DE QUELQUES PHÉNOMÈNES ACCIDENTELS DE LA LUMIÈRE
5 97. De la double refraction. — Nous avons vu que la lumière , en passant d’un milieu dans un autre , éprouvait constamment et régulièrement une réfraction simple ou linéaire , qui changeait sa direction , et qu’une dispersion de ces différens rayons donnait lieu h la coloration. Ces deux ordres de phénomènes sont plus ou moins marqués , suivant les densités relatives et les qualités combustibles des différens corps ; ils sont aussi variables avec les incidences , mais ils existent dans tous les corps sans exception. 11 n’en est pas de même d’un autre mode de réfraction , auquel on a donné le nom de double réfraction , et qui ne se rencontre que dans certaines substances , sans que l’on puisse déterminer exactement quel rapport il y a entre la nature du corps et le phénomène produit.
Si l’on prend un cristal limpide de sous-carbonate de chaux (spath d’Islande) , et que l’on fasse passer un rayon solaire h travers deux de ses faces parallèles, on verra ce rayon se diviser dans l’intérieur du cristal , de sorte qu’il s’échappera de la face opposée deux rayons différens, formant un angle entre eux. L’un de ces deux rayons subira les lois ordinaires de la réfraction; on le nomme , h cause de cela , rayon ordinaire. L’autre se comportera suivant
des lois tout-h -fait différentes ; on lo nomme rayon extraordinaire.
La même expérience se répète plus simplement en posant le cristal sur une feuille de papier Liane où l’on a marqué un point noir ; car en regardant h travers le cristal , on voit deux points noirs au lieu d’un. Ces deux points sont d’autant plus écartés que le cristal est plus épais; et si l’on fait tourner le morceau de spath, l’une des deux images , transmise par le rayon naturel , demeure immobile , tandis que la seconde décrit un cercle autour d’elle. Il semble donc qu’il y a , dans l’intérieur d’un semblable corps cristallisé, une certaine ligne que l’on nomme axe de double réfraction , et qui semble jouir de la propriété de repousser une portion de la lumière dans tous les sens et avec plus ou moins de force.
Toutes les substances qui peuvent produire la double réfraction ne paraissent pas présenter cette répulsion. J[ paraît , au contraire , que quelques-unes ont des axes qui attirent la lumière , et qui produisent une double réfraction dans un sens opposé. Tel est, par exemple , le cristal de roche.
Toutes les substances dont la forme cristalline peut être rapportée h un rhomboïde ou à un prisme h base carrée , n’ont qu’un seul axe de double réfraction. Toutes les matières qui ne sont pas cristallines, ou dont les formes se rapportent au cube , 11c produisent que la réfraction simple , à moins qu’on ne leur imprime quelques modifications en les comprimant ou les échauffant inégalement. Enfin toutes les substances cristallines, autres que celles que nous avons citées, ont, dans leur intérieur, deux axes de double rétraction disposés symétriquement par rapport aux formes cristallines. Les topazes , les micas, les sulfates de chaux et do baryte , etc. , sont dans ce cas.