DE T. A LUMIÈRE EN GÉNÉRAL
009. Nous avons étudié jusqu’ici la matière et toutes les variétés de corps qu’elle forme, ainsi que les phénomènes que ces corps produisent sous l’influence de l’attraction, du calorique et de l’électricité. 11 nous reste h examiner certains phénomènes que ces corps produisent , sans qu’on puisse s’en rendre compte par aucune des causes citées. Ces effets consistent dans la propriété que possèdent presque tous les corus de la nature de produire sur nous des impressions très-fortes et très-distinctes , sans aucun contact direct; en sorte que nous acquérons par un de nos sens la conscience de l’existence de ces corps, et une notion plus ou moins exacte de leur figure, de leur couleur et de leur situation dans l’espace, quoiqu’ils soient placés à une grande distance , et lorsqu’ils se trouvent dans certaines conditions indispensables.
L’organe qui reçoit ces impressions constitue le sensde la vue. La propriété que possèdent les corps d’affecter ce sens se nomme visibilité. La condition de celle propriété des corps est qu’ils soient actuellement en rapport avec d’autres corps que Ion nomme lumineux, et enfin la
cause générale de tous ces phénomènes a été nommée lumière.
On peut faire et on a fait diverses suppositions sur la nature et le mode d’action de la cause qui produit la visibilité des corps : Descarlcs admettait qu’il y avait dans tous les points de l’espace un fluide qui n’affectait point nos sens quand il était en repos , mais que les corps lumineux avaient la propriété de le mettre en vibration , et que ces vibrations, diversement réfléchies et combinées, produisaient tous les phénomènes de lumière.
Newton établissait, au contraire, que la lumière était un fluide émanant des corps lumineux , lancé ou projeté par ces corps dans l’espace , et qui , modifié dans sa marche parles corps qui le réfléchissaient ou le laissaient traverser leur substance, donnait lieu , par contact immédiat , aux phénomènes que nous observons.
Le système de Newton a été presque généralement adop • té par les physiciens jusqu’à nos jours, où le docteujc* Young et M. Fresnel , renouvelant la supposition d’un fluide préexistant dans l’espace, sont parvenus à rendre compte avec beaucoup d’exactitude, et même à soumettre au calcul les phénomènes de lumière les plus délicats , en supposant des ondulations produites dans ce fluide préexistant.
De ces deux manières de concevoir et d’expliquer les phénomènes de lumière , la première , qu’on a nommée système de l’émission, présente une intelligence plus claire et plus facile de tous les phénomènes vulgaires, mais se trouve en défaut dans un certain nombre de circonstances; la seconde , qui porte le nom de système des ondulations , explique avec une grande précision les circonstances les plus minutieuses de ces phénomènes, et se prêle facilement à l’application du calcul ; mais elle ne peut être conçue qu’avec des notions étendues de mathématiques, et