‹ Traité élémentaire de physique générale et médicaleChapitre 36 sur 139 · DE L’ÉLECTRICITÉ PROPREMENT DITE , OU STATIQUE · texte numérisé non relu

DE L’ÉLECTRICITÉ PROPREMENT DITE , OU STATIQUE

3i5. Le phénomène électrique le plus anciennement connu est aussi le plus important à bien étudier, et en quelque sorte le phénomène fondamental de toute cette branche de la physique. Les plus anciens naturalistes avaient observé qu’un morceau d’ambre , légèrement frotté par la main sèche , ou mieux sur une étoffe de laine , acquérait la propriété d’attirer à lui les petits corps placés dans son voisinage, tels qu’un brin de paille ou des grains d’une poussière quelconque. On a vu depuis que le diamant, toutes les pierres précieuses, le cristal de roche, le verre , le soufre et toutes les substances résineuses, jouissaient de la même propriété. Il paraît même qu’en combinant l’action d’une légère chaleur avec le frottement , tous les corps de la nature , eyxepté les métaux , sont susceptibles de contracter cette propriété ; encore observe-t-on que les métaux ne paraissent privés de cette faculté que parce qu’ils perdent la propriété électrique à mesure qu’on la leur communique. *

On n’a pas tardé à remarquer que les petits corps attirés dans le premier moment .étaient souvent, immédiatement après , repoussés avec la même force; et quand on a eu suspendu à un fil une petite houle légère de liège ou de moelle de sureau , il a été facile de s’apercevoir que cette boule , attirée d’abord par un morceau de verre électrique, en était immédiatement repoussée, tandis que, dans ce

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nouvel état, elle était attirée par un morceau de résine électrique ; ce qui fait comprendre que l’état particulier résultant du frottement dans les différens corps n’était pas toujours le même , et qu’il y avait deux modes différens d’électrisation , dont l’un appartenait le plus souvent au verre , et l’autre à la résine.

En agissant sur des masses de résine ou de verre un peu considérables , par exemple en frottant un globe de verre ou faisant tourner une glace circulaire entre des coussins , on a pu reconnaître d’autres effets généraux résultant de l’état électrique : on a vu qu’il se développait une odeur particulière analogue à celle du phosphore ; que les corps frottés devenaient lumineux dans l’obscurité ; qu’il s’en échappait souvent des aigrettes lumineuses On a entendu un bruit ou pétillement particulier résultant des mouvemens de friction ; on a vu des étincelles s’échapper des corps frottés , pour se porter sur des corps voisins,* on a senti une sorte de souffle ou de frémissement particulier en approchant la main ou le visage des corps électrisés ; enfin les étincelles , que l’on est parvenu à rendre très fortes par des moyens que nous indiquerons plus tard, ont alors produit sur l'économie animale des commotions violentes , sont devenues capables d’enflammer des corps combustibles , et même de fondre des métaux.

Les physiciens, témoins de phénomènes aussi remarquables, ont dû chercher à s’en rendre compte en les rattachant h une cause commune.

On a d’abord supposé qu’il existait dans la nature un fluide généralement répandu , que l’on a nommé fluide électrique. On lui a supposé la propriété de tendre à se mettre en équilibre entre tous les corps , et cependant de se partager inégalement entre les corps frottés , de manière que l’un en contînt moins, et l’autre davantage, par suite

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de ce frottement; on expliquait ainsi, sous les noms d ’èta'c positif et d’ état négatif, les deux modes d’électrisation du verre et de la résine; on admettait enfin que deux corps positifs se repoussaient aussi bien que deux corps négatifs , tandis qu’un corps chargé d’un excès d’électricité attirait celui qui en contenait moins, et réciproquement. La terre était considérée comme un réservoir commun , dont la grande masse rendait l’état électrique sensiblement fixe, en sorte qu’on pouvait lui en prendre ou lui en donner indéfiniment, sans faire changer son état. Ce système, imaginé par Epinus, et développé par Franklin, est devenu insuffisant après la découverte d’un grand nombre de faits nouveaux; Dufay et Coulomb lui ont substitué celui qui est maintenant adopté.

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