I. — Substances inorganiques
1° Eau.
Parmi ces substances se trouve d’abord l’eau.
L’eau se trouve dans tous les tissus. La proportion est variable suivant les tissus ; elle dépasse en général 60 p. 100 du poids du tissu frais. La moyenne générale, pour le corps de l’homme adulte, est de 64 p. 100, et, pour le corps du nouveau-né, de 70 p. 100. Ainsi un homme de 73 kil. contient 48 kil. d’eau, soit presque les deux tiers de son poids.
Il en est de même pour tous les organismes. De là l’expression pittoresque du chimiste et physiologiste allemand Hoppe-Seyler‘ : « Tous les organismes vivent dans l’eau et même dans l’eau courante. » Aussi la vie sans eau n’est-elle pas possible. Il y a des animaux inférieurs (Rotifères, Tardigrades, etc.) que l’on peut dessécher et qui cessent alors de manifester toute propriété vitale; mais, dès qu’on leur restitue l’eau nécessaire, les manifestations de la vie reparaissent chez eux. C’est ce que Pouchet““ résumait en ces termes : « Là où l’eau fait entièrement défaut, la vie paraît tout à fait impossible ».
Le contenu en eau de chaque animal paraît dépendre de l’espèce et de l’âge, et cela pour les différents organes {loi de Bezold^) ; la loi est surtout prouvée en ce qui concerne l’âge, la proportion d’eau des tissus est plus forte dans le jeune âge.
/ L’eau existe dans l’organisme sous trois états : 1° à l’état de vapeur d’eau, dans les voies aériennes ; 2° comme véhicule des substances dissoutes ou en suspension, se trouvant ainsi dans tous les liquides du corps ; 3° comme eau d’imbibition des substances solides, faisant ainsi partieintégrante des éléments cellulaires, ou comme eau de combinaison, entrant ainsi dans la constitution même de certaines substances organiques (eau de cristallisation des chimistes) ; cette dernière portion est très faible par rapport à la quantité qui se trouve sous les deux autres formes.
1. F. Hoppe-Seyler (1825-1895), un des plus éminents chimistes physiologistes du xi.x* siècle.
2. F. -A. PoüCHET (1800-1872), directeur-fondateur du Muséum d’Histoire naturelle de Rouen, un des plus ardents défenseurs de la théorie de la génération spontanée.
3. A. vo.v Bezold (i836-i8G8), physiologiste allemand, connu surtout par d’excellents travaux sur l’innervation du cœur et sur l'excitation des nerfs et des muscles.
COMPOSITION CHIMIQUE DU CORPS HUMAIN
Sous les deux premiers états, elle a un rôle physique important. Mais elle a un rôle chimique qui ne l’est pas moins, tenant à toutes les réactions d’hydratation et surtout d’hydrolyse (hydratation avec dédoublement) qui s’opèrent dans l’organisme et tenant aussi à des affinités spéciales pour les tissus (Raphaël Dubois^) ; il est probable en effet qu’une partie de l’eau des tissus est en combinaison avec les substances colloïdes.
Toute cette eau tient des sels en dissolution et en proportion variable suivant les éléments cellulaires et suivant les espèces animales. 11 n’est point do cellule qui puisse vivre dans Teau pure, dans l’eau distillée. Celle-ci est comme un poison pour toutes les cellules, parce qu’elle altère profondément leurs propriétés physiques essentielles (voy. plus loin, p. 73).
2“ Sels minéraux.
Tous les organes et tous les liquides du coips humain (comme tous les êtres vivants) contiennent des sels, en dissolution dans l’eau ou combinés avec les matières protéiques et avec leurs dérivés. Les sels représentent environ 4,7 p. 100 du poids du corps. Un homme de 75 kilos a donc, dans ses tissus, 3''*f,525 de matières minérales. La teneur en sels des organes et des liquides organiques est très variable ; c’est l’émail et l’ivoire des dents qui en contiennent le plus, 9ô et 71 p. 100; puis viennent les os (63 p. 100) ; c’est à ces substances minérales, et par conséquent au calcium surtout et au magnésium, qu’est due la solidité des os ; dans le cartilage, la quantité tombe à3,4 p. 100, dans les muscles à 1,5-1, 6 p. 100, dans le foie et le pancréas à 1, dans la rate à 0,5, dans les reins à 0,1. La proportion que l’on trouve dans les liquides de l’organisme n’est pas moins variable; elle sera indiquée pour chacun de ces liquides.
Ces sels sont surtout constitués par des chlorures de potassium, de sodium, d’ammonium ;
Du fluorure de calcium ;
Des carbonates de sodium, de calciuni et de magnésium ;
Des phosphates de potassium, de sodium, de calcium et de magnésium ;
Des sulfates de potassium et de sodium.
A eux seuls, l’acide phosphorique et la chaux forment les trois quarts de la masse de ces matières minérales. Ce sont en effet ces substances qui composent en grande partie le squelette.
1. Physiologiste français contemporain, professeur à l’Université de Lyon.
Gley. — Physiologie. 2
iS
PHYSIOLOGIE CELLULAIRE
3° Métalloïdes.
Dans l’énumération des éléments du corps fade plus haut, on a remarqué de nombreux métalloïdes.
Outre les combinaisons inorganiques dans lesquelles entrent ces métalloïdes, ainsi que les combinaisons organiques connues depuis fort longtemps et que constituent les assemblages variés des principaux d’entre eux (O, li^ C, Az, S, P), on les trouve engagés dans des substances auxquelles ils paraissent conférer un rôle tout spécial. Tel est l’iode dans la glande thyroïde (on le trouve aussi dans le sang), tel l’arsenic dans la même glande et dans les poils et les produc lions cornées de la peau, tel aussi peut-être le fluor dans l’émail des dents et tel le silicium dans le tissu conjonctif.
Quant au brome, qui existerait dans la glande thyroïde, les capsules surrénales, le foie, l’hypophyse (?), les ongles, sa signification est encore inconnue ; sa présence dans l’organisme est peut-être accidentelle.
4° Gaz.
Ces gaz sont surtout l’oxygène, l’hydrogène, l’anhydride carbonique et l’azote. ^
Il existe de l’oxygène libre dans les voies aériennes et dans le tube intestinal. Dans le plasma du sang et de la lymphe et dans beaucoup d’autres liquides de l’organisme, sinon dans tous, il en existe à l’état de dissolution. Enfin l’oxygène est à l’état de combinaison lâche avec la matière colorante du sang (oxyhémoglobine des globules rouges).
On trouve de l’hydrogène libre dans le tube intestinal, en petite quantité. Ce gaz est dû à la fermentation butyrique que subissent, sous l’influence du bacillus amylobacter, microorganisme dont la présence est normale dans l’intestin, et sous celle aussi du bacillus butylicus, une foule de substances, telles que le sucre, les acides lactique, tartrique, malique, etc. :
C6H'206 = 011802 -f 2C02 4- Hi
Glycose. Ac. butyrique.
2C3H803 = OH802 -f 2C02 + Hi Ac. lactique.
11 s’en forme probablement aussi une petite quantité dans les phénomènes anaérobies qui se passent dans les tissus. C’est peutêtre l’hydrogène de cette provenance qui représenterait la trace de
COMPOSITION CHIMIQUE DU CORPS HUMAIN
gaz combustibles que Guéhani’i a trouvée dans le sang (0<==, 2 pour 100 centimètres cubes de sang). 11 est vrai que cet hydrogène du sang pourrait aussi provenir de l’intestin, où il serait absorbé en faible proportion.
L’anhydride carbonique CÜ^ existe à l’état libre notamment dans les poumons et dans le tube digestif, mais on en trouve aussi dans le plasma sangui-n et dans la plupart des liquides organiques.
L’azote existe aussi à l’état gazeux dans les poumons et dans l’intestin; il provient de l’air atmosphérique inspiré ou dégluti. 11 ■en existe aussi des traces à l’état de dissolution dans les liquides de l’organisme.
Le gros intestin contient du gaz des marais ou méthane CH^.
L’intestin contient aussi de l’hydrogène sulfuré H^S, en faible quantité, surtout quand le régime alimentaire est de nature animale. 11 provient de la décomposition des matières albuminoïdes et de leurs dérivés sulfurés ou des produits sulfurés de la bile.