité ce point vient se peindre sur deux points similaires des deux rétines. On appelle horoptre ou horoptère l’ensemlde des points du champ visuel qui forment leur image sur des points correspondants de la rétine *.
(’haque fois que les deux images se font en des points non identiques, qu’il y a défaut de symétrie entre les points ébranlés dans chaque rétine, on observe de la diplopie Celle-ci est homonyme ou croisée, suivant que les deux images vues, à droite et à gauche, correspondent chacune à l’œil du même côté ou au contraire à l’œil du côté opposé. Les objets qui ne se trouvent pas dans l’horoptère sont vus doubles. La formation des images doubles doit donc être fréquente, car l’horoptère est limité; seulement nous ne remarquons pas cette diplopie, parce que nous avons acquis l’habitude de ne regarder attentivement que le point fixé et aussi en raison des mouvements continuels des yeux. On remarque la diplopie, quand l’image d’un objet se fait sur la tache jaune dans un œil et dans l’autre œil en dehors de la tache jaune ; c’est ce qui arrive dans les cas de paralysie ou de contracture d’un muscle de l’œil {strabisme).
La perception du relief est due surtout à la vision binoculaire. C’est une question que nous allons retrouver tout à l’heure.
Notions principales fournies par les sensations visuelles. — Ces sensations cqnstituent les éléments des jugements par lesquels nous apprécions la distance des objets que nous voyons, ainsi que leurs dimensions et leurs déplacements. Ce sont là les principales notions fournies par la vision.
On distingue la vision directe, qui se fait avec la fovea centralis, de la vision indirecte, qui se fait avec le reste de la rétine. Celle-ci est très défectueuse. Si on fixe une lettre d’imprimerie de grandeur moyenne, on distingue à peine cinq à six lettres dans les diverses directions. « Et cependant la vision indirecte est de la plus haute importance ; elle sert à l’orientation, tandis que la vision directe sert à voir. A l’aide de la vision indirecte, nous remarquons la présence de quelque chose, surtout d’un mouvement insolite, et vite nous y
1. On a justement remarque que le fait que nous voyons simples les objets, bien que chaque point lumUieux donne lieu à deux impressions (une sur chaque rétine), n’est pas plus extraordinaire que cet autre, à savoir que nous n avons pas la sensation de doux objets similaires, quand nous en tâtons un des deux mains.