‹ Traité élémentaire de physique générale et médicale (volume 2)Chapitre 37 sur 126 · TT.C LES ÊTRES VIVANS. l5y · texte numérisé non relu

TT.C LES ÊTRES VIVANS. l5y

Quant h la température , il est une cause physique qui s’oppose à ce que la vie puisse exister au dessous de o° de nos thermomètres. En effet , les êtres organisés sont essentiellement formés de solides et de fluides ; la circulation de ceux-ci est une condition nécessaire h la vie, et comme ils deviendraient solides au-dessous de o° , la vie serait nécessairement suspendue ; mais comme ces corps sont souvent exposés à se trouver environnés d’une température beaucoup plus basse , ils ont tous en eux-mêmes un moyen de produire des quantités de calorique qui puissent s’op poser jusqu’à un certain point à un abaissement de température trop considérable. Ces moyens de production du calorique sont peu énergiques pour les végétaux , qui , se trouvant fixés et en partie plongés dans le sol dont la température est rarement très-basse , peuvent tirer de ce sol le calorique indispensable à leur existence ; aussi celte existence cesse-t-elle au niveau des glaces éternelles. Quant aux animaux, et surtout aux oiseaux qui vivent isolés du o-lobe et n’en peuvent tirer que bien peu de calorique , ils sont pourvus d’organes spéciaux qui le produisent sans

cesse.

On donne le nom de chaleur organique ou de chaleur animale à ce calorique ainsi développé. On appelle température propre celle que ce calorique produit ordinairement et entretient dans les êtres organisés. (Voy. Source de la Chaleur animale. )

Indépendamment de cette nécessité physique d’une température donnée pour 1 existence de la vie, on peut considérer le calorique comme 1 excitant principal de tous les phénomènes vitaux. On remarque en effet que les animaux qui ont une vie plus active, sont aussi ceux chez lesquels la température est plus élevée , etl on voit languir toutes les fonctions lorsqu’un animal se refroidit, malgré

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la production de chaleur dont il est le foyer; tandis qu’on rappelle promptement son énergie en le ramenant à sa température habituelle. Si l’on descend ensuite à des considérations de détail , on peut observer qu’une certaine élévation de température exalte la vitalité des organes jusqu’à les enflammer.

Sans entrer dans les effets variés du calorique sur l’homme en particulier , ce qui est du ressort de l’hygiène et de la thérapeutique , il est important de remarquer quel est le mode d’action du calorique dans les principales circonstances physiologiques.

Il nous paraît résulter d’un grand nombre d’observations faites avec des notions suffisantes sur les lois de la chaleur et sur celles de la vie, que les êtres vivans sont principalement affectés par le passage du calorique à travers leurs organes , tandis qu’on n’a tenu compte, jusqu’à présent , que de la température , c’est-à-dire de la tension actuelle du calorique. Or, cette tension peut demeurer la même, quoique les quantités de calorique qui traversent les organes soient très-différentes. II nous paraît que c’est surtout en ce point que les êtres organisés diffèrent des corps bruts , relativement aux phénomènes de chaleur.

Ainsi, qu’une barre de fer soit fortement refroidie par un bout et chauffée par l’autre , son milieu pourra demeurer à une température de ioo° , par exemple , et le même degré moyen pourra subsister sans aucun mouvement de calorique; mais, dans lesdeuxcas, le corps brut sera affecté de la même manière par le calorique.

Un homme peut se trouver à 54° de température en faisant de très-petites perles de calorique, et la production interne de ce calorique étant par conséquent peu considérable, alors l’individu n’éprouvera aucune sensation particulière de chaleur; il pourra même éprouver une sensa-

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tien de froid, et ses fonctions seront peu actives; mais ce même homme peut se trouver h cette même température pendant que ses organes sont le siège du passage d’une grande quantité de calorique; il s’en produit alors beaucoup h l’intérieur , et il s’en fait une grande déperdition à l’extérieur. L’individu éprouve une vive sensation de chaleur sans qu’elle paraisse justifiée parla température, et toutes ses fonctions sont fortement exaltées. La période de chaleur d’un accès de fièvre présente tous ces phénomènes. Ce que nous venons de dire de l’individu en général s’applique également aux organes ou aux régions de son corps.

Nous pensons donc qu’un des points essentiels de l’action du calorique résulte de la quantité qui traverse les organes dans un temps donné.

Cette considération conduit à une conséquence d’une grande importance. Il est évident qu’il y a deux moyens de faire qu’une grande quantité de calorique traverse les organes; on peut y parvenir, i° en augmentant la production de ce calorique , qui ne tarde pas à s’échapper par des voies que nous indiquerons ; 2° en augmentant les déperditions de ce même calorique. En effet , une houle de mercure congelé , placée dans la main de Pelletier , a causé un sentiment de brûlure et une inflammation , tous deux produits par la grande quantité de calorique qui de toutes parts s’est précipitée vers un point si fortement refroidi.

Les mains ne lardent pas à devenir brûlantes quand on les frotte avec de la neige , et leur température est pourtant abaissée; mais elles sont le siège d’un courant considérable de calorique. Les effets toniques appareils du froid extérieur, des lotions et des bains froids , qui paraissent en contradiction avec 1 action sédative connue du froid , s’ex- I pliquent parfaitement en tenant compte de l’effet du passage du calorique dans les organes. On sent que, pour la

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production do semblables effets , il est nécessaire que la source intérieure du calorique soit suffisante et que les organes essentiels ne soient point atteints d’un refroidissement qui ralentirait leurs fonctions. Nous pensons qu’en appliquant de pareils principes > on résoudrait beaucoup de difficultés qui se sont élevées sur la chaleur animale et scs explications.

5oG. De la chaleur animale. L’espèce de fixité que présentela température des animaux en général et de l’homme en particulier, est un phénomène dont l’explication a exercé la sagacité des physiologistes , des physiciens et des chimistes. Elle présente une contradiction manifeste avec les principes que nous avons établis sur la tendance générale des corps à l’équilibre de calorique. L’homme, en effet , est susceptible de supporter pendant quelques instans la chaleur d’un four chauffé au-delà de ioo°. 11 peut vivre sous le climat brûlant de Surinam et dans les glaces du pôle, ce qui embrasse près de i5o° de l’échelle thermométrique. Cependant, au milieu de ces influences opposées , qui tendent à lui fournir ou à lui enlever d’énormes quantités de calorique , il conserve généralement à peu près la même température propre de 07° à 58° centigr. Ce phénomène a paru si extraordinaire aux physiologistes , qu’ils l’ont attribué à une propriété vitale particulière qui rendrait l’homme également propre à repousser un excès de calorique et à conserver celui qui produit sa température naturelle. Une semblable supposition , attribuant deux effets opposés à une même cause, loin d’expliquer le phénomène , le repousse pour toujours dans la classe des inconnues ; nous croyons qu’on 11c doit l’adopter qu’après avoir épuisé tous les moyens que peuvent fournir la physique , la chimie et la physiologie, pour expliquer cette prétendue fixité do température suivant les lois conuucs. Pour y par-

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