‹ Traité élémentaire de physique générale et médicaleChapitre 54 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

34o. On donne le nom d 'électricité galvanique à la cause qui développe certains effets électriques au simple contact de corps hétérogènes , même de corps semblables diversement échauffés. Long-temps on a cru que le fluide qui produit ces phénomènes était différent des fluides électriques résineux et vitré dont nous avons supposé l’existence; mais on est parvenu à rattacher tous les faits à la même théorie, quoique l’on continue à employer les expressions d’électricité et de phénomènes galvaniques, pour les distinguer de l’électricité par frottement et de ses effets.

L’histoire des sciences doit en général être bannie des sciences élémentaires , où l’on 11e doit faire entrer que les lois , les faits et leurs preuves ; mais l’histoire du galvanisme fait exception à cette règle pour les élémens de physique spécialement destinés aux études médicales. II est en effet doublement intéressant pour nous d’observer comment ces phénomènes galvaniques , qui promettent de si grandes ressources à la médecine, et qui doivent fournir de si belles applications à la physiologie , ont eux-mêmes une origine toute médicale et physiologiq. e

Galvani , dont le nom est devenu si élèbre , était mé-

ÉLECTRICITÉ

decin et professeur à Bologne ; il s’occupait avec ardeur de recherches physiologiques qui ; suivant l’esprit du temps , avaient pour objet principal des questions relatives au principe vital. Il faisait en 1789 de curieuses expériences , dont nous allons rendre compte.

Galvani avait suspendu dans son cabinet des cuisses de grenouilles récemment dépouillées , et cette suspension était opérée au moyen d’un crochet de cuivre engagé dans les nerfs lombaires. Une machine électrique , placée dans la même pièce, mais à une grande distance des cuisses de grenouilles, était chargée d’électricité d’une manière continue , et on en tirait de momens en momens des étincelles. Galvani observait qu’à chaque décharge électrique les muscles des grenouilles entraient en contraction. Ce fait est , comme on voit , un exemple du choc en retour dont nous avons parlé. En effet , la machine chargée de fluide vitré repoussait le fluide de même nature dans les muscles, les nerfs et le support des cuisses des grenouilles ; mais au moment où la machine était déchargée par l’étincelle, ce fluide vitré rentrait par les nerfs et déterminait les contractions.

Quoi qu’il en soit , Galvani ayant terminé pour le moment ses expériences, suspendit les cuisses de grenouilles dont il avait fait usage, au balcon de sa fenêtre qui était en fer; il fut fort étonné de remarquer, au moment même, de nouvelles contractions des muscles. L’influence de la machine ne pouvant plus jouer aucun rôle dans ce nouvel incident, il en observa soigneusement les circonstances et ne tarda pas à s’assurer que les contractions avaient lieu dans le moment où , le crochet de cuivre portant sur la barre de fer, les muscles venaient à toucher une autre partie de cette barre; il en conclut que cette communication métallique , établie entre les nerfs qui se distribuent

GALVANIQUE

dans l’intérieur des muscles et la surface externe de ces organes, était la condition nécessaire des contractions.

L’expérience nouvelle fit bientôt grand bruit dans le monde savant, et fut répétée sous toutes les formes possibles.

L’idée théorique que Gaivani proposa, et qui fut généralement accueillie et défendue pendant long-temps, consistait à établir que les organes vivans produisaient un fluide analogue à l’électricité ; que les nerfs et l’extérieur des muscles se trouvaient nécessairement chargés d’une manière opposée, à peu près comme l’intérieur et l’extérieur d’une bouteille de Leyde , et qu’au moment oh , par le moyen d’un conducteur métallique , on faisait communiquer les nerfs avec l’extérieur des muscles, il se produisait une petite commotion qui déterminait la contraction.

On fut tellement convaincu de la vérité de cette explication, que le fluide en question fut nommé électricité animale.

Si personne ne révoquait en doute la réalité d’un fluide produit par les organes et s’y comportant comme nous l’avons dit, on n’était pas également d’accord sur la nature de ce fluide: les uns, à la tête desquels se trouvait naturellement Gaivani , soutenaient que ce fluide , malgré certaines analogies avec l’électricité ordinaire , était d’une nature toute spéciale ; ils croyaient avoir découvert le fluide nerveux proprement dit; les autres pensaient que ce prétendu fluide nerveux n’était que l’électricité ordinaire, et considéraient seulement les organes vivans comme de véritables appareils électriques. Ceux-ci s’appuyaient principalement sur le fait remarquable que le fluide animal ne pouvait être conduit que par des substances métalliques formant ce qu’on appelait l’arc excitateur , par analogie avec le nom de l’instrument dont on se sert pour faire communiquer l’inlérieur d’une batterie électrique avec son extérieur. Il était remarquable, en effet, qu’en éta-

ÉLECTRICITÉ

blissant la communication des nerfs aux muscles de la grenouille avec des corps non conducteurs de l’électricité ordinaire , on n’obtenait jamais aucune contraction. Galvani répondait qu’une seule analogie, savoir, la propriété d’être conduit par les mêmes corps , ne suffisait pas pour établir l’identité des deux fluides.

Jusque-là, on avait fait à peine attention à une circonstance du phénomène qui devait par la suite devenir la principale; savoir, que pour obtenir de grands effets de contraction des muscles de la grenouille , il fallait que deux métaux différens entrassent dans la composition de l’arc excitateur.

Voîta, professeur à Pavie , à qui l’électricité doit tant de belles découvertes , et qui à cette époque avait déjà imaginé le précieux instrument que nous avons décrit sous le nom de condensateur, fut le premier à signaler cette circonstance et à attribuer au contact des deux métaux différens la production de l’électricité, qui jusquelà l’avait été aux organes eux - nÉJmes. Cette vue nouvelle , renversant toutes les idées physiologiques que l’on s’était plu à fonder sur l’électricité animale, éprouva de vives contradictions. D’abord on objecta qu’un seul métal aussi pur qu’on peut se le procurer, étant employé comme arc excitateur, suffisait pour déterminer des contractions , faibles il est vrai , mais très sensibles. Galvani alla plus loin, et fit voir que les nerfs lombaires euxmêmes, directement appliqués sans intermède à la surface extérieure des muscles , déterminaient des contractions. Yolta répondit alors par une proposition plus générale que la première, savoir, qu’il se produisait des phénomènes électriques par le seul contact de deux substances hétérogènes quelconques , mais que le contact des métaux donnait seulement lieu à des phénomènes plus saillans.

GALVANIQUE

Jusque-là , la question restait indécise , les deux prétentions opposées pouvaient être également soutenues et partageaient les esprits. Il était réservé au célèbre professeur de Pavie d’arriver à la preuve expérimentale que le contact de deux métaux produisait de l’électricité, en tout semblable à celle connue jusqu’alors , c’est à dire déterminant des attractions et des répulsions entre les petits corps , comme l’électricité ordinaire.

Volta obtint cette preuve à l’aide de son condensateur. Deux métaux difFérens ayant été mis en contact, il fit voir que chacun d’eux mis successivement en rapport avec le plateau collecteur de son instrument , en faisait diverger les pailles , mais que l’un des métaux donnait toujours une électricité positive lorsque l’autre fournissait une électricité négative. En sorte que dans ces deux substances hétérogènes, chacune d’elles se constituait également dans des états d’électricité opposés.

Cette belle découverte , qui a exercé depuis une si grande influence dans les sciences naturelles, renversa complètement le système de l’électricité animale. L’arc excitateur devint l’appareil de production, et les organes animaux furent réduits au rôle de conducteur de l’électricité; mais ce conducteur sensible et contractile avait le mérite d’annoncer par ses mouvemens le passage de quantités d’électricité si petites, qu’elles n’auraient probablement jamais pu être découvertes par d’autres moyens, en sorte que si les organes des animaux ont perdu le privilège de produire l’électricité particulière qui porte le nom de galvanisme, ils sont restés le galvanomètre le plus sensible que nous connaissions.

Nous devons remarquer ici que, par un retour, qui n’est pas sans exemple dans les sciences naturelles, vers les idées qui se sont d’abord emparées des esprits des obser-

9q4 électricité

v^teu^s d’un fait nouveau , chaque jour nous rapproche davantage de la pensée que les appareils nerveux sont , en effet, des producteurs de quelques fluides analogues au galvanisme, et sur lesquels l’électricité extérieure n’exerce une action si marquée peu de temps après la mort , que parce qu’elle les excite d’une manière fort analogue à l’action qu’ils déterminaient eux-mêmes pendant la vie.

Page 1