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CHAPITRE XIV ET DERNIER

CONJECTURES SUR LA FORMATION DU SOLEIt ET DES PLANÈTES.

Conséquences générales de la loi de la grai^itation. — Hypothèse de Buffon. — Travaux dHerschell sur les nébuleuses. — Hypothèse de Laplace. — Formation desplanètes et des satellites. — Destination des comètes. — • Considérations générales. — Co/iclusion.

253. Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons partagé en différentes classes les astres que nous observons dans les cieux , et nous avons étudié chacun d'eux en particulier, en cherchant à dégager leurs mouvements réels d'une foule d'apparences plus ou moins trompeuses dont ils sont enveloppés. Après avoir r^otda à chaque corps céleste sa véritable place , et lui avoir assigné sa destination dans le grand oeuvre de Tunivers, nous avons dans la deuxième partie montré par quels moyens on a pu remonter de la connaissance des mouvements célestes aux causes qui les produisent , et nous avons été amenés à considérer tous les corps de la nature conmie le foyer d'une force attractive qui augmente proportionnell^ent à leurs masses , et qui décroit en raison inverse du carré des distances. Cette hypothèse

suUime, si c'en est une , explique à la fois, de la manière la plus simple , les principaux phénomènes du syj»tèm<î solaire, le mouvement des centres de' gravité des CGrp$ célestes autour du foyer des forces qui les animent , leur mouvement autour de leurs centres de gravité respectifs , eofin leurs figures et les oscillations des fluides qui les recouvrent. Tous ces phénomènes, qui semblaient isolés entre eux avant la découverte de la gravitation univer-r nelle , sont enchaînés l'un à l'autre par cette grande loi de la nature, en sorte qu'il est évident qu'ils ne pourraient exister séi>arément. Ainsi le triple mouvement de la terre imaginé par Copernic pour expliquer les mouvements ap* parents du soleil et des étoiles, dans le système de l'at* traction est le résultat simple et inévitable d'une force d'impulsion dont la direction n'aurait pas passé par le centre de gravité du sphéroïde terrestre. En vertu de cette force la terre tourne dans une orbite elliptique aijitour du soleil, et elle a pris en même temps un mouvement unifornae de rotation sur son centre ; la force centrifuge qui ré-r, suite de ce mouvement lui. a donné une figure aplatie vers les pôles, et l'action du soleil et de la lune sur ce 8{^éroïd« a imprimé à son axe de rotation, autour des pôlea de l'écliptique , le mouvement qui produit les phé^ nomènes de hi précession et de là nutation. Tous led mouvements des autres corps célestes , et leurs apparentes inégalités , résultent de la même loi et sont une conséquence logique du mouvement de la terre. « C'est uner chose vraiment digne d'admiration , dit Laplace, que la manière dont tous ces phénomènes , qui semblent au premier coup d'oil fort disparates, découlent d'une même loi qui les enchaîne au mouvement de la terre , en sorte

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que ce mouvement étant une fois admis» on est conduit par une suite de raisonnements géométriques à ces phénomènes. »

Le principe de la pesanteur universelle, traduit en langage algébrique , suffit pour rendre raison de toutes les altérations du mouvement elliptique des planètes , des comètes et des satellites. Ces altérations sont de deux espèces : les unes ne dépendent que des positions respectives des différents corps du système , et reprennent les mêmes valeurs toutes les fois qu'il revient à la même configuration : elles n'ont donc qu'un effet temporaire et pour ainsi dire alternatif; mais les autres qui s'attachent aux éléments mêmes , qui déterminent la figure et la position des orbites planétaires, les font varier par degrés insensibles dans la suite des siècles , et l'on a pu craindre que la stabilité du système n'en fût à la longue considérablement altérée. L'analyse a dissipé ces appréhensions. L'invariabilité des distances moyennes des planètes au soleil , et les étroites limites dans lesquelles seront éternellement renfermées les variations des excentricités et des inclinaisons de leurs orbites , assuré la conservation du système planétaire dans un état voisin de son état actuel; les orbites ne font qu'osciller autour d'un état moyen d'ellipticite et d'inclinaisons dont elles ne s'écarteront jamais que de très-petites quantités, nM88.

Les moyens mouvements planétaires sont invariables comme les grands axes d'où ils se déduisent par la troisième loi de Kepler, ce qui assure la constance de la durée de leurs révolutions sidérales , et en particulier celle de Tannée sidérale , ii* 187. Le moyen mouvement

de la lune est seul soumis à une inégalité séculaire considérable que l'observation a déjà rendue sensible , et qui par la suite des temps pourra s'élever à plusieurs circonférences ; mais l'accélération qui en résulte se changera enfin en un retardement , et le moyen mouvement après avoir été en croissant pendant un grand nombre de siècles , reviendra par des diminutions successives à son état moyen , n» 198. En général , toutes les inégalités séculaires sont périodiques comme les autres inégalités planétaires ; elles en diffèrent seulement en ce que leurs périodes sont infiniment plus longues. Les inclinaisons des équateurs des planètes sur leurs orbites respectives sont généralem^t très-petites, et les inégalités qui les affectent en se développant par la suite des temps n'y apportent que des variations peu considérables : ainsi, par exemple, l'obliquité de l'écliptique restera dans tous les siècles à peu près la même que nous la voyons aujourd'hui , condition qui assure la stabilité dans l'ordre et dans la température des saisons , sur la terre et sur les planètes, n® 230. Enfin , Tuniformité du mouvement de rotation de la terre assure la constance de la durée du jour , en ménle temps que la permanence des pôles à la surface de la terre et la stabilité de l'équilibre des mers nous garantissent contre les envahissements des continents par les eaux de l'Océan , et contre les désastres qui en seraient le résultat , n** 218. Ainsi donc , la théorie approfondie du système du monde assure aux races futures la paisible jouissance de tous les biens que nous possédons aujourd'hui ; il n'est soumis à aucune cause de destruction qui lui soit propre, et l'admirable constitution de Tunivers est telle, que les mêmes

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force» qui pféstdent à ses mouvements maintienàent réquilibre et la stabilité de toutes ses parties , en sorte que le monde matériel semble renfermer les raisons suffisantes de sa durée et de sa permanence, comme chacun des êtres animés qui Thabitent porte en lui-même Tinstinct de sa conservation.

s 54. La disposition du système solaire , qui assure sa durée, était aussi éminemment propre à faciliter les applications de l'analyse mathématique : admirable système, disait Lagrange , que Dieu semble avoir disposé tout exprès pour le calculer. Aussi il n'y a pas une des inégalités planétaires observées qui ne dérive de cette analyse avec une étonnante précision (1), souvent même il a été permis à la théorie de devancer l'observation et d'indiquer aux astronomes des inégalités nouvelles, qui par leur complication et la lenteur de leur développement n'auraient pu être découvertes parle seul secours de l'observation qu'après un grand nombre de siècles. Le géomètre aujour^ d'hui à l'aide d'un petit nombre de données qu'il emprunte à l'astronomie pratique, peut embrasser dans ses formules les mouvements de tous les corps célestes du système solaire, indiquer les états par lesquels il a passé depuis sa création, et prédire les changements qu'il subira dans les âges futurs. Toutes ces conséquences -qui dérivent d'un principe aussi simple que général, Newton a osé les entrevoir ; ses successeurs leur ont

(1) On cite une seule inégalité à longue période dans le mouvement de la lune , dont la théorie n*a pu encore découvrir la cause ; mais Texistence même de cette inégalité n*est pas constatée d*nne manière <5^rtaîne par Tobserratidu.

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doAné Isr rigueur de la démonstration, et, grâce à leurs travaux , la théorie du système du monde est devenue la plus sublime des sciences naturelles par son but , la plus complète par ses résultats.

n semble que c'était déjà beaucoup que d'avoir dé^ mêlé les vraies lois des mouvements célestes et d'être parvenu à assigner, avec tant de probabilités qu'elles équivalent prcsqu'à la certitude , la cause qui les produit. On aurait pu croire que l'esprit humain devait en rester là; mais dans les sciences , comme en toutes choses, il est rare que le succès n'éveille pas l'ambition au lieu de la satisfaire. Maître du grand secret que la nature emploie pour donner la vie au système plané-^ taire , cette gloire ne lui a pas suffi ; il a cherché en remontant les âges s'il ne parviendrait pas à percer le mystère de sa formation même , et il a osé concevoir la pensée bardie d'assister, pour ainsi dire, au spectacle de la création du monde.

Bnfion est le premier qui ait abordé une si vaste question^, et qui ait considéré sous ce point de vue philosophique la constitution de l'univers. Ses idées sur la formation primitive des planètes et des satel- Htes trouveraient peu de partisans aujourd'hui par^ mi les astronomes; mais cm ne saurait se dispenser d'en faire mention : c'est un hommage que l'on doit à tous les génies créateurs , qui, par leurs erreurs mêmes, ont contribué à l'avancement des sciences en ouvrant la route aux spéculations plus heureuses de leurs successeurs.

Buff on suppose donc que le choc d'une comète, tombant obliquement sur le soleil , a projeté au loin un torrent

de la matière qui le compose , comme une pierre lancée dans un bassin fait jaillir Feau qu'il contient. Ce torrent de matière en fusion s'est brisé en plusieurs parties , qui se sont arrêtées à différentes distances du soleil, suivai^t leur densité ou l'impulsion qu'elles avaient reçue; elles se sont ensuite réunies en globes par l'effet du mouvement de rotation , et en se condensant par le refroidissement elles sont devenues opaques et solides , et pat formé les planètes et les satellites.

Ce système explique très-simplement l'unité de direction, du mouvement de translation des planètes, qui circulent toutes, comme on sait, d'occident en orient, autour du soleil ; mais il n'en est pas de même du mouvement de rotation, et l'on ne trouve aucune raison pour que ce mouvement s'opère dans le sens du mouvement de translation plutôt que dans le sens contraire. Or, c'est l'un des faits les plus remarquables indiqués par l'observation p. h7i, que cette identité du sens des mouvements de translation et de rotation des planètes et des satellites. On ne voit pas davantage pourquoi les orbites des planètes sont toutes à peu près circulaires et comprises dans une zone étroite de la sphère céleste , tandis que les comètes se meuvent dans des orbes très-excentriques et sous des inclinaisons quelconques^àTécliptique. L'hypothèse de Buffon sur l'origine des planètes et des satellites est donc fort éloignée de satisfaire aux principaux phénomènes qui caractérisent le système planétaire, et ne peut mériter aujourd'hui un examen sérieux.

255. Essayons avec Laplace de nous élever par une autre voie à leur véritable cause. Ce nouveau système a. pour base les beaux travaux qu'a faits W . Herschell^ à l'aide de

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ses puissants télescopes , sur les nébuleuses. On sait que l'on appelle ainsi des taches blanchâtres que Ton aperçoit dans les différentes parties du ciel, dont elles occupent une grande étendue. En observant avec attention ces taches , on verra d'abord dans quelques-unes la matière nébuleuse confondue à l'état le plus diffus , et ne réfléchissant qu'une lumière faible et à peu près uniforme ; dans d'autres cette matière se condense faiblement autour d'un ou de plusieurs noyaux peu brillants ; dans quelques autres ces noyaux ont un éclat plus vif ^ relativement à la nébulosité qui les environne : ensuite les atmosphères de chaque noyau venant à se séparer par une condensation ultérieure , il en résulte des nébuleuses multiples , formées de noyaux brillants trèsvoisins, et enveloppées chacune d'une atmosphère. Enfin , un plus haut degré de condensation transforme toutes ces nébuleuses en étoiles. En groupant sous un même point de vue ces observations faites sur un grand nombre de nébuleuses différentes , Herschel suppose qu elles représentent le travail successif qui s'opère sur un seul et même amas de matière nébuleuse , qui passerait de son état primitif de nébulosité complètement diffuse et de noyaux à peine lumineux à l'état d'étoiles les plus brillantes. Les progrès de la condensation qui opère cette transformation ne pourraient devenir sensibles pour nous qu'après un grand nombre de siècles ; mais on peut les découvrir de cette manière en les suivant à Ja fois sur l'ensemble des nébuleuses répandues dans le ciel , de même qu'un naturaliste qui voudrait connaître les développements successifs des organes d'un être animé, les étudierait sur des individus de différents âges.

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Puisque robservation attentive des nébuleuses semble indiquer leur transformation en étoiles , à des époques plus ou moins reculées , on doit supposer par analogie que les étoiles existantes et le soleil lui-même étaient autrefois des amas de matière nébuleuse que la condensation a réduits à Tétatoù nous les voyons aujourd'hui* D'après cette induction , nous sommes conduits à considérer le soleil , à Forigine des choses , comme composé d'un noyau plus ou moins brillant, enveloppé d'une vaste atmosphère qui pouvait s'étendre d'abord, par l'eflet d'une chaleur excessive, au delà des orbes de toutes les planètes , et que la condensation a resserrée successivement dans ses limites actuelles.

Cette atmosphère , que Ton peut supposer douée d'un mouvement de rotation autour de son centre de gravité, soit que ce mouvement résulte de l'attraction réciproque de toutes ses parties , soit qu'il lui ait été communiqué primitivement, a dû , en se condensant par le refroidissement, abandonner dans le plan de soa équateur des zones de vapeurs composées de substances qui avaient besoin d'un froid plus intense pour revenir à l'état hquide ou à l'état solide. Ces zones ont dû commencer par circuler autour du soleilsousla forme d'anneaux concentriques , dont les molécules les plus volatiles ont formé la partie supérieure, et les molécules les plus condensées la partie inférieure.

Si toutes les molécules nébuleuses dont ces anneaux se composent avaient continué à se refroidir sans se désunir, elles auraient fini par former un anneau liquide ou solide. Mais la disposition régulière que devraient avoir pour cela toutes les parties de l'anneau et

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Qu'elles deyràient conserver dans leur refroidissement , a du rendre ce phénomène extrêmement rare. Aussi, le système solaire ne nous en offre-t-il qu'un seul exemple» celui des anneaux de Saturne. Généralement Tanneau a ' dû se briser en plusieurs fragments , qui ont continué à circuler à la même distance autour du soleil , et avec des vitesses à peu près égales, en même temps que, par l'effet de leur séparation , ils acquéraient un mouvement de rotation autour de leur centre de gravité respectif; et comme les molécules de la partie supérieure deFanneau, c'est-à-dire les molécules les plus éloignées du centre du soleil , avaient nécessairement une vitesse absolue plus grande que les molécules de la partie inférieure qui en étaient plus rapprochées , le mouvement de rotation, commun à tous les fragments, a du être toujours dirigé dans le même sens que celui du mouvement de translation.

Cependant , si après leur division lun de ces fragments s'est trouvé assez supérieur aux autres pour les réunir à lui par son attraction , ils n'auront plus formé qu'une seule masse de vapeurs , qui , par le frottement continuel de toutes ses parties et les lois de l'équilibre des fluides combinées avec celles du mouvement de rotation , a dû prendre la forme d'un sphéroïde aplati aux pôles , et allongé dans le sens de son équateur. Voilà donc les anneaux de vapeur , abandonnés par les retraits successifs de l'atmosphère du soleil , transformés en autant de planètes à l'état de vapeurs circulant autour du soleil , et douées d'un mouvement de rotation dirigé dans le sens de leur révolution. Ce cas a dû être le plus commun ; mais celui où les fragments de quelque anneau

auraient formé plusieurs planètes distinctes , animées de vitesses différentes , a pu aussi se réaliser ; et les quatre planètes télescopiques , Gérés » Junon > Pallas et Yesta , découvertes au commencement de ce siècle, semblent en offrir un exemple ; à moins que l'on n^admette, d'après Olbers , qu'elles sont les éclats d^une seule et même planète qu'une forte commotion intérieure a brisée.

Il est facile d'imaginer les changements successifs que le refroidissement doit amener dans les planètes dont nous venons d^indiquer la formation. En effet , chacune de ces planètes à l'état de vapeurs est en tout comparable à une nébuleuse de première création; elles doivent donc, avant d'arriver à l'état de fixité , passer par tous les degrés de transformation que nous venons de suivre dans le spleil. D'abord , la condensation de leur atmosphère formera autour du centre de la planète un noyau composé de couches superposées d'inégales densités , les matières les plus denses ayant dû par leur pesanteur se rapprocher du centre , et les plus volatiles gagner la surface; comme on voit dans un vase divers liquides se ranger les uns au-dessus des autres suivant leur pesanteur spécifique , pour arriver à l'état d'équilibre. L'atmosphère de chaque planète pourra , comme celle du soleil , en se retirant , abandonner derrière eUe des zones de vapeurs qui formeront une ou plusieurs planètes secondaires , circulant autour de la planète principale comme la lune autour de la terre , et les satellites autour de Jupiter, Saturne et Uranus; ou bien qui formeront, en se refroidissant sans se diviser, une ceinture solide et continue , comme nous en avons un exemple dans l'anneau de Saturne. Dans tous les cas, le sens du

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mouvement dé rotation et de translation des satellites ou de l'anneau, dcfvra être le même que celui du mouvement de rotation de la planète , et c'est ce qu'en effet l'observation confirme complètement.

L'étonnante coï'ncidence de tous les mouvements planétaires> phénomène qu'on ne saurait, sans enfreindre toutes les lois des probabilités > regarder comme un simple effet du hasard , se trouve donc résulter de la formation même du système solaire dans cette ingénieuse hypothèse : on voit encore pourquoi les orbes des pla« nètes et des sateUites doivent être peu "excentriques et ne s'écarter que légèrement du plan de l'équateur solaire . Une harmonie parfaite entre la densité et la température de leurs molécules à l'état de vapeurs aurait rendu les orbites rigoureusement circulaires et les aurait fait coïncider avec le plan de cet équateur ; mais comme cette régularité ne pouvait exister entre toutes les parties de masses si considérables , il a dû en résulter les petites excentricités des orbites des planètes et des satellites , et leur déviation du plan de l'équateur solaire.

Lorsque dans les zones que l'atmosphère solaire abandonnait, il s'est trouvé des molécules trop volatiles pour s'unir entre elles ou aux planètes , elles doivent continuer à circuler autour de cet astre sans présenter aucune résistance sensible aux mouvements des corps planétaires, soit à cause de leur extrême rareté, soit parce que leur mouvement s'effectue dans le même sens que celui des corps qu'elles rencontrent. Ces molécules errantes doivent ainsi nous offrir toutes les apparences de la lumière zodiacale.

Nous venons de voir que la figure des corps célestes

était un résultat nécessaire de leur fluidité à l'origine des temps. Le phénomène singulier que nous présente l'égalité rigoureuse que l'observation indique entre les moyens mouvements de rotation et de révolution de chaque satellite, égalité qui rend invisible à jamais l'hémisphère de la lune qui nous est opposé , n"" 240 , est encore une conséquence très-simple de cette hypothèse. En effet , en supposant qu'une différence quelconque ait existé entre le moyen mouvement de rotation et de révolution de notre satellite lorsqu'il était encore à l'état de vapeurs ou à l'état fluide ; l'attraction de la terre a dâ d'abord allonger le sphéroïde lunaire dans le sens de son axe dirigé vers la terre. La même attraction a dû tendre à diminuer insensiblement la différence qui existait entre le mouvement de rotation et le mouvement de révolution de la lune, de manière à la renfermer entre d'étroites limites, condition suffisante pour que Taxe de son équateur dirigé vers la terre n'ait plus été assujetti qu'à une espèce de balancement périodique, constituant le phénomène de la libration. Si ces oscillations n'ont pu être reconnues jusqu'ici par l'observation, c'est qu'elles auront disparu dans la suite des temps par les résistances qu'elles ont éprouvées , comme les oscillations de l'axe terrestre dans nntérieur de la terre, provenant de l'état initial du mouvement, ont été anéanties , et comme ont disparu enfin tous les mou«* vementç des corps célestes qui n'ont pas une cause permanente.

2 56. Les principaux phénomènes du système planétaire s'expliquent donc avec une extrême facilité dans l'hypothèsç que nous examinons ; et si l'on ajoute que ces

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transformations successives d'une masse nébuleuse, et l'abandon d'une partie de sa substance par le refroidissement , peuvent s'accorder avec tous les principes de la mécanique , elle acquerra un grand degré de vraisemblance. Dans cette hypothèse, la formation des planètes n'aurait pas été simultanée ; elles ont été créées successivement à des siècles d'intervalles ; les plus anciennes sont celles qui sont les plus éloignées du soleil; et les satellites sont d'une date plus récente que leurs planètes respectives. Peut-être , s'il nous était permis d'atteindre jusque là, pourrions-nous , par l'examen de la constitution de chaque planète , remonter à l'époque de sa formation , et assigner à chacune son âge dans cette chronologie de l'univers.

On voit encolle que la vitesse du mouvement de translation de chaque planète telle qu'elle est aujourd'hui, •doit peu dilïérer de celle qu'avait le mouvement de rotation du soleil à l'époque où la planète s'est détachée de son atmosphère. Et comme le mouvement de rotation a dû s'accélérer à mesure que les molécules solaires se sont resserrées par le refroidissement pour que la somme des aires qu'elles décrivent autour du centré de gravité restât toujours la même, n° 174, il s'ensuit que le mouvement de révolution doit être d'autant plus rapide que la planète est plus voisine du soleil, comme l'observation l'indique. Il en résulte encore que lu durée de la rotation soit du soleil , soit d'une planète , doit être plus courte que la durée de la révolution du corps le plus voisin qui circule autour de ces astres : c'est ce que l'observation confirme complètement, même dans les circonstances où la différence entre les durées des deux

mouvements doit être très-petite. Ainsi , l'anneau intérieur de Saturne étant très-voisin de la planète, la durée de sa rotation doit être presque égale , mis un peu plus longue que celle de la planète. Les observations d'Herschel donnent en effet 0^,432 pour la durée de la rotation de Tanneau , et 0i,427 pour celle de la planète n* 2o5 : comment donc ne pas admettre que^cet anneau a été formé par la condensation de l'atmosphère de Saturne , qui jadis s'est étendue jusqu'à lui. Peut-être pourrait-on déduire des lois de la mécanique, d'après les dimensions actuelles du soleil et la durée connue de sa rotation , la relation qui devait exister entre le rayon vecteur de sa surface et le temps de sa rotation dans les différents états de concentration par lesquels il a passé. La troisième loi de Kepler , n^ 107, ne serait plus alors un simple résultat de l'observation , elle se déduirait directement des lois primordiales de la formation des corps célestes.

Dans ce système , comme dans celui qu'avait proposé Buffon , la forme particulière des planètes, l'abaissement des pôles et le renflement de leur équateur ne sont qu'une conséquence rigoureuse des lois de l'équilibre des fluides , et l'on explique sans peine la plupart des phénomènes observés par les géologues dans la constitution du globe terrestre , qui paraîtraient inexplicables si Ton n'admettait pas que la terre et les planètes ont été originairement fluides.

267. Voyons maintenant quelle est l'origine et le rôle que cette hypothèse assigne aux comètes. Laplaceles suppose étrangères au système planétaire , et il les regarde comme des amas de Vapeurs formés de l'agglomération de la matière lumineuse répandue de toutes parts dans

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Tunivers et errant au hasard dans les différents systèmes solaires. Des comètes seraient ainsi, relativement au système planétaire , ce que sont les aérolithes par rapport à la terre, avec laquelle ils semblent n'avoir aucune connexion d'origipe. Lorsqu'une comète s'approche assez des régions de l'espace que notre système occupe, pour entrer dans la sphère d'activité du soleil , l'attraction de cet astre combinée avec la vitesse acquise de la comète la force à décrire un orbe elliptique ou hyperbolique. Mais comme la direction de cette vitesse est absolument arbitraire , les comètes doivent se mouvoir dans tous les sens et dans toutes les parties du ciel.

Les orbites cométaires pourront donc avoir toutes les inclinaisons à l'écliptique , et cette hypothèse explique également bien la cause des grandes excentricités dont elles sont géi^éralement affectées. En effet , si les courbes que les comètes décrivent sont des ellipses , elles doivent être très-allongées puisque leurs grands axes sont au moins égaux au rayon delà sphère d'activité du soleil, et nous ne devons apercevoir par conséquent que ceux de ces astres dont les excentricités sont très-graûdes et dont la distance périhélie est peu considérable ; les autres , à cause de leur petitesse en général , et de leur éloignement , seront toujours invisibles , à moins que la résistance de l'éther, l'attraction des planètes, ou d'autres causes inconnues , ne diminuent leur distance périhélie et ne les rapprochent de l'orbe terrestre. Les mêmes circonstances ont pu changer les orbites primitives de quelques comètes dans les ellipses dont les grands axes sont beaucoup moins considérables , et c'est ce qui sera arrivé probablement aux comètes périodiques de 1759 ,

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1819 et 1832. Les lois du mouvement curviligne montrent d'ailleurs que Teiicentricité de l'orbite dépend principalement de la direction du mouvement de la comète à son entrée dans la sphère d'activité du soleil ; et comme ce mouvement est possible dans toutes les directions , il n'y a pas de limites fixées à la grandeur des excentricités des orbites des comètes.

Si , lorsque les planètes se sont formées , quelques comètes ont pénétré dans les atmosphères du soleil et des planètes , la résistance qu'elles en ont éprouvée a dû détruire graduellement les vitesses dont elles étaient animées ; elles ont dû alors tomber sur ces corps en décrivant des spirales , et leur chute aura eu pour effet d'écarter les plans des orbites et des équateurs des planètes du plan de l'équateur solaire. C'est donc en partie à cette cause, et en partie à celles que nous avons développées plus haut , que l'on peut attribuer les légères déviations que nous y apercevons aujourd'hui.

258. Telle est en résumé Thypothèse proposée par Laplace sur Torigine du système solaire. Cette hypothèse explique de la manière la plus, satisfaisante les trois phénomènes les plus remarquables que nous présentent les mouvements planétaires.

1* Le mouvement des planètes dans le même sens et à peu près dans un même plan ;

2* Le mouvement des satellites dans le même sens que leurs planètes ;

3* La singulière coïncidence en direction des mouvements de rotation et de translation des planètes et du soleil qui dans les autres systèmes présenterait des difficultés inextricables.

d'astronomie. 60d

Les phéiKHoèDes non moins remarquables de la peti-^ tesse des excentricités et des inclinaisons des orbes pla* nétaires en sont aussi une conséquence nécessaire, tandis qu^on voit en même temps pourquoi les orbes des comètes s^écartent de cette loi générale et peuvent être très-excentriques , et avoir des inclinaisons quelconques au plan de Técliptique. L'aplatissement de la figure des planètes , indiqué sur la terre par Taccroissement des degrés du méridien et par Taugmentation régulière de la pesanteur en allant deTéquateur aux pôles , n'est que le résultat de lattraction de leurs molécules lorsqu'elles étaient encore à l'état de vapeurs , combinée avec la force centrifuge produite par le mouvement de rotation imprimé à la masse fluide. Enfin , parmi les phénomènes que les mouvements et la figure des corps célestes nous présentent, on n'en trouve pas un qui ne puisse s'expli*quer avec une extrême facilité par la condensation successive de l'atmosphère solaire; et plus Ton approfondit toutes les circonstances de ce système , plus on est porté à en reconnaître la probabilité (1).

Sans doute, si comme Laplace le dit lui-même, une hypothèse qui n'est pas fondée sur le calcul ou sur l'observation, doit toujours être présentée avec une extrême défiance , celle-ci , on en conviendra , acquiert du moins , par la réunion et l'accord de tant de faits divers , tous les caractères de la vraisemblance. Mais ce qui surtout la distingue selon moi des systèmes ordinaires , c'est

( 1 ) Je n ai pu que résunier ici les idées de Laplace sur la forinatio]> du système solaire. C'est dans V Exposition du Sysihnie du monde qu* on trouvera tous les développements qui peuvent donner plus de probabilité à son ingénieuse hypothèse.

ÏOO PRÉCIS

Tidentité qu'elle établit entre la formatioa du système solaire et celle des étoiles répandues avec tant de profusion dans le ciel.

Tous les faits sont liés entre eux dans la nature , tous découlent d'un petit nombre de lois générales et simples., et la tàcbe de Tbomme de génie consiste à découvrir ces liaisons secrètes , ces rapports inconnus qui rattachent les uns aux autres des phénomènes qui pour le vulgaire ne paraissent avoir aucune analogie. En remontant ensuite d'un phénomène où là loi primitive est facile à saisir, à l'explication d'autres phénomènes où des circonstances particulières la compliquaient au point de la dérober à ses yeux , il les voit tous découler d'une même source, et le secret de la nature lui appartient. C'est ainsi que les lois du mouvement elliptique des planètes conduisirent Newton au grand principe de la pesanteur universelle , qu'il eût cherché en vain dans les phénomènes moins simples du mouvement de rotation de la terre , ou du flux et du reflux des mers. Mais ce grand principe une fois découvert, toutes les circonstances des mouvements planétaires furent expliquées jusque dans leurs plus petits détails , et la stabilité du système solaire ne fut plus elle-même qu'une conséquence rigoureuse de sa conformation , sans que , pour l'assurer, Dieu , comme le croyait Newton , soit jamais obligé de retoucher à son ouvrage. Laplace , en étendant à toutes les étoiles existantes, et par suite au soleil, le mode de condensation qui transforme les nébuleuses en étoiles , a su rattacher l'origine du système planétaire aux lois primordiales du mouvement , sans recourir à aucune hypothèse étrangère à celle de l'attraction. Il n a

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donc donné qu une ei^teusion nouvelle à la grande loi de la gravitation universelle , qui probablement est le principe unique et suffisant de la création du monde physique comme elle est celui de sa conservation.

L%ypothèsede BuSon exigeait non-seulement la chute sur le soleil d'une comète aussi grosse que la somme des masses de toutes les planètes et de tous les satellites, ce qui est déjà passablement invraisemblable ; mais pour expliquer la formation des innombrables systèmes planétaires que Timagination peut supposer autour de chaque étoile comme autour du soleil , il eut fallu concevoir la chute d'autant de nouvelles comètes , et la raison se refuserait bientôt à croire a des hasards si souvent répétés, et toujours renouvelés au gré des besoins qu'on en a. Le principe de la condensation des atmosphères des nébuleuses , au contraire , est général , , et il a dû produire sur toutes les étoiles et sur toutes les planètes. des phénomèneè à peu près analogues.

Si les idées de Laplace sur l'origine du monde n'ont point encore acquis ce degré de certitude que Tappui du calcul et de l'observation peut seul donner , et sans lequel les plus beaux systèmes ne sont encore que de brillantes conjectures, rappelons-nous que la théorie de l'attraction avait été devinée par Kepler (1) longtemps avant que Newton n'en eût prouvé la vérité mathématique. Reportons les yeux en arrière , voyons le point d'où nous sommes partis, et ne désespérons pas des efforts de l'esprit humain. Peut-être est-il réservé à notre siècle d'accomplir enfin cette prédiction d'un philosophe

{i) De sUlld Martis,

702 PRÉCIS d'astronomie.

derantiquité : « Le temps s^iendra où les secrets les plus profonds de la nature nous seront déi^oilés ; ef la postée rite s'étonnera que l'explication si simple de ces grands phénomènes nous ait été si longtemps cachée (1). »

( I) Sënèque y Questions naturelles , lirre th.

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