‹ Traité élémentaire de physique générale et médicaleChapitre 55 sur 139 · PHÉNOMÈNES FONDAMENTAUX DU GALVANISME · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES FONDAMENTAUX DU GALVANISME

54i. Si l’on superpose deux lames métalliques de nature différente, ou mieux si l’on soude ensemble deux morceaux de deux métaux différens , de zinc et de cuivre, par exemple , si d’une autre part on dispose un condenseur très sensible , ou dont les deux plateaux ne soient séparés que par un morceau de taffetas ou une couche de vernis à la gomme laque , après s’être assuré que l’instrument ne contient aucune quantité d’électricité, si l’on saisit de la main gauche le côté du zinc de la pièce préparée, que l’on applique l’extrémité de cuivre au plateau inférieur du condenseur, et qu’on louche avec le doigt humide , de la main droite , le plateau supérieur, le tout pendant un seul instant, lorsqu’on soulèvera rapidement le plateau collecteur , il fera diverger d’une manière sensible les pailles ou les lames d’or d’un électromètre, et il sera facile de s’assurer, avec un bâton de résine frotté, que l’électricité accumulée est de la nature négative ou résineuse, observant toutefois que le cuivre qui compose les plateaux soit de la même nature que celui qu’on a soudé au zinc.

Si l’on renouvelle l’expérience en tenant à la main le côté cuivre, et faisant toucher le zinc au plateau du condenseur, on n'obtiendra aucun effet sensible , mais si 1 on substitue aux plateaux de cuivre du condenseur des pla-

GALVANIQUE

teaux de zinc, l’expérience réussira. Dans le dernier cas , l’électricité sera vitrée; en touchant le plateau de zinc avec le côté cuivre , il ne se produira aucun effet.

Il résulte de cette expérience simple et fondamentale , que les deux métaux soudés ensemble contractent deux électricités opposées, savoir : le cuivre une électricité négative , le zinc une électricité positive.

Il est évident que ces deux électricités sont répandues sur toute la surface libre de chaque métal; car il importe peu de toucher le condenseur par l’un ou l’autre des points de cette surface , les effets restent les mêmes.

Il est également évident que la tension de ces deux électricités répandues à la surface des deux métaux est excessivement faible ; car, en touchant directement avec ces

métaux l’électroscope le plus sensible, il n’en éprouve aucun effet apparent, et la tension électrique qui produit la répulsion no peut être rendue visible qu’au moyen du condenseur, encore est-elle toujours très peu considérable.

Une autre proposition très importante , qui découle encore de cette unique expérience, c’est que la tension électrique qui existe à la surface des deux métaux est susceptible de se rétablir instantanément lorsqu’on l’a diminuée par un contact avec un autre conducteur, ou qu’on la fait cesser complètement par une communication avec le réservoir commun. En effel , si la tension électrique du cuivre , par exemple, était produite une fois pour toutes et non susceptible de renouvellement, cette tension ne ferait que se répandre dans le plateau du condenseur; elle diminuerait nécessairement par ce partage; et, au contraire, on voit l’électricité s’accumuler dans ce condenseur, ce qui suppose que la tension électrique primitive se répète et se multiplie au fur et à mesure qu’elle est en quelque sorte éteinte dans le plateau collecteur. Nous disons que

ÉLECTRICITÉ

celte reproduction d’électricité est instantanée eu du moins extrêmement rapide car il suffit du contact le plus court possible pour porter le condenseur au maximum de charge qu’il peut recevoir par cette voie.

Comme tous les points de chacun des métaux soudés ensemble ont un caractère électrique , que le point du cuivre le plus voisin de la ligne de jonction a un caractère électro- négatif , tandis que le point correspondant du zinc au côté opposé de cette ligne a un caractère électro-positif, il faut en conclure que l’action ou la force quelconque qui sépare ainsi les deux électricités a son siège dans le plan de jonction des substances métalliques. On a donné h cette puissance le nom de force électro-motrice.

Nous avons dit que le condenseur ne se chargeait pas lorsque son plateau était en cuivre rouge et qu’on le faisait toucher par le zinc; en effet, il est évident que le zinc est ici entre deux cuivres, qu’il y a par conséquent deux actions opposées qui se détruisent : il en est de même lorsque le condenseur étant en zinc on le fait toucher par le côté cuivre; car alors le cuivre se trouve entre deux zincs.

11 en arriverait tout autrement si , en faisant toucher le côté zinc au plateau de cuivre du condenseur, 011 interposait entre les métaux un petit morceau de papier humide. La présence de ce corps, en s’opposant au contact des deux métaux, empêcherait le développement de la force électro-motrice ; mais comme ce petit corps est en même temps conducteur de l’électricité, il permettrait au fluide positif du zinc de se répandre dons le condenseur qui se chargerait alors presque aussi bien que si l’on avait touché son plateau avec le côté cuivre. Cette remarque est importante, parce qu’elle forme une des bases de la théorie de la pile.

GALVAMQU1L.

Quels que soient les métaux différens que l’on essaie de réunir de la même manière, ils se constituent toujours dans deux états électriques opposés. Des expériences très nombreuses et fort délicates ont même démontré que toutes les substances hétérogènes mises en contact produisent exactement les mêmes phénomènes , à l’intensité près.

Les métaux qui produisent à un haut degré l’action électro-motrice se chargent pourtant tantôt d’électricité positive et tantôt d’électricité négative, suivant qu’on les met en contact avec tel ou tel autre métal; aussi le cuivre rouge, qui devient électro-négatif dans son contact avec le zinc, prend l’électricité positive dans son contact avec le platine, tandis que le platine devient électro-négatif.

Il est très probable que le platine ou l’or, si l’on pouvait les mettre dans un contact permanent avec le potassium, présenteraient un maximum d’électro-motion; mais le cuivre rouge et le zinc , métaux communs et faciles à manier, présentent déjà le phénomène dans une intensité très remarquable.

L’expérience que nous venons de citer, et de laquelle, comme on voit, on peut déduire un si grand nombre de conclusions importantes, n’est pas le seul moyen de rendre la production de l’électricité apparente.

Si l’on goûte séparément une pièce de cuivre et une pièce de zinc, on ne leur trouvera aucune saveur appréciable; mais si on les superpose incomplètement et qu’on applique la langue en même temps sur les deux métaux , on sera frappé d’une saveur très forte , piquante et provoquant la salivation.

Si l’on place sous la langue le bord d’une pièce de zinc, et sous le frein de la lèvre supérieure le bord d’une pièce de cuivre, à l’instant, où l’on fera rencontrer ces deux pièces par quelques points de leurs surfaces , on éprouvera tout

ÉLECTRICITÉ

à coup la saveur indiquée, et en outre les personnes les plus impressionnables croiront apercevoir une lueur bleuâtre , rapide comme un éclair.

Si l’on dépouille rapidement une grenouille, qu'on en sépare les cuisses par |a section des vertèbres lombaires , en ménageant la réunion des nerfs cruraux; si l'on enveloppe le paquet de ces nerfs d’une petite feuille d’étain repliée sur elle-même , si l’on pose ensuite les cuisses à plat sur une lame de cuivre bien décapée, en mettant les membres dans la flexion et appuyant les pattes contre un obstacle résistant, au moment où l’on touchera la petite feuille d’étain avec un petit excitateur d’argent déjà en contact par son autre extrémité avec la lame de cuivre, les muscles extenseurs se contracteront subitement avec énergie; les cuisses seront projetées au loin, comme si leurs organes jouissaient encore de la vie.

Aujourd’hui que nous connaissons l’expérience décisive de Voîta, on ne peut attribuer les divers phénomènes de sensations et de mouvemens que nous venons de rapporter qu’à la réunion à travers les organes des deux électricités que le contact des deux métaux dilFérens sépare.

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