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DU COURANT ÉLECTRIQUE

566. Courant électrique. Force électromotriee. Intensité. — Lorsque l'on réunit par un fil conducteur les deux pôles d'une machine électrique en fonctionnement, les deux pôles tendent à se mettre au même potentiel ; on admet qu'une certaine quantité d'électricité positive circule à travers le fil interpolaire et va du pôle positif, dont le potentiel est le plus élevé, au pôle négatif, dont le potentiel est le moins élevé. Si la machine continue à fonctionner, la môme différence de potentiel s'établit à chaque instant entre les deux pôles, et un flux continu d'électricité positive circule à travers le conducteur interpolaire. C'est à ce flux continu d'électricité que l'on a donné le nom de courant électrique, et l'on appelle force électromotrice la cause qui maintient une différence constante de potentiel sur les deux pôles de l'électromoteur ; celte différence peut donc être prise pour mesure de cette force, et les expressions de force électromotrice et de différence de potentiel peuvent en conséquence être regardées comme équivalentes.

Imbeht. — Physique biolog. 61

A la vérité, le courant obtenu au moyen des machines dont il a été question au Obapitre IV est toujours très faible et ne produit que des effets peu intenses. Mais il existe d'autres électromoteurs, c'est-à-dire d'autres appareils pouvant maintenir une différence de potentiel entre deux conducteurs A et B, qui donnent naissance, lorsque AfetB sont réunis par un conducteur interpolaire, à un courant capable de produire des effets intenses. De ce nombre sont en particulier les électromoteurs chimiques ou piles.

Quelle que soit la nature de l'électromoteur qui donne naissance au courant électrique, on appelle intensité du courant la quantité d'électricité qui passe, pendant une seconde, à travers une section quelconque du circuit fermé traversé par le courant.

Cette définition suppose que l'intensité du courant est la même en tous les points du circuit ; or il en est bien ainsi, car si l'on mesure, en un point quelconque de ce circuit, l'un des effets que peut produire le courant, déviation de l'aiguille d'un galvanomètre, action chimique, etc., on trouve que la quantité d'effet produit est indépendante de la position du point où on la mesure.

L'unité O.G.S. d'intensité est l'intensité du courant tel qu'il passe une unité C.G.S. d'électricité pendant chaque seconde à travers toute section du circuit le long duquel ce courant circule.

Cette unité étant trop petite pour les besoins de la pratique, on lui substitue une autre unité, appelée ampère, qui est l'intensité du courant qui fait écouler 1 coulomb pendant chaque seconde à travers une section quelconque du circuit traversé par ce courant. L'ampère vaut donc 3.10» unités C.G.S. d'intensité.

L'ampère est une intensité trop grande pour les besoins de la pratique médicale ; aussi les médecins emploient-ils une autre unité, qui est la millième partie de la précédente, et à laquelle on donne en conséquence le nom de milliampère.

567. Lois d'Ohm. — Ces lois s'appliquent à tous les courants, quels que soient les électromoteurs qui les fournissent ; elles ont été établies théoriquement par Ohm et expérimentalement par Pouillet. Aujourd'hui on peut démontrer ces lois au moyen de l'électromètre.

Disons d'abord que, si l'on met en communication avec l'un des couples de quadrans de l'électromètre un point quelconque du circuit à travers lequel circule le courant, on constate que la

LOIS D'OHM.

déviation de l'aiguille, variable d'un point à l'autre, est constante pour un môme point et indépendante du temps, d'où il résulte que le potentiel du point considéré est lui-même constant.

Dans le cas où le fil interpolaire est homogène et de section uniforme, le potentiel diminue progressivement du pôle positif au pôle négatif, et les valeurs de ce potentiel, en deux points du conducteur, sont proportionnelles aux longueurs du fil interpolaire comprises entre chacun de ces points et le pôle positif.

a. Soit maintenant une portion de circuit, homogène et de section uniforme ; si l'on mesure la différence E des potentiels de deux points situés, sur cette portion du circuit, à une distance / l'un de l'autre, on trouve que E est proportionnel à de telle sorte que l'on peut écrire :

E = ai,

a étant une constante.

b. Considérons en second lieu, dans un même circuit, deux parties (fîg. 340) formées d'Une même substance mais dont les sections sont différentes ; si l'on mesure la différence E des poten-

Fig. 340. — Lois d'Ohm. Variation de la force électromotrice avee la section du conducteur.

tiels des points A et B, 0 et D situés sur l'une et sur l'autre de ces parties, et tels que AB =rOD, on trouve que E est proportionnel à la section correspondante s du conducteur; on a donc:

b étant une constante.

c. Soit enfin un conducteur interpolaire MN (fig. 34J) qui se bifurque en B en deux conducteurs identiques de nature, de longueur et de section, lesquels se réunissent au point 0 en un conducteur unique. Il est évident, par raison de symétrie, que la quantité d'électricité, dont l'écoulement constitue le courant, se divisera en B en deux parties égales et que, pendant un temps donné, la quantité d'électricité qui traverse une section de BP'Q'O ou de BF'Q'O sera moitié de celle qui traverse, pendant le même temps,

une section de MB ou de ON. En d'autres termes, l'intensité du courant en MB ou en ON sera double de l'intensité en BP'Q'O ou en BP^Q'O. Or, si l'on mesure la différence E des potentiels de deux points P et Q, puis la différence E' des potentiels de deux autres points P', Q' ou P", Q", tels que PQ = P'Q' = P"Q', on

Fig. 341 Lois d'Ohm. Variations de la force électromolrice avec l'intensité.

trouve que E = 2E'. On trouverait de môme, dans le cas où MB se bifurque, au point B, en trois, quatre... conducteurs identiques, que E = 3E', E = 4E'. . . La différence des potentiels entre deux points est donc proportionnelle à l'intensité du courant, et l'on peut écrire :

c étant une constante.

En résumé, la différence des potentiels entre deux points d'un conducteur traversé par un courant est proportionnelle à l'intensité du courant, proportionnelle à la distance de ces points et inversement proportionnelle à la section uniforme du conducteur entre ces mêmes points. Ces trois lois sont exprimées simultanément par la formule :

dans laquelle K est une constante qui dépend de la nature du conducteur.

L'expression K - représente ce que l'on appelle la résistance

électrique du conducteur entre les deux points considérés, et le coefficient K est appelé coefficient de conductibilité électrique. Or, soit un conducteur dont le coefficient de conductibilité

LOIS D'OHM.

sera pris pour unité, dont la section est égale à l'unité et dont la longueur X est déQnie par la relation :

si nous faisons traverser ce conducteur type, de conductibilité égale à 1, de section 1 et de longueur >, par un courant dont l'intensité I est celle de la formule (1), la différence des potentiels aux extrémités de ce conducteur sera :

Si donc nous substituons au conducteur primitif, considéré entre A et B, une longueur > du conducteur type, il n'y aura rien de changé dans le fil interpolaire.

La longueur 1 est appelée longueur réduite du conducteur considéré.

Soit maintenant un circuit interpolaire constitué par diverses parties dissemblables entre elles et dont les coefficients de conductibilité, les longueurs et les sections sont K, K', K". . . l, l', l" s,s\s"... Si l'on représente par V... les longueurs réduites de ces diverses parties et que l'on substitue à celles-ci les longueurs réduites correspondantes, le circuit interpolaire sera homogène, sa section sera uniforme, et sa longueur totale serai-}- ^'4" y.". . . L'intensité n'aura d'ailleurs subi aucun changement, et, si E représente la différence des potentiels que l'électromoteur maintient à ses pôles, on aura :

En remplaçant 1, X', V. . . par leur valeur, il vient :

B = i(Ki+K'^+K"^;...):

si l'on représente par R la résistance totale du circuit entre les points considérés, on peut écrire :

E = IR, d'où: 1 = 1- (2)

Les considérations précédentes peuvent évidemment s'appliquer à l'électromoteur lui-même. Dans un électromoteur chimique, par exemple, constitué par deux lames de Zn et de Çw plongées

dans l'eau acidulée, la force électromotrice naît au contact du Zn et du liquide. La pile étant d'ailleurs traversée par le courant, si E représente la différence de potentiel au contact du liquide et du métal attaqué, le zinc, la résistance totale du circuit comprendra la résistance propre de la pile ,et celle du conducteur interpolaire. En appelant R la première de ces résistances et r la seconde, on devra donc écrire :

Ce sont les lois comprises par cette formule qui portent le nom de lois d'Ohm.

568. Unités de résistance. — Si E représente la différen des potentiels aux extrémités d'un conducteur de résistance R qest traversé par un courant d'intensité I, on a :

Par suite, si I = 1 et E = 1, il vient R — 1. En conséquence:

L'unité O.G.S. de résistance est celle d'un conducteur qui, lorsqu'il existe à ses deux extrémités une différence de potentiel égale à l'unité C.G.S. de potentiel, est traversé par un courant dont l'intensité est égale à l'unité O.G.S. d'intensité.

Cette unité de résistance est trop petite pour les besoins courants ; aussi dans la pratique lui substitue-t-on une autre unité appelée ohm, qui est la résistance d'un conducteur tel qu'il soi traversé par un courant de 1 ampère lorsqu'il existe à ses deux extrémités une différence de potentiel de 1 volt. Si l'on exprime l'ampère et le volt par leurs valeurs en unités C.G.S. (§§ 544 et 556), on a :

S.lO^xR

d'où: 1 o/im = R^ 9.10'» unités O.G.S. de résistance.

569. Puissance d'un électromoteur. — Soit E la force électromotrice ou la différence des potentiels V et V qu'un électromoteur maintient à ses pôles et I l'intensité du courant produit.

Noua avons dit que le courant pouvait être considéré (§ 556) comme résultant du transport d'un pôle à l'autre d'une quantité d'électricité positive par seconde. Or nous avons vu que le travail

GROUPEMENT DES ÉLEGTflOMOTEURS. 967 électrique correspondant au transport d'une masse électrique M d'un point où le potentiel est V en un point où le PO~ f st^ est égal à M (V — V). Le courant considère correspond donc a un travail égal à IXE par seconde.

Le produit El a reçu le nom de puissance de^l'électromoteur ; ou représente cette puissance par la lettre W. L'égalité

W = BxI raontreque si E=:l et 1 = 1, on a: W=l.

Enparticulier,8iE = l volt etl==l ampère, la valeur correspondante de W est appelée watt. Le watt est donc la puissance d'un électromoteur qui, avec une force électromotrice de 1 volt, débite 1 coulomb par seconde.

La quantité de travail appelée watt ne diffère de la quantité de travail appelée joule (§ 555) qu'en ce que le temps intervient dans la définition ; le watt est, en effet, un travail de 1 joule par seconde.

570. Groupement des électromoteurs. — Les électromoteurs peuvent être groupés de plusieurs manières.

a. Groupement en série ou en tension. — On appelle ainsi le mode de groupement dans lequel le pôle positif de chaque électromoteur est réuni au pôle négatif de l'électromoteur suivant.

Soient, par exemple, deux couples de pile ainsi réunis. Sur les pôles du premier couple existeront des potentiels V et V tels que V— V = e, e étant une constante pour l'électromoteur ou le couple considéré. Or, le pôle négatif du couple suivant aura même potentiel V que le pôle positif du premier, puisque ces deux pôles sont en communication l'un avec l'autre; le pôle positif du second couple aura par suite un potentiel Y" tel que V"— V'=e. La

Si

Fig. 342. — Association de six couples en série ou en tension.

différence, de potentiel entre le pôle négatif du premier couple et le pôle positif du second sera donc V" — V=:2e.

Plus généralement, si l'on réunit en série (fig. 342) n couples identiques entre eux, la différence des potentiels aux deux pôles extrêmes, c'est-à-dire la force électroraotrice résultant de ce grou-

pement, sera ne, e représentant la force électromotrice d'un coupie considéré seul.

Soient maintenant I l'intensité du courant résultant, R la résistance du circuit extérieur ou interpolaire et r la résistance commune à chaque élément ; la résitance totale du circuit sera R + nr, et l'on aura :

ne

b. Groupement en batterie ou en quantité.— Dans ce mode de groupement (fig. 343) tous les pôles positifs sont réunis entre eux, de même que tous les pôles négatifs.

L'ensemble des électromoteurs équivaut alors à un électromo-

Fig. 3*3. — Association de six couples en batterie on en quantité.

leur unique de surface n fois plus grande. La force électromoirice e ne subit donc aucun changement, mais la résistanre intérieure r

devient ^ , puisqu'elle est en raison inverse de la section et que

celle-ci est en somme devenue n fois plus grande. Lïntensité I du courant sera donc dans ce cas :

ne

c. Groupement mixte. — Imaginons que les n électromoteurs soient réunis (fig. 344 et 345) par groupes de p unités associées en séries, puis que toutes les séries en nombre m, ainsi réalisées, soient ensuite associées en batterie, et soit à calculer l'intensité obtenue dans çe cas.

GROUPEMENT DES ÈLECITROMOTEURS. 969 Chacune des séries dep couples donnera un courant dont l'in-

tensité sera 1 =

pe

R | *' ^^P^'^^ précède, l'association en

batterie des m séries réalisées n'entraîne aucune modification de

Fig. 344. — Association en batterie de deux séries formées chacune de trois couples.

Fig. 345. — Association en batterie de trois séries formées chacune de deux couples.

la force électromotrice, mais diminue la résistance dans le rapport de 1 à m. L'intensité résultante sera donc :

pe mpe ne

r mR -|- pi^ wR -\- pr

Les figures 345 et 346 représentent deux exemples différents de groupement mixte de six couples.

d. Les formules 1, 2, 3 conduisent à des conséquences très importantes en ce qui concerne le mode de groupement à choisir dans les diverses circonstances où le médecin peut avoir à utiliser le courant fourni par un nombre n de couples de pile qu'il a à sa disposition .

On doit, en effet, dans tous les cas, se proposer d'obtenir, avec le nombre de couples dont on dispose, l'intensité la plus grande possible. Le problème à résoudre est doncle suivant: Etant donnés « couples de résistance r, comment doit-on les associer pour que l'intensité du courant obtenu à travers un circuit extérieur de résistance connue R soit maxima?

Nous n'indiquerons pas les calculs au moyen desquels on tire de la formule (3) la solution cherchée, et nous énoncerons seulement cette solution :

L'intensité est maxima si l'on réalise un groupement tel que la résistance intérieure totale des électromoteurs, déduite de leur mode de groupement, soit égale à la résistance extérieure.

Pour réaliser les conditions de l'intensité maxima dans chaque cas particulier, il faudrait donc déterminer préalablement la résistance extérieure, puis adopter chaque fois un groupement mixte différent. Mais il résulterait de là une complexité expérimentale à laquelle oq peut désirer se soustraire ; en outre, la résistance du corps humain, qui constitue souvent une partie du conducteur interpolaire lors de l'emploi thérapeutique de l'électricité, a une valeur trop considérable, comme nous le dirons plus loin, pour qu'il soit possible de réaliser l'égalité des résistances intérieure et extérieure. La solution énoncée plus haut ne doit donc pas être regardée comme une condition que le médecin doit réaliser rigoureusement, mais comme une condition à laquelle le mode de groupement à adopter doit satisfaire le mieux possible.

Il est dès lors évident que, lorsque le corps humain, ou une portion du corps humain, fait partie du circuit extérieur, il faudra préférer l'association en série, mode de groupement qui, pour un nombre donné de couples, donne la plus grande valeur possible à la résistance intérieure.

Par contre, si le courant est employé à faire rougir un galvanocautère, corps métallique porté à l'incandescence par !e passage du courant, la résistance extérieure est faible et inférieure à celle de chaque couple ; pour satisfaire le mieux possible à l'égalité des résistances intérieure et extérieure, il faudra donc associer les n couples en batterie, car on diminue ainsi dans le rapport de 1 à w la résistance intérieure de la pile.

Il résulte encore de ce qui précède que, si l'on a le choix entre divers couples de môme force électromotrice mais de résistances intérieures inégales, on devra, si l'on doit faire passer le courant à travers le corps humain, préférer les couples dont la résistance est plus grande, et si l'on veut fairerougir un galvanocautère, donner la préférence aux couples dont la résistance est moindre.

Les conclusions générales qui précèdent sont d'ailleurs conlir-

GOURANTS DÉRIVÉS. 971

mées par les conséquences que l'on lire facilement des formules

(l)et(2). ^ , ,

1° Si la résistance extérieure R est très grande par rapport a

la résistance intérieure r, on peut négliger le terme en r dans les

formules (1) et (2); il vient alors:

I IL pour le groupement en série,

1—^ = 1. pour le groupement en batterie. nR R

Donc, avec le premier mode dégroupement, l'intensité est proportionnelle au nombre des couples associés ; avec le second mode de groupement, au contraire, l'intensité est indépendante de n, c'est-à-dire qu'un couple unique donne la même intensité que n couples groupés en batterie.

Dans le cas où R est très grand par rapport à r, il y a donc avantage à associer les couples en série. C'est ce qui se présente en particulier lorsque le corps humain fait partie du circuit extérieur.

2° Lorsque la résistance intérieure r est très grande par rapport à la résistance extérieure R, le terme en R peut être négligé au dénominateur des formules (1) et (2), et il vient :

I = — = - pour le groupement en série, nr r

I = pour le groupement en série.

Les résultais sont donc exactement inverses des précédents ; l'intensité est indépendante du nombre des couples dans le groupement en série et proportionnelle à ce nombre, si les couples sont associés en batterie. Par suite, il y a alors avantage à choisir ce dernier mode de groupement ; c'est ce qui se présente dans le cas où le courant est employé à porter un galvanocautère à l'incandescence.

571. Courants dérivés. — Nous n'avons considéré jusqu'à présent que le cas où le circuit interpolaire est unique ; il importe d'étudier encore ce qui se passe lorsqu'un conducteur unique PA, traversé par le courant d'un électromoteur PN, se divise au point A en deux ou plusieurs conducteurs distincts qui se réunissent en B pour aller aboutir par un conducteur unique BN au

pôle négatif de l'électromoteur. Les courants tels que Ar,B, Ar,B, A?'sD sont dits courants dérivés.

L'étude des courants dérivés intéresse le médecin et le physiologiste, soit par suite des dispositions expérimentales qu'ils peuvent

¥ïg- 346, — Courants dérivés.

avoir à réaliser et dans lesquelles existent des dérivations, soit par suite des indications que peut fournir cette étude, quant aux points du corps sur lesquels il convient d'appliquer les pôles d'un électromoteur pour atteindre, par le courant, une région déterminée du corps.

Soient E la force électromotrice, I l'intensité du courant principal dans les parties PA, BN, où le conducteur extérieur est unique, ii, î^, les intensités des courants dérivés A/^B, Ar,B, ArjB, et ri, r,, rj, R les résistances de ces circuits dérivés et la résistance totale de PA, de BN et de l'électromoteur NP. Proposons-nous de déterminer les intensités I, i,, î,, i^.

La solution du problème repose sur la considération de deux lois, dites de Kircbhoff, dont l'une est évidente et dont l'autre peut être démontrée au moyen de considérations que nous ne reproduirons pas. Dans l'énoncé de ces lois, on regarde comme positives ou négatives les intensités des courants qui passent par un même point d'un circuit, suivant que ces courants s'approchent ou s'éloignent de ce point.

De môme, si plusieurs forces électromotrices existent dans un même circuit, ces forces sont affectées des signes -+-ou — suivant qu'elles donnent naissances un courant dirigé dans un certain sens OU dans le sens inverse,

GOURANTS DÉKIVÉS. 973

Les 1013 de Kirchboff s'énoncent ainsi :

1° La somme algébrique des intensités de tous les courants qui passent par un môme point d'un circuit est nulle ;

2° La somme algébrique des forces électromotrices qui existent dans tout circuit fermé est égale à la somme algébrique des produits obtenus en multipliant la résistance de cbaque partie du circuit par l'intensité du courant qui la traverse.

La première loi, appliquée au point A de la figure 346, donne:

Si l'on applique en outre la seconde loi aux trois circuits fermés PAr,BN, PAr,BN, PArjEN, et si l'on remarque qu'il n'existe, dans chacun d'eux, que la force électromotrice E de l'électromoteur PN, on aura:

( E = iiTi 4- IR pour le circuit fermé PAr^BN (2) ]e = v« + IR — PAr^BN

(E=/5r5 + IR — PArjBN.

On a ainsi 4 équations, d'où l'on tirera les valeurs de I, t\, i„ Tj si l'on connaît E, R, n, r», rj. La résolution de ces équations ne présente aucune difficulté, mais les valeurs auxquelles on arrive pour h sont assez complexes, et nous ne les reproduirons

pas. Remarquons cependant que les équations (2) donnent : E — IR E — IR . E — IR

7\ r, rj

ces expressions montrent que l'inlensilé I du courant principal se partage, dans les trois circuits partiels, par parties inversement proportionnelles à la résistance de chacun d'eux ; le courant partiel le plus intense sera donc celui qui circule dans le circuit partiel dont la résistance est moindre.

Dans le cas où la dérivation est constituée seulement par deux circuits partiels Aî'iB et A7*,B, on trouve pour I, î'i, les valeurs :

Rr, + Rrj -f- ''i^'a • Er, ''"Rr^ + Rr. + r.r,

■ ^ Er,

Rr, + Rr, + r,r;

572. Conducteurs à deux dimensions et à trois dimensions. — Lorsqu'un courant traverse un conducteur homogène à deux ou à trois dimensions, il se dissémine dans toute la masse conductrice, et le calcul, de même que dans certains cas l'expérience, montrent qu'il existe, à l'intérieur du conducteur, s'il est à trois dimensions, à sa surface, s'il n'a que deux dimensions, des surfaces ou des lignes équipotentielles. La force électrique en un point étant normale à la ligne ou à la surface équipotentielle qui y passe, l'écoulement d'électricité doit se faire normalement à cette ligne ou à cette surface équipotentielle. En d'autres termes, le conducteur doit être regardé comme traversé par une infinité de courants partiels, allant de l'entrée à la sortie du courant principal, et dont les directions sont en tous leurs points perpendiculaires aux lignes équipotentielles qu'elles rencontrent.

On conçoit d'ailleurs que l'intensité de ces courants partiels, rapportée à un fil de section invariable que Ton isole par la pensée à l'intérieur du conducteur, ne soit pas la même pour tous. C'esten effet ce qui arrive, et il est possible de calculer les intensités relatives de ces divers courants partiels en lesquels on peut supposer que le courant principal est décomposé.

Le trajet de ces courants partiels et leur intensité relative varient d'ailleurs avec la position des points d'entrée et de sortie du courant principal dans le conducteur, points qui peuvent être eux-mêmes multiples. Si chacun de ces points est simple, les courants partiels les plus intenses sont évidemment ceux qui sont les plus voisins de la droite qui joint les deux points d'entrée et de sortie.

Ces considérations sont, au défaut d'homogénéité près, appli* cables au cas où le conducteur à trois dimensions est une portion du corps humain. Il faudra, par suite, disposer les points d'entrée et de sortie du courant principal de telle sorte que la région sur laquelle on veut faire agir le courant, soit sur le trajet des courants partiels les plus intenses. Bergonié a très judicieusement invoqué les considérations qui précèdent pour étabhr la théorie et mettre en évidence les avantages et les inconvénients des divers procédés (nombre et positions des points d'entrée et de sortie du courant principal) utilisés dans le traitement par l'électrolyse des déviations de la cloison du nez ; les observations cliniques ont

GOURANTS DÉRIVÉS. 975 d'ailleurs démontré à Bergonié l'exactitude de ses déductions

ttiéoriques. ^

Lorsque le conducteur à deux ou à trois dimensions n est pas homogène, on peut dire, d'une manière générale, que les couranls partiels sont plus intenses dans les parties dont la résistance est moindre.

573. Électrodes. — On appelle électrodes ou excitateurs les extrémités des conducteurs qui partent des pôles positif et négatif de l'électromoteur et qui sont destinées à être pion- ^ gées dans un liquide, lorsqu'on veut faire produire une action chimique par un courant, à être appliquées sur le corps ou à être introduites dans les tissus, lorsqu'une partie du corps doit faire partie du circuit extérieur.

La forme des électrodes varie presque à l'infini suivant l'effet à produire, la région d'application, etc., mais les électrodes sont toujours constituées par des corps au moins assez bons conducteurs de l'électricité.

Les électrodes destinées à être introduites dans les tissus sont des aiguilles en or, en platine, etc., c'està-dire en un métal inattaquable par les corps auxquels, ^jJaj^oîfrecoucomme nous le dirons plus tard, donne naissance l'ac- vert de peau, tion du courant sur les liquides de l'organisme.

Lorsque les électrodes doivent être appliquées sur la surface du corps, elles sont constituées par des pastilles 0 (fig. 347), plus ou moins larges, de cbarbon de cornues recouvertes de peau T et portées par un manche isolant A, ou formées d'une plaque d'étain B (Bg. 348) également recouverte de peau 0. Pour rendre conduc-

Éiecfr'ode*^' P^'^'^ recouvre ces électrodes, on plonge

étain recouvert préalablement celles-ci dans l'eau salée, de peau. L'électrode positive porte souvent le nom d'anode, l'électrode négative, celui de cathode.

574. Densité d'un courant. Électrode indifférente. — - On appelle densité d'un courant, aux points par lesquels ce courant pénètre dans le corps ou en sort, le rapport entre l'intensité du courant exprimée en milliampères et la surface de l'électrode correspondante exprimée en centimètres carrés.

en

La densité d'un courant est donc d'autant plus faible, pour une môme intensité, que l'on don ne une plus grande surface à l'électrode.

Il arrive souvent, dans les applications thérapeutiques de l'électricité, que l'une des électrodes a une très grande surface ; on lui donne alors le nom d'électrode indifférente, parce que, la densité correspondante du courant étant alors très faible, la portion du corps sous-jacent n'est que faiblement impressionnée par le passage du courant.

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