POISSONS ÉLECTRIQUES
562. Il existe un certain nombre de poissons qui ont la faculté de produire des commotions qui paraissent avoir la plus grande analogie avec les secousses galvaniques. Les plus remarquables sont la torplUe , poisson plat , du genre des raies , et la gymnote , qui est upe espèce d’anguille. Cette faculté semble leur avoir été donnée par la nature comme une arme pour se défendre de leurs ennemis ou pour attaquer leur proie. Lorsqu’on les touche, on éprouve en effet une commotion souvent très violente, et qui peut se transmettre à plusieurs personnes en communication. Mais cette décharge paraît dépendre de la volonté de ces animaux, car elle manque souvent quand on les touche doucement, et se répète rapidement un grand nombre de fois lorsqu’on les irrite. Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que ces animaux paraissent jouir de la faculté de transmettre cette commotion , à travers l’eau , à une certaine distance et dans une direction qui leur convient.
PHÉNOMÈNES
On a cru trouver, clans la structure anatomique de ces animaux , quelque chose qui ressemble 5 une pile voltaïque. Néanmoins, sur une gymnote que nous avons eu l’occasion de voir au jardin du roi, MM. Ampère et Arago avaient fait d’inutiles tentatives pour rechercher si l’aiguille aimantée serait déviée dans le voisinage de l’animal, ou si les commotions traversant un cylindre électro- dynamique communiqueraient l’aimantation au fer. Maintenant l’existence des courans et leur nature sont parfaitement déterminées.
La production de l’électricité dans la gymnote est sous l’influence d’un lobe spécial du cerveau : le courant va toujours du dos au ventre; ce courant jouit de toutes les propriétés des courans galvaniques , et même deux physiciens se disputent aujourd’hui l’honneur d’avoir découvert le fait très remarquable d’une étincelle qui se produit quand on réunit les conducteurs qui communiquent avec le dos et le ventre de l’animal.
Quant à la théorie de la production du fluide dans l’organe électrique, elle n’existe pas encore.
Courans par Induction. On a remarqué un fait fort singulier relativement à l’influence du voisinage d’un courant galvanique, c’est qu’un fil de cuivre libre, et en rapport avec un galvanomètre, donne des signes de courans quand on en approche un autre fil communiquant avec les pôles d’une pile : au moment de l’approche , le courant par induction est en sens contraire du courant qui le détermine; au moment de l’éloignement, le courant est dans le même sens; si les distances ne changent pas, le galvanomètre revient h zéro.
Si les deux fils sont voisins et en rapports fixes , et qu’on établisse ou interrompe les communications du fil qui in^ fluence avec la pile, on observe qu’au moment où l’on établit la communication il y a dans l’autre fil un courant
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contraire; que pendant la communication le galvanomètre est à zéro, c’est h dire qu’il n’y a plus d’influence; enfin qu’au moment où on rompt la communication il y a un courant dans le même sens.
Ces curieux phénomènes ont été découverts par M. Faraday, et servent à expliquer le magnétisme en mouvement dont nous parlerons bientôt.
D’après la ressemblance que nous avons observée entre les phénomènes du magnétisme et ceux de l’électricité , on doit s’attendre qu’un aimant approché ou éloigné d’un conducteur produira des effets analogues d’induction , et c’est ce qu’on observe d’une manière si remarquable dans l’appareil de MM. Pixii , père et fils , que nous* allons décrire.
Si l’on dispose un fer h cheval en fer doux , entouré d’un long fil de cuivre , tourné dans le même sens sur les deux branches, mais si ce fil communique avec un galvanomètre, en plaçant un aimant puissant, et aussi en fer à cheval , au dessous de celui de fer, et si cet aimant peut tourner sur un axe vertical , de manière qu’en tournant ses deux pôles passent successivement très près des bouts du fer, on observera qu’à chaque demi-tour le galvanomètre indiquera dans le fil de cuivre des courans alternativement en sens contraires : ainsi , après avoir produit les phénomènes de l’aimant au moyen d’un courant galvanique , on a reproduit les phénomènes galvaniques au moyen d’un aimant; ce qui complète la preuve de l’entière similitude des deux ordres de phénomènes.
Il était intéressant de savoir si les courans galvaniques ainsi produits jouissaient de toutes leurs propriétés ordinaires , si, par exemple ^ ils pouvaient décomposer l’eau , c’est à quoi on est parvenu avec l’instrument de M. Pixii; mais, comme deux courans opposés se succédaient inces-
PHÉNOMÈNES
samment, on avait dans les deux cloches un mélange d’oxigène et d’hydrogène. Au moyen de l’usage ingénieux d’une bascule mue par un excentrique, M. Pixii est parvenu h changer le sens des communications à chaque demi-tour de l’aimant, et par conséquent à obtenir dans l’eau des courans d’inductions toujours dans le même sens , et dès lors on a comme de coutume obtenu l’hydrogène dans une cloche et l’oxigène dans l’autre.
En faisant communiquer l’un des bouts du fil de cuivre avec du mercure contenu dans un petit flacon ( et approchant beaucoup l’autre bout de ce fil de la surface de ce même mercure), on a réussi à produire des étincelles très brillantes et aussi nombreuses que les demi-tours opérés par l’aimant : ainsi rien ne manque aux caractères galvaniques des courans produits par induction dans un fil de cuivre, au moyen de l’approche et de l’éloignement d’un aimant puissant; on peut dire aussi que la théorie d’Ampère, qui admet que les aimans sont le siège de courans qui circulent autour de leurs molécules, perpendiculairement à la ligne qui joint leurs pôles , peut être considérée comme un fait* aussi bien démontré qu’aucune loi de physique.
Magnétisme en mouvement, M. Arago avait eu l’occasion d’observer qu’une aiguille aimantée , rendue très mobile sur sa chape, et qui était susceptible d’osciller très longtemps, pour peu qu’on la dérangeât de sa direction, ne présentait plus la même mobilité quand elle était posée sur une plaque de cuivre rouge ; il avait même remarqué que l’aiguille paraissait d’autant moins mobile que la plaque de cuivre était plus épaisse. Ce n’était pas entre les mains d’un homme doué d’autant de perspicacité qu’un pareil phénomène devait demeurer stérile; M. Arago trouva bientôt qu’en faisant tourner la plaque de cuivre sous
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l’aiguille, celle-ci était déviée dans le sens de la rotation , et d’une quantité d’autant plus grande que cette rotation était plus rapide, au point qu’en tournant très vite la plaque de cuivre, l’aiguille aimantée dépasse la position inverse à sa direction et se met h tourner elle-même dans le même sens que la plaque de cuivre. On ne peut pas attribuer ces effets à quelque mouvement communiqué par l’air, car l’influence pouvant s’exercer à travers toutes sortes de corps solides, on peut placer l’aiguille sur un parchemin tendu horizontalement, et qui forme la paroi supérieure d’une boîte dans l’intérieur de laquelle tourne la plaque de cuivre.
Des phénomènes aussi extraordinaires, eu égard h l’indifférence que le cuivre rouge présente généralement pour le magnétisme, seraient demeurés inexplicables sans la découverte de M. Faraday sur les courans par induction. Il est aujourd’hui démontré que le voisinage de l’aiguille détermine, dans les points du cuivre dont elle s’approche ou s’éloigne, des courans par induction, opposés les uns aux autres , et le calcul parvient à déterminer exactement la résultante des forces qui naissent de ces courans dans leur réaction sur l’aiguille, de manière à se rendre un compte satisfaisant de cet ordre de faits auquel on a donné le nom de magnétisme en mouvement.
365. Courans thermo-électriques. — Nous avons reconnu qu’un grand nombre de circonstances pouvaient déterminer la séparation de deux fluides électriques de nom contraire; mais jusqu’ici , dans tous les cas cités , il y avait au moins contact de deux corps de nature diverse, dont l’un devenait électro-positif et l’autre électro-négatif : ainsi, deux plaques de cuivre et de zinc soudées formaient un élément de pile galvanique; mais si la même lame de cuivre repliée i venait se souder aux deux extrémités d’une pièce de zinc,
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d’antimoine ou de bitmuth , il n’y avait et ne devait y avoir aucun courant de produit; car aux deux points de contact du cuivre, il y avait deux actions semblables, en admettant la théorie de la force électro-motrice; il eh était de même en admettant la théorie chimique des courans.
Un fait nouveau, et qui fait époque dans félectro-dynamie, c’est que, dans l’appareil que nous venons de décrire, et dont M. Seebeck a fait usage , si les deux soudures du cuivre avec le métal intermédiaire ne sont pas à la même température, il survient un courant galvanique dans le fil de cuivre. Ce fait capital avait besoin d’être étudié et l’a été avec beaucoup de soin par M. Becquerel; sans rapporter le détail des nombreuses expériences qu’il a faites à ce sujet , nous nous contenterons d’exposer les lois des phénomènes qu’il a découvertes et les faits principaux qui les démontrent.
Lorsqu’un fil circulaire continu d’un métal homogène, de platine par exemple , est chauffé dans un point, la chaleur, en se communiquant au métal, repousse du point chauffé l’électricité positive ; la chaleur, en se transmettant le long du fil, produit successivement la même répulsion. Mais l’électricité négative se réunissant immédiatement à l’électricité positive , par suite de la propriété conductrice du fd , on n’observe aucun courant. Si, néanmoins, il arrivait qu’un des côtés du fil homogène devînt meilleur conducteur que l’autre , il naîtrait aussitôt un courant galvanique. C’est ce que M. Becquerel a réalisé en faisant tout simplement un nœud au fil de platine, et en le chauffant alternativement d’un côté et de l’autre cïe ce nœud, ce qui produisait des courans contraires.
Dans la réunion de deux métaux difîerens , la cause essentielle du courant, suivant M. Becquerel, est dans la différence de conductibilité des deux métaux. On observe
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en effet que les divers métaux soudés ensemble produisent pour les mêmes différences de températures des courans plus ou moins considérables. C’est pourquoi on les a regardés comme possédant des pouvoirs thermo -électriques diffère ns.
Après des recherches faites à ce sujet , M. Becquerel estime aiusi ce pouvoir dans différens métaux :
Fer . 1 55,5g Argent . 107,50
Or . 106,80 Zinc . io6,54
Cuivre.... io5,54 Étain . 102,26
Platine... 97,50
Mais il faut remarquer que ces rapports de faculté thermo-électrique sont uniquement relatifs à une différence de température de 20° d’une soudure à une autre. Or, un même couple métallique présente en général des courans dont l’intensité, mesurée au galvanomètre, est proportionnelle h la température depuis o jusqu’à i4o°. Au delà l’intensité du courant croît plus rapidement que la température. Plus loin il cesse de croître, et même peut se renverser dans les températures très élevées, de manière à se produire dans le sens contraire. Il faut observer en outre que le genre de variation qui dépend du degré de température est différent pour chaque métal.
On a fait des expériences délicates qui prouvent qu’indépendamment de tout courant, un fil métallique chauffé donne à son extrémité des signes de fluide positif rendus sensibles par le condenseur.
Il paraît donc à peu près démontré qu’urïe particule d’un corps qui communique son calorique à un autre , prend à celle-ci de l’électricité positive et lui donne de l’électricité négative; en d’autres termes, que, dans la communication de la chaleur, le fluide naturel est décomposé , de manière que le corps chauffant est positif et le
PIlAîïOMÎïNJïS
corps chauffe négatif. Dans la théorie de Vol ta pour la pile, on dirait que la communication de la chaleur développe entre les particules une force électro-motrice qui repousse le fluide positif du côté d’où vient le calorique, et le fluide négatif du côté où il se rend; c’est à dire que le courant galvanique serait en sens contraire du courant de chaleur.
Les courans galvaniques , déterminés par la cause que nous venons d’indiquer , sont de nature à apporter un grand trouble dans les expériences de recherches, puisqu’il est rare que des différences de températures ne surviennent pas au milieu des autres actions qui peuvent produire des courans. Heureusement l’étude approfondie qui a déjà été faite des courans thermo-électriques a montré qu’ils offrent un caractère spécial qui peut servir à les isoler. Si, dans un circuit qui est le siège d’un courant thermo - électrique ? on vient à interposer de l’eau chargée cl un acide ou d’un sel , et si les extrémités des fds plongés dans ce liquide sont assez éloignés , le courant est complètement intercepté, pendant que les courans électriques produits par d’autres causes traversent parfaitement le liquide interposé. C’est par cette raison qu’on a donné aux courans par contact ou par action chimique , le nom de courans hydro-électriques.
L’existence des courans thermo-électriques , et le fait qu'entre les mêmes métaux, et dans certaines limites de température, leur intensité est proportionnelle à la différence de température de deux soudures , ont donné lieu à un nouveau' mode de mesure de la chaleur , d’une gronde perfection et d’une extrême sensibilité ; ces nouveaux thermomètres s’appliquent d’ailleurs à des cas où toute autre méthode serait inapplicable.
Si l’on veut connaître avec exactitude et observer d’une manière continue la température d’un lieu profond, comme
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le fond de la mer, un puits ou une mine, on soudera ensemble et par leurs extrémités deux longs fils de métaux difïerens ; on les tiendra séparés l’un de l’autre par une enveloppe de soie ou de tout autre mauvais conducteur; on plongera une des deux soudures dans le lieu dont on veut connaître la température; l’autre soudure, placée sous la main de l’observateur , sera plongée dans un liquide dont on pourra faire varier la température à volonté, et le double fil communiquera d’ailleurs avec un galvanomètre très sensible. Ce galvanomètre présentera une déviation de son aiguille aimantée toutes les fois que la soudure située profondément et la soudure observée ne seront pas à la même température. Mais, en échauffant ou refroidissant la petite masse d’eau dans laquelle la soudure accessible est plongée , on parviendra à faire cesser toute déviation du galvanomètre : dans ce cas on sera certain que le lieu inaccessible est précisément à la même température où l’on a amené la soudure accessible.
On peut simplifier l’observation en faisant sur les deux bouts du fil une série d’expériences , et notant pour chaque différence de température le nombre de degrés de déviation de l’aiguille aimantée du galvanomètre. On n’aura plus alors qu’à consulter cette table pour juger la différence de température du lieu où l’une des soudures est plongée avec le liquide accessible dans lequel on a immergé l’autre soudure. M. Peltier et MM. Becquerel ct'Breschet ont fait d’heureuses applications de cette méthode.
Le pouvoir thermo électrique de deux élémens peut être accru en multipliant les couples, comme l’action électromotrice d’un seul élément peut se multiplier dans une pile, et l’on donne en effet lejiom de pile thermo-électrique à un instrument de cette nature qui a été imaginé par M. Nobil; cl perfectionné par M. Meiloni. Si l’on se représente eu
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effet une série de petites barres d’antimoine et de bismuth, de quelques pouces de longueur, et de deux millimètres carrés, soudées alternativement les unes au bout des autres, mais repliées de manière à former ensemble un faisceau dans lequel chaque tige est néanmoins séparée des autres par un corps isolant, on pourra s’arranger de manière que toutes les soudures paires se présentent à l’une des bases du prisme, et toutes les soudures impaires à l’autre, les deux bouts de la chaîne demeurant libres pour comprendre un galvanomètre dans le circuit; on obtiendra ainsi la pile thermo-électrique de M. Nobili; et cet appareil sera tellement sensible aux moindres différences de chaleur , qu’il suffira d’approcher la main d’un des bouts du prisme pour dévier considérablement l’aiguille du galvanomètre.
Un pareil instrument n’était encore que très sensible, sans comporter d’exactitude et sans être comparable. M. Melloni est parvenu à lui donner du moins la première et la plus indispensable de ces deux qualités. Il a d’abord constaté que de o à 20° la marche de l’instrument était proportionnelle à la température; ayant en effet établi deux sources de chaleur, qui, appliquées successivement à la même extrémité, faisaient marquer 10 et 20 0 h l’instrument, il les a appliquées aux deux extrémités opposées ; il a encore obtenu io°, c’est- à- dire la différence reconnue des deux sources de chaleur. Mais de 20 à 44% la proportionnalité n’avait plus aucunement lieu , et il était impossible de compter sur les résultats. Alors il a fait une série d’expériences comparatives sur des températures de 2 et de 4°, et a rempli les intervalles par des interpellations. Muni de la table qu’il a dressée par cette méthode , il en a dressé une autre pour déterminer le rapport constant de ce qu’il a nommé l’arc d’impulsion de l’aiguille , ou son plus grand dérangement h la première application de la chaleur, avec
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la déviation fixe qu’elle ne présente qu’après de nombreuses oscillations. Enfin il a placé au dessous de l’aiguille un cercle de papier, qui diminue l’ampli lude des oscillations et hâte la fixité de l’aiguille.
Ce long et minutieux travail n’a pas rendu l’instrument comparable , et chaque physicien possédant un de ces appareils doit dresser une table spéciale applicable à son instrument. C’est avec le précieux appareil que nous venons de décrire avec le soin qu’il mérite , comme source de précieuses découvertes , que M. Melloni a fait les belles observations que nous avons rapportées au livre du Calorique, sur les corps diathermanes. Il lui a servi aussi à des études remarquables sur la polarisation de la chaleur; recherches dont nous ne saurions ici rendre un compte détaillé, parce qu’elles sortent des études élémentaires, mais dont nous donnerons une idée à propos de la polarisation de la lumière.
Par une réaction inverse, si les courans de chaleur déterminent des courans électriques , on sait aussi depuis long - temps que les courans électriques produisent de la chaleur; mais M. Peltier a fait à cet égard des recherches remplies d’intérêt : il a remarqué d’abord que dans un circuit composé de plusieurs métaux , il se produisait des températures variées aux soudures des différons métaux faisant partie du circuit, et même des températures différentes suivant le sens du courant. En général cette température est plus élevée que celle de l’atmosphère environnante; mais, chose remarquable, il a trouvé que dans une soudure de bismuth et d’antimoine il y avait refroidissement quand le courant passait du premier métal au second. Le fait a été constaté au moyen d’un thermomètre à air, dont la capacité contenait la soudure, et dont l’air agissait sur une colonne de liquide coloré. Le fait est par conséquent tout à fait constant.
PHÉNOMÈNES
566. Electro-chimie. M. Becquerel a établi dans la science un nouveau point de vue à l’égard du développement des courans électriques ; il a été soutenu dans cette carrière par les travaux et les théories de M. Delarive. Cette nouvelle manière de voir a été appuyée d’un si grand nombre de faits et d’une masse si imposante d;expériences , qu’il est impossible de ne pas la prendre en grande considération. Cette manière de voir consiste à considérer les actions chimiques comme des sources d’électricité , comme des causes qui produisent la décomposition du fluide naturel, établissant ainsi une doctrine en opposition directe avec les idées de Yolta et avec la supposition de la force électromotrice. En effet, d’après cette théorie que nous avons développée , le simple contact détermine des états électriques contraires , et ces états électriques produisent les pôles qui déterminent les décompositions en attirant chacun les substances dont le caractère électrique lui est opposé. Quoique nous persistions à considérer la théorie de la pile déduite des effets de contact comme préférable à la théorie chimique que nous avons eu soin d’exposer comparativement , cela n’ôte rien à l’importance des faits si habilement recueillis par M. Becquerel , et que nous allons sommairement exposer.
Toutes les fois que deux corps agissent chimiquement l’un sur l’autre , l’un des deux s’empare toujours de l’électricité positive et l’autre de l’électricité négative. Si les deux corps sont un acide et une base, l’acide devient positif et la base négative ,* l’eau se comporte avec les acides comme un alcali , tandis qu’avec un alcali elle joue le rôle d’un acide; l’acide phosphorique est positif avec tous les autres acides; l’acide nitrique, qui est négatif avec les acides sulfurique et phosphorique, est positif avec les acides plus faibles. Entre deux dissolutions de sels neutres , la plus
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salures devient positive : dans les doubles décompositions il n’y a aucun phénomène électrique.
On conçoit qu’au milieu d’un liquide où les décompositions que nous venons de signaler s’opèrent , les fluides contraires doivent promptement se rejoindre, de manière que, sans quelques précautions, les décompositions, toutes réelles qu’elles sont, demeureraient inaperçues. Nous décrirons un appareil applicable à la majeure partie de ce genre d’observations , et à l’aide duquel M. Becquerel a constaté beaucoup de faits.
Si l’on prend un fil d’or qui s’enroule autour d’un galvanomètre très sensible, et que l’on plonge ses deux extrémités dans deux capsules de verre contenant de l’acide nitrique très pur, on n’observera aucun signe de courant ; mais si on laisse tomber une goutte d’acide chlorhydrique le long d’un des fils immergés , on voit aussitôt l’aiguille du galvanomètre déviée par un courant qui indique que le fil en contact avec l’acide chlorhydrique est négatif.
Dans ce mode d’observation très simple , et qui peut s’appliquer à un très grand nombre de cas, on conçoit que le fil métallique étant beaucoup meilleur conducteur que le liquide, c’est de préférence à travers ce fil que les fluides se réunissent, et c’est ainsi que l’existence du courant peut être rendue sensible.
Les deux extrémités d’un fil de cuivre plongées ensemble et à la même profondeur ne donnent point de courant, parce que les deux actions sont égales; si l’une des deux est plus profondément plongée ou plongée la première , elle devient négative.
Pour observer l’action des liquides les uns sur les autres, on se sert de deux capsules contenant de l’acide nitrique pur, on y plonge les deux extrémités du fil du gai-
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vanomètre en les terminant par <la platine; on réunit les deux capsules par une mèche de coton imbibée d’eau, et l’on dépose sur cet|e mèche une goutte de chacun des liquides dont on veut observer l’action et de manière à ce qu’elles se touchent; au moment du contact, il s’établit un courant qui indique leur réaction électrique.
Il faut remarquer que, dans tous les cas, la majeure partie des fluides séparés par l’action chimique doit éprouver une réunion immédiate , et que le fil conducteur n’en reçoit qu’une faible partie. Au reste , cette portion du courant qui passe par un conducteur est d’autant plus grande que le conducteur est plus parfait; elle diminue, au contraire, avec la propriété conductrice, et M. Delarive a fait cette observation importante, que dans un conducteur hétérogène tout changement de nature diminuait l’intensité du courant, même quand la substance interposée était meilleur conducteur que le reste. C’est ainsi qu’une lame de platine introduite au milieu d’une colonne d’eau diminue l’activité d’un courant; plusieurs lames de platine augmentent cette diminution , mais non pas en raison directe du nombre; de sorte que le courant qui a déjà traversé une lame de platine paraît plus apte à en traverser une seconde, et ainsi successivement : analogie singulière avec le calorique rayonnant dont nous avons signalé la manière de se conduire à travers les corps diathermaues. G’est de ce fait intéressant que se trouve déduite une partie de la théorie chimique de la pile que nous avons eu précédemment l’occasion d’exposer.
M. Becquerel, en recherchant avec des instrumens très sensibles des phénomènes électriques d’une très faible intensité , a été conduit à rencontrer des résultats imprévus de décomposition et de combinaison lente sous des influences électriques très faibles; il a obtenu ainsi certains
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produits qu’on trouve dans îa nature et qu’on ne savait pas préparer artificiellement.
Ainsi , par exemple , on place dans deux vases communiquant ensemble, mais séparés par une couche d’argile humectée , deux liquides susceptibles de réagir l’un sur l’autre, et si d’autre part on réunit les deux liquides par un même fil métallique, les deux dissolutions communiqueront peu à peu à travers la couche d’argile, et cette action lente a fourni à M. Becquerel de la chaux carbonatée et de la chaux sulfatée , par exemple , régulièrement cristallisée en petit , comme on les trouve dans la nature; ce qu’on n’avait pu obtenir par aucun autre moyen, à cause de l’insolubilité complète des deux sels.
Il arrive trop souvent que les hommes occupés d’intérêts matériels dédaignent les recherches savantes et méprisent les opérations faites sur des parcelles de matière , parce qu’ils considèrent ces travaux comme tout h fait dénués d’intérêt pratique. L’exemple de M. Becquerel est bien propre h les désabuser. Jamais recherches n’ont paru avoir une direction plus exclusivement scientifique; jamais une aussi nombreuse série d’expériences n’avait été faite sur une échelle plus minime, et néanmoins la connaissance de l’action lente de l’électricité vient de conduire M. Becquerel à des procédés de la plus grande importance pour l’exploitation des mines et à des résultats industriels et financiers du plus haut intérêt.
067. Polarité électrique des conducteurs. M. Delarive a découvert que deux fils plongés dans des liquides qui ont été pendant quelque temps le siège du courant d’une pile peuvent à eux seuls en produire un. Quand on ôte la pile pour y substituer un galvanomètre , ce courant est en sens contraire de celui que présentait la pile; il est toujours faible, mais d’autant plus fort que le courant de la pile
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avait existé plus long* temps. Il faut attribuer ce phénomène à ce que les extrémités des fils retiennent par adhérence des particules dont l'électricité est de nom contraire au pôle réciproque de la pile , et à ce que ces particules réagissent à leur tour quand le grand courant cesse.
368. Piles secondaires. Les piles secondaires de Ritter s’expliquent par le même principe que ci-dessus; ces piles sont formées de plaques d’un même métal, séparées les unes des autres par des rondelles humides. Quand une de ces piles a été traversée quelque temps par le courant d’une pile active , elle produit h son tour un courant plus faible et inverse.
369. Ondes électriques. M. Delarive a observé par des moyens délicats et sur l’appareil de M. Pixii, composé d’un aimant tournant sous un arc de fer doux entouré d’un fil conducteur, appareil dont nous avons décrit la structure et les effets, un singulier phénomène de conductibilité des fils métalliques. Une certaine longueur de fil oppose une certaine résistance au courant; une plus grande longueur diminue cette résistance, une plus grande encore l’augmente, et ainsi de suite. La limite en longueur qui cesse de diminuer I intensité du courant est très variable dans ies différens métaux, depuis quelques pouces pour le platine jusqu’à plusieurs pieds pour l’argent; mais pour un même métal les longueurs qui facilitent ou retardent successivement le courant sont entre elles en progression arithmétique ; ainsi un courant ‘trouve le long d’un fil des points situés entre eux dans le rapport de la série des nombres 1 , 3, 5, etc., où son passage devient plus facile, tandis qu’à d’autres intervalles représentés par les nombres 2 , 4 , 6 , etc., son passage devient plus difficile. Il y a sans doute dans ces faits une curieuse analogie avec ia lumière interprétée dans le système des ondes; mais il ne faut pas ou-
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blier que ces faits sont relatifs b des courans en sens contraire qui se succèdent très rapidement, et qu’on n’a encore trouvé rien de semblable de la part des courans continus.
370. Phosphorescence . Sans entrer dans de curieux détails de l’étude approfondie que M. Becquerel vient de publier sur les phénomènes de phosphorescence qui étaient restés jusqu’ici sans explication rationnelle et générale , nous dirons que ce savant et laborieux physicien attribue généralement la production de lumière qui caractérise ce phénomène à une recomposition continue des fluides contraires qui , suivant lui , se séparent en vertu d’un grand nombre de causes diverses dans les corps qui sont naturellement phosphorescens ou auxquels on peut communiquer temporairement cette propriété, et en général nous ajouterons que M. Becquerel fait dans toutes ses explications un très grand usage de cette supposition que les fluides électriques se séparent et se réunissent simultanément dans différons points d’un même corps. Si nous ne donnons pas plus de développement à des théories d’un si grand intérêt , c’est que nous n’avons pas cru qu’elles présentent encore un caractère suffisant de certitude et de clarté.
371 .Aurore boréale. On observe dans les hautes latitudes, et après le coucher du soleil, une lueur plus ou moins vive à l’horizon et vers le nord; des jets de lumière s’en élèvent bientôt pour se porter vers le zénith ; ces jets forment plus tard deux colonnes latérales qui finissent par se réunir en formant un arc très éclatant qui persiste pendant plusieurs heures. Ces lueurs varient comme les couleurs du prisme, et surtout du vert au jaune et au pourpre. Les deux colonnes présentent dans leur intérieur des jets d’une lumière très brillante; d’autres jets partant de l’arc lui-même se réunissent dans un point qu’on appelle la couronne de l’aurore boréale. Le phénomène arrive alors à son maxi-
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mam d’intensité pour décroître bientôt successivement et rendre l’atmosphère à son obscurité.
Il semble que ce magnifique phénomène soit destiné à remplacer pour les climats hyperborés la trop courte apparition du soleil au dessus de leur horizon.
Les aurores boréales s’élèvent plus ou moins haut vers le zénith, et, quand elles sont très élevées, on peut les apercevoir de quelques régions du globe fort éloignées du pôle nord ; on en a observé à Paris même.
Les aurores boréales ont été pour les siècles d’ignorance un objet de terreur ; elles sont pour nous un objet de très vive curiosité scientifique.
On a déjà constaté, par suite des observations assidues de l'aiguille aimantée qui se font à l’Observatoire de Paris, et par suite aussi de cette correspondance si importante que le bureau des longitudes entretient avec tous les savons du globe, que l’aiguille librement suspendue se livre à des agitations désordonnées dans tous les points du globe au même instant, lorsqu’une aurore boréale se montre dans un point quelconque.
Il devient très probable que les lueurs extraordinaires dont nous parlons sont dues à des courons électriques qui se rejoignent du pôle aux autres points du globe à travers les plus hautes régions de l’atmosphère. On pourrait ainsi considérer le globe comme une immense pile galvanique dont les pôles acquièrent peu à peu un certain degré de tension au delà duquel les fluides se réunissent à travers les espaces vides qui environnent la terre.
572. Rapports de t’ électricité dynamique avec les êtres vi vans. On entend, comme 011 sait , par électricité dynamique l’électricité en mouvement , c’est à dire l’ensemble des phénomènes que nous avons développés sous les titres successifs de galvanisme, de magnétisme , d’électro-dynamie
ÉLECTRO-DYNAMIQUES
et d’électro-chimie. Celte expression d’électricité dynamique a été adoptée par opposition à celle d’électricité statique, qu’on affecte à l’électricité dont les propriétés s’annoncent principalement par des phénomènes de tension.
En terminant l’histoire de l’électricité statique, nous avons eu soin d’indiquer les applications qu’on pouvait en faire h quelques parties de la médecine; maintenant que nous connaissons les phénomènes beaucoup plus nombreux et compliqués de l’électricité dynamique , il nous importe beaucoup d’examiner jusqu’à quel point les faits et les théories de cet ordre peuvent entrer dans la médecine, soit comme moyen thérapeutique , soit comme moyen de recherche , soit comme moyen d’interprétation théorique des phénomènes de la vie.
Le nouveau moyen de mesurer la température, l’appareil thermo-électrique , peut servir à déterminer avec beaucoup d’exactitude la chaleur locale' des différons points de l’économie. MM. Becquerel etBreschet ont déjà fait à cet égard un certain nombre d’expériences desquelles il paraît résulter : i° que les organes dans lesquels la circulation sanguine est plus active offrent toujours la température la plus élevée; 2° que les muscles qui se contractent actuellement présentent aussi un léger excès de température.
Ces expériences devront être multipliées beaucoup et répétées sur tous les organes dans l’état d’action et de repos , dans l’état normal ou dans l’état pathologique, pour obtenir quelques résultats intéressans; mais nous ne ferons pas de grands efforts pour engager les observateurs à suivre cette voie, parce que nous attachons très peu d’importance à la température dans ses rapports avec les fonctions normales ou les maladies. Nous pensons, au contraire, ainsi que nous l’avons établi au chapitre du Calorique, que l’in-
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tensité ou l’importance des courans de chaleur qui traversent les organes se trouvent? intimement liés avec les fonctions de ces organes ou leur état de maladie ; et tout le monde peut aisément se convaincre que la température actuelle d’un organe, ou même d’un corps quelconque, n’a aucun rapport nécessaire avec le courant de calorique dont il est le siège , c’est à dire avec la quantité de chaleur qui le traverse dans un temps donné.
Comme moyen thérapeutique , l’électricité dynamique est susceptible d’acquérir une très haute importance, quoiqu’on en ait fait jusqu’ici des usages moins fréquens que de l’électricité statique. Si on recherchait la cause de cette différence , on trouverait peut-être que les grandes et belles machines qui produisent Télectricité statique , les brillantes étincelles qui s’en échappent , les sensations vives que ce mode d’électricité produit, sont des circonstances très pro pres à séduire le vulgaire et à ouvrir un champ très vaste au charlatanisme, tandis que l’action silencieuse et inaperçue d’une pile galvanique exhalant une assez mauvaise odeur n’a rien de propre à persuader les hommes sans instruction, ne saurait exalter d’aucune façon l’imagination, et ne se recommanderait à la longue que par des effets utiles qui seraient bien constatés. Nous noierons cependant quelques tentatives de traitement à l’aide des courans d’électricité.
On a traité un assez grand nombre d’affections du genre des paralysies du mouvement ou de la sensibilité, en forçant un courant galvanique à traverser les organes affectés. On fait usage , pour cela , d’une pile à auge ; les fds que représentent les deux pôles sont terminés par des plaques de cuivre que l’on plonge dans des cases de la pile, plus ou moins éloignées l’une de l’autre quand on veut faire usage d’un nombre de couples métalliques plus ou moins considérable. Les extrémités opposées de ces fils peuvent être
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mises en communication avec d’antres plaques métalliques garnies d’une étoffe humide, et que l’on puisse appliquer à volonté sur les différentes régions du corps. On cherche en général dans ce genre d’opérations à faire correspondre l’un des pôles de la pile avec les organes où l’innervation paraît devoir être provoquée, pendant que l’autre est appliqué le plus près possible du tronc nerveux qui se rend 5 ces organes, ou même vers l’origine des nerfs.
Un médecin de notre époque a été plus loin, et, par une extension du procédé de l’acupuncture , dont nous allons bientôt nous occuper , il s’est servi de deux aiguilles enfoncées dans les organes , comme moyen de faire pénétrer les fluides électriques beaucoup plus près des points par lesquels il croyait avoir intérêt h les faire passer; ainsi, dans la paralysie d’un muscle , une aiguille pouvait être plongée dans le corps musculaire, pendant que l’autre pénétrait tout h côté du tronc nerveux on même traversait son épaisseur. Cette méthode a reçu de son auteur le nom d’électro-puncture; et l’on conçoit que les courans transmis par des voies aussi immédiates doivent être extrêmement fai - Lies, un seul couple d’une très petite étendue suffisant pour produire dans le siège fies aiguilles des sensations de piqûre, de brûlure et de douleurs extrêmement vives. Dans le cas particulier de l’ application à un muscle, ses contractions sont extrêmement violentes et tumultueuses au moindre contact de deux métaux différens.
On peut observer en général que, dans l’application des courans galvaniques à des actions thérapeutiques, les commotions produisent beaucoup plus d’eflet que les courans continus; c’est pourquoi on est dans 1 usage d’interrompre ou de rétablir fréquemment le courant, et même on a imaginé de mettre en mouvement l’un des deux conduc-
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leurs au moyen du balancier d’une horloge, pour avoir des intermittences régulières.
M. Fabré-Palaprat, qui s’est traité et guéri lui-même d’une douleur névralgique, a imaginé un cautère actuel d’un genre spécial et ingénieux : il enfonce une aiguille
dans le lieu qu’il veut cautériser et pose une plaque hu-
ni i de sur la peau des parties voisines , puis i! établit un seul instant la communication avec les deux pôles d’une forte pile ; l’aiguille rougit instantanément , la douleur est extrêmement vive et très peu durable, et, du reste, tout se passe comme dans le cas d’un moxa ordinaire.
Grapengiesser, M. de Ilumboldt et M. Magendie paraissent avoir employé avec succès les courans galvaniques au traitement des paralysies. C’est principalement h l’égard de l’organe de la vue et de celui de l’ouïe que les résultats les plus remarquables ont été obtenus; on excite les oreilles en plaçant dans les deux conduits auditifs de petits conducteurs enveloppés de tubes de verre , mais terminés par une houle à découvert.
Quant à l’œil, il se présente deux indications, suivant qu’on attribue l’amaurose au nerf optique lui-même, ou aux branches de la cinquième paire, qui influe d’une manière si remarquable sur les fonctions de l’œil ; on peut agir sur la pituitaire et sur le rameau frontal de l’ophlhalmique, sur ce dernier nerf et sur le sous-orbitaire, au moyen d’aiguilles, ou enfin sur différentes régions de la peau environnante. M. Magendie cite trois cas d’amaurose ou de lésions nerveuses des annexes de l’œil qui ont cédé à l’action galvanique.
Le docteur Philiph Wilson a soulagé ou guéri neuf malades sur dix affectés d’asthme nerveux, au moyen d’une pile de trente plaques de quatre pouces carrés* dont les pô-
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les étaient appliqués, le positifà la nuque, et le négatif au creux de l’estomac.
M. Marianini cite deux succès de traitement de paralysie musculaire au moyen de commotions très multipliées de piles très puissantes.
Quelques observateurs, parmi lesquels on doit distinguer MM. de llumboldt et Rennold, on essayé l’action des courans sur la peau dépouillée de son épiderme par un vésicatoire, et ils ont constamment observé une douleur très vive, surtout vers le pôle positif, auquel se produisait une liqueur acide, pendant qu'au pôle négatif la sécrétion était alcaline. Ces recherches étendues et multipliées pourraient conduire à modifier et môme à changer complètement la nature des sécrétions d’un ulcère par exemple, et conséquemment à modifier sa marche et à amener sa guérison.
Le galvanisme médical a déjà été plus loin encore, puisqu’il est parvenu à porter directement des médicamens énergiques au centre même d’un organe malade. Rapportons ici les assertions de M. Palaprat : ayant placé sur la peau une certaine quantité d’iodure de mercure, et par dessus une plaque métallique correspondant h l’un des pôles de la pile; ayant, d’autre part, enfoncé des aiguilles dans des tumeurs strumeuses, la décomposition de i’iodure s’est opérée; l’iode s’est transporté aux extrémités des aiguilles, dans le sein mtme de la tumeur, et celle-ci a disparu sous l’influence de cette médication, après avoir ré¬
sisté à tous les autres moyens.
073. De l'électricité dynamique dans ses rapports avec la physiologie. C’est une question d’une très grande importance que celle de savoir jusqu’à quel point les courans galvaniques influent sur les fonctions elles-mêmes , si les courans galvaniques ne sont pas la véritable cause de ces fonctions, et enfin quoi degré d’analogie il peut y avoir entre la cause
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des phénomènes nerveux et celle des phénomènes galvaniques. Pour arriver le plus près possible de ces notions difficiles , il faut d’abord examiner les effets des courans appliqués aux organes, et distinguer ces effets en effets matériels et phénomènes fonctionnels.
Les effets matériels des courans galvaniques sur les organes vivans sont tout semblables à ceux qu’ils produisent sur les organes morts. La chair musculaire morte se dèssèche sous l’influence d’une pile puissante, toutes les combinaisons à proportions définies se détruisent , les bases -vont à un des pôles elles acides à l’autre; la chair ne contient plus que du charbon et des corps à composition, non définie ; l’incinération ne laisse plus de cendres.
. Si l’on agit sur le corps vivant, comme l’a fait Bavy, en plongeant ses doigts dans de l’eau pure aux deux pôles d’une pile, il se produit immédiatement des acides d’un côté et des alcalis de l’autre.
Si l’on soumet une solution d’albumine à Faction de la plis, cette substance se coagule au pôle positif, et il se forme au pôle négatif, suivant l’observation de MM. Prévost et Dumas, une gelée semblable au mucus; il paraît que dans ces circonstances l’organisation globulaire n’est point aUérée. Il est très probable que des phénomènes de coagulation ou de dissolution de l’albuming pourraient être opérés également dans l’intérieur de l’économie vivante par des courans artificiels , et il n’est pas même impossible qu’ils y soient produits par des courans naturels.
Les phénomènes physiologiques quo les courans produisent sont d’un très haut intérêt. Nous savons déjà qu’un courant galvanique traversant un muscle et son nerf même, chez un animal récemment mort , détermine des contractions pleines et entières, tontes semblables dans leur nature et dans leur intensité à celles que produit l’innervation
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chez l’animai vivant; mais une observation d’une grande importance avait échappé aux expérimentateurs , jusqu’à M. Marianini. 11 a constaté que le courant qui va du nerf au muscle ou du tronc nerveux vers ses extrémités produit la contraction , tandis que celui qui va des extrémités au tronc produit la douleur. Pour que cette distinction devienne apparente , il est nécessaire que lescourans soient très faibles, caries courons un peu forts produisent de la douleur etde l’irritation, dans quelque sens qu’ils marchent.
Un point important était d’examiner si une fonction qui exige de la suite et de la régularité, et qu’on peut faire cesser sur un animal vivant en interrompant l’innervation, pourrait se rétablir et continuer sous l’influenco d’un courant rai-
vanîque. M. Philip Wilson a réalisé celle expérience sur la digestion : il a coupé le nerf pncumo-gastriqne chez des lapins; la respiration devint difficile, la digestion cessa et les animaux moururent en peu d’heures. L’expérience répétée sur d’autres lapins, on établit un courant depuis l’extrémité inférieure du nerf coupé jusqu’à la' région antérieure de l’abdomen. La respiration devint facile , les animaux vécurent pendant vingt-six heures que dura l’expérience , et la digestion fut aussi complète que chez l’animal bien portant. Les mêmes résultats ont été obtenus sur d’aulres animaux et en particulier sur le cheval. Quoique MM. BrescheletMilne Edwars aient attaqué la théorie électrique de ce phénomène, en prétendant qu’il n’y avait là qu’une irritation mécanique , il n’en reste pas moins évident que dans un grand nombre de cas un courant galvanique artificiel remplace et représente temporairement l’innervation.
On a dû rechercher avec soin si les phénomènes physiologiques qui se passent pendant la vie donnaient lieu à des courans galvaniques appréciables par nos instrument ,
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nous avons fait nous-même quelques tentatives h cet égard en étudiant l’acupuncture , mais il est extrêmement difficile dans ces sortes d’expériences de dégager les résultats de toutes les influences accidentelles , car les plaques ou les aiguilles dont on se sert se trouvant en contact avec des fluides de nature différente* cela suffit pour produire un courant; il suffirait même , comme on le sait aujourd’hui, d’une différence de température entre les deux organes mis en rapport par le fil d’un galvanomètre , pour affecter celui-ci.
On connaît depuis long-temps des expériences qui prouvent que sous l’influence d’un courant galvanique des corps salins se décomposent à travers une membrane ordinairement imperméable, de manière è ce que les acides se portent d’un côté de la membrane et les bases de l’autre.
Depuis long-temps aussi on avait l’idée vague que les sécrétions , qui se divisent en général en sécrétions acides et alcalines, pourraient bien être le résultat de la décomposition des élémens salins du sang par des courans intérieurs qui s’établiraient d’un côté d’une membrane à l’autre; on avait même déjà établi que les liqueurs destinées h sortir immédiatement du corps , comme la transpiration et l’urine, étaient acides, tandis que les liqueurs sécrétées par un organe pour être versées dans d’autres cavités et subir de nouvelles élaborations, avaient un caractère alcalin.
M. Donné a repris l’examen de ces faits; il a recherché avec soin le caractère acide ou alcalin des diverses sécrétions: il résulte de ses observations qu’en général les organes du corps sont, à quelques exceptions près, situés entre deux membranes, la peau et les muqueuses, qui présentent des caractères chimiques contraires.
M. Donné a voulu vérifier si ces différentes surfaces
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pourraient donner, eti îes mettant en rapport par le fil d’un galvanomètre, des courans dirigés suivant le caractère acide ou alcalin de ces surfaces. On aurait pu prévoir d’avance et avec certitude les résultats que cet observateur a obtenus , puisque îes deux bouts du fil de son galvanomètre se trouvaient toujours en contact d’un côté avec une liqueur acide , et de l’autre avec une liqueur alcaline; de la bouche à la peau, courant galvanique marchant de la peau à la bouche; de l’estomac à la vésicule du fiel, courant considérable du corps acide au corps alcalin. Riais il est facile de s’apercevoir que ces résultats prouvent que des liquides acides et alcalins déjà produits donnent lieu a des courans, mais nullement que ce soient des courans qui produisent ces sécrétions de nature opposée.
M. Matteucci paraît avoir obtenu des résultats qui ne laissent aucun doute sur ce fait important que l’état électrique des surfaces des organes dépend de la vie et subsiste flans les membranes indépendamment des liquides qui les recouvrent.
Si les courans dépendaient uniquement de la présence des liquides, ils devraient subsister après la mort; 'Cependant sur un lopin qui donnait de l’estomac au foie un courant prononcé, ce courant a diminué beaucoup en coupant les vaisseaux sanguins elles nerfs, et a cessé complètement par la décapitation de l’animal. La même expérience a été répétée en tuant un lupin par l’acide hydrocyanique ; le courant a paru lié aux contractions convulsives et a cessé avec la vie. Dans ces divers cas, M. Matteucci a toujours vérifié que l’état acide et alcalin des humeurs subsistait après la mort.
M. Matteucci a été plus loin, i! a saturé par des réactifs l’état acide et l’état alcalin des surfaces mises en rapport, et il a vu les courans continuer dans le même sens.
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.Si ces résultats sont confirmés comme on doit le croire, il demeurera démontré qu’il existe dans les organes des courans forts analogues à ceux de la pile, produisant les mêmes effets chimiques, et que ces courans dépendent de la vie de l’individu.
Nous avons déjà eu l’occasion d’indiquer combien les appareils nerveux dans les animaux des classes supérieures avaient d’analogie avec des appareils galvaniques. Les centres nerveux sont formés de deux substances différentes, grise et blanche , disposées en couches superposées qui se replient en circonvolutions dans le cerveau, qui sont stratifiées en lames parallèles dans le cervelet , et adossées en longs cordons dans la moelle épinière. Cette organisation, qui ressemble fort à un couple galvanique, est abreuvée d’un liquide salin; les cordons qui en partent sous le nom de nerfs sont enveloppés d’une membrane qui pourrait bien servir à isoler la pulpe nerveuse. Ces conducteurs généraux , les troncs des nerfs , sont composés de filets réunis d’abord, séparés ensuite, et qui établissent une continuité médullaire absolue de l’origine du nerf à l’organe du mouvement ou à la partie sensible dans lesquels les filets nerveux aboutissent.
Quand on coupe un nerf, les phénomènes ne cessent pas complètement si les deux bouts se touchent; pour que le phénomène cesse , il faut les écarter ou extirper une partie de la longueur du nerf: rien ne ressemble pins à des conducteurs électriques que ces dispositions nerveuses.
M. Magendie a fait voir que chaque nerf vertébral avait deux racines, et il a rendu très probable que l’une déterminait les mouvemens pendant que l’autre présidait à la sensibilité; et d’une autre part, les physiciens ont reconnu que l’électricité marchant dans un sens produisait
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les contractions , tandis que celles qui marchent dans l’autre produisent la douleur.
On voit donc que les nerfs pourraient bien être les conducteurs de deux fluides contraires décrétés par les centres nerveux, que le fluide positif irait produire les inouvemens en s’écoulant par une des racines des nerfs, tandis que ce fluide reviendrait par l’autre et produirait les sensations. Les filets nerveux de l’une et de l’autre sorte se distribuant dans les organes, ne se trouveraient séparés à leurs extrémités que par de petites portions de la trame organique , qui se trouverait ainsi placée partout entre les deux pôles d’une pile ; ce qui servirait à expliquer les compositions et décompositions dont cette trame organique est partout le siège.
Nous ne nous dissimulons pas combien cette théorie est encore loin d’être démontrée; mais nous allons rapporter quelques faits intéressons qui sembleront lui prêter un certain appui.
Lorsqu’un corps aigu de nature à ne pas conduire l’électricité, comme une épine, une arête de poisson , etc. , est introduit dans les organes sensibles , il y détermine de l’irritation et de la douleur, bientôt même une sécrétion anormale se produit autour de lui , et une collection purulente ne larde pas h l’envelopper; si au contraire le corps ainsi introduit dans les parties sensibles est métallique, comme une aiguille d’acier, une balle de plomb, etc., aucune irritation ne se développe, pourvu que les parties n’aient pas été déchirées , aucune inflammation ne survient , et ce corps peut demeurer indéfiniment au milieu des organes avec une complète innocuité.
Ne semble-t-il pas que le corps non conducteur intercepte des courans , produit des tensions qui font naître la douleur, et amène enfin des sécrétions anormales, d’après
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ce principe aujourd’hui démontré que la résistance au passage d’un courant est la véritable cause qui produit les décompositions chimiques , tandis qu’au contraire le corps métallique ou bon conducteur, facilitant les communications électriques dans le parenchyme organique, ne donne lieu h aucun des phénomènes rapportés.
Nous n’avons besoin de citer aucun exemple des phénomènes produits par l’introduction dans les tissus des corps non conducteurs , ces notions sont tout à fait vul¬
gaires. Il n’en est pas de même de l'introduction des corps métalliques dans nos organes; celle-ci donne lieu à des phénomènes pleins d’intérêt qu’il est important de relater.
D’abord on sait que si une balle de plomb produit des lésions graves, à raison de la vitesse avec laquelle elle frappe et pénètre nos organes quand elleest chassée par la poudre, aussitôt qu’elle est en repos dans l’intérieur de ces mêmes organes, elle cèsse d’yproduirc aucun accident. On saitmême qu’entraînée par son poids elle peut se tracer un long chemin à travers l’organisme, et cela d’une manière tout à fait inaperçue.
Des aiguilles peuvent être impune'ment enfoncées dans nos organes et y demeurer sans le moindre inconvénient. On a vu une femme avaler, par une manie spéciale, des milliers d’aiguilles è coudre , ces corps étrangers quitter l’estomac et se répandre dans toute l’économie , le tout sans le moindre accident ni la moindre douleur.
Mais une pratique qui doit être considérée comme un moyen thérapeutique important donne lieu a des remarques plus essentielles encore , nous voulons parler rie l’acupuncture.
D’abord une aiguille d’acier, pourvu qu’elle soit suffisamment fine et très aiguë, do manière à ce que son introduction ne déchire pas les tissus, peut être impunément
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introduite à travers tous les organes sans exception > et y demeurer un temps indéfini sans produire aucun accident. Les exemples de ce fait sont extrêmement nombreux ; voici les deux plus remarquables :
Béclard introduisit une longue aiguille dans le corps d’une chienne, de manière à ce que la matrice et les produits de la conception en fussent traversés. La chienne porla plusieurs jours cette aiguille sans en paraître le moins du monde incommodée, et quand elle mit bas, ses petits étaient tous bien portans.
Le même chirurgien, introduisant une aiguille à la région précordiale chez un homme qui souffrait d’une pleurodynie , s’aperçut, au mouvement de l’extrémité qui était restée en dehors, que l’aiguille avait pénétré dans le cœur; il n’en résulta pas même de trouble dans les fonctions de cet organe.
La simple innocuité des aiguilles dans l’acupuncture est déjà d’un certain intérêt pour notre théorie , mais les effets qu’elles produisent sont encore bien plus remarquables.
Lorsqu’un membre est le siège d’une douleur rhumatismale ou nerveuse, même très violente, il suffit souvent d’introduire profondément une aiguille- d’acier dans les parties malades pour faire disparaître la douleur. Il faut convenir cependant que cette médication est fort incertaine : quelquefois l’introduction de l’aiguille ne produit absolument aucun effet; si au contraire la douleur doit cesser parce moyen, le malade éprouve d’abord une sensation d’engourdissement et une diminution notable dans la sensibilité générale du membre; peu h peu la douleur diminue , et souvent au bout d’un quart d’heure la douleur a cessé complètement.
Quand on observe les aiguilles d’acier qui ont séjourné dans les organes , et surtout celles qui ont eu une grande
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efficacité, on îes trouve divisées, suivant leur longueur, en zones parfaitement distinctes et d’inégale étendue : dans les unes, l’acier a conservé son état naturel; dans les autres , il est passé au bleu, et dans d’autres enfin il est profondément oxidé, au point qu’il devient souvent difficile et douloureux d’extraire l’ aiguüle qu’on avait introduite avec tant de facilité.
L’incertitude de ce moyen thérapeutique, i’engourdîssement éprouvé dans les cas dillérens, la cessation de la douleur et les altérations des aiguilles, s’expliqueraient parfaitement dans la supposition où les nerfs ne seraient que des conducteurs galvaniques de deux pôles opposés dont les fluides se rejoindraient à travers les tissus pour y développer la sensibilité et déterminer leurs fonctions. En effet, si une aiguille ne rencontre sur sa route aucun filet nerveux important, ou si elle n’en rencontre que d’une seule espèce, elle demeurera sans effet; mais si, an contraire, une aiguille introduite se trouve en rapport avec un certain nombre de filets nerveux conducteurs positifs et avec d’autres filets nerveux conducteurs négatifs, en vertu de sa propriété conductrice , elle déterminera la réunion des fluides contraires qui n’iront plus jusqu’aux extrémités nerveuses, qui ne traverseront plus la trame organique : il y aura d’abord engourdissement, puis cessation de la douleur préexistante., laquelle peut être considérée comme un excès d’innervation locale : si l’aiguille sert pendant quelque temps de conducteur à des fluides contraires pendant qu’elle est en contact avec les liquides animaux , elle devra s’oxider dans certains points, elle pourra changer de couleur à sa surface , ou enfin demeurer sans altération du côté négatif du courant.
Ces aperçus théoriques et les nombreuses expériences qui nous les ont suggérés sont consignés dans un mé-
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moire sur l’acupuncture, que nous avons publié dans la
Revue médicale.
Quand on aurait réussi à démontrer que les phénomènes de la vie sont liés, dans les êtres organisés d’une classe supérieure, à des courans galvaniques dont les appareils nerveux seraient causes et conducteurs , on aurait bien peu avancé la connaissance de la vie considérée en général, puisque la majeure partie des êtres organisés ne présente aucune trace d’appareils nerveux; c’est ainsi que dans cette supposition les innombrables sécrétions dont les végétaux sont le siège demeureront encore sans aucune interprétation. Or, il n’est nullement probable que des phénomènes du même ordre dépendent dans les différons êtres de causes différentes; il faut donc, si l’on veut prêter quelque appui à une théorie galvanique des sécrétions , démontrer que tous les êtres organisés sans exception peuvent et doivent être le siège de courans de cette nature. C’est ce qui nous paraît résulter des considérations suivantes.
Nous croyons avoir démontré que tous les êtres organisés et toutes les parties de ces êtres sont nécessairement le siège de courans de calorique ; que la vie est tellement liée à l’existence de ces courans, que la mort survient nécessairement quand il s’établit un équilibre complet de température dans un être vivant; et qu’enfin l’activité et l’énergie des phénomènes de la vie sont très indépendans de la température, mais directement proportionnels à 1 ’intensité des courans de calorique qui traversent les organes.
Celte doctrine, qui nous est propre , et que nous avons développée il y a long-temps , demeurait isolée dans la science physiologique lorsqu’on ignorait encore l’existence des courans thernio -électriques ; mais aujourd’hui il est pleinement démontré qu’il se produit un courant d’électricité toutes les fois qu’il existe un courant de chaleur dans
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un conducteur hétérogène. Les faits se réunissent , les différentes branches des sciences se prêtent un appui mutuel , et l’on peut espérer d’arriver à quelque heureuse découverte dans l’interprétation des phénomènes de la vie qui ont semblé si long-temps au dessus de toute explication physique. Nous ajouterons même que si ces considérations ne nous paraissaient pas déplacées dans un livre élémentaire, il nous serait facile de prouver, par des détails très nombreux, que les courans de chaleur, leur direction, les courans électriques qu’ils doivent produire et les phénomènes de sécrétions concomitans se trouvent dans un accord si général et si heureux, qu’il serait dès aujourd’hui possible d’en former une théorie qui ne paraîtrait pas moins bien fondée que la plupart de celles qui ont été jusqu’ici adoptées même dans les sciences exactes.