DES PARATONNERRES
538. Les découvertes de Franklin ont fourni des moyens précieux de préserver les habitations des hommes des atteintes de la foudre , et l’appareil employé à cet usage porte le nom de paratonnerre . Sa construction a été perfectionnée depuis cette époque, et nous allons décrire les paratonnerres dont on fait actuellement usage.
On fixe solidement , dans le point le plus élevé d’un bâtiment, une barre de fer cylindrique de trente à quarante pieds de hauteur, et dont l’extrémité supérieure est formée par une pointe de platine très effilée : on préfère ce métal , parce qu’il n’est point sujet à l’oxidation, et qu’il est très difficile à fondre. Jusqu’ici l’établissement d’une semblable pointe ne serait propre qu’à attirer le fluide électrique , qui pourrait ensuite traverser le bâtiment et causer des accidens, si on ne lui fournissait un conducteur suffisant et parfaitement continu pour le transmettre au réservoir commun. A cet effet, on attache à la partie inférieure de la tige de fer une grosse corde métallique , formée de fils de fer tordus ensemble et bien goudronnés pour la préserver de l’oxidation ; on conduit cette corde le long de l’extérieur du bâtiment, en ayant soin de ne l’y fixer que par des attaches en bois, et on la fait ainsi parvenir dans un trou profond pratiqué en terre , ou mieux dans un puits, en ayant soin de détordre l’extrémité inférieure de la corde pour lui faire présenter un grand nombre
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de pointes, ou même de l’attacher h plusieurs branches de fer qui se portent, en divergeant, dans le sol.
On a remarqué qu’un semblable paratonnerre exerçait une action préservative complète sur toute la surface d’un cercle que l’on décrirait avec la tige du paratonnerre comme rayon. En conséquence , cette action est d’autant plus étendue que la tige du paratonnerre est plus haute, et il convient de multiplier ces appareils autant que l’étendue des bâtimens à préserver l’exige.
Le paratonnerre que nous venons de décrire soutire peu à peu l’électricité des nuages , et prévient par conséquent l’éclat d’une étincelle , qui , du reste , serait sans danger, le conducteur étant suffisant et bien continu. Il est cependant une circonstance où la pointe du paratonnerre peut être frappée de la foudre, delà arrive lorsqu’un nuage , voisin du paratonnerre , reçoit tout h coup la décharge électrique d’un autre nuage ; la pointe n’a pas alors le temps de soutirer cette électricité; elle est frappée d’une étincelle , et elle peut être fondue dans une assez grande étendue., comme on en a quelques exemples.
On a proposé de substituer des paratonnerres à boule aux paratonnerres à pointe; ils peuvent présenter la même sécurité; mais ils ont l’inconvénient de ne préserver le bâtiment qu’en recevant eux-mêmes l’étincelle foudroyante , en sorte qu’ils peuvent devenir des conducteurs insuffisans, et qu’ils laissent subsister la frayeur et le trouble qu’un semblable évènement ne manque jamais d’occasionner.
On se sert dans les cabinets de physique, pour démontrer les avantages du paratonnerre et la nécessité d’une parfaite continuité dans son conducteur, d’une petite maison de fer-blanc dont le toit et les côtés peuvent se séparer, et dans laquelle on place un pistolet de Yolta
DE L?ÈLE€TRICITÊ
et des matières combustibles. Lorsque le conducteur est bien continu, la plus forte étincelle électrique ne produit aucun effet , et lorsqu'il présente une solution de continuité , il y a explosion et inflammation des corps combustibles.
On conçoit facilement Inutilité de ces appareils pour toutes les habitations , et on a peine à imaginer comment leur usage n’est pas devenu plus général. Mais ils sont particulièrement indispensables pour les magasins à poudre et les ateliers où on la fabrique.
Il faut ici avouer la faiblesse d’esprit qui a peut-être été la seule cause du peu d’usage que les particuliers font du paratonnerre; nous dirons que tous les physiciens ayant expliqué l’usage des pointes , en disant qu’elles attiraient ou soutiraient l’électricité des nuages , on s’est senti épouvanté de l’idée de travailler soi-même à forcer un ennemi aussi redoutable que la foudre à traverser son habitation.
Quelque vaine que soit cette crainte, il n’est peut-être pas inutile de la détruire complètement par la véritable théorie de l’action du paratonnerre.
Lorsqu’un nuage électrique se trouve placé au-dessus d’un de ces appareils, le fluide naturel est décomposé par son influence. Si l’électricité du nuage est vitrée, le fluide résineux attiré dans le paratonnerre s’écoule à grands flots par la pointe et va saturer l’électricité du nuage pour le réduire à l’état naturel , en sorte qu’il n’est pas exact de dire que les puratonnnerres soutirent l’électricité des nuages, mais que, tout au contraire, les paratonnerres fournissent aux nuages l’électricité qui leur manque , et détruisent ainsi dans ces nuages la faculté de produire aucune étincelle dangereuse.
Ainsi se trouve détruite non seulement cette crainte
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d’attirer le tonnerre, mais encore un autre préjugé non moins puissant, qui veut que les habitations voisines de celle qui est armée d’un paratonnerre soient par là même plus exposées que d’autres à être foudroyées.
Il faut se représenter que tout nuage électrisé qui a passé au-dessus d’un paratonnerre a nécessairement perdu toutes propriétés dangereuses; on peut même assurer qu’une contrée dans laquelle les paratonnerres seraient très multipliés serait par cela même beaucoup moins exposée aux orages , mais surtout aux orages violens. Aucun doute, par exemple, qu’un nombre suffisant de pointes métalliques placées sur les points les plus élevés du sol , et surtout dans la direction des vents qui amènent ordinairement les nuages orageux, ne devînt un excellent préservatif des orages violens, et même de la grêle, comme nous l’expliquerons plus tard.
RAPPORT DE L’ÉLECTRICITé AVEC LA PLUIE ET LA GRELE.
53g. Les deux phénomènes météorologiques si communs, de la pluie et de la grêle , ont des rapports tellement intimes avecrélectricité, que beaucoup de physiciens pensent qu’elle en est la cause principale.
Nous avons vu que les vapeurs aqueuses, transportées dans les hautes régions de l’atmosphère, se convertissent en vapeur vésiculaire qui constitue les nuages. On peut admettre que l’état électrique de cette vapeur vésiculaire est une des principales causes qui écartent ses molécules, en sorte qu’au moment du contact avec un autre nuage , ou d’une communication libre avec le sol, les particules d’eau se rapprochent tout à coup et forment les gouttes qui produisent la pluie. Dans tous les cas , il est certain que les étincelles électriques qui constituent la foudre dé-