II. -- Leviers
60. Leviers du corps humain. — Les diverses pièces du squelette constituent des leviers de divers genres dans lesquels la puissance est due à la contraction des muscles, tandis que la résistance est représentée soit par le poids des leviers osseux et des
parties molles qui les recouvrent, soit par des forces extérieures à vaincre.
Le levier du premier genre se rencontre surtout dans les parties du corps dont la destination est moins de se déplacer pour accomplir un travail que d'être en équilibre. La tête nous offre un exemple d'un tel levier dont le point fixe est représenté par larticulalion occipito-atloïdienne ; la résistance, poids de la tête, passe en avant de cette articulation, tandis que la puissance due aux muscles de la nuque est située en arrière du point fixe du levier. Mais lorsque ces mêmes muscles sont employés à vaincre une résistance agissant en arrière de la tête et dirigée d'arrière en avant, ce qui arrive par exemple dans certaines péripéties d'une lutte, la tête agit alors comme levier du troisième genre.
Les leviers du second genre sont les plus rares. C'est à tort qu'un grand nombre d'auteurs voient un tel levier dans le pied de l'bomme, lorsque celui-ci se soulève sur les orteils, les talons abandonnant le sol. En effet, pour que l'on puisse se soulever ainsi, il faut tout d'abord incliner le corps en avant de telle sorte que la verticale passant parle centre de gravité rencontre le sol à l'intérieur de la nouvelle base de sustentation. La nécessité de cette condition, exigée par l'équilibre du corps, est démontrée expérimentalement, ainsi que l'a fait remarquer Bédart, par ce fait que, si l'on se place face à un mur, de manière à rendre impossible l'inchnaison du corps en avant, on ne peut faire détacher les talons du sol. Le poids du corps, résistance à vaincre, ne passe donc pas en arrière de l'articulation métatarso-phalangienne lors du soulèvement du corps, comme l'avancent ceux qui voient alors dans le pied un levier du second genre, mais bien en avant de cette articulation. Quant à la puissance, représentée par les muscles du mollet, elle est située en arrière de la même articulation. Il est donc inexact de dire que, lors du soulèvement du corps sur les orteils, le pied constitue un levier du second genre dont l'articulation métatarsophalangienne serait l'axe fixe.
Le plus grand nombre des pièces du squelette réalisent des leviers du troisième genre, circonstance favorable à la rapidité des mouvements. Les segments des membres supérieurs et inférieurs constituent autant de leviers du troisième genre, lorsqu'ils sont mus parles muscles fléchisseurs ou extenseurs.