DES FORCES OU PUISSANCES NATURELLES
Nous sommes obligés de nous résigner à ignorer probablement pour toujours ce que c’est qu’une force ou une puissance ;*nous ne pouvons en prendre aucune idée, nous n’en possédons aucune notion qui ne nous vienne d’un effet ou d’un mouvement que nous remarquons, que nous mesurons, dont nous recherchons toutes les modifications, et que nous attribuons à une cause que nous nommons force. Si le mouvement est considérable, nous disons que la force est grande; si nous lui découvrons une direction, nous attribuons cette direction à la force elle-même, etc.
Cette manière de faire des suppositions de forces est une méthode de philosopher que Newton a adoptée, qu’il a pris soin de justifier, soit par des préceptes, soit par des exemples, et qui, depuis ce grand homme, a été généralement suivie par tous les physiciens.
Il en résulte qu’il existe, ou que nous supposons qu’il existe un assez grand nombre de puissances naturelles que nous regardons comme les causes des phénomènes. Il arrive assez souvent, il est vrai, qu’une série de phénomènes paraît, à une époque de la science , exiger la supposition d’une force nouvelle, tandis qu’à une époque postérieure on trouve moyen de rattacher cette série de faits à une antre série déjà expliquée par une autre supposition déjà faite , en sorte que le nombre des forces admises diminue pendant que la science se perfectionne. C’est ainsi que la théorie de l’aimant est rentrée dans le domaine électrique, et que les forces électriques elles-mêmes suffiront sans doute un jour pour expliquer la série des faits chimiques, et seront avantageusement substituées à tout ce qu’on nomme encore aujourd’hui affinité.
DISSERTATION
Quoi qu’il en soit, dans l’état actuel des connaissances , il est nécessaire d’admettre, pour comprendre presque tous les phénomènes naturels :
L’attraction;
La force répulsive générale attribuée au calorique;
Des forces développées par les corps lumineux pour mettre en vibration Péther, et produire des phénomènes de lumière;
Des forces d’attraction et de répulsion qui surviennent entre des corps amenés à l’état électrique et qu’on suppose s’exercer entre deux fluides contraires ;
Une force électro-motrice qui met en mouvement ces fluides dans deux sens opposés;
Une force répulsive dans les parties d’un même courant pour expliquer l’électro-motion;
Enfin , des forces particulières qui se développent exclusivement dans les êtres organisés et vivans, et qu’on peut nommer vitales ou organiques.
Puisque les forces dont nous supposons l’existence sont à nos yeux les causes des phénomènes, ce sera une bonne méthode pour classer ces derniers que d’établir entre ces diverses forces des distinctions bien tranchées.
On peut diviser toutes les puissances naturelles en trois classes :
La première classe renferme les puissances qui sont permanentes dans la nature, et qui conséquemment agissent toujours et partout sur la matière, quels que soient son état et ses accidens.
Les forces qui rentrent dans cette classe sont l’attraction et la force répulsive générale qu’on a coutume d’attribuer au calorique.
La deuxième classe renferme les puissances naturelles qui ne sont pas permanentes, qui ne se développent que
dissertation.
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dans certains états de la matière et sous l’empire de certaines influences : elles sont en quelque sorte conditionnelles, et ont ceci de caractéristique, que nous connaissons bien les conditions de leur développement ; que nous sommes en conséquence maîtres de leur donner naissance à volonté, ainsi que d’en modifier l’intensité. Il faut ranger dans cette classe i° la force motrice qui fait vibrer l’éther, et qui naît de la combustion, du frottement, et d’un grand nombre d’autres causes qui sont à notre disposition;
2° Toutes les forces qu’on nomme communément électriques , et qui se développent par le frottement, par le contact, et en générai par presque tous les rapports intimes que tous les corps différons peuvent avoir entre eux.
3° La troisième classe comprend les puissances qu’on peut nommer vitales ou organiques ; ces forces sont accidentelles, et leur existence est conditionnelle comme dans la classe précédente , mais avec cela de particulier, que nous connaissons mal les conditions qui permettent leur développement, et que nous sommes tout à fait hors d’état de les produire à volonté. Si néanmoins nous réussissons parfois à les modifier, c’est par des voies purement empiriques, et jamais par des moyens méthodiques.