PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE, CELLULAIRE ET SPÉCIALE
abstractive et non plus partitive. Ainsi, la « chimie générale » ne consiste pas dans l’étude des corps simples, dont l’extension matérielle est universelle, opposée à celle des corps composés, mais constitue cette partie de la chimie qui traite « des lois supérieures régissant les actions moléculaires des corps les uns sur les autres, quels qu’ils soient, et les modes de composition qui en résultent pour chacun d’eux ‘ >>. De même, la physiologie générale doit rechercher les lois supérieures qui s’appliquent aux diverses fonctions particulières, en quelque tissu ou organe que ces fonctions s’accomplissent. Comme toutes les lois naturelles, ces grandes lois de la physiologie consistent en des rapports établis entre plusieurs faits ou plusieurs ordres de faits. Ceux-ci peuvent être relatifs au fonctionnement des organes aussi bien qu’aux propriétés des cellules ou des tissus. La physiologie générale repose donc non moins sur les résultats de l’étude physiologique des organes que sur ceux de la physiologie des éléments cellulaires. Son œuvre est loin d’être terminée, parce que la physiologie elle-même est loin d’avoir complété les acquisitions indispensables pour l’édification de toutes ses lois. Dès maintenant, cependant, on peut en déterminer les grandes lignes, qui seraient les suivantes :
1° Conditions générales de la vie;
2® Mécanismes généraux et essentiels de la vie ;
3“ Résultats généraux de la vie (production de mouvement ou kinogenèse, thermogenèse, électrogenèse, photogenèse);
4° Relations réciproques des mécanismes fonctionnels ou corrélations fonctionnelles des organes et des appareils;
5“ Développement des diverses fonctions (physiogénie).
A quel point, dans un livre de physiologie, placer cette étude? La détermination des lois générales d’une catégorie donnée de phénomènes naturels est l'aboutissement et la conséquence ultime de l’observation répétée et variée de ces phénomènes. Puisqu’elle résulte de la connaissance et du rapprochement d’une foule de faits particuliers, il semble qu’il convient de la rejeter à la fin de la physiologie, lorsque toute celle-ci a été systématiquement exposée. Cette manière de voir, conforme à la logique, présente bien quelques inconvénients didactiques. L’étude des conditions de la vie, par exemple, est une étude préliminaire, faite surtout grâce à des observations sur les êtres unicellulaires ou sur des organismes très simples. L’étude des causes de la vie, des causes qui déterminent, en général, les fonctionnements cellulaires, a été faite de môme en partie à l’aide de recherches sur les êtres inférieurs. Bref, il se trouve que la physiologie
Duran» (de Gros): L’idéeel le fait en biologie- Paris, i8o6, p. 48. — Durand (de Gros), savant et philosophe français (1826-1900), auteur de remarquables ouvrages de philosophie scientifique, anthropologiste distingué etl’undes créateurs de l’hypnotisme.
GÉNÉRALITÉS SUR LA PHYSIOLOGIE
cellulaire est à la base pour ainsi dire de la physiologie générale. Ainsi l’on serait amené à exposer les principales données de celle-ci à la suite de celle-là, si l’on ne craignait légitimetncnt d’en morceler l'étude. Car on serait toujours obligé de remettre l’exposé, par exemple, des corrrélations fonctionnelles entre les organes à la suite de la physiologie des divers organes qui peuvent entrer en rapport les uns avec les autres. De telle sorte qu’il mous paraît plus rationnel de traiter de la physiologie générale seulement après qu’il aura été traité de la physiologie cellulaii’e et de la physiologie spéciale, ces deux ]>arties de la science présentant les faits desquels peuvent se tirer les lois générales des modes de fonctionnement des êtres vivants.
Qu’est-ce alors que la physiologie cellulaire? C’est la science des propriétés des éléments anatomiques; c’est ici l’application de la physiologie à ce qu’il y a de commun à l’univej'salité des êtres vivants. On pourrait par conséquent l’appeler physiologie comparative. lia dénomination la plus e.xacte serait celle de physiologie cellulaire comparative. 11 suffit de dire plus brièvement physiologie cellulaire.
La physiologie spéciale est celle qui étudie les fonctions des divers organes, c'est-à-dire des difféi'ents assemblages cellulaires ; elle prend le nom de physiologie comparée quand elle poursuit cette étude dans les diverses espèces animales et végétales.
Avant les travaux de Claude Behnard, la physiologie spéciale était seule l’objet de recherches expérimentales méthodiques. Le De usu partium de Galien* , était encore et paraissait devoir rester l’objectif unique des investigateurs. De là l’emploi de la vivisection, consistant en ablations d’organes, en lésions de nerfs, etc., l’expérimentateur cherchant à conclure des troubles observés à la nature et à l’importance des fonctions de l’organe enlevé. On découvrait et on déterminait ainsi les mécanismes fonctionnels; par exemple, pour la respiration, on déterminait le rôle de la glotte, de la trachée, du poumon; mais tous ces organes ne sont que pour amener l’air au contact du sang, et le sang lui-même, à ce point de vue, n’est que pour amener l’o.xygène au contact des tissus. Que le mécanisme respiratoire soit assuré par un poumon, par des branchies ou par des trachées, ce qui paraît indiquer la différence la plus profonde dans le mode de respiration, l’acte intime d’utilisation de l’oxygène par les éléments des tissus est cependant toujours le même. Sous la grande variété des mécanismes respiratoires on trouve toujours les mêmes phénomènes élémentaires. Les mécanismes sont l’objet de la physiologie spéciale, presque exclusivement cultivée
1. Galien, médecin de Pergame (128 ou i3i-200 ou 202 ap. .l.-C.); ses doctrines ont fait loi en anatomie et en pliysiologie jusqu’à l’époque de Harvey.