‹ Traité élémentaire de physique générale et médicaleChapitre 32 sur 139 · DE LA CHALEUR ANIMALE · texte numérisé non relu

DE LA CHALEUR ANIMALE

3o8. Le calorique paraît être la cause immédiate de la vie; du moins ne rencontre-t-on jamais l’ensemble des phénomènes qui la composent, ou le mode particulier d’existence des corps qui en sont doués , qu’avec une certaine température et une production de chaleur plus ou

moins considérable.

Quant à la température , il est une cause physique qui

AVEC LES ÊTRES VIVAIS

s’oppose à ce que la vie puisse exister au dessous de o° de nos thermomètres. Eu effet , les êtres organisés sont essentiellement formés de solides et de fluides; la circulation de ceux-ci est une condition nécessaire à la vie, et comme ils deviendraient solides au dessous de o°, la vie serait nécessairement suspendue; mais comme ces corps sont souvent exposés à se trouver environnés d’une température beaucoup plus basse, ils ont tous en eux-mêmes un moyen de produire des quantités de calorique qui puissent s’opposer jusqu’à un certain point à un abaissement de température trop considérable. Ces moyens de production du calorique sont peu énergiques pour les végétaux, qui, se trouvant fixés et en partie plongés dans le sol dont la température est rarement très basse, peuvent tirer de ce sol Se calorique indispensable à leur existence; aussi cette existence cesse-t-elle au niveau des glaces éternelles. Quant aux animaux, et surtout aux oiseaux qui vivent isolés du globe et n’en peuvent tirer que bien peu de calorique, ils sont pourvus d’organes spéciaux qui le produisent sans cesse.

On donne le nom de chaleur organique ou de chaleur animale à ce calorique ainsi développé.. On appelle température propre celle que ce calorique produit ordinairement et entretient dans les êtres organisés. ( Voy. Source de ta Chaleur animale. )

Indépendamment de celte nécessité physique d’une température donnée pour l’existence de la vie, on peut considérer le calorique comme l’excitant principal de tous les phénomènes vitaux. On remarque en effet que les animaux qui ont une vie plus active sont aussi ceux chez lesquels la température est plus élevée, et l’on voit languir toutes les fonctions lorsqu’un animal se refroidit, malgré la production de chaleur dont il est le foyer; tandis qu’on

RAPPORTS DU CALORIQUE

rappelle promptement son énergie en le ramenant à sa température habituelle. Si l’on descend ensuite à des considérations de détail, on peut observer qu’une certaine élévation de température exalte k vitalité des organes jusqu’à les enflammer.

Sans entrer dans les effets variés du calorique sur l’homme en particulier , ce qui est du ressort de l’hygiène et de la thérapeutique , il est important de remarquer quel est le mode d’action du calorique dans les principales circonstances physiologiques.

Il nous paraît résulter d’un grand nombre d’observations faites avec des notions suffisantes sur les lois de la chaleur et sur celles de la vie , que les êtres vivans sont principalement affectés par le passage du calorique à travers leurs organes , tandis qu’on n’a tenu compte , jusqu’à présent , que de la température , c’est-à-dire de la tension actuelle du calorique. Or, cette tension peut demeurer la même, quoique les quantités de calorique qui traversent les organes soient très différentes. Il nous paraît que c’est surtout en ce point que les êtres organisés diffèrent des corps bruts, relativement aux phénomènes de chaleur.

Ainsi, qu’une barre de fer soit fortement refroidie par un bout et chauffée par l’autre, son milieu pourra demeurer à une température de ioo° par exemple, et le même degré moyen pourra subsister sans aucun mouvement de calorique; mais , dans les deux cas , le corps brut sera affecté de la même manière par le calorique.

Un homme peut se trouver à 34° de température en faisant de très petites pertes de calorique , et la production interne de ce calorique étant par conséquent peu considérable , alors l’individu n’éprouvera aucune sensation particulière de chaleur; il pourra même éprouver une sensation de froid , et ses fonctions seront peu actives : mais ce

AVEC LES ÊTRES VIVANS

même homme peut se trouver à cette même température pendant que ses organes sont le siège du passage d’une grande quantité de calorique; il s’en produit alors, beaucoup à l’intérieur, et il s’en fait une grande déperdition à l’extérieur. L’individu éprouve une vive sensation de chaleur sans qu’elle paraisse justifiée par la température, et toutes ses fonctions sont fortement exaltées. La période de chaleur d’un accès de fièvre présente tous ces phénomènes. Ce que nous venons de dire de l’individu en général s’applique également aux organes ou aux régions de son corps.

Nous pensons donc qu’un des points essentiels de l’action du calorique résulte delà quantité qui traverse les organes dans un temps donné.

Cette considération conduit à une conséquence d’une grande importance. Il est évident qu’il y a deux moyens de faire qu’une grande quantité de calorique traverse les organes ; on peut y parvenir : i° en augmentant la production de ce calorique, qui ne tarde pas à s’échapper par des voies que nous indiquerons; 2° en augmentant les déperditions de ce même calorique. En effet, une houle de mercure congelé, placée dans la main de Pelletier, a causé un sentiment de bridure et une inflammation , tous deux produits par la grande quantité de calorique qui de toutes parts s’est précipité vers un point si fortement refroidi.

Les mains ne tardent pas à devenir brûlantes quand on les frotte avec de la neige, et leur température est pourtant abaissée; mais elles sont le siège d’un courant considérable de calorique. Les effets toniques apparens du froid extérieur, des lotions et des bains froids, qui paraissent en contradiction avec Faction sédative connue du froid, s’expliquent parfaitement en tenant compte de l’effet du passage du calorique dans les organes. On sent que , pour la production de semblables effets , il est nécessaire que la

RAPPORTS DU CALORIQUE

source intérieure du calorique soit suffisante et que les organes essentiels ne soient point atteints d’un refroidissement qui ralentirait leurs fonctions. Nous pensons qu’en appliquant de pareils principes , on résoudrait beaucoup de difficultés qui se sont élevées sur la chaleur animale et ses explications.

009. De la chaleur' animale. L’espèce de fixité que présente la température des animaux en général , et de l’homme en particulier , est un phénomène dont l’explication a exercé la sagacité des physiologistes, des physiciens et des chimistes. Elle présente une contradiction manifeste avec les principes que nous avons établis sur la tendance générale des corps à l’équilibre de calorique. L’homme , en effet, est susceptible de supporter pendant quelques instans la chaleur d’un four chauffé au delà de ioo°. Il peut vivre

JL

sous le climat brûlant de Surinam et dans les glaces du pôle, ce qui embrasse près de i5o° de l’échelle thermométrique. Cependant, au milieu de ces influences opposées , qui tendent à lui fournir ou à lui enlever d’énormes quantités de calorique , il conserve généralement à peu près la même température propre de 07° à 58° centigr. Ce phénomène a paru si extraordinaire aux physiologistes, qu’ils l’ont attribué à une propriété vitale particulière qui rendrait l’homme également propre à repousser un excès de calorique et à conserver celui qui produit sa température naturelle. Une semblable supposition, attribuant deux effets opposés à une même cause , loin d’expliquer le phénomène, le repousse pour toujours dans la classe des inconnues; nous croyons qu’on ne doit l’adopter qu’après avoir épuisé tous les moyens que peuvent fournir la physique , la chimie et la physiologie , pour expliquer cette prétendue fixité de température suivant les lois connues. Pour y parvenir, il est nécessaire d’examiner avec atten-

AVEC LES ÊTRES VIVAHS, ÎQO

tion , i° quels peuvent être les moyens de production du calorique dans l’économie animale; 2° quelles sont les causes de refroidissement ; 3° comment on peut concevoir que de ces deux genres d’effets résulte une température à peu près fixe.

3 îo. Source de ta chaleur animale. On a remarqué depuis long-temps que la température du corps des animaux était en quelque sorte proportionnelle à l’étendue et à la perfection de leurs organes respiratoires. On peut observer aussi que la température s’élève lorsque la respiration et la circulation sont accélérées , ces deux conditions étant nécessaires à l’accroissement des phénomènes intimés qui se passent dans le poumon.

On a d’abord supposé qu’il se formait , dans les poumons , de l’eau et de l’acide carbonique par la combinaison de l’hydrogène et du carbone avec l’oxigène de l’air. Mais on a bientôt pensé que l’hydrogène n’entrait pour rien dans le phénomène , puisqu’on croyait que la totalité de l’oxigène se trouvait dans l’acide carbonique.

Telle a du moins été, pendant assez long-temps, l’opinion le plus généralement admise par les physiologistes; mais des recherches plus récentes et faites avec des moyens analytiques beaucoup plus exacts nous forcent à revenir, jusqu’à un certain point, à l’opinion primitive de Lavoisier, savoir, que l’oxigène de l’air est employé en partie à former de l’acide carbonique avec le carbone du sang , pendant qu’une autre portion s’unit à l’hydrogène pour former de l’eau ; il résulte en effet des expériences précises de M. Despretz qu’une certaine quantité d’oxigène disparaît toujours dans la respiration des animaux, sans que cette partie se trouve représentée par l’acide carbonique obtenu; ce qu’on ne saurait expliquer qu’en ad-

194 RAPPORTS DU CALORIQUE

mettant que cet oxîgène s’est uni à de l’hydrogène pour former de l’eau.

Celte disparition de l’oxigène s’élève quelquefois à plus d’un tiers de l’acide carbonique formé; elle est surtout remarquable dans les animaux jeunes; elle est presque constamment accompagnée de l’absorption d’azote.

Répondant à l’objection que les poumons devraient # dans ce cas , être beaucoup plus chauds que le reste du corps , les chimistes , appliquant la théorie de Black , ont prétendu, d’après Crawford, que le sang artériel avait, pour le calorique , une capacité plus grande que le sang veineux. Mais JohnDavy ayant prouvé que la capacité calorique des deux sangs était presque égale , cette explication est tombée d’elle-même. Nous ne dirons rien de l’hypothèse de M. Broglie, qui a cru , d’après des expériences faites par insufflation, que la respiration refroidissait l’animal ; cette proposition est détruite par des expériences de Legallois , qui prouvent que la température est proportionnelle à la respiration considérée dans ses phénomènes intimes. Nous savons que ni M. Dulong , ni même M. Despretz, n’ont trouvé la consommation d’oxigène exactement proportionnelle à la chaleur produite. Mais nous croyons qu’il est si difficile d’obtenir des résultats quantitatifs exacts et comparables, dans les expériences sur les animaux, que les objections tirées des résultats de ces expérimentateurs sont jusqu’à présent d’une très faible valeur, d’autant plus que nous expliquerons tout à l’heure l’insuffisance des résultats obtenus. D’après ces considérations , nous croyons fort essentiel de fixer d’une manière précise l’explication physique de la production de la chaleur par la respiration, et de montrer sa suffisance p3ur l’intelligence des phénomènes.

L’air qui pénètre dans le poumon y subit une altération

AVEC LES ÊTRES VIVAIS. iq5

constante et marquée, qui consiste principalement en ce que o,o5 h 0,06 de son oxigène disparaissent , tandis qu'ils sont ordinairement remplacés, dans toute respiration naturelle, du moins chez l’homme, paro,o3 h 0,06 d’acide carbonique. Un homme d’une stature ordinaire convertit ainsi, en vingt-quatre heures, au moins 750 décimètres cubes d’ oxigène en acide carbonique, ce qui représente 095 grammes de carbone qui ont été convertis en acide carbonique directement oü indirectement. En effet, on a d’abord supposé que tout ce carbone se combinait directement avec l’oxigène de l’air dans les cavités bronchiques. La basse température du poumon ne serait point une objection h cette supposition , puisque le carbone peut se trouver dans le sang à un tel état de division que son affinité pour l’oxigène puisse se satisfaire , comme on voit des dissolutions métalliques absorber ce gaz à toutes les températures. Une objection plus forte, c’est la preuve physiologique que l’acide carbonique est exhalé par le poumon, lorsque l’animal respire du gaz hydrogène. Cette question, du reste, n’intéresse pas directement la théorie qui nous occupe , puisque, dans le cas où l’oxigène serait absorbé d’une part, pendant que facide carbonique serait exhalé de l’autre , il y aurait nécessairement une égale quantité de calorique dégagé, l’oxigène en abandonnant beaucoup plus dans sa condensation que l’acide carbonique n’en emporte dans sa gazéification.

Lorsque 5q5 grammes de carbone se combinent avec l’ oxigène , il se dégage une certaine quantité de calorique capable de fondre 58k, 1 18 de glace, ou d’élever 58k,i 18 d’eau à 7Ù0 de température, ou enfin de porter 28k,588 d’eau à 1 ébullition , = 2808 unités de chaleur. Or, cette quantité de calorique est rationnellement suffisante pour rendre compte de la chaleur animale. En effet, la transpi-

RAPPORTS DU CALORIQUE

ration moyenne de la peau , en vingt-quatre heures , n’excède pas 2 kilogrammes , qui , en se réduisant en vapeur, emportent le calorique de près de 12 kilogrammes d’eau h ioo°. Il se forme dans le poumon, pendant le même temps, 777 grammes de vapeur qui emportent le calorique de 4k>662 d’eau à ioo°. Il reste donc, pour répondre aux pertes de calorique du corps par conductibilité ou par rayonnement , tout celui qui pourrait élever près de 1 2 kilogrammes d’eau à ioo°, ou 1 200 unités de chaleur.

Il est presque superflu de remarquer que toutes ces évaluations portent sur des termes moyens,* mais que s’ii arrivait que la transpiration fût accrue, ce ne serait jamais que par suite d’une accélération dans les phénomènes respiratoires , qui produirait nécessairement une quantité de calorique relative à l’accroissement des pertes.

Nous venons de démontrer, par un calcul approximatif, qu’il est permis d’attribuer la chaleur animale à la respiration, et qu’elle peut y suffire ; mais les recherches directes et exactes de MM. Dulong et Despretz ne peuvent laisser aucun doute à cet égard. D’après le premier de ces physiciens, les | environ de la chaleur produite par un animal, dans un temps donné, étaient directement expliqués par la quantité d’oxigène qui disparaissait , et par la formation de l’acide carbonique et de l’eau; mais sa méthode était susceptible de présenter des pertes en acide carbonique, à cause du contact des gaz avec d’assez grands volumes d’eau.

Les expériences deM. Despretz, faites avec beaucoup de soin, répétées un grand nombre de fois dans des appareils d’une beaucoup plus grande exactitude , ont fourni ces résultats remarquables, que 0,90, o,85, 0,82, 0,86, 0,88, 0,80, 0,7/4, 0,78,0,79, 0,77 , 0,75 , etc. , delà chaleur animale dégagée dans un temps donné, se trou-

AVEC LES ÊTRES VIVANS

vaient représentés par le calorique qu’aurait produit, dans une combustion ordinaire, l’oxigène absorbé dans ces différentes expériences , en se combinant soit avec du carbone , soit avec de l’hydrogène , d’où il résulte que les de la chaleur animale se trouvent complètement expliqués par les théories chimiques , ou plutôt par le fait des combinaisons chimiques qui se passent dans le poumon.

Nous ferons remarquer ici que, plus les observateurs ont mis d’exactitude dans des recherches si difficiles, sur la quantité de chaleur produite par les animaux, et plus ils se sont approchés d’une coïncidence complète entre la chaleur développée par l’animal et celle qui aurait été produite par une combustion ordinaire.

On voit que jusqu’ici la mesure du calorique produit par les phénomènes qui se passent dans le poumon a été basée uniquement sur la quantité d’oxigène absorbé, et sur l’appréciation de la chaleur qui devait être mise en liberté par la combinaison de cet oxigène avec du carbone ou de l’hydrogène; les chimistes ont aussi considéré le sang mis en rapport avec l’air dans les poumons, sous l’unique point de vue de son carbone ou de son hydrogène; d’une autre part, ils n’ont considéré dans le phénomène de la respiration que les modifications éprouvées par l’air, et n’ont tenu aucun compte des modifications éprouvées par le sang lui-même. On peut dire cependant que, dans cette manière incomplète (même sous le point de vue chimique ) de considérer l’acte de la respiration, il était impossible d’expliquer la totalité de la chaleur produite; nous allons rétablir cette importante omission.

La loi la plus générale qui ait été reconnue h l’égard des phénomènes de chaleur est celle-ci : Toutes les fois que des corps réunis passent d’une combinaison moins intime à une combinaison plus intime , il y a du calorique mis en liberté.

RAPPORTS DU CALORIQUE

Les exemples sont extrêmement multipliés , il nous suffira d’en citer un seul. L’azotate de potasse mêlé au soufre et au charbon est un corps solide dans lequel l’oxigène est combiné à l’azote et au potassium : si ce mélange est emflammé, il en résulte du sulfure de potassium, de l’acide carbonique, de l’azote et un peu de vapeur d’eau; ces trois derniers produits passent instantanément de l’état solide à l’état gazeux , ce qui doit absorber une grande quantité de calorique : cependant , lors de la déflagration de la poudre dont nous venons d’indiquer les produits , il y a une énorme élévation de température; cela dépend de ce que les nouveaux composés , sulfure de potassium , acide carbonique et eau , sont beaucoup plus intimes que les composés acide azotique et oxide de potassium qui existent dans la poudre.

Deux corps solides, au moment où ils se combinent, peuvent dégager une grande quantité de chaleur sans absorber aucun gaz, ainsi que cela arrive dans la formation du sulfure de cuivre; en un mot, tout prouve, dans l’ensemble des connaissances chimiques actuelles, que les combinaisons dégagent du calorique dans la proportion de l’énergie de la puissance qui les détermine, ou, si Fou veut, en raison de la différence de leurs caractères électriques.

Ces principes une fois posés , nous disons que le sang veineux qui aborde aux poumons est plutôt un mélange qu’une véritable combinaison , qu’il est le résultat complexe et imparfait de îa réunion d’une foule d’élémens tirés de chaque partie du corps; cette vérité est si bien sentie, que Fon a réservé le nom d’hématose h la formation du sang artériel , et en effet c’est seulement dans celui-ci que l’on rencontre ces matériaux caractérisés, et ces propriétés constantes et énergiques qui en iont l’aliment réparateur de toute F organisation.

AVEC LES ÊTRES VIVANS

Il est donc évident que dans l’acte de la respiration , pendant que de l’oxigène est absorbé et de l’acide carbonique exhalé avec beaucoup d’eau réduite en vapeur, le sang veineux s’est rapproché, que ses élémens ont éprouvé une combinaison nouvelle et plus intime , ont donné lieu à des composés plus stables, plus fixes dans leur composition , en un mot, que le sang artériel s’est formé aux dépens des élémens qui n’étaient encore que mêlés dans le sang veineux ou que l’air est venu y ajouter.

Ainsi., s’il était possible que du sang veineux devînt artériel sans absorber d’oxigène, il ne s’en dégagerait pas moins du calorique par cette conversion; ainsi le calorique qui dépend de la formation de l’acide carbonique ou de l’eau, n’est donc pas la seule quantité qui doive être mise en liberté dans l’hématose et la respiration ; ainsi la chaleur animale n’est pas et ne peut pas être exprimée tout entière par l’évaluation de l’oxigène disparu, car il est nécessaire que le sang lui-même mette du calorique en liberté par son propre changement d’état.

Si nous avons été bien compris, on sentira que nous attribuons la production de la chaleur animale à la condensation des matériaux du sang veineux pour constituer le sang artériel; qu’il est, dans notre théorie, naturel et nécessaire que les expériences de MM. Dulong et Despretz n’aient pas pu représenter la totalité de cette chaleur animale.

Indépendamment des lois chimiques et des principes sur lesquels nous nous sommes fondés pour établir cette théorie nouvelle de la chaleur animale, un grand nombre d’observations physiologiques viennent la confirmer. La nature de l’alimentation influe beaucoup sur la production de la chaleur ; cette alimentation même la développe , surtout au moment où les résultats de la digestion affluent

200 RAPPORTS DTI CALORIQUE

dans Je système veineux; il semble enfin que plus le sang veineux est mêlé de matériaux hétérogènes et plus il dégage de calorique en devenant sang artériel.

S’il faut enfin exprimer notre pensée tout entière, nous dirons que l’hématose est la véritable source productive de la chaleur animale , et que la respiration n’en est que la cause occasionnelle.

On voit, par les évaluations précédentes, que le développement du calorique dans le poumon répond aux effets de chaleur qu’on observe dans l’économie animale. Il reste à expliquer comment le poumon , qui serait le foyer de cette production de chaleur, ne présenterait cependant pas une température plus élevée que celle des autres parties du corps. Mais si Ton admet, avec Haller, que le cœur pousse, à chaque contraction, deux onces de sang dans l’aorte, il en résultera que les poumons sont traversés en un jour par 7128 kilogrammes de sang. Or, le calorique représenté par 23^726 d’eau à ioo°, calorique qui peut se développer dans le poumon pendant le même temps , déduction faite de la transpiration pulmonaire, ne peut élever celte masse de 7128 kilogrammes de sang que de 3 de degré environ. Il en résulte que le sang veineux refroidi enlèvera facilement , au fur et à mesure , ce petit excès de température, qui se reproduira sans cesse dans l’organe pulmonaire.

On conçoit avec la même facilité l’égale distribution de température dans toutes les parties du corps; car il ne faut pas considérer nos organes comme s’échauffant, à la manière des autres corps, par simple conductibilité; mais il faut se représenter que le calorique est rapidement transporté par une masse considérable de fluide qui va du poumon à toutes les autres parties du corps , et en revient plus de trente fois par heure.

AVEC LES ÊTRES VIVAIS

Si la principale source de production de chaleur dans l’économie animale dépend de la combinaison du carbone avec l’oxigéne dans un lieu quelconque de l’économie , il est évident que la peau et les organes de la digestion seront aussi des moyens de production de chaleur, car la première absorbe de l’oxigène et dégage de l’acide carbonique, et beaucoup d’expériences démontrent que tout l’oxigène entraîné dans l’estomaC par la déglutition disparaît dans la longueur des voies digestives et se trouve remplacé par de l’acide carbonique et du gaz hydrogène.

Nous n’avons pas tenu compte, dans l’exposition précédente, de l’action des organes respiratoires sur l’azote , parce que , quelles que soient les quantités absorbées ou dégagées, elles se compensent ordinairement à peu près, et ne peuvent pas influencer beaucoup la température.

Après avoir prouvé la possibilité de concevoir la chaleur animale par l’absorption de l’oxigène et la formation de l’acide carbonique et surtout par l’hématose, il ne sera pas inutile de faire remarquer que M. Edwards, dans ses nombreuses recherches sur cette matière , a constamment trouvé l’étendue des mouvemens respiratoires et circulatoires , la consommation de l’oxigène et le développement de la chaleur animale tellement liés entre eux , qu’il est impossible de se refuser à l’idée que les uns sont la cause tandis que l’autre est l’effet.

Il est essentiel de remarquer que la respiration et la circulation ont pour but, dans le poumon, de mettre le sang et l’air dans des rapports convenables pour réagir l’un sur l’autre, mais que l’apparence extérieure des efforts mécaniques qui produisent ces deux phénomènes est un moyen très équivoque d’apprécier le degré de leur résultat; car de grands mouvemens inspiratoires peuvent introduire de petits volumes d’air dans la poitrine , et des contrac-

202 RAPPORTS DO CALORIQUE

tions rapides du cœur peuvent faire circuler la masse du sang avec beaucoup de lenteur. Si l’on ajoute à ces considérations les états variés dans lesquels peuvent se trouver le tissu même de l’organe pulmonaire et le sang veineux , on concevra facilement les dispositions constitutionnelles et les modifications produites par les saisons (Edwards), qui font varier, dans une grande latitude, la faculté dont les animaux jouissent de 'produire du calorique.

Après avoir dit que le calorique se produit dans le poumon par la respiration et l’hématose, il nous reste à démontrer qu’il ne s’en produit que là où le sang artériel se forme , et cette preuve résulte d’une seule considération.

S’il se dégageait la moindre quantité de calorique dans un membre par exemple, et par suite , comme on l’a si souvent répété, des phénomènes de nutrition et autres actions locales , voici ce qu’on observerait.

En enveloppant soigneusement ce membre, il s’élèverait à la véritable température du sang artériel , puis il la dépasserait; lorsqu’un organe est le siège d’une vive inflammation, il deviendrait plus chaud que le sang artériel.

Or, nous avons constaté très souvent que jamais, dans aucune circonstance , un point du corps ne peut devenir par lui-même plus chaud que le sang artériel , d’où nous concluons que l’hématose seule produit de la chaleur.

3 1 1 . Causes de refroidissement. Les causes de refroidissement du corps de l’homme sont, en général, au nombre de cinq : nous voulons dire que le calorique peut lui être enlevé par cinq voies différentes, et souvent aussi par des modes très distincts. En effet, le corps de l’homme peut se refroidir, i° par la conductibilité, ou transmission directe de son calorique à d’autres corps; 2° par la transpiration cutanée, dans laquelle l’eau en vapeur emporte le calorique latent; 5° parla transpiration pulmonaire, qui

AVEC LES ÊTEES VIVANS

suit le même mode; 4° par réchauffement de Fair dans les cavités pulmonaires; 5° enfin par le rayonnement.

a . Les pertes de calorique par conductibilité supposent que les corps qui touchent celui de l’homme se trouvent à une température plus basse que lui : c’est ce qui arrive le plus communément ; et , parmi ces corps , c’est Fair atmosphérique qui, le plus constamment * est la cause de ce refroidissement.

La perte de calorique par conductibilité est extrêmement limitée, soit chez les animaux, soit chez les hommes, par les influences suivantes : i° la plupart des animaux dont la température est élevée sont revêtus d’enveloppes naturelles, qui sont de très mauvais conducteurs du calorique ; et l’homme , dont la peau est nue , se couvre d’enveloppes artificielles qui jouissent des mêmes propriétés; 2° les parties de la surface du corps qui sont en contact avec un autre corps froid se refroidissent rapidement elles-mêmes: la circulation devient lente ou presque nulle, et par conséquent la communication s’arrête ou devient elle-même très lente. Par exemple , la peau d’un homme plongé dans un bain froid devient rapidement pâle et presque aussi froide que le bain lui-même ; en cet état , elle est presque réduite à la condition d’une membrane inerte , conduisant très mal le calorique, et servant d’enveloppe au reste du corps.

La seule condition dans laquelle le refroidissement par conductibilité puisse produire de grands effets est l’exposition à un vent froid; et même encore, dans ce cas, Fac-

croissement de l’évaporation vient sans doute en augmenter les effets. Le capitaine Parry a remarqué que l’on supportait mieux 56° de froid par le calme que i8° par un vent vif.

b. La perte de calorique par la transpiration cutanée

204 rapports du calorique

est la plus considérable. Il importe d’en fixer les conditions.

Il est évident que , dans tous les cas ordinaires , il arrive à la surface de la peau, ou il existe dans son tissu une quantité de fluide plus que suffisante pour répondre à l’évaporation possible par toute la surface du corps. Car, dans les circonstances où la chaleur externe porte la transpiration au maximum , une sueur abondante couvre le corps, et n’est elle même qu’un excédant des quantités de liquide qui arrivent à la peau sur celles qui peuvent s’évaporer.

D’après ce que nous venons de dire , il est évident que la transpiration dépend uniquement des circonstances environnantes et de la température de la peau. En conséquence, elle sera accrue par l’élévation de température, par la sécheresse de l’air, par les mouvemens de l’air , par réchauffement de la peau; elle sera diminuée par l’air froid, par la stagnation de l’air, par l’humidité de l’air et par le refroidissement de la peau.

Il est ici fort important de remarquer que la température de la peau est elle-même dans une dépendance presque absolue de la température de l’air : nous n’entendons pas dire par là qu’elle est la même , mais que la peau s’échauffe et se refroidit dans des limites très étendues , lors qu’elle est en contact avec de l’air chaud ou de l’air froid; d’où il résulte que les variétés de la transpiration cutanée se trouvent elles-mêmes proportionnelles aux températures extérieures , sauf les quantités diverses de vapeur d’eau que l’air peut contenir , et qui vont très rarement jusqu’à la saturation. Si pourtant cette condition existait , dans l’air qui environne le corps , la transpiration cutanée semblerait devoir cesser complètement. Il n’en arrive cependant point ainsi , parce que la peau étant généralement plus chaude que l’air dans lequel nous vivons, elle échauffe

AVEC LES ÊTRES VIV ANS

celui qui la touche et le rentl ainsi propre h recevoir de nouvelles vapeurs.

Enfin , la transpiration cutanée peut être supprimée complètement lorsque le corps est plongé dans un liquide.

c. La transpiration pulmonaire a quelque chose de fixe et de déterminé que ne présentent pas les autres sources de déperdition de chaleur; elle résulte de la transformation en vapeur de liquides exhalés par le poumon. Cette quantité de vapeur est proportionnelle h la température du poumon, qui est à peu près constante, et à l’étendue de l’espace dans lequel elle peut se développer, espace qui est déterminé par les volumes d’air inspiré. Ainsi la transpiration pulmonaire sera proportionnelle aux phénomènes mécaniques de la respiration , lesquels peuvent varier considérablement par l’efFet de la volonté , ou par suite d’une sensation intérieure. Il faut remarquer que l’état hygrométrique de l’air inspiré peut modifier la quantité de la transpiration pulmonaire par la quantité de vapeur qu’il contient déjà. Mais cette influence est peu sensible , parce que l’air s’échauffe ordinairement beaucoup en pénétrant dans le poumon.

ci. Les volumes d’air introduits dans le poumon par la respiration se trouvent ordinairement à une température plus basse que celle du poumon, s’y échauffent , et en emportent conséquemment du calorique , dont la quantité, peu considérable il est vrai , se trouve proportionnelle aux phénomènes mécaniques de la respiration.

En considérant ces deux dernières causes de refroidissement dans leur réunion , on voit que les phénomènes mécaniques delà respiration présentent un double moyen de refroidissement , ce qui justifie en quelque sorte l’opinion des anciens, et nous explique en même temps l’erreur de M. Broglie, qui a vu des animaux décapités, dans les-

RAPPORTS DU CALORIQUE

quels il entretenait la vie par insufflation dans la poitrine , se refroidir plus vite que ceux qu’il abandonnait, car il faut remarquer que les phénomènes intimes de la respiration , d’où peut dépendre la production de la chaleur , ne sont nullement proportionnels aux phénomènes mécaniques , puisqu’ils dépendent simultanément de la circulation et de l’état du parenchyme pulmonaire.

e. Le rayonnement est une cause de déperdition de calorique qui dépend de la différence de température entre le corps de l’homme et ceux qui l'entourent.

Il est proportionnel à la température de la peau et modifié par sa couleur; il est , par conséquent, beaucoup plus considérable chez les nègres que chez les blancs ; il est presque complètement détruit par les vêtemens , de quelque nature qu’ils soient, surtout quand ils ne touchent pas immédiatement la peau.

012. De la température fixe dans les animauo». — Après avoir établi les causes qui peuvent produire du calorique dans l’économie animale, et les différens modes de déperdition de ce calorique, il est important d’examiner si ces actions opposées sont soumises à de telles influences réciproques , qu’elles puissent ordinairement se compenser et produire dans chaque animal, suivant sa constitution , une température à peu près fixe. Et d’abord il convient d’examiner si réellement cette fixité de température existe, ou jusqu’à quel degré elle existe.

Les physiologistes ont établi d’une manière beaucoup trop absolue la propriété des animaux de conserver en eux une température déterminée, malgré les variations de celle qui les environne. On a été jusqu’à dire* sur le rapport de quelques voyageurs , que des animaux à sang froid vivaient dans des eaux thermales sans s’échauffer. 11 suffit cependant de la plus simple observation pour nous démon-

AVEC LES ÊTRES VIVANS. 207

trer que les animaux peuvent se refroidir ou s’échauffer : les extrémités de nos membres nous en fournissent tous les jours la preuve. Et si le changement de température ne pénètre pas jusque dans l’intérieur , c’est que d’une part nous sommes capables de produire du calorique , que de l’autre nous sommes susceptibles d’en perdre , par la transpiration, des quantités plus ou moins grandes. Au reste, les expériences directes de MM. Berger et Delaroche ne laissent aucun doute sur ce point, car ils ont constaté : i° qu’un animal vivant et un animal mort se refroidissaient et s’échauffaient autant et aussi vite l’un que l’autre , lorsque tous deux étaient plongés dans l’eau; 20 qu’une éponge mouillée, un aicarazas et un animal vivant susceptible de transpirer, se comportaient de la même manière dans une étuve , que tous trois perdaient de leur poids par évaporation ; que tous trois restaient à une température bien inférieure à celle de l’étuve; observant toutefois que l’animal se trouvait toujours an peu plus échauffé que les corps inertes , à cause du calorique qui se produit en lui-même, en sus de celui dont il est environné; 3° enfin* que l’homme lui-même éprouvait une élévation de température notable dans une étuve.

S’il est vrai que les animaux sont tout aussi susceptibles que les corps bruts de se mettre en équilibre de température , il faut observer qu’ils ne le peuvent que dans de certaines limites , attendu que la mort survient aussitôt que les organes intérieurs et importans sont éievés de quelques degrés au dessus de leur température ordinaire , ou refroidis dans la même proportion. Le danger de mort étant précédé de sensations et de troubles plus ou moins pénibles, détermine promptement l’animal à sortir de la situation

fâcheuse où il se trouve, soit par des mouvemens automa-

tiques, soit par des actions combinées , qui ont pour but

RAPPORTS DU CALORIQUE

de le refroidir quand sa température s’élève , ou de le réchauffer dans le cas contraire.

La nature a fourni aux animaux des enveloppes conservatrices de la chaleur, et dans de justes rapports avec les climats qu’ils habitent , et même avec la diversité des saisons. Ils peuvent en outre y ajouter par quelques précautions instinctives. C’est ainsi que les moutons se pressent les uns contre les autres , et que le chien se tapit l\ l’abri du vent; tandis que, d’une autre part, la sensation du froid les porte à un exercice violent qui accélère la circulation et les mouvemens respiratoires. Il paraît même ( Edwards ) que l’action prolongée du froid rend la constitution plus apte à produire du calorique.

Les causes de refroidissement sont beaucoup moins soumises à la volonté, mais aussi beaucoup plus efficaces; en sorte qu’il y a dans notre économie tout ce qu’il faut pour résister spontanément à une grande élévation de température. Banks, Blagden et Fordys ont supporté quelques instans la température d’un four échauffé à sec au dessus de 1 io°; mais ils étaient couverts de sueur, la peau et le poumon étaient le siège d’une rapide évaporation , et malgré cela leur température interne s’élevait assez pour rendre les battemens du cœur excessivement rapides et causer de l’oppression et des vertiges; en sorte que quelques minutes de plus auraient certainement causé la mort des expérimentateurs.

Ce qui prouve que la transpiration est ici la seule cause qui retarde réchauffement réel du corps, c’est qu’il est impossible de supporter une semblable chaleur dans une atmosphère saturée d’eau, dont la présence diminue l’évaporation, et qu’aucun homme ne peut rester , même quelques instans , dans un bain liquide à 4o° , parce que, dans

AVEC LES ETRES VIVANS

ce dernier cas , la transpiration cutanée ne peut plus s’échapper à l’état de vapeur.

Il demeure dope démontré: i° que la température des animaux n’est point fixe , et qu’il n’y a rien en eux qui s’oppose aux acquisitions ou aux pertes de calorique ; 20 qu’ils résistent au refroidissement par la production intérieure d’une certaine quantité de calorique ; 3° qu’ils résistent à l’élévation de température par les cinq modes que nous avons indiqués , et principalement par les deux transpirations.

Indépendamment des propositions absolues que nous venons d’énoncer , il reste constant que l’homme , environné de températures très différentes , par exemple dans l’été ou dans l’hiver de nos climats , conserve une température moyenne centrale qui lui est propre , et qui diffère plus ou moins de celle des autres animaux. Il est facile d’expliquer ce phénomène , après avoir réduit , comme nous l’avons fait, la fixité réelle aux organes du centre , et surtout en tenant compte des effets marqués que produisent les plus petits ehangemens de température sur l’exécution de nos fonctions. En effet , supposons un homme nu , plongé dans une atmosphère à io°au dessous de o0,* toute la surface de sa peau et ses organes superficiels se refroidiront rapidement, en sorte que la transpiration cutanée sera promptement réduite au minimum , et dès lors la production intérieure de calorique n’aura plus à répondre qu’aux pertes par rayonnement et par conductibilité. Néanmoins , si cette situation se prolongeait , le refroidissement s’étendrait aux organes plus profonds, et ne tarderait pas à produire une mort précédée d’un affaiblissement général et d’une grande propension au sommeil.

Si , par opposition , nous supposons un homme plongé dans une atmosphère à 5o° , la peau s’échauffera rapide-

RAPPORTS DU CALORIQUE

ment, et la transpiration s’accroîtra en proportion. Mais si l’action de la chaleur persiste trop long-temps, les organes intérieurs s’échaufferont enfin , et il en résultera une mort précédée de vertiges , d’éblouissemens , de syncope, etc.

Puisque le refroidissement extérieur tend à diminuer la principale cause de refroidissement de l’économie , et que la chaleur extérieure tend à l’accroître , il est facile d’imaginer, non pas cette fixité absolue supposée par les physiologistes , mais cette fluctuation continuelle de température des différentes parties du corps entre des limites assez étendues. Quant aux organes internes, l’exécution de leurs fonctions est fortement altérée par les plus légers changemens de température, et produit des sensations qui portent l’animal à employer tous les moyens possibles pour les prévenir, h défaut de quoi la mort survient nécessairement.

Il est intéressant de remarquer ici que l’homme, en particulier , n’a, dans son état naturel, que des moyens très bornés de résister aux effets du froid , tandis qu’il est émi nemment propre h résister aux effets d’une température élevée , ce qui démontre qu’il est indigène des climats chauds ou tempérés.

Les médecins font , à la théorie que nous venons d’exposer, un grand nombre d’objections tirées de l’état morbide de nos organes. Il nous suffira de citer les principales, pour démontrer qu’elles se résolvent par une juste application de nos principes.

Les phthisiques ont souvent la presque totalité de la poitrine hors d’état de servir h la respiration. Cette fonction est réduite à très peu de chose, et cependant la chaleur animale est plutôt accrue que diminuée; le contraire devrait arriver si la respiration était la source de la chaleur.

Chez ces individus la peau est amincie , aride et souvent

AVEC LES ÊTRES VIVANS

Page 1