LAMPES A INCANDESCENCE
courant assez intense, et amenées au contact, les extrémités en regard sont portées à l'incandescence par le passage du courant. Si l'on vient alors à éloigner progressivement les charbons, un arc lumineux, appelé arc électrique, jaillit entre les extrémités en regard des deux tiges.
L'arc voltaïque possède une température très élevée et une intensité lumineuse très considérable; l'une et l'autre de ces propriétés sont utilisées, la première pour produire des actions chimiques, la seconde pour réaliser un éclairage intense.
Les personnes qui s'exposent à l'action directe de l'arc voltaïque, c'est-à-dire qui ne protègent pas par des écrans les parties du corps découvertes, peuvent éprouver ce que l'on appelle un coup de soleil électrique (érythème delà peau, gonflement des paupières, pbotophobie, amblyopie, etc.).
578. Lampes à incandescence. — Elles sont basées sur le dégagement de lumière qui accompagne le dégagement de chaleur engendré par le passage d'un courant dans un conducteur qui est porté à une température suffisante.
Le conducteur à employer doit être évidemment difficilement fusible; mais le platine, par exemple, qui satisfait à celte condition, est rapidement désagrégé par le passage du courant lorsque le métal est porté à une très haute température. Edison a eu le premier l'idée de substituer aux conducteurs métalliques un fil de charbon obtenu avec un filament de bambou calciné à une température élevée. De cette substitution résultent deux avantages : le charbon résiste mieux que le platine ; eu outre son pouvoir émissifest plus élevé que celui de ce métal.
Pour empêcher d'ailleurs l'oxydation qui se
ÉLKUTÏllCllTÉ.
produirait si le charbon était porté à l'incandescence dans l'air le filament est enfermé dans une ampoule de verre à l'inlérieur de laquelle on a fait un vide à 0°"".01 ou 0™'».02 de mercure; les extrémités du filament sont réunies à deux fils de platine qui traversent la paroi de l'ampoule et que l'on met en communication avec les deux pôles d'un électromoteur.
La quantité de chaleur, et par suite l'intensité lumineuse, dépendant de l'intensité du courant et de la résistance du fil de charbon, il faudra régler l'intensité du courant d'après la résistance de la lampe à utiliser. Pour une intensité de courant trop faible, le filament de charbon n'émet pas assez de lumière; pour une intensité trop forte, le charbon est volatilisé.
L'emploi des lampes à incandescence est aujourd'hui assez répandu comme procédé d'éclairage; ce procédé présente sur les autres l'avantage de ne donner lieu à aucun produit de combustion pouvant vicier l'air des locaux éclairés.
Fig. 352. — Cystoscopeen'place {Revue gén. des Se.).
579. Endoscopie. — Les dimensions} très restreintes auxquelles on peut réduire les lampes à incandescence et le peu de chaleur que ces lampes dégagent sont les raisonsqui ont déterminé
GALVANOGADSTIQUE CHIMIQUE. 983
leur emploi, en médecine, pour l'endoscopie, c'est-à-dire pour l'éclairage des cavités profondes.
La figure 351, par exemple, représente un miroir laryngoscopique D muni d'une petite lampe h incandescence B fixée à l'extremité d'un manche isolant A à travers lequel passent les deux fils conducteurs qui aboutissent aux deux pôles d'un électromoteur.
En fixant une lampe à incandescence à l'extrémité d un tube, de dimensions et de forme convenables, que l'on introduit dans la vessie on éclaire la paroi vésicale, et si le tube est mum, à son extréniité extérieure, d'un système oculaire, cette paroi peut être explorée de visu. L'instrument obtenu ainsi porte le nom de cystoscope ; il est représenté en place sur la figure 352.
IIL — Effets chimiques. Galvanocaustique
chimique.
580. Lois de Faraday. — Les phénomènes de décomposition produits par les courants portent le nom à'électrolyse, et l'on apçelie électrolyte le corps soumis à la décomposition. L'état liquide favorisant ces phénomènes et rendant en outre plus facile l'observation et les mesures, il est utile, lorsque le corps à décomposer est solide, de le dissoudre dans un liquide.
L'électrolyse des corps organiques est encore imparfaitement connue, mais celle des sels métalliques se fait, au double point de vue qualitatif et quantitatif, conformément à des lois générales bien établies.
Rappelons d'abord que les corps résultant des décompositions n'apparaissent que sur les électrodes mômes ; on sait que ce fait a été expliqué par Grotbus en admettant que les molécules de l'électrolyte sont toutes orientées, par le passage du courant, de la môme manière en files linéaires d'une électrode à l'autre. Les décompositions s'opéreraient ainsi de molécule à molécule, séparant le métal du radical auquel il est combiné, et s'accompagneraient de recompositions entre les éléments séparés des molécules consécutives; il n'y aurait ainsi que la première et la dernière molécule de chaque série dont la décomposition laisserait libres des parties dissemblables.
Au point de vue qualificatif, l'expérience montre que: Lorsqu'un sel métallique est décomposé, le métal se dépose
toujours au pôle négatif et le radical au pôle positif. Les lois quantitatives de l'électrolyse, établies par Faraday, sont
les suivantes :
1" Pour un môme électrolyte, la quantité de métal déposée au pôle négatif pendant un temps donné est proportionnelle à la quantité d'électricité qui a circulé, c'est-à-dire proportionnelle à l'intensité du courant et à la durée de l'expérience •
2" Lorsque plusieurs électrolytes sont simultanément décomposés par un môme courant, les quantités des divers métaux déposées pendant le même temps sont proportionnelles aux poids atomiques de ces métaux, ■
581. Actions secondaires. — Les corps mis en liberté par le passage du courant peuvent réagir soit sur les métaux des électrodes, soit sur l'électrolyte lui-même. On donne le nom d'actions secondaires aux réactions chimiques produites dans ces conditions.
Uq exemple simple de ces actions secondaires est fourni par l'électrolyse d'une solution de SO^Ou dans laquelle plongent des électrodes de cuivre. Le radical 80'', dégagé au pôle positif, attaque le Ou de l'électrode et reforme autant de SO^Gu que le courant en a décomposé. La richesse de la solution reste donc constante, et Ton peut dire que l'effet du courant se réduit à un transport de Cu du pôle -f au pôle — .
La galvanoplastie consiste dans l'utilisation de ces actions secondaires.
Les actions secondaires consécutives à l'électrolyse des sels alcalins intéressent directement le médecin, car elles sont la base d'un emploi thérapeutique des courants désigné sous le nom de galvanocaustique chimique.
Soit une solution de SO^'K^ dans laquelle le courant est amené au moyen d'électrodes inattaquables en platine. Le métal alcalin, qui se dégage au pôle négatif, y décompose l'eau, forme K^O et met en liberté ; au pôle positif, 80'' mis en liberté décompose également l'eau et forme SO-'-HS d'où résulte un dégagement d'oxygène. Par suite des actions secondaires, les choses se passent donc comme si le courant avait décomposé SO^'K-' en K^O mis en liberté
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au pôle négatif, et SO^ dégagé au pôle positif, où cet anhydride se serait combiné à l'eau de la dissolution.
Des phénomènes analogues se produisent lors de l'électrolyse des divers sels alcalins et des sels ammoniacaux, le radical AzH'' de ces derniers se comportant comme un métal alcalin.
582. Galvanocaustique chimique. — Les liquides qui baignent les tissus de l'organisme contiennent en dissolution un certain nombre de sels alcalins : chlorure, sulfate, carbonate de
potassium ; la proportion relative de ces sels est de 4e'.92 par
litre pour le chlorure, de 0s'.44 pour Je sulfate, etc. Lorsque ces corps dissous seront soumis à l'action d'un courant convenable, ils subiront des décompositions qui, par suite d'actions secondaires, se résumeront en la mise en liberté d'nn acide chlorbydrique, sulfurique. . . au pôle positif, et d'une base alcaline au pôle négatif. Or, l'une et l'autre de ces catégories de corps produiront sur les tissus des cautérisations ; de là le nom de galvanocaustique chimique donné au procédé qui utilise les actions secondaires des courants pour cautériser.
Les effets de cautérisation produits par les acides ne sont d'ailleurs pas absolument identiques à ceux que .produisent les bases ; les escharres obtenues sont dures et réti-actiles dans le premier cas, molles et non rélractiles dans le second.
L'électrode active, qui sera suivant le cas l'électrode positive ou l'électrode négative, est constituée par une aiguille de platine, inattaquable, que l'on introduit dans le tissu à cautériser, et l'un des avantages de ce procédé de cautérisation résulte de la possibilité de limiter exactement l'effet produit.
L'électrode qui ne doit pas agir, ou électrode indifférente, est constituée par une large plaque conductrice de telle sorte que, la densité correspondante du courant étant très faible, il n'y ait pas de cautérisation produite.
Gauthier s'est servi d'électrodes positives en cuivre, métal attaquable par les corps mis en liberté au pôle positif ; le sel de cuivre formé alors produirait, en se diffusant dans les tissus, une action utile dans plusieurs cas. En introduisant de l'iodure de potassium dans les tumeurs, au moyen d'un trocart, et électrolysant ensuite, Gauthier aurait de môme obtenu de bons effets qui résulteraient de l'action de l'iode rais en liberté par l'électrolyse.
Lorsqu'on électrolyse le sang, on observe, autour de l'électrode positive, une coagulation qu'il est rationnel de rapporter aux actions chimiques exercées par les courants. Ce fait a été utilisé pour le Iruileraent des anévrismes. Une aiguille, reliée au pôle positif de l'électromoteur, est introduite dans la poche anévrismale, tandis que l'autre pôle est réuni à une électrode indifférente ; le passage du courant produit une coagulation que l'on favorise en prenant pour électrode positive une aiguille en fer. Ce procédé d'électrolyse porte le nom de galvanopuncture.
L'électrolyse permet aussi de détruire les follicules pileux et constitue ainsi un bon procédé d'épilation, que l'on pratique avec une aiguille en or.
Dans tous ces usages thérapeutiques du courant électrique, l'intensité ne doit pas s'élever au-dessus de 20 à 30 milliampères. Cependant Apostoli emploie des courants dont l'intensité atteint jusqu'à 200 et même 250 milliampères dans l'électrolyse des tumeurs utérines. Par contre, lorsque le courant est utilisé, sur l'homme, pour des usages autres que l'électrolyse, l'intensité n'est souvent égale qu'à un petit nombre de milliampères ou même à une fraction de milliampère.
583. Actions cataphoriques. — Il convient de rattacher aux phénomènes d'électrolyse les actions cataphoriques ou de transport de liquides, qui sont engendrées par le courant électrique.
Dans un vase contenant de l'eau acidulée, on introduit un vase poreux plein du môme liquide et fermé par un bouchon à travers lequel passe un tube, ouvert aux deux bouts, qui constitue un manomètre à air libre. Si les deux vases sont munis chacun d'une électrode et que l'on fasse passer un courant, on constate que le niveau du liquide s'élève ou s'abaisse dans le tube manométrique suivant que le courant va du vase extérieur dans le vase en terre poreuse ou inversement. Il y a donc transport de liquide dans le sens du courant.
On a songé à utiliser cette propriété spéciale du courant pour faire pénétrer des médicaments à l'intérieur de l'organisme. A cet effet, l'électrode positive est constituée par un vase en verre rempli du liquide médicamenteux, fermé par une membrane destinée à être appliquée sur la pe.iu et muni d'un manche isolant, à travers lequel passe un fil de platine qui pénètre jusque dans la masse liquide.
A la suite d'expériences ainsi conduites, on a pu constater dans l'urine du sujet la présence de la substance active contenue dans le liquide de l'électrode positive. Toutefois cette pénétration des médicaments dans le corps par l'action catapborique du courant est encore sujette à discussion.
Il semble que l'on doive rattacber à la catapborèse les bons effets constatés par l'emploi du courant continu pour le traitement de l'bydrocèle, etc. Le courant paraît, en effet, agir alors par action catapborique pour entraîner dans la circulation générale les liquides qu'on lui fait traverser.