D ANS SON ENSEIGNEMENT
En considérant la physique sous le point de vue où elle l’a été jusqu’ici , il semble au premier coup d’œil presque impossible d’en faire ressortir ce que l’on nomme des généralités, c’est-à-dire de poser des bases générales d’instruction qui puissent s’appliquer d’une manière utile à toutes les parties de la science.
En effet , l’ensemble de connaissances qui porte le nom de physique se compose de différentes parties qui forment chacune en quelque sorte une science à part et qui n’ont aucun lien commun; ainsi, la physique s’occupe de la matière en général, de ce que l’on nomme les propriétés des corps solides , liquides ou gazeux. Elle traite du calorique , de la lumière , de l’électricité , du magnétisme , de l’électro-magnétisme , de l’électro-dynamie, etc. , etc.; et l’on ne découvre- aucun rapport nécessaire entre la loi de la chute des corps et le théorème de Pascal sur la pression des liquides ; la loi de Mariote , la capacité calorique; les axes de double réfraction des cristaux , le condenseur électrique; le galvanomètre, la direction de l’aiguille ai- 2. 52
DISSERTATION
maniée , les mouvemens de rotation d’un conducteur gaivanique sous l’influence de la terre , etc. , etc.
Comment établirait-on en effet la moindre proposition qui fût susceptible d’une application générale à des ordres de phénomènes si différens , à des sciences qui ne paraissent avoir aucune connexion , comme l’hydrostatique et l’optique, l’acoustique et l’électricité?
Nous pensons cependant qu’en considérant la science qu’on nomme physique sous un point de vue plus large et plus philosophique qu’on ne paraît avoir essayé de le faire jusqu’ici, il ne sera pas impossible de renfermer dans un cadre commun des faits si disparates , de les rapporter à une méthode générale d’étude de la nature , de les réunir par un lien systématique , et de faire en un mot , de l’ensemble des diverses notions physiques , un corps de science où chaque partie entre nécessairement, trouve sa place assignée d’avance , et ne puisse être retranchée sans laisser une lacune évidente.
Si nous réussissons à enlacer ainsi par un lien commun tous les faits de la physique , nous croirons avoir fait une chose utile soit à la science en elle-même , soit à son enseignement : car si l’ordre qu’on adopte, si les idées purement systématiques qui servent à lier et à enchaîner les faits ne sont pas la science elle-même , si elles ne lui font pas faire de véritables progrès, elles offrent le grand avantage de donner du charme à l’étude en satisfaisant l’imagination en même temps que la raison , et de rendre par là cette étude d’autant plus facile que l’enchaînement des faits paraît plus nécessaire et plus complet ; en sorte qu’un ordre systématique est encore un avantage, même lorsque le principe qui en est la hase n’est pas démontré.
Dans le cas particulier qui nous occupe , la tentative que nous nous proposons de faire aura en outre le mérite
DISSERTATION
de rectifier un grand nombre d’idées qui sont encore tout entières dans le langage , dans les formes de la science et dans l’esprit de tous ceux qui l’étudient superficiellement , tandis qu’elles sont depuis long-temps rejetées par tous les bons esprits , et considérées sinon comme des erreurs démontrées , du moins comme de vaines suppositions.
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La tâche que nous entreprenons est difficile, elle touche à la philosophie des sciences naturelles , eile doit l’embrasser en quelque sorte dans toutes ses parties; elle exigera à chaque instant l’emploi d’un langage tout nouveau dans ses formes, et plein de périphrases substituées , d’une manière très défavorable au premier coup d’œil , à des mots simples , clairs et compris de tout le monde , quoiqu’ils n’expriment en effet qu’une idée fausse ou une supposition gratuite. Nous réclamerons donc toute l’indulgence de nos lecteurs pour un travail médité , il est vrai , depuis long - temps , mais trop brusquement mis au jour pour avoir subi une élaboration convenable.