INFLUENCES ÉLECTRIQUES A DISTANCE
32 2. Quoique l’électricité paraisse fixée en couches
minces à la surface des corps qui en sont chargés, elle
exerce néanmoins des influences considérables à d’assez
grandes distances. La théorie de ces influences étant nécessaire à l’intelligence de presque tous les phénomènes électriques , nous l’exposerons avec quelques détails.
Supposons (fig. 123) un conducteur À, c’est-à-dire un cylindre de cuivre terminé par des sphères et porté sur une colonne isolante. Admettons que ce conducteur ait été charge , par un moyen quelconque, d’électricité vitrée. Si l’on place dans son voisinage un autre conducteur II , disposé de la même manière, mais non électrisé, au moment du rapprochement le conducteur B donnera immédiatement des signes d’électricité. Son extrémité G montrera de l’électricité résineuse, et son extrémité D de l’électricité vitrée. II sera facile de s’en assurer; car si l’on suspend â ses extrémités deux boules de moelle de sureau , celle de l’extrémité G sera repoussée par un morceau de résine électrique , ce qui indique le même genre d’électricité, tandis que la houle de l’extrémité D sera attirée par le bâton de* résine, ce qui indique une électricité contraire. Si pourtant, sans avoir touché le conducteur B, on le transporte hors de l’influence du conducteur À , il reprendra son état naturel et n’aura plus aucun caractère électrique : si au contraire , pendant que le conducteur B est sous l’influence du conducteur A, on touche avec le doigt son extrémité D, il perdra aussitôt tout caractère électrique vers cette extrémité, et en contractera un beau-
PROPREMENT t>ITF*
coup plus prononcé vers l’extrémité C; et en l’éloignant, île nouveau , il présentera , dans toute son étendue , les caractères de l’électricité résineuse. On rend compte de ces phénomènes de la manière suivante :
Le conducteur A contient de l’électricité vitrée qui peut exercer des attractions et des répulsions, même à d’assez grandes distances , sur d’autres fluides électriques; le conducteur B , situé dans le voisinage , contient du fluide naturel, c’est-à-dire les deux électricités vitrée et résineuse; le fluide résineux est attiré vers l’extrémité G du conducteur B par le fluide vitré du conducteur A , pendant que le fluide vitré est repoussé vers l’extrémité D. C’est dans cet état que les deux bouts du conducteur B annoncent des électricités opposées. Lorsqu’on éloigne le conducteur B sans l’avoir touché . les deux électricités, qui n’étaient séparées que par Jes influences du conducteur A, se recombinent et présentent de nouveau l’état naturel. Lorsque le conducteur B est touché au point D , pendant l’influence du conducteur A , il fournit une étincelle qui se compose de l’électricité vitrée qui était refoulée vers cette extrémité , et qui s’unit à l’électricité résineuse du doigt. Cette soustraction rend plus facile encore l’action décomposante du conducteur A, et l’électricité augmente en C. Enfin, lorsqu’oprès ce contact on éloigne le conducteur B du conducteur A, le fluide résineux se répand uniformément dans toute sa surface , mais n’y rencontre plus la quantité de fluide vitré nécessaire pour le saturer; c’est pourquoi le conducteur B conservera des caractères électriques résineux.
On conçoit que les phénomènes que nous venons de décrire et d’expliquer se produisent dans un ordre inverse lorsqu’on charge primitivement le conducteur A d’électricité résineuse.
DE d’électricité
Ce qui achève de prouver l’important phénomène de la séparation des fluides, c’est que, pendant l’influence du conducteur A, il y a , au milieu du conducteur B, un point qui ne présente aucun caractère électrique , et qui varie suivant la distance h laquelle se trouve le conducteur A. On conçoit , du reste , que tous ces phénomènes sont proportionnels à la tension de l’électricité dans le conducteur A primitivement chargé , et au degré de rapprochement des deux conducteurs.
Après avoir rendu compte de ce qui se passe dans le conducteur influencé B , il faut remarquer que le conduc^ leur A n’éprouve aucun changement absolu dans son état électrique, mais qu’il peut en éprouver d’apparens et de momentanés pendant le voisinage du conducteur B. En effet, i° l’électricité vitrée, qu’il contient en excès , en attirant l’électricité résineuse du conducteur B , en est attirée à son tour, en sorte que la tension devient beaucoup plus forte vers une extrémité que vers l’autre ; 2° le conducteur A , outre l’excès d’électricité vitrée dont il est chargé , contient du fluide naturel , lequel peut être en partie décomposé par le voisinage de l’électricité résineuse du conducteur B.
Il peut arriver que les deux conducteurs A et B soient chargés chacun d’électricité semblable ou différente. Dans ces cas , les actions à distance s’exerceront d’abord sur les fluides libres : par exemple si le conducteur A est chargé d’électricité vitrée , et le conducteur B d’électricité résineuse , ces deux fluides s’attireront , et le maximum de leur tension, dans les deux conducteurs , se trouvera aux extrémités rapprochées. Cette action pourra même devenir telle , que les extrémités opposées ne donnent plus aucun caractère électrique; en sorte que l’on ne pourrait pas enlever au conducteur B son électricité en
PROPREMENT RITE. '
le touchant à son extrémité D : d’où l’on voit que , par suite de celte attraction réciproque, les deux électricilés , se trouvant en quelque sorte fixées , ne présentent plus leurs caractères ordinaires, et c’est ce que l’on désigne par les expressions d’électricités dissimulées.
Par une autre disposition , les deux conducteurs A et 1> peuvent se trouver chargés d’une électricité semblable; il arrivera alors que ces électricités se repousseront , que les extrémités opposées des conducteurs présenteront le maximum de tension , tandis que les extrémités rapprochées ne présenteront aucun caractère électrique. C’est par cette raison que deux pointes voisines détruisent réciproquement leurs effets.
Tous les phénomènes d’influence h distance que nous venons de décrire sont nécessairement assez bornés lorsque l’on rapproche les corps sans autre intermède que l’air atmosphérique; car il arrive, h un certain degré de rapprochement , que les fluides qui s’attirent parviennent à vaincre la résistance de l’air pour se réunir entre les deux conducteurs, en produisant le phénomène de l’étincelle électrique. Ainsi, quand on approche la main d’un conducteur chargé de fluide vitré, le fluide de même nature contenu dans la main est repoussé, tandis que le fluide résineux est attiré jusqu’à ce que la tension dans le conducteur et la tension dans la main soient suffisantes pour vaincre la pression atmosphérique et produire l’étincelle. Il semblerait, au premier aspect, qu’il ne dût s’échapper ainsi du conducteur que la quantité d’électricité en excès, et qu’il dut conserver tout le reste; néanmoins, la presque totalité de l’électricité s’échappe dans cette occasion, et on le concevra facilement en se représentant que le trajet de l’étincelle forme dans l’atmosphère une espèce de vide à travers lequel tout le fluide électrique peut se pré
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cipiter à la fois. On peut rendre les phénomènes d’influence électrique infiniment plus prononcés par des artifices qui permettent de rapprocher considérablement les conducteurs les uns des autres, sans permettre l’explosion. C’est ce qu’on obtient en séparant les deux corps conducteurs par une lame mince de verre , de résine ou de tout autre corps non conducteur, ainsi que nous le dirons en parlant du carreau électrique. Ces phénomènes peuvent aussi devenir très saillans dans le rapprochement d’un corps conducteur et d’un corps non conducteur qui ne peuvent pas s’envoyer d’étincelles , comme nous le verrons en parlant de Yèlectrophore ,