Proposition, — ^ Lorsqu'on vient d'élever la température
• d'une tourmaline, les deux bouts de cette tourmaline agissent ■ l'un vitreusement et l'autre résineusement. »
Ainsi, que l'on prenne p^r le milieu un pylindie 4e tourmaline, au pioyen d uniç petite pince dont les (tranches prissent ètj-e serrées ou relâchées à volonté par upe vis ; supppsons qu'o^ ait de plus suspendu à un fil de soie une petite balle de sureau éleçtrisée vitreusement, ou que l'on se soit procuré, soit un électroscope de Coulomb, soit une aiguille électrique éleçtrisée de la même manière. On trempera le cylindre de tourmaline dans Teau bouillante, ou bien on Texposera à la chaleur d'un brasier, on ne l'en retirera qu'un moment après. Alors, si l'on présente ttiie des extrémités du cylindre de tourmaline à la balle de sureau, on verra cette balle se porter vers la tourmaline : ainsi, il y aura attraction ; tandis que si Ton présente l'autre extrémité du cylindre de tourmaline à la même balle, il y aura répulsion.
Profn^idon. — « Chacune des deux forces électriques d'une
• tourmaline décroit rapidement à partir du bout où elle se ma» » ntfe^te, jusqu'à ime petite distance, de sorte que le milieu de f la pierris et lamajeiire partie de sa région mpyenne ne donnent » aucun joigne d'électricité. »
Pwv démontrer cela, il faut que l'électroscope de Coulomb, NipiHOsé électrisé, soit extrêmeinent sensible : alors, si l'on a nne ^urmaline un peu longue, on la tiendra dans une direction rerticaiC) en la faisant monter ou descendre pour en présenter laccessivement tous les points cojppris d'un bout à l'autre àcet âectroefcope, et on reconnaîtra ainsi la vérité de notre propoai* tion ; c^ on verra que le premier bout qu'on présentera à l'élee* troscope agira sur lui assez fortement; supposons que cette ac*^ ti^n soit une attraction^ par exemple; ensuite, à peine aura-t-oa élevé de quelque peu Ja tourmaline, que les points de cette pierre
ea TRAITÉ DE PHYSIQUE.
présentés à l'électroscope n'agiront plus sur lui, ou ne produi* ront qu'une attraction à peine sensible jusqu'à ce que le deuxième bout de la tourmaline approchant de l'électroscope produise une répulsiou. A défaut d'électroscope, on vérifie le même fait avec une deuxième tourmaline chauffée comme la première ; mais au lieu de la tenir dans des pinces, comme la première, on la suspend par le milieu à un fil de cocon, de manière qu'elle se tienne horizontale, ou au lieu de fil de cocon on prend un pi?ot fait exprès sur lequel notre deuxième tourmaline se tienne dans cette direction horizontale. Alors cette deuxième tourmaline tient lieu d'éiectroscope, et en en approchant la première tourmaline, comme on l'a dit tout à l'heure pour l'électroscope, on vérifie encore notre proposition.
Enfin, si l'on présente successivement les pointa compris d'un bout à l'autre de la tourmaline dont il s'agit à une balle de sureau, ou à une aiguille non électrisée, il y aura attraction exer-> cée par deux petites portions situées aux deux bouts de cette tourmaline ; mais tout le reste compris entre ces deux portions extrêmes n'exercera aucune attraction ; tels sont les phénomènes que présente la tourmaline.
Proposition. ~ « Le cylindre de tourmaline étant électrisé, et » par conséquent ayant deux pôles électriques, supposons qu'ait près l'avoir ôté des pinces on le casse en deux morceaux : on » verra que chaque morceau a deux pôles électriques. »
La déraonstratiou est la même que pour la proposition pré^ cédente.
59. Problème. — « On demande d'expliquer les phénomènes M électriques que présente la tourmaline. >»
On expliquera ces phénomènes comme ceux de la pilé voltàïque; seulement il y aura cette différence que la tourmaline est idioélec trique, tandis que la pile est un bon conducteur.
Ainsi conceevons le cylindre de tourmaline partagé en une infinité de tranches perpendiculaires à la longueur de ce cylindre, et qui n'aient que l'épaisseur d'une molécule; supposons que la chaleur développe sur chaque molécule deux électricités, savoir : de l'électricité vitrée sur une face, et de l'électricité résineuse sur l'autre face, de manière que toutes les faces électrisées résineusément soient tournées vers le pôle résineux, et les autres vers le pôle vitré. Cela posé, si l'on met une petite balle de sureau électrisée vitreusement vis-à-vis le pôle résineux, la face électrisée résineusement d'une tranche quelconque de la tourmaline
CaiSTAUX ÉLEGTBIQUES. 69
Mirera cette petite ballei mais l'autre face de la même Iranche repoussera la balle dont il s'agit. Or, la|)remière face étant plus près de la balle que la deuxième face, l'attraction l'emportera sur la rëpukion. Ainsi, chaque trancbe de la tourmaline exercera une petite attraction sur la balle de sureau placée au pôle résineux, et la somme de toutes ces attractions produira sur la balle on eCTet sensible. On expliquerait de la même manière la répulrion que le pôle Titré exerce sur la même balle, quand elle est près de lui.
De plus, si l'on casse la tourmaline, et que l'on n'en garde qu'un morceau, ce morceau sera, comme la tourmaline entière, composé d'une infinité de petites tranches électrisées chacune de deux manières. Ce morceau de tourmaline aura donc deux pôles électriques comme la tourmaline entière, et c'est aussi ce que nous ayons reconnu par l'expérience. Ces propriétés de la tourmaline disparaissent quand elle revient à la température ordinaire.
Remarque, -— L'explication précédente n'en est à proprement parler pas une ; ce n'en est que le premier pas, puisqu'elle se réduit à dire que l'on doit regarder dans la tourmaline chaque molécule comme douée des deux forces électriques, à savoir : de la force vitrée sur une face, et de la force résineuse sur la face opposée, ce qui est incontestable par la proposition précédente, liais à présent, quelle cause développe ces deux forces? On a fait quelques efforts pour y arriver. Ainsi, il parait certain, par les expériences de M. Becquerel {jénn. de phjrs. et de eh., t. 37, p. 5 et 335) : 1« que ce développement des forces électriques n'a lieu qu'autant que la température de la tourmaline est dans un état de variation, de sorte que ces forces disparaissent quand la tem« pérature devient stationnaire ; 2« que pendant l'élévation de température la force vitrée se montre au bout qui est résineux pendant l'abaissement de températiire, et vice versa. Mais on n'en sait pas davantage.
On ne peut même pas dire que ces forces sont dues à im état particulier d'équilibre, ou à un certain état de mouvement des deux fluides électriques. Il en est de même des phénomènes suivants. Ainsi, il se peut que le titre des phénomènes de l'électridté en mouvement doive être placé avant les propositions qui nous occupent maintenant, et non après.
70 TRâlTÉ DE PHTBIQUB.
^ iti. — Modification de l'équilibré des fluides êlectriqueI