II. — IMBIBITION
Supposons qu’entre deux liquides miscibles il se trouve une cloison poreuse. C’est le cas qui se présente constamment chez les êtres vivants, chez lesquels des membranes séparent les divers liquides les
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES CELLULES
uns (les autres. Si la cloison poreuse (ou la membrane) est également perméable aux deux liquides, il est clair que le mélange se fei'a comme s’il n’y avait pas de membrane, à cela près qu’il pourra être plus ou moins ralenti. De fait, quand un corps solide est placé dans un liquide qui le mouille, étant supposé (jue ce solide ne se dissout pas dans ledit liquide, on constate que, plus ou moins rapidement, du liquide pénètre dans la masse solide; celle-ci augmente de volume; on dit qu’il y a eu imbibition. Ce phénomène consiste donc dans la pénétration d'un liquide à l’intérieur d’un solide, sans que celui-ci subisse la moindre désagrégation. C’est le cas des tissus organiques, la graisse exceptée. Une ancienne expérience, due à .Magendie, suffit à le prouver.
On isole une veine sur une certaine longueur, on la dispose en forme d’anse dont on fait plonger la partie inférieure dans de Teau acidulée, puis on fait passer par une des extrémités de la veine un courant d’eau ; Teau qui sort par l’autre extrémité devient bientôt légèrement acide, comme il est facile de le constater au moyen de la teinture de tournesol.
Mais on doit se demander si les tissus vivants se comportent de la même façon. Des expériences de Magendie et d’autres physiologistes répondent à cette question. En voici une de li. Milne-Edwards ‘
On ouvre le thorax d’une grenouille vivante, on passe une ligature autour du paquet des gros vaisseaux sanguins auxquels le cœur est suspendu, puis on injecte un peu de strychnine sous la peau de l’une des pattes postérieures. Les phénomènes convulsifs, caractéristiques de l’action de la strychnine, se produisent, non pas au bout de quelques minutes, comme il arrive chez les grenouilles à l’état normal, mais au bout d’une heure environ. Or, la ligature placée autour du cœur a complètement interrompu la circulation; par conséquent la progression lente de la strychnine, depuis l’extrémité de la patte jusque dans la moelle épinière, n’a pu se faire que par imbibition.
La cause des phénomènes d’imbibition est l’adhésion qui s’exerce entre les molécules solides et les molécules liquides ; elle a donc une grande analogie avec la capillarité. Par ce fait que le liquide mouille le solide (condition nécessaire de l’imbibition), des phénomènes capillaires prennent en effet naissance. 11 est probable cependant que l’imbibition ne dépend pas entièrement d’actions capillaires.
1. Henri Milne-Edvvards (i8oo-i885), célèbre zoologiste et physiologiste français, professeur à la Faculté des sciences de Paris et au Muséum d'histoire naturelle, auteur d’un des ouvrages les plus considérables et les plus précieux qui aient été écrits sur l'anatomie et la physiologie comparées : Leçons sur la physiologie et ianalomie comparées de l’homme el des animaux, i4 vol. ln-8®, Paris 1857-1881.
PHYSIOLOGIE CELLULAIRE