‹ Traité élémentaire de physiqueChapitre 46 sur 129 · ACTION DES GOURANTS SUR LB8 GORTS ORGANISÉS · texte numérisé non relu

ACTION DES GOURANTS SUR LB8 GORTS ORGANISÉS

1128. Les cadavres de rbomme et des animaux y peu de temps après la mort, et surtout ceux des animaux à sang froid , éprouvent par les courants électriques des contractions qui reproduisent tous les mouvements de la vie. Les limites dans lesquelles nous d(v vous nous renfermer ne nous permettent pas d*exposer les nombreuses expériences qui ont été foiles sur ce sujet; nous nous bornerons à rapporter quelques-uns des résultats les plus remarquables.

1 1 20. Les contractions que les courants font nattre dans les corps organisés peuvent également se produire par l'électricité de tension, ou par celle qui résulte de la chaleur et des actions chimiques; ces contractions ne paraissent se manifester que par l'intermédiaire des nerfs. Les nerfs, comme on sait, partent du cerveau et de la moelle épinière, se ramifient dans toutes les parties du corps, et viennent s'épanouir sous Tépiderme. Les cadavres de grenouilles récemment tuées sont d une susceptibilité extrême, et éprouvent de vives contractions par les plus folbles décharges électriques; ces observations remontent à (lalvani, et elles ont été la cause occasionnelle de la belle découverte de Volta.

i 1 50. Pour préparer une grenouille destinée aux expériences galvaniques, on coupe avec des ciseaux la colonne vertébrale audessous des paltes de devant; en retournant la peau , on obtient de suite les cuisses écorchées surmontées d'une partie de la colonne vertébrale, ensuite on enlève les chairs de manière à laisser à nu les nerfs lombaires. Si on place la grenouille ainsi préparée à peu de distance d'une machine électrique en mouvement, et qu'on touche les nerfs avec un corps conducteur, à chaque étincelle tirée de la machine , les muscles sont fortement agités par TelTet du choc en retour : c'est la première obser\ation de Galvani. En établissant la communication entre les nerfs lombaires et les cuisses par un arc composé de deux métaux , les muscles des cuisses éprouvent de vives agitations; elles cessent aussitôt que le courant est établi, et se reproduisent quand on interrompt le circuit. Lorsque la grenouille a été promptement préparée, et qu'elle était trèsvive, on obtient des contractions très-prononcées en mettant directement les nerfs en contact avec les muscles. Lorsqu'un courant a passe quelque temps à travers une grenouille, elle ne se contracte plus quand on ouvre et qu'on ferme le circuit : l'atTaiblissement de la sensibilité est d'autant plus considérable que le courant est plus fort. En changeant la direction du courant, Texcitabilité

reparaît. Le repos produit, en partie seuleinenl, Tcffct d'un courant opposé; mais après une heure et souvent moins, rirritabilité a disparu sans retour. 11 résulte des expériences de MM. Lehot, Bellingeri et Marianini, que quand un nerf déjà afliiibli est excite par un courant, les muscles correspondants se contractent , pourvu que le courant soit dirigé dans le sens des ramiûcations nerveuses; mais alors aucune contraction ne se manifeste quand on ouvre le circuit; si le courant chemine en sens contraire, il ne se produit pas de contractions quand on ferme le circuit, mais elles se manifestent à l'ouverture. M. Nobili a reconnu que quand on tou(!he les nerfs avec les muscles, il se produit un courant qui va des nerfs aux muscles, et qu'il existe des courants naturels dans les animaux; et M. Matteucci est parvenu à faire des piles électriques en réunissant des cadavres de grenouilles. Nous ne pourrions entrer dans plus de détails sans dépasser les limites d'un livre élémentaire. Nous renvoyons les lecteurs aux Leçons sur les phénomènes physiques des corps vivants, et au Traité des phénomènes électrophysiologiques des animaux, publiés récemment par M. Mattcucci , qui a fait une étude spéciale des questions dont il s'agit.

1151. Par le même mode d'excitation on est parvenu à produire sur plusieurs espèces d'animaux des phénomènes extri^moment remarquables; nous en rapporterons quelques-uns. Une linotte était près d'expirer; ses yeux étaient fermés, et elle ne pouvait plus se tenir sur ses pattes; M. de Ilumboldt lui plaça une petite lame de zinc dans le bec et une lame d'argent dans le rectum ; la communication fut établie par une tige de fer : à l'instant l'oiseau rouvrit les yeux, se releva sur ses pattes, battit des ailes, respira six à huit minutes, et expira ensuite. La tête d'un bœuf récemment tué étant placée sur une table, on établit la communication d'une des oreilles et des naseaux avec les pôles d'une pile : les yeux s'ouvrirent, les oreilles et la langue s'agitèrent ((ialvam). £n établissant la communication de la moelle épinière aux naseaux, les paupières s'ouvrirent complètement, et les yeux roulèrent dans leur orbite comme dans la plus violente fureur (Aldim,. Les expériences du docteur Ure sur le corps d'un pendu , immédiatement après l'exécution, avec une pile de 270 paires de 108 millimètres de côté, chargée avec de l'eau acidulée, sont également trèsremarquables. £n établissant la communication entre la moelle épinière de la première vertèbre cervicale et le nerf sciatique , les muscles du corps éprouvèrent de violentes convulsions; en faisant

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mouvoir un des flis de la hanche au talon, la jambe, qui était pliée, fut lancée avec tant de force qu'elle faillit renverser un assistant, qui essayait en vain de s'opposer à son extension. Dans une autre expérience on parvint à produire les phénomènes de la respiration. Ayant établi la communication entre le talon et le nerf supra- orbital, tous les muscles de la face furent simultanément mis en mouvement, et exprimèrent d'une manière si effroyables la fureur, la rage , le désespoir, que plusieurs personnes furent obligées de quitter l'appartement.

1152. On a fait beaucoup d'expériences sur les effets thérapeutiques des courants de la pile y on a essayé principalement de guérir par ce moyen la goutte, les rhumatismes, les paralysies, etc., en faisant passer les courants à travers l'organe affecté , au moyen d'armatures métalliques placées de chaque côté. Plusieurs m^ecins continuent ces recherches, mais avec des appareils particuliers dont nous parlerons plus tard [1152]. On a quelquefois obtenu, comme avec l'électricité de tension, des résultats satisfaisants. ïl est bien certain que l'électricité joue un grand rôle dans les phénomènes de la vie^ mais il faut que nos connaissances à cet égard soient bien plus avancées, pour qu'on puisse avoir une marche assuréQ dans l'application de l'électricité aux différents cas pathologiques.

t i 55. Les plantes elles-mêmes sont irritables ])ar les courants électriques, mais incomparablement moins que les animaux. Giulo, avec une pile de 50 paires, est parvenu à produire des mouvements dans la mimosa Hnsitiva, la mimosa pttdica et la mimosa asperata. On a fait aussi beaucoup d'expériences pour reconnaître si l'électricité de tension favorisait la végétation. Les uns ont trouvé que l'influence était nulle; d'autres, que l'électricité favorisait la végétation, et l'éleclricilé négative plus que la positive. Quelques considérations que nous allons rapporter viennent à l'appui de ces dernières expériences. Les graines, quand elles germent, les bourgeons, les feuilles et les racines, jouissent de la propriété d'expulser un acide qui paraît être de l'acide acétique; c'est probablement par cette raison que les acides nuisent à la végétation , et que les alcalis la favorisent , et pourquoi une plante placée au pôle négatif d'une pile végète avec plus d'activité. Il est probable que l'écoulement continuel de rélectricité négative de la terre par les aspérités des plantes favorise la végétation en facilitant leurs sécrétions acides.

Les couranls d'une grande puissance désorganisent les matières végétales. Une feuille de laurier soumise pendant cin(i jours à Taclion d'une pile de 150 éléments devint brune et desséchée; la matière colorante verle, la résine, l'alcali et la chaux furent transportés au pôle négatif, et Tacide cyanydrique au pôle positif (Davy). Les courants agissent dans le même sens sur toutes les autres substances végétales.

Après avoir examiné les différentes classes d'effets produits par les courants voltaïques, nous allons étudier les diverses causes qui mettent l'électricité en mouvement, et les propriétés particulières que les couranls présentent suivant leur origine.

S 8. Couranls produits par Vinfluence d'autres courants ou des aimants, ou courants d'induction.

1134. Les phénomènes remarquables dont il s agit ont été découverls par M. Faraday en 1831, et étudiés depuis par un grand nombre de physiciens.

i 151$. Vonrantn produits par Vinfluence d'autres courants. Supposons qu'on uit enroulé ensemble sur un cylindre de bois ou sur un tube de cuivre, deux fils de cuivre rouge A et B, recouverts de soie ou do coton. Si l'on met les extrémités de A en communication avec les pôles dune pile, et les extrémités de H en contact avec les Gis d'un rhéomèlrc, on remarque qu'à l'instant de la fermeture du circuit A , rai^'uille du rhéomètre est déviée, et qu'après quelques oscillations elle revient au zéro. 11 en est de même quand on ouvre le circuit j mais la déviation a lieu en sens contraire de la première. Ainsi, quand on ferme ou quand on ouvre le circuit A, un courant d'une courte durée traverse le fil B. En observant la direction de ces deux courants, on reconnaît que dans le premier cas il est dirigé en sens contraire du courant de A, et que dans le second il est dirige dans le même sens.

Les couranls produits par influence portent le nom de couranls d'induction. Ils peuvent être observés avec des fils de 2 ou 3 mètres de longueur, et de 0""",5 de diamètre, et un seul couple t lectromoteur ajant une surface de zinc de 2 à 3 décimètres carrés (M. AnRLv;. Le rhéomètre doit être très-sensible, à fil gros et court : en augmentant la longueur du (il inducteur et le nombre des éléments de la pile , on augmente l'intensité des courants.

Les courants induits, quoique d'une très-courte durée ^ jouissent

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de toutes les propriétés des courants permanéntis. Us agissent sur l*aigullle aimantée comme nous venons de le dire^ ils jouissent également de la propriété d*aimanter les aiguilles d'acier^ et d*agir sur nos organes en produisant de vives commotions quand le corps fait partie du circuit.

L'aimantation des aiguilles placées dans une hélice est un moyen bien plus sensible que le rbéomètre, pour reconnaître Texistence de ces courants; mais le degré de leur aimantation ne peut servir de mesure à l'intensité des courants que quand les aiguilles , ayant la même trempe^ ont des dimensions convenables pour Thélice dont on se sert (M. Abru, A. C. et P., 1. 1). Lorsqu'on emploie ce moyen d'observation 9 il est évident que l'aiguille ne doit être soumise qu'à l'action d'un seul des courants. Une chose très-remarquable, c'est que les deux courants induits qui produisent la même déviation deVaiguille du rhéomètre, mais en sens contraire, aimantent inégalement des aiguilles égales placées dans la même hélice; le courant direct est plus puissant que le courant inverse, et le rapport de leurs effets n'est pas toujours le même.

i i 36. En mesurant l'intensité des courants induits par le degré d'aimantation que prennent des aiguilles égales de dimensions convenables placées dans la même hélice, M. Âbria a constaté les lois suivantes : l*" quelles que soient les dimensions et les dispositions des deux circuits, les courants induits sont proportionnels aux courants inducteurs; ^ lorsque les circuits sont égaux, placés parallèlement ou enroulés ensemble en hélice ou en spirale, et que l'un d'eux est parcouru par un courant de la même intensité, les courants induits sont indépendants de la longueur commune des circuits; 3'* les effets produits par des Ois enroulés eu hélice sont à peu près deux fois plus grands que quand ils sont placés parallèlement : dans le premier cas le courant direct est à peu près égal à 0",67 du courant inducteur; 4* en augmentant la longueur du fil inducteur, ou en diminuant celle du fil induit, on augmente Tinteusité des courants induits : les effets sont inverses quand les variations de longueur ont lieu en sens contraire; 3° toutes choses égales d'ailleurs, l'intensité des courants induits est indépendante de la section du fil inducteur ; 6"" la partie du circuit induit non soumise^ par son trop grand éloignement, à l'influence du fil inducteur, diminue l'effet ; lorsque le fil a partout le même diamètre , l'intensité du courant induit est à celle qu'il aurait si sa longueur était réduite à celle qui est soumise à TinDuence du courant inducteur, dans

âGO ÉLECTRICITÉ DYNAMlUlE.

le rapport inverse des longueurs des fils; 7* lorsqu'on emploie des fils tournés en spirales plates et étroites, qu on place à différentes distances, les effets varient en raison inverse de la simple distance; quand les fils occupent une grande partie de la surface du cercle, le décroissement avec la distance est encore moins rapide; 8" en augmentant la section du fil induit , les deux courants augmentent, mais le courant inverse plus rapidement que le courant direct : ce dernier varie sensiblement comme la racine quatrième de la section. 9° Lorsque le fil induit est formé de plusieurs fils isolés et communiquant par leurs extrémités, le courant est un peu plus grand que celui qui serait produit si les fils étaient nus; probablement parce que, dans ce dernier cas, les réactions des courants les uns sur les autres, réactions qui diminuent l'effet produit, sont plus grandes à cause de la diminution de distance. 10" Dans tous les cas, les effets varient proportionnellement à la conductibilité du fil induit. Plusieurs de ces expériences ont été faites sur des spirales à un seul tour, pour éviter la réaction des éléments induits les uns sur les autres. La pile était à courant constant , et le courant du fil inducteur avait toujours la même intensité. 11 paraîtrait, d'après tout ces faits, que llntensité des courants induits provient de la somme des actions du courant inducteur sur tous les éléments du fil induit divisé par leur nombre.

1157. Inductions de différents ordres. Les courants d'induction agissent sur des circuits fermés pour y développer des courants de même nature : cette importante découverte est due à M. Henry de Penserton. Supposons qu on ait placé sur une table une série de bobines sur lesquelles on ait enroulé deux fils isolés par de la soie, qu'on mette en communication les extrémités d'un des fils de la première bobine avec une pile , les extrémités du second fil avec les extrémités d'un des fils de la seconde, et ainsi de suite, et qu'on fasse communiquer entre eux les extrémités du dernier fil : on obtiendra ainsi une série de circuits fermés, très-voisins les uns des autres dans une partie de leur longueur. Si alors on ferme ou si on ouvre le premier circuit , il se produira des courants induits dans tous les circuits; mais ils seront alternativement de signes contraires et d'intensité décroissante avec le rang de Tinduction. Les intensités des courants induits peuvent être mesurées par les degrés d'aimantation que prennent des aiguilles égales placées dans des hélices aussi égales faisant partie des divers circuits. On pourrait remplacer les hélices par des spirales; pour cela il faudrait placer les unes

COURANTS d'induction. 201

ûcAté des autres une séricde spirales doubles, A,A'; B,B'; C,C', etc., séparées par une plaque de verre : en supposant que le courant primitif parcourt la spirale A, placée au-dessous de A', il faudrait faire communiquer A' avec B, B' avec C, et ainsi de suite.

Si on place trois spires A , B , C , l'une sur l'autre , et qu'on fasse parcourir la spire A au courant primitif, le courant induit dans l'une quelconque des deux autres spires reste le même quand la troisième est ouverte ; mais il éprouve une grande diminution si elle est fermée. Des plaques métalliques se comportent de la même manière qu'un circuit fermé, et elles agissent d'autant plus qu'elles sont plus épaisses. L'affaiblissement du courant induit, occasionné par le voisinage d'un circuit fermé ou d'une plaque métallique, provient, sans aucun doute, de ce que les deux circuits ou le circuit et la plaque sont induits simultanément, et que les courants qui y sont produits déterminent dans le circuit voisin des courants de troisième ordre de signe contraire, qui affaiblissent ceux du deuxième ordre qui y sont établis. Cette explication est justifiée pour les circuits, puisqu'ils n'agissent pas quand ils sont ouverts^ elle lest pour les plaques, par une expérience très-curieuse de M. Henry. D'après ce physicien, en enlevant un secteur d'une plaque de plomb qui, par son interposition avait beaucoup atténué les courants induits dans une spirale fermée, on obtint le même effet qu'en supprimant la plaque.

1138. M. Abria a fait sur le sujet dont il est question des expériences très-remarquables, qui conduisent nécessairement à reconnaître que les induclions de différents ordres ne sont pas instantanées. Si on prend trois spirales A, B, C, égales, superposées et très-rapprochées, et qu'on fasse passer un courant dans l'une quelconque, le courant induit dans l'une des deux autres a la même intensité, pour\'u que l'autre soit ouverte. Ainsi, le courant primitif traversant A , B ou C sont également induites quand C ou B sont ouvertes. Mais si les spirales restent fermées, le courant induit dans C est beaucoup plus affaibli que celui qui se produit dans B. Ces phénomènes s'expliquent très-bien, en supposant les actions successives : car alors l'action de A ne peut se Iransmettre à C qu'aprAs avoir traversé la spirale du milieu B;C reçoit alors simultanément l'action du courant principal et l'action contraire du courant de deuxième ordre induit dans B, tandis que la spirale B ne reçoit l'action contraire du courant de deuxième ordre induit dans C qu'un certiiin temps après avoir éprouvé l'action du courant principal A :

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COUIUNTS D*1NDUCTI0X. 2A5

nombre d'éléments du fil inducteur agissent sur chaque élément du fil induit, car le nombre des éléments du fil induit qui réagissent les uns sur les autres est le même; mais à ce que le fil inducteur agit proportionnellement au nombre de ses éléments , et que les réactions des fils induits suivent une loi moins rapide : alors la cause qui tend à augmenter la quantité d'électricité est plus influente que celle qui tend à la diminuer. Sans cette réaction, I intensité du courant induit direct, qui, dans le cas de fils trèsrapprochés roulés en hélice , est au plus le double de ce qu'el)ç est dans le cas où ces mêmes fils sont tendus en ligne droite, serait beaucoup plus considérable, à cause de la lenteur avec laquelle laction décroit quand la distance augmente.

1 1 40. Courants qui se produisent dans le fil inducteur lui-même quand on ouvre le circuit. Considérons un circuit fermé renfermant une pile, et un petit circuit latéral communiquant avec les extrémités du fil voisines des pôles et renfermant un rhéomètre. Une faible partie du courant général passera dans le circuit latéral et fera dévier Vaiguillej mais, au moyen d'un aimant convenablement placé, on la maintiendra facilement à zéro. Si alors ou ouvre le circuit principal à un des pôles de la pile, on verra au mouvement de Taiguille que le circuit fermé dans laquelle la pile n'entre plus est parcouru par un courant momentané dans la même direction que le courant principal. On appelle extra-courant le courant qui se produit dans un circuit à l'instant où Ton supprime sa communication avec la pile. M. Abria, en employant des spirales de gros fils, a trouvé que l'extra-courant était à peu près les 0,72 du courant principal , et que le rapport ne variait pas beaucoup avec la longueur et la section de la spirale.

1141. Courants d'induction produits par le mouvement d'un circuit parcouru par un courant permanent. Imaginons qu'un trèslong fil couvert de soie ou de coton, soit plié en zigzag sur une planche, et que ses extrémités communiquent avec une pile ; que sur une autre planche un autre fil plié de la môme manière communique avec un rhéomètre très-sensible. Les deux planches étant parallèles, si toutes deux sont fixes, l'aiguille du rhéomètre reste immobile y mais si l'on fait mouvoir l'une des deux planches parallèlement à elle-même, un courant permanent, mais d'intensité variable, se produit dans le fil communiquant avec le rhéomètre. Le courant a des directions contraires quand on approche ou quand on éloigne les planches y et son intensité augmente avec leur rapprqcbement et

344 ÉLECTRICITÉ riYXAXIQrC.

diminoe avec leor éloignement. Par le rapprochement . le cr^mnt iodoit est inverse, il est direct par 1 eloignement. Cette b^ll^ expérience est encore dae à M. Faradav.

II résulte de là une conséquence importante. Considércios deux fis parallèles AB et CD 'fig. loor, ; supposons que AB soit fixe eC parcouru par un courant permanent dans la directic»n AB: GH élant une perpendiculaire commune aux deux fils . imaginons que CD tourne autour du point II dans un plan perpendiculaîro i GHy et que le point D s'abaisse au-dessous du plan de la fi^re : Teffet produit sera le même que si CD s'éloi^niait de AB ; ainsi CD sera parcouru par un courant direct. Quand Ci) sera perpendirulaire à AB et qu'il continuera son mouvement . l'effet produit s^-ra le même que s'il se rapprochait de AB : ainsi le courant sera inverse; mais, comme CD a changé de direction, il auraencore la méii^i^ direction dans le fil. Le fil étant revenu à sa position primitive, si on continue le mouvement dans le même sens, il se produira un courant direct , mais qui , à cause du ren\ ersement du fil . aura une direction contraire au premier, et il en sera de même du courant qui se produira dans le dernier quart de tour. Ainsi^ en faisant faire une révolution complète au fil CD, dans le premier demi-tour le courant induit sera direct, et dans le second il aura une direction contraire. Il est évident que les effets produits seraient les mêmes si le fil CD tournait en sens contraire. 11 est important de remarquer que si le fil CD était perpendiculaire à AB. un mou\ ement quelconque de ce fil. qui le laisserait toujours perpendiculaire à AB. ne produirait point de courant induit , parce qu'il n'y aurait pas de raison pour qu'il fût dirigé dans un sens plutôt que dans le sens contraire.

M. Delezenne a vérifié ces conséquences du principe de M. Faraday. Pour cela il a pris deux bobines plates, couvertes chacune d'un long fil de cui^TC; l'une d'elles pouvait facilement se placer et tourner sur elle-même dans la première. La première était fixe et communiquait avec un couple énergique; les extrémités du fil de la petite communiquaient avec un rhéomètre. Les deux bobines étant placées de manière à être concentriques, leurs axes sur la même ligne , en faisant glisser la bobine centrale parallèlement à elle-même de manière à laisser toujours son axe sur la même ligne, et en la ramenant à sa position primitive , il se produisait des courants directs et inverses comme dans lexpérience de Faraday. En faisant tourner la bobine centrale lentement et uniformément autour d'un de ses

GOURANTS D*INDUCTION. 2BS

diamètres , la déviation de Taiguille du rhéomètre augmente pendant le premier quart de tour -, elle diminue pendant le second quart y arrive au zéro à la fin du demi-tour, et change de direction dans le second. Mais, pour que dans cette expérience on ne puisse pas supposer que les effets observés proviennent du magnétisme terrestre , il faut placer Taxe commun des bobines perpendiculairement au méridien magnétique, et faire mouvoir la bobine centrale autour d'un diamètre parallèle a l'aiguille d'inclinaison, parce qu'alors les courants terrestres, étant perpendiculaires à ceux des fils, sont sans action sur eux. Au reste, dans toutes les positions possibles des bobines, il serait très-facile de reconnaître Tinfluence terrestre : il suffirait pour cela de répéter les expériences en supprimant la communication du fil de la grande bobine avec la pile. Quand les centres des bobines coïncident et que leurs axes sont perpendiculaires, il ne se produit point de courant, en ouvrant ou en fermant le circuit de la grande bobine, ni en faisant mouvoir la petite parallèlement à elle-même sur son axe, parce qu'alors les éléments voisins des fils sont perpendiculaires.

1142. Influence du fer et des aimants. Considérons une bobine à un seul fil dont les extrémités communiquent à un couple électromoteur faible, et supposons que le circuit renferme un rhéomètre. Lorsque l'aiguille sera stationnairc, introduisons une barre de fer doux dans la bobine : à l'instant la déviation du rhéomètre diminue momentanément et revient bientôt au point de départ si le barreau reste immobile; si alors on le retire, la déviation de l'aiguille augmente, et de la même quantité dont elle avait diminué. Le phénomène s'explique en considérant que le fer s'est aimanté sous l'influence du fil de la bobine, et que les courants dans le même sens qui se sont établis dans les éléments magnétiques ont agi sur le courant du fil, et y ont produit des effets d'induction de môme nature que ceux qui seraient résultés de l'introduction, dans la bobine , d'une autre dont le fil aurait été parcouru par un courant dirigé dans le même sens.

Prenons maintenant une bobine à deux fils, dont l'un communique avec une pile et l'autre avec un rhéomètre. En ouvrant ou en fermant le circuit, l'aiguille est déviée en sens contraire et de quantités égales. Répétons ces expériences après avoir introduit un barreau de fer dans la bobine : les déviations ont encore lieu dans les mêmes sens; mais elles sont beaucoup plus considérables. On en conçoit facilement la raison : car le fer étant aimanté , ses

SQU ÉLECTRICITÉ DTNAMIQUR.

courants moléculaires agissent de la même manière que ceux de la bobine , et tout se passe comme si le 111 de la bobine avait une action plus puissante. Dans ces dernières expériences, il y a une particularité que nous ne devons pas omcllre : le courant direct produit moins de déviation que le courant inverse : cet eiïet provient probablement de ce que le fer acquiert l'clat magnétique plus rapidement qu'il ne le perd , et, par conséquent, qu a linslaut de la rupture le cbangeuient d'état du système n'a pas lieu aussi instantanément qu'à l'instant de la fermeture du circuit. L'acier agil comme le fer, mais avec moins d'énergie : la raison en est dans sa force coercilivc.

Prenons une bobine à un seul fil , dont les extrémités sont fixées à un rhéomèlrc , et qui est traversée par un barreau de fer : si on approche un des pôles d'un aimant d'une des extrémités du barreau, l'aiguille du rbéomètre est déviée; elle revient au zéro quand le pôle de l'aimant reste fixe, et elle se meut en sens contraire quand on l'éloigné. Si on amène rapidem.ent le pôle en contact avec le barreau, et si ensuite on l'enlève brusquement , les déviations contraires sont égales. Dans cette expérience , il y a une iniluence directe de l'aimant sur le fil de la bobine, et on peut l'observer on remplaçant le barreau de fer par une barre de bois. On obtiendrait évidemment les mômes résultats en approchant et en introduisant dans la bobine un barreau aimanté. Le sens du courant induit pendant l'introduction de l'aimant dépendrait évidemment du pôle qu'on présenterait à la bobine ; mais le courant produit par son éloignement serait toujours contraire au premier, que l'aimant revienne sur lui-môme ou qu'il passe à travers la bobine.

Les effets produits par les mouvements relatifs d'un aimant et d'une bobine sont évidemment les mômes que ceux que nous avons reconnus entre deux bobines.

1143. Pour obtenir de plus grands effets, on prend un aimant en fer à cheval puissant, et une barre de fer ayant la môme forme , dont les extrémités sont garnies de fils enroulés en sens contraire , et qui communiquent avec un rbéomètre : en approchant et éloignant successivement les extrémités du fer à cheval , on produit dans le circuit des courants intenses.

1 144. On obtiendrait les mômes effets en enroulant un fil autour d'un aimant en fer a cheval, et en approchant et éloignant successivement une plaque de fer parallèlement au plan qui passe par le$ extrémités (le l'aimapt. Dans ce cas, ce .sont les variations

COURANTS D INDUCTION. i07

de rétat magnétique de Taimant , occasionnées par la plaque de fer, qui produisent les coqr^ls.

I i 45. Influence de la terre, M. Faraday avait reconnu depuis longtemps des indices de l'action de la terre sur des circuits fermés dont on fait varier la position. Depuis , M. Delezenne a imaginé une disposition qui donne des effets très-marqués. L'appareil se compose d'un grand châssis vertical en bois , qui reçoit un cadre carré en bois, mobile autour d'un axe horizontal; ce dernier porte un cerceau en bois d'environ un mètre de diamètre, mobile autour d'un axe perpendiculaire à celui du cadre rectangulaire. Cette disposition permet de donner à l'axe de rotation du cerceau une direction quelconque dans l'espace. Le cerceau est garni d'une gorge comice une poulie, et cette gorge est remplie par les spirei^ d'un fil de cuivre couvert de coton, de 383 mètres de longueur, et de t"*,2 de diamètre , dont les extrémités communiquent avec les deux petits axes métalliques du cerceau, et ses derniers avec un rbéomètre très-sensible. On place Taxe de rotation du cerceau dans le n^éridien magnétique , et perpendiculairement à l'aiguille d'ipclinaison.

On conçoit facilement, d'après cette disposition, que le cerceau en tournant sur son axe se trouvera dans les mêmes conditions qu'une hélice courte tournant autour d'un axe parallèle au plan d'une hélice fixe, traversée par un courant continu, puisque l'action de la terre peut être assimilée à celle de courants dirigés perpendiculairement à l'aiguille d'inclinaison. Le cercle étant d'abord perpendiculaire à l'aiguille d'inclinaison, et tournant uniformément et lentement de manière à faire successivement huit mouvements de 45*^ chacun , on a obtenu successivement dans le rhéomètre les déviations suivantes, qui sont les moyennes de six expériences :

ik

Ouest.

Ouest.

Ouest.

Ouest.

Btt.

Est.

Est.

Le sens et Tintensité do ces variations se concevront facilement d'après ce que nous avons dit [IHl] : car, dès que le cerceau commence à se mouvoir, un courant direct le parcourt; l'intensité de ce courant croit jusqu'à l'aRgle de rotation de 90*^, après quoi elle diminue jusquà 180*^ ; le mouvement continuant, un courant inverse s'établit dans le fil, son intensité va en croissant jusqu'à 270% et décroit ensuite pour devenir nul à 360\ Lorsque l'axe de rotation du cerceau est parallèle à l'^e magnétique de la terre,

le mouvement du cerceau n'y produit aucun courant; ce qu'il était focile de prévoir , car les courants provenant de l'action inductive de la terre jouissent de toutes les propriétés des courants induits par les courants artificiels (M^^elkzenne, Mémoires de r Académie de Lille, iSi5). Dans la même année , MM. Linari et Palmieri étaient arrivés aux mêmes résultats par une disposition analogue (il. C et P., t. vm) 9 et plus tard ils sont parvenus à obtenir des étincelles.

i 1 46. Des commotions et de la lumière produites par les courants induits. Quand on ouvre un circuit renfermant une pile dont les pôles sont réunis par un fil court , il ne se produit au point de rupture qu'une faible étincelle , et si nos organes font partie du circuit on n'éprouve qu'une commotion peu sensible. Mais si le fil est long, tourné en spirale ou en bélice^ et surtout si le tuyau sur lequel lo fil est enroulé est occupé par un cylindre de fer, quand le circuit csl entièrement métallique^ il se produit au point de rupture une vive étincelle 9 et quand une partie du corps entre dans le circuit, on éprouve une forte commotion. Dans ce dernier cas, un rhéomètrc qui ferait partie du circuit ne donnerait aucune indication , et une aiguille placée dans une bélice parcourue par l'extra-courant ne serait point aimantée.

Dans les mêmes circonstances , les commotions sont d'autant plus vives que le contact avec les mains est mieux établi. Pour cela on emploie des tubes de cuivre fermés par les deux bouts , et terminés par des fils de cuivre recouverts de soie et tournés en hélice ; on fait communiquer les extrémités libres des fils avec deux points du circuit entre lesquels la rupture doit avoir lieu , et on tient les cylindres dans les mains préalablement mouillées. Lorsque les conmiotions sont très-faibles , on les rend plus sensibles en employant des plaques de cuivre garnies de fils, comme les tubes dont nous venons de parler, et qu'on met en communication avec les gencives supérieures et inférieures.

Pour faire l'expérience dont nous venons de parler, on dispose l'appareil comme dans la fig. loos : en faisant communiquer métalliquement les cylindres à commotion M et N , on obtient une déviation de l'aiguille et une faible étincelle au point de rupture; si on tient dans les mains les deux cylindres M et N , il n'y a plus de déviation au point de rupture, et on éprouve une forte commotion. Une colonne d'eau et en général un corps mauvais conducleur agissent comme le corps humain.

GOURANTS d'induction. iC9

En employant un seul élément ûiible et une hélice à fil gros et courl, on oblient à l'instant de la rupture de vives étincelles et de faibles commotions^ en augmentant la longueur du fil, l'élément électro-moteur restant le même, les étincelles deviennent moins vives et les commotions plus fortes, mais jusqu'à une. certaine longueur. En augmentant le nombre des éléments, les effets restent les mémos ; mais si on augmente en même temps la longueur du fil, les commotions deviennent plus vives et les étincelles très-brillantes.

1147. Les secousses qui se produisent dans les circonstances dont nous venons de parler peuvent être rapprochées et multipliées au moyen d'une disposition imaginée par M. Masson. Une roue dentée métallique dont les intervalles des dents sont remplis par du bois est fixée à un axe aussi métallique, qui tourne horizontalement entre deux coussinets au moyen d'une manivelle; Sur l'axe de rotation s'appuie un ressort en cuivre en communication avec un des pcMes de la pile ^ un autre ressort s'appuie sur les dents de la roue et communique avec l'autre pôle de la pile. Par cette disposition , en tournant la roue , on forme le circuit quand le ressort qui presse la roue commence à toucher une dent métallique, et il est interrompu lorsqu'il la quitte. Si l'on fait communiquer deux cylindres à commotion, que l'on tient dans les mains humides, avec les deux ressorts , de manière que le circuit soit toujours fermé par le corps, quelle que soit la position du ressort sur les dents de la roue, et si on imprime un mouvement de rotation à la roue, on éprouve une suite de commotions d'autant plus vives que la rotation est plus rapide j et, quand la vitesse est très-grande, que le fil est très-long, qu'il est contourne autour d'un morceau de ^ fer, on éprouve une contraction douloureuse, dont l'effet, indépendant de la volonté, est de ne pas permettre à rexpérimentateur d'abandonner les conducteurs métalliques qu'il tient^ il les serre, au contraire, avec plus de force. Une pile d'un petit nombre d'éléments peut tuer un chat en quatre ou cinq minutes. Les muscles de l'animal sont dans un état de roidcur extrême, que Nobili avait déjà observé sur les muscles des grenouilles qui avaient été tourmentées par de nombreuses décharges électriques. M. Masson a observé que la sensation n'augmente avec la vitesse de rotation que jusqu'à une c^^rtaine limite, au delà de laquelle elle diminue et finit par disparaître. Ce phénomène provient probablement de ce que le fer ne s'aimante pas et ne se désaimante pas instantanément.

1 1 48. Les courants induits dans des circuits distincts^ et ceux de différents ordres, produisent les mêmes phénomènes. Pour les observer, il sufOt de placer dans le circuit induit deux plaques à commotion que Ton tient à la main ou que Ton met en contact avec les gehdves. Pour observer rétincellc, il faut ouvrir le circuit induit en môme temps que le circuit inducteur. En augmentant la longueur du fil induit, contourné en hélice ou en spirale, les étincelles deviennent moins vives , le pouvoir magnétisant plus faible , et les commotions plus fortes. L'intensité des chocs atteint aussi sa limite pour une certaine longueur de fil d'autant plus grande que le diamètre du fil est plus considérable. Si l'on forme une spirale induite avec trois fils égaux isolés, la commotion d'un, de deux ou des trois circuits est la même, les autres restant ouverts; mais elle augmente lorsqu'on fait communiquer les circuits partiels, de manière à augmenter leur longueur et non leur section. M. Abria, en observant par les commotions Pinfluence d'un courant sur deux circuits voisins, est arrivé aux mêmes conséquences que par l'action des courants induits sur des aiguilles.

1149. Les courants induits par le mouvement des aimants naturels ou attiflciels produisent également des étincelles et de vives commotions ; la fig. 707 représente une disposition très-simple , au moyen dé laquelle on peut produire les mouvements relatifs d'Uh aimant et d'un électro-aimant nécessaire à la production des courants induits. AB est un aimant puissant, courbé en fer à cheval, fixé à l'axe horizontal MN, auquel on peut imprimer un mouvement de rotation plus ou moins rapide à Taide d'une manivelle; à une petite distance des extrémités de l'aimant se trouvent deux gros cylindres de fer doux , sur lesquels est enroulé en sens contraire un même fil de cuivre recouvert de soie , dont les extrémités sont en m et en n. Par la rotation de l'aimant, chacune des deux musses de fer doux sera alternativement aimantée en sens contraire; mais le courant qui passera dans le fil, en supposant ses deux extrémités m et n en contact, ne changera de signe qu'à chaque passage des pôles devant les cylindres de fer. En effet, un même pôle de l'aimant, en s'éloignant d'un des cylindres, produit dans le fil qui le recouvre un courant de même signe que celui qu'il développe ensuite dans le fil de l'autre cylindre quand il s'en approche, puisque les fils sont contournés en sens contraire sur les deux cylindres. Ainsi, il n'y a de changements dans le sens des courants qu'à chaque demi-révolution,

COURANTS d'induction. 171

et à rinslant où les centres des barreaux aimanlés passent devant les centres des cylindres de fer. Si I on lient avec les mains mouillées les extrémités m et n du fil, on éprouve par la rotation de l'aimant des commotions qui se renouvellent à chaque demi-tour de rotation de Tainuint, dont reiïet augmente avec la vitesse de rotation, et qu'on ne supporterait pas impunément pendant quelques minutes. L'efTct est beaucoup augmenté quand on tient dans les mains des cylindres à commotion communiquant avec les extrémités des fils. II est évident qu'on pourrait rendre l'aimant fixe, et faire tourner les deux hélices, et que les barreaux de fer, au lieu d'être isolés, pourraient être réunis de manière à former un fer à cheval. Le sens du mouvement de rotation est sans influence, puisque les effets produits résultent seulement du rapprochement ou de réloignement des pôles de l'aimant et des hélices.

1 1 80. Les effets de la machine que nous venons de décrire deviennent bien plus puissants quand le circuit métallique est interrompu à l'instant où les pôles de l'aimant et ceux du fer à cheval sont en regard, c'est-A-dire à l'instant du changement de signe du courant, parce qu'alors le changement est brusque, tandis qu'il n'a lieu que d'une manière continue dans la disposition que nous avons indiquée ; mais il faut alors que le circuit reste fermé par nos organes. Le maximum d'effet s'obtient quand Tinlerruption a lieu un peu plus loin , probablement à cause de la durée de la décharge.

ilol. La disposition la plus simple pour interrompre la communication lorsque l'éleclro- aimant passe en face des pôles de l'aimant, consiste à fixer sur l'axe de rotation une douille en bois ou en ivoire, qui porte deux petits anneaux en cuivre séparés, concentriques à l'axe, et interrompus, sur une longueur de quelques millimètres, en deux points opposés correspondants aux centres des pôles, et qui communiquent chacun avec une des extrémités du fil j deux fils de cuivre fixés au support de l'appareil et communiquant avec le reste du circuit s'appuient chacun sur une des douilles.

Par cette disposition , on a des courants qui changent périodiquement de direction ; mais il est facile de ne recueillir que les courants qui ont la m^Mue direction, ou de donner la même à tous les deux. 11 est évident qu'en supprimant de chaque douille les moitiés correspondantes, on ne fera circuler que les courants de même sens. Pour utiliser les deux courants en leur donnant la même direction, la meilleure disposition e>t la suivante, qui est

272 ÉLEGTHICITÉ DYNAMIQUE.

duc à M. RuDCofT. Les douilles dont nous venons de parler n*en fonl qu'une seule ^ toujours interrompue suivant deux lignes opposées, parallèles à l'axe de rotation -, mais chacune des moitiés communique avec une des extrémités du fil ; de sorte qu'à chaque interruption, chaque fil élastique communique avec une autre extrémité du ûl.

iiSS. La figure 1009 représente l'appareil électro-magnétique connu sous le nom de Clarke, construit par M. Runcoff. AB est un aimant fixé sur un plateau de bois, CI) deux bobines de fil de cuivre recouvert de soie et de gomme laque , dont les extrémités viennent communiquer avec le commutateur fixé sur laxcj E roue en fonte que l'on met en mouvement à l'aide d'une manivelle, et qui communique par une chaîne à la Vaucanson avec une roue plus petite fixée à l'axe des bobines. G et F sont des pièces de cuivre encastrées dans une pièce de bois, et sur laquelle on place les tiges élastiques qui s'appuient sur le commutateur. Pour produire la décomposition de l'eau et de fortes commotions, les bobines sont à fil fin et d'une grande longueur^ pour tous les autres cfTets, on emploie des bobines à gros iil. C'est dans les orifices a et/; qu'on place les conducteurs destinés à diriger les courants où ils doivent agir. En terminant ces fils par des cylindres qu'on lient dans les mains, on éprouve de fortes commotions; mais on a trouvé par expérience qu'il est plus avantageux d'employer la disposition indiquée Hg, 1009 bis, parce que Icscontticts sont mieux établis. En faisant passer les courants à travers un voltamètre, on décompose l'eau; les gaz peuvent être séparés, si les courants élémentaires sont tous dirigés dans le même sens. Pour produire l'incandescence d'un fil, on emploie la disposition fig. lOiO; enfin, pour produire des étincelles, l'axe des bobines est terminé par une douille métallique à deux pointes (fig. loii), et on place au-dessous un petit godet métallique renfermant du mercure et communiquant avec l'autre extrémité du fil; les pointes, en approchant de sa surface , font jaillir de vives étincelles.

1 1 S5. Si l'on intercale dans le circuit un thermomètre métallique de Breguet {Hq. 439), en faisant communiquer la partie supérieure de l'hélice avec une des extrémités du fil conducteur, et faisant plonger une aiguiHe verticale rixéo à la partie inférieure de l'hélice dans un petit vase plein de mercure et en communication avec l'autre extrémité du conducteur, cet instrument indique une élévation do température qui augmente avec la rapidité de la succession des

COUHANTS d'induction. 275

courants. Lorsque la vitesse de rotation varie de manière que le nombre des courants alternatifs produits par seconde soit 2®, 10®, 20* ou Wy les températures correspondantes du thermomètre sont 7*, 55®^ 100® et 133®; avec une plus grande vitesse on parvient à rougir un fil de platine.

1 1 54. Les effets chimiques sont soumis à la même influence : la quantité du corps décomposé augmente avec la vitesse de rotation, mais seulement jusqu'à une certaine limite au delà de laquelle elle diminue. Et ce qu'il y a de remarquable y c'est que le même nombre de courants produit d'autant plus d'effet que les courants se succèdent plus rapidement. Ainsi , quand les courants se succulent de manière qu'il s en forme i^, 28, 42, kSy 52 par seconde , il faut 1050, 462, 442, 400, 494 courants élémentaires pour produire la même quantité de gaz.

11 résulte de là que l'influence de la vitesse de rotation ne consiste pas seulement à produire un plus grand nombre de courants dans le même temps, mais à donner une plus grande intensité à chacun d'eux.

1 155. La diminution d'intensité qu'éprouvent les courants électro-magnétiques en traversant des conducteurs métalliques ou liquides quand on augmente la longueur du conducteur est beaucoup plus grande que pour toutes les autres espèces de courants. Mais, chose très-remarquable, un fil d'un mètre de longueur composé de deux bouts égaux , l'un de fer, l'autre de cuivre , conduit moins bien qu'un fil de même longueur composé de quatre et même de huit bouts de fer et de cuivre; et de Teau acidulée conduit aussi bien quand elle est interrompue par des diaphragmes métalliques que quand elle est continue.

1 156. Lorsqu'on place dans le circuit des vases renfermant le même liquide acidulé, communiquant entre eux par des fils de platine et des lames du même métal, et un thermomètre métallique ^ la vitesse restant constante , le dégagement des gaz est beaucoup plus grand sur les fils que sur les lames; et si l'on enfonce progressivement les lames, la quantité de gaz qui se dégage sur les fils augmente, celle qui se dégage sur les plaques diminue, et la température indiquée par le thermomètre métalHque augmente ; enfin il arrive un point où le dégagement cesse sur les lames. A cet instant le thermomètre est parvenu à son maximum, ainsi que la quantité de gaz dégagée sur les fils : car, en enfonçant davantage les lames, la chaleur et la quantité de gaz dégagée sur les fils restent constantes.

974 ÉLECTRICITÉ DTNiOnQUE.

Il semblerait d'après cela, que raction chimique proviendrait de la résistance que le courant éprouve. Mais ces phénomènes sont encore sans explication satisfaisante , parce qu'ils tiennent à la nature même des courants d'induction y sur lesquels nous n'avons que des notions trop vagues.

1 1 57. Si Ton intercale dans le circuit un vase pleind'eau acidulée et un Gl métallique, de manière que le courant soit obligé de sedi\1ser en deuxparties, dont Tune suive l'eau et l'autre le Dl , pour se réunir au delà et traverser un thermomètre métallique, en augmentant progressivement la longueur du fil, le thermomètre marque des températures qui augmentent et diminuent alternativement. Suivant M. de la Rive , ces phénomènes semblent indiquer que les courants se propagent par ondulations, et qu'il se produit des interférences qui augmentent ou diminuent l'intensité du courant suivant la différence de marche. Mais ils me paraissent s'expliquer par le seul fait de la propagation non instantanée des courants : car, si la différence de temps de la propagation dans les deux conducteurs est égale à l'intervalle qui sépare l'émission des deux courants consécutifs opposés, il est évident qu'ils se détruiront au delà, et que , si la différence est égale à deux fois cet intervalle, les courants seront dans le même sens. Ces expériences pourraient conduire à la détermination de la vitesse de propagation des courants dans les corps conducteurs.

1158. Lorequ'on décompose de l'eau acidulée par un courant électro-magnétique à l'aide de (ils de platine, en augmentant progressivement la vitesse , le dégagement du gaz diminue graduellement et finit par disparaître complètement, et en même temps la température indiquée par un thermomètre métallique placé dans le circuit augmente et devient stationnaire quand le dégagement a cessé. A cet instant, les fils de platine sont xqqjowverts d'une matière noire, qui n'est autre chose que du platine trèsdivisé; l'or et le palladium présentent les mêmes phénomènes, ainsi que les métaux attaquables par les dissolutions conductrices, tels que le cuivre, l'argent et le plomb. M. de la Rive n'a pas pu reconnaître si l'absence du dégagement de gaz résultait de ce qu'il n'y avait point d'eau décomposée, ou de ce que les gaz, arrivant presque en même temps sur les surfaces métalliques , se recomposaient par l'influence de ces surfaces. Il me semble que l'on pourrait expliquer ce fait par le pouvoir absorbant des corps lrès-di\isés : les gaz seraient absorbés à mesure de leur formation et se

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combineraient. Quant à la cause qui produit cette couche métallique très-divisée, M. de la Rive pense qu'elle réside dans l'ébranlement que les molécules des métaux éprouvent par les courants dirigés en sens contraire qui se succèdent avec une grande rapidité. Plusieurs circonstances tendent à confirmer cette conjecture : !•* ce sont les métaux qui ont le plus de ténacité qui résistent le plus à cette désagrégation; ^ les ébranlements sont très-visibles quand on emploie du mercure pour conduire le courant dans un liquide; les mouvements vibratoires qu'il éprouve sont beaucoup plus grands que quand il sert de pôle négatif à un courant voltaïque. On voit aussi autour des fils métalliques, surtout autour des fils d'argent , quand ils plongent dans un liquide où ils conduisent les courants électromagnétiques, une suite de vibrations qui partent de la surface immergée et se propagent dans le liquide. Les fils d'or et d'argent ne présentent ce phénomène que lorsqu'ils sont recouverts d'une couche d'or ou d'argent divisée et épaisse.

1 1 59. Dans ce qui précède nous n'avons parlé que des courants induits par Faction magnétique du fer ; mais les courants induits par Taetion d'autres courants directs, ou induits eux-mêmes , jouissent des mêmes propriétés , comme M. Abria s'en est assuré. Les courants partiels étaient transformés en un courant continu par uue disposition analogue à celle qui sera doiritc au n" 1163. Pour observer la chaleur produite, l'appareil était disposé de la manière suivante : deux petits barreaux , l'un do bismuth , l'autre d'antimoine, soudés bout à bout, communiquaient par leurs extrémités libres au moyen de deux fils de cuivre , avec un rhéomèlre très-sensible. La soudure était entourée d'un fil de cuivre recouvert de soie qui faisait partie du circuit induit. M. Abria a reconnu ainsi, que la chaleur produite était en raison directe du carré de l'inlensitc du courant principal, du carré du nombre d'éléments inducteurs et de la vitesse de la roue dentée, ou, ce qui revient au mémo, du nombre des courants induits par seconde. Ces lois sont les mêmes que pour les courants voltaïques. Le même physicien en employant trois spirales induites , formées d'un fil d'un demi-millimètre et de 500 mètres de longueur chacune, soumises à l'induction de quatre spirales courtes de gros fils, superposées de telle sorte que chacune des spirales induites se trouvait entre deux spirales inductrices, a obtenu, par une succession de courants directs, la décomposition de l'eau acidulée avec les gaz séparés.

MM. Masson et Breguet ont obtenu de^ effets de lumière très-

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remarqaables par rextra-courant, et par les courants induits; la distance des points d'interruption a été portée jusqu'à O'^yOâ. Cette lumière présente la même circonstance que quand elle est produite par les machines ordinaires.

i 160. Influence de la présence du fer et d'autres métaux sur les courants d'induction. M. Dore , à qui on doit des expériences fort importantes sur cet objet , emploie un instrument qu'il désigne soas le nom dHnducteur différentieL 11 est formé de deux tubes de verre égaux , recouverts d'un même nombre de tours d'un même fil de cuivre; les deux hélices font partie d'un circuit renfermant une pile hydro-électrique; deux autres hélices à fils plus fins et plus longs, parfaitement égales, environnent les deux premières, et leurs fils forment un circuit dans lequel les courants induits qui y sont produits lorsqu'un courant parcourt les deux premières, marchent en sens contraires. Ce dernier circuit est interrompu par des cylindres à commotion, ou par un rhéomètre, ou par une hélice , destinés à aimanter de petites aiguilles d'acier trempé. Il est évident, d'après cette disposition, qae quand les hélices induetives seront libres , aucan effet ne sera produit; mais si l'on place différentes matières dans l'une d'elles ou dans toutes les deux, on obtiendra un effet résultant de la différence des actions de ces matières.

M. Dore a reconnu ainsi, 1"* que, pour les effets observés au rhéomètre, le fer, la fonte , l'acier en masse ou en fils augmentent rintensité du courant, mais surtout quand des métaux sont en fils; et que les métaux réputés pour être non magnétiques sont sans influence ; 2^ que, pour ce qui concerne les phénomènes physiologiques, l'intensité des effets augmente aussi par l'introduction d'une masse de fer dans une des hélices ; mais il est incomparablement plus augmenté par un faisceau de fils découverts : car, en plaçant dans une des hélices un cylindre de fer, et dans l'autre des fils qui produisent le même effet sur le rhéomètre, c'est-à-dire qui, par la rupture ou la fermeture du circuit, laissent l'aiguille du rhéomètre en repos, en se plaçant dans le circuit, on éprouve une vive commotion ; 3"* que quand on enveloppe le faisceau de fils d'un cylindre conducteur non magnétique , on diminue beaucoup l'action physiologique du faisceau , sans que le rhéomètre indique celte influence. La propriété que possède le courant induit d'aimanter des aiguilles d'acier est tout à fait analogue aux propriétés physiologiques. M. Dore explique ces différents phénomènes en admettant :

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