‹ Traité élémentaire de physique générale et médicaleChapitre 33 sur 139 · SI · texte numérisé non relu

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terreuse, ce qui indique que la transpiration cutanée est considérablement diminuée ; la transpiration pulmonaire est réduile presque à rien , à cause des petits volumes d’air qui pénètrent dans la poitrine. Dans cet état, les causes variables qui balancent ordinairement la production de la chaleur n’existent presque plus; et, quelle que soit la petite quantité de chaleur produite, elle peut suffire aux déperditions, et môme devenir excédante, sans que les moyens ordinaires s’y opposent. Aussi les phthisiques , d’une part, ne peuvent supporter le moindre abaissement de température , parce qu’ils ne sauraient réparer cette perte, et de l’autre éprouvent une chaleur interne très vive à la moindre circonstance qui accroît un peu la production du calorique , parce qu’ils sont privés des moyens de se délivrer de cet excès de chaleur.

L’homme sain, qui respire et transpire librement, vit dans un état continuel de fluctuation de température; ses organes sont incessamment traversés par une grande quantité de calorique qui en excite et en favorise les fonctions. Il est capable de résister aux plus grandes mutations extérieures , soit par une abondante transpiration, soit par une circulation plus active.

Le phthisique , au contraire, se trouve dans un état de fixité qui n’est plus en rapport avec la mobilité des températures extérieures; il a toujours trop chaud ou trop froid; ses organes, privés de ce grand mouvement de calorique qui constitue presque la vie, languissent et tombent dans l’atonie. Et si, dans la chaleur artificielle du lit, et par suite d’un mouvement fébrile, un peu d’eau est portée à la surface de la peau , elle y arrive liquide , elle y découlé en gouttes, et, n’étant point réduite en vapeur, elle n’emporte pas le calorique latent, qui est la principale source de refroidissement par la transpiration.

RAPPORTS DU CALORIQUE

On voit que , loin que l’état des phthisiques soit une objection à la théorie de la chaleur animale, on n’aura jamais une médecine raisonnable de ces sortes d’affections , et de toutes celles qui ont un certain rapport avec la transpiration et la respiration , tant qu’on ne se donnera pas la peine d’appliquer aux phénomènes de la santé et de la ma ladie les connaissances positives que fournissent la physique et la chimie.

On insiste, et l’on demande comment un organe peut devenir beaucoup plus chaud qu’un autre , si la calorification est un phénomène central qui se passe dans le poumon , et comment le lieu d’une inflammation fait éprouver au malade et à la main de l’observateur la sensation d’une vive chaleur , tandis que le thermomètre indique à peine une élévation de température.

Nous répondons que le cœur est aussi l’organe central de la circulation; que, cependant, le sang artériel peut aborder ou séjourner en plus grande quantité dans un organe que dans un autre ; qu’il doit en même temps y apporter plus de calorique et y déterminer une transpiration plus abondante ; que si la chaleur inflammatoire était un effet local , elle pourrait quelquefois s’élever au dessus de la température du sang artériel , tandis que nous nous

sommes assurés que cela n’arrive jamais.

Quant à la sensation de chaleur, qui n’est pas d’accord avec les effets sur le thermomètre, cette différence est une suite naturelle de ce que les organes sont aussi sensibles au passage du calorique qu’à son accumulation; en sorte qu’un point enflammé qui reçoit et perd , dans un temps donné, beaucoup plus de calorique qu’un* autre , peut éprouver et transmettre une vive sensation de chaleur, quoii^ie sa température n’ait pas varié.

AVEC LES ÊTRES VIVANS

Voy ez Mémoire sur les phénomènes de chaleur dans les êtres organisés ( Revue médicale , Décembre 1826 ).

DES CORPS DIATHERMANES.

5 1 3. Nous ne pouvons pas terminer l’histoire du calorique , sans consacrer ce dernier chapitre h l’exposition de faits qui , s’ils ne sont point absolument nouveaux , se sont pourtant tellement multipliés et précisés par les recherches de M. Melloni , qu’il devient indispensable de les connaître.

Nous avons eu l’occasion d’indiquer en général, d’après les recherches de M. Delaroche , que certains corps transparens pour la lumière pouvaient aussi laisser passer du calorique rayonnant; nous avons même indiqué que la quantité de ce calorique qui pouvait franchir une lame de verre était d’autant plus grande que la température de la source de chaleur était plus élevée , et nous en avons inféré une analogie probable entre le calorique et la lumière, puisqu’on sait que tous les corps solides deviennent lumineux au dessus de cinq cents degrés de chaleur; mais MM. Prévost de Genève et Delaroche ne possédaient, pour exécuter ces recherches délicates, que des thermomètres ou des thermoscopes dont la sensibilité laisse, comme nous avons eu soin de l’expliquer en les décrivant , beaucoup à désirer.

Dans ces derniers temps les physiciens ont découvert un instrument qui obéit instantanément aux plus légères influences, tout en donnant des indications exactes. Cet instrument est fondé sur le développement de l’électricité dans une pile thermo-électrique , et sur les déviations que ce courant électrique produit dans l’aiguille d’un galvanomètre. Pour la connaissance détaillée de cet appareil,

214 rapports du calorique

voyez, au livre de l’Électricité , les chapitres Pile thermoélectrique et Galvanomètre.

Quoi qu’il en soit de la structure de l’instrument et des causes qui le mettent en jeu, il nous suffit de savoir pour le moment qu’une de ses extrémités étant échauffée , l’aiguille du galvanomètre donne par sa déviation une mesure exacte de la quantité de chaleur que cette extrémité a reçue, et que sa sensibilité est telle , que la main approchée à une certaine distance suffit pour dévier l’aiguille de plusieurs degrés.

M. Melloni , possédant ce précieux moyen qu’il a luimême perfectionné , a pu se livrer à des recherches d’une précision rigoureuse sur les quantités de chaleur que différens corps dans différentes conditions peuvent laisser passer; on conçoit en effet qu’une lampe d’Ârgnnt, par exemple , placée vis à vis d’une des extrémités de Tins! ruinent, et à une distance fixe , on pourra, en interposant des lames de différens corps et des lames du même corps et de différentes épaisseurs , juger, par la quantité dont l’aiguille sera déviée , de la quantité de calorique qui aura pu dans chaque cas traverser le corps interposé.

M. Melloni trouvant au nombre des résultats de ses recherches que les corps les plus transparens pour la lumière ne sont pas toujours ceux qui laissent passer le plus de calorique rayonnant, il a cru devoir proposer, pour indiquer la propriété qu’ont ces corps de laisser passer la chaleur, l’épithète de corps diathermanes* par analogie au mot diaphane.

Qn conçoit que ces expériences doivent être entourées d’une foule de précautions dans le détail desquelles nous ne croyons pas devoir entrer, et qui ont principalement pour objet de faire en sorte que l’instrument ne soit affecté exclusivement que par les rayons qui ont traversé le

AVEC LES ÊTRES VIVANS

corps en expérience; on parvient à ce résultat à l’aide d’écrans et de diaphragmes convenablement disposés.

Nous nous contenterons d’énoncer les principaux faits observés par M. Melloni, en les classant dans un ordre convenable; puis nous en déduirons quelques conséquences.

Le calorique rayonnant traverse effectivement certains corps employés comme écrans , et ce n’est pas à l’élévation de leur température propre que les phénomènes sont dus, car une lame de verre laisse passer beaucoup de calorique , quand elle est libre sur les deux faces , et elle n’en laisse plus passer quand elle est noircie du côté de la source de chaleur; néanmoins, dans ce dernier cas, elle s’échauffe elle-même beaucoup plus que dans le second; de plus c’est toujours au bout du même temps que l’instrument arrive à indiquer le maximum d’effet, même quand les épaisseurs traversées sont fort différentes , ce qui n’arriveraitpas si les phénomènes étaient dus à réchauffement du corps transparent.

M. Melloni a essayé parmi les corps solides le sel gemme, le spath d’Islande , le verre , le cristal de roche, la tourmaline, la chaux sulfatée , Falun , etc. , et parmi les liquides, l’huile de colza, l’huile d’olives , le carbure de soufre , l’éther, l’acide sulfurique , l’alcool, l’eau, etc. Tous ces corps sont diathermanes , ou laissent passer du calorique.

Un même corps laisse passer d’autant plus de calorique qu’il est en lame plus mince , il paraît même qu’à un certain degré de ténuité tous les corps laisseraient passer la même quantité de calorique rayonnant; et quoique les métaux en lames aussi minces qu’on puisse les obtenir ne laissent point passer la moindre quantité de calorique, ou soient complètement athermanes , on doit supposer que cette propriété n’est due qu’à la trop grande épaisseur de

216 RAPPORTS DR CALORIQUE

leurs lames , et que le calorique les pénètre à une certaine profondeur.

On aurait tort de conclure de ce que nous venons de dire que la difficulté qu’opposent les corps au passage du calorique soit directement proportionnelle à leur épaisseur: en effet, les rayons de calorique qui ont déjà traversé une lame de verre sont disposés beaucoup plus favorablement pour en traverser une seconde , de sorte que la perte occasionnée par cette seconde lame sera moins considérable que celle qui aura été occasionnée par la première, et ainsi de suite de lame en lame.

Pour éclaircir cette proposition, supposons que l’on fasse tomber des rayons calorifiques , dont la quantité soit exprimée par 100 , sur une lame de verre qui en arrête 5o et en laisse passer 5o. Si ces derniers tombent sur une nouvelle lame de verre , elle devrait en arrêter 25 et en laisser passer 2 5 ; mais il n’en est pas ainsi : elle n’en arrête que i5 par exemple, et en laisse passer 55. Il faut conclure de ce fait extraordinaire que les rayons de calorique sont extrêmement variés dans leur nature et leurs propriétés, à peu près comme le sont les rayons de lumière. M. Melloni a constaté cette propriété sur les solides comme sur les liquides , et en faisant traverser aux rayons des épaisseurs variées de 2 à îoo millimètres.

Les rayons de calorique ne traversent pas tous les corps avec une égale facilité, quand bien même leurs épaisseurs et leur transparence seraient semblables.

Quelques solides essayés sous ce rapport ont présenté les résultats suivans : sur une quantité de rayons exprimée par îoo, le sel gemme en a transmis 92, le spath d’Islande 62, le verre à glace 62, le cristal de roche , la tourmaline 27, la chaux sulfatée 20, et l’alun 12.

Les corps liquides essayés ont laissé passer sur 100 le

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carbure de soufre 65 , l’huile d’olives 5o, l’éther 5i , l’acide sulfurique 17, l’alcool i5, et l’eau 11.

On voit que les corps diffèrent considérablement les uns des autres par leur propriété diathermane; le sel gemme est à la tête de tous et laisse passer 92 pour cent du calorique rayonnant, proportion très considérable qui peut être mise h profit dans beaucoup de cas. Ainsi un foyer découvert dont on serait séparé par une lame de sel gemme émettrait encore plus des neuf dixièmes de la chaleur qu’il transmet à découvert , et l’on pourrait se préserver ainsi complètement de la fumée.

Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est qu’une lame de topaze ou de cristal de roche très noir et cent fois plus épaisse qu’une lame d’alun parfaitement transparente, laisse encore passer plus de calorique rayonnant que cette lame d’alun ; d’où il suit qu’il y a dans la nature intime de l’alun et de l’eau , par exemple, une cause qui repousse ou absorbe les rayons de chaleur , tandis qu’il y a dans le sel gemme une modification qUh les laisse passer très librement. •

Lq température à laquelle se trouve la source qui produit les rayons de chaleur influe considérablement , ainsi que Delaroche l’avait déjà indiqué, sur la quantité de ces rayons qui peut traverser un corps transparent, et en général cette quantité est d’autant moindre que la température de la source est moins élevée; les corps conservent dans tous les cas l’ordre de transparence pour le calorique que nous avons indiqué; mais quand on arrive à la température de l’eau bouillante , la transmission du calorique cesse complètement pour tous les corps , à l’exception du sel gemme, qui non seulement jouit comme nous l’avons dit du maximum de propriété diathermane , mais encore la conserve sans aucune altération pour toutes les températures : ainsi.

RAPPORTS DU CALORIQUE

que la quantité supposée de 100 rayons qui viennent frapper une lame de sel gemme de 2,62 millimètres d’épaisseur provienne de la lampe d’Àrgant du platine incandescent, du cuivre rouge, du mercure bouillant , de l’eau bouillante, ou d’une masse d’eau élevée seulement de 4o à 5o°, cette lame de sel gemme laissera toujours passer 92 pour cent des rayons qui se présenteront pour la traverser; on n’a jusqu’ici rencontré que cette seule substance qui jouisse de ces propriétés.

Gomme , ainsi que nous l’avons vu , une lame de verre modifie la lumière qui la traverse de manière h faciliter son passage à travers d’autres corps , il s’ensuit qu’une lampe à courant d’air , dont la cheminée est de verre, donne une lumière qui est déjà modifiée , et qu’il a fallu répéter les expériences avec une flamme isolée , dont les rayons se sont en effet transmis moins abondamment à travers les corps , toujours à l’exception du sel gemme qui en a laissé passer 92 pour ioo.

Les différens corps à travers lesquels les rayons peuvent passer primitivement les disposent d’une manière très variable à traverser de préférence tel ou tel autre corps; ainsi , les rayons qui ont traversé de l’alun sont transmis en grande abondance à travers le cristal de roche et le

verre blanc , et sont complètement arrêtés par le verre noir. On s’attend que le sel gemme traversé primitivement par le calorique ne modifie aucunement les rayons, qui se

comportent après comme s’ils n’avaient traversé que

1» • air.

Nous terminerons ce sujet délicat, mais plein d’intérêt, par une observation relative aux théories de la chaleur , et par une application à la physiologie.

Il est évident que la théorie de l’émission ne se prête nullement à l’interprétation des phénomènes que nous venons

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d’exposer, car on ne saurait comprendre dans cette théorie les différentes propriétés des rayons partant d’un même corps; la théorie des ondulations s’y prêterait mieux, en admettant des vitesses variables et plus ou moins d’accord avec celles de l’éther condensé dans les différons corps.

On peut encore déduire des lois découvertes par M. Melloni, une théorie delà chaleur, suivant laquelle il y aurait dans tous les corps un rayonnement de molécules à molécules.

La propriété diathermane des solides et des liquides est d’un intérêt assez grave, relativement à certains phénomènes inexpliqués jusqu’à présent et qui se passent dans l’œil ; tout le monde sait que la vue d’un foyer ardent fatigue 1’ œil plus encore que l’impression de la lumière, différence qui devient surtout sensible dans les cas d’ophthalmie

Il est évident qu’une grande quantité de calorique rayonnant passe à travers les membranes et les humeurs transparentes de l’œil , pour aller affecter directement la rétine; on peut se rendre compte ainsi du charme et de la douceur de la lumière provenant de la lune qui n’émet aucune quantité de calorique rayonnant , tandis que celle du soleil blesse l’organe dans une proportion plus grande que son intensité relative.

Au reste , comme nous avons démontré que les corps les plus transparens pour la lumière ne sont pas toujours ceux qui laissent passer le plus de calorique , que par exemple la chaux sulfatée , le mica et l’alun peuvent laisser passer toute la lumière et très peu de calorique , il y a des recherches hygiéniques à faire sur la meilleure nature des écrans à employer à l’égard des flammes très lumineuses et très chaudes , comme celle du gaz, pour profiter de toute leur lumière en préservant l’œil de l’influence fâcheuse de leur calorique rayonnant.

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