VOIX DE POITRINE ET VOIX DE FAUSSET
On ne s'explique pas d'ailleurs par quel mécanisme pourrait Atre limitée la longueur de la partie vibrante des cordes, un simple !ccolement étant manifestement insuffisant pour maintenir l immobUité d'une partie des bords libres contre la pression du courant d'air expiré. .
3» Une troisième théorie repose sur un mode d observation du larynx très ingénieusement combiné par Œrtel.
En examinant un larynx en vibration au moyen de la méthode atroboscopique, Œrtel a constaté l'existence, sur chaque corde vocale d'une ligne nodale parallèle au bord libre et située à une netite distance de celui-ci, lors de l'émission de la voix de fausset. Koschiakoff, en employant la méthode d'observation d'Œrtel, a confirmé l'existence de cette nodale.
La formation de la nodale d'Œriel, lors de l'émission de la voix de fausset, est suffisante pour rendre compte des particularités de timbre dont nous recherchons la cause. On peut, en effet, rapporter avec raison le changement de timbre aux formes différentes de l'ouverture glottique, suivant que la ligne nodale d'Œrtel existe ou n'existe pas; car ces différentes formes d'ouverture doivent entraîner, dans la vibration aérienne, des modifications de forme suffisantes pour expliquer la différence des timbres.
Quant au ihyro-arytéooïdien interne, rien ne s'oppose à ce que, conformément à l'opinion de Donders, il soit contracté dans la voix de poitrine, relâché dans la voix de fausset, tout en jouant dans les deux cas le rôle que nous avons fait connaître plus haut (§ 196).
Mais il importe d'ajouter ici que, lorsque ce muscle est contracté, dur et tendu comme le bord même des cordes vocales avec lesquelles il fait corps, il participe par propagation aux vibrations de celles-ci, ce qui empêche la formation d'une nodale bien nette.
Lorsque ce muscle est relâché, au contraire, la masse totale deg cordes vocales se compose de deux parties très distinctes au point de vue de l'aptitude à vibrer; le bord des cordes, tendu, peut encore entrer en vibration, tandis que le muscle, relâché, n'est plus apte à participer au mouvement vibratoire. On conçoit dès lors qu'une nodale parfaitement accusée se forme dans la région de contact de ces deux parties ; on conçoit aussi que cette nodale s'accuse de plus en plus, sans ronûement du son émis, lors du passage de la
voix de poitrine à la voix de fausset, à mesure que le mu8clf> d abord contracté, se relâche progressivement.
Cette manière de voir est d'ailleurs justifiée par l'expérien suivante. Si l'on recouvre, avec une plaque rigide, la plus grand partie de la région postérieure d'une membrane de caoutchouc e vibration, la partie antérieure, seule libre, vibre dans son ensem h\e sans formation de ligne nodale. Au moyen d'un fil tendue applique avec une force croissante sur la partie vibrante on pedeterminer alors sur celle-ci la formation d'une ligne d'inflexio de plus en plus accusée, qui finira par devenir une ligne nodal artificielle. Or, pendant cette partie de l'expérience, la hauteur di son s'élève progressivement à mesure que l'on fait accuser duvan tage la ligne d'inflexion ; mais le son n'est à aucun moment dur n ronflant et l'on passe par degrés insensibles de la hauteur initial (vibration sans ligne nodale) à la hauteur finale (vibration ave ligne nodale). On conçoit donc, d'après cela, le passage sanstran sition hrusque de la voix de poitrine à la voix de fausset, grâce àl; formation de la nodale dont l'existence a été signalée par Œrtel le chanteur compensant d'ailleurs l'accroissement de hauteur d à la formation de la nodale par un relâchement convenable de la tension des cordes.
Il est à peine besoin d'ajouter que la hauteur plus grande, de sons de fausset résulte naturellement de la subdivision de la parti vibrante des cordes vocales en deux régions par la ligne nodal parallèle au bord libre des cordes.
En résumé donc, la théorie la plus acceptable des timbres de poitrine et de fausset est celle qui est basée sur la formation d'une nodcile parallèle au bord libre des cordes vocales.
202. Voixrauque. Voix bitonale. — Dans ce qui précèd nous avons implicitement supposé que les deux cordes vocales in-t férieures vibraient à l'unisson l'une de l'autre et que les vibrations de chacune d'elles étaient exactement périodiques, ce qui est vrai chez tout larynx normal. Mais on conçoit qu'il puisse ne pas en être ainsi. La voix est alors ronflante ou rauque et l'on conçoit a pnon que des causes diverses puissent engendrer la raucilé.'
En efl"et, toute cause qui modifiera plus ou moins temporaire ment la constitution physique des cordes (œdème, etc.), et par suite leur élasticité ou leur homogénéité, semble devoir entraîner