DE QUELQUES PHENOMENES ACCIDENTELS
pôles de ces molécules se trouvaient tous dirigés dans le même sens, à peu près comme un aimant puissant dirigerait à la fois, dans le même sens , un grand nombre de petites aiguilles aimantées. De cette supposition est née l’expression de po larisation de la Lumière . Elle explique, du reste, d’une manière h peu près satisfaisante, une multitude de phénomènes qui ont été minutieusement observés, et permet de les soumettre au calcul.
4iG. Polarisation mobile. — En examinant avec une attention nouvelle les propriétés de la lumière polarisée , on s’est aperçu que des lames plus ou moins épaisses présentaient alternativement une lumière polarisée dans un sens et dans l’autre, et M. Àrago a trouvé de plus que, dans ces polarisations à travers des lames minces , la lumière prenait des nuances assujetties à des lois particulières. M. Biot est parvenu à rattacher ces nouveaux phénomènes à la théorie générale , en supposant que , dans les cas où la lumière traverse les lames successives d’une niasse transparente, ces molécules éprouvent des oscillations comme une aiguille aimantée qu’on aurait dérangée de sa situation fixe; en sorte que, dans une lame infini-' ment mince , les molécules peuvent se trouver dans une direction, tandis que dans la laine suivante elles seraient dans le sens contraire, et ainsi successivement, jusqu’à ce qu’elles aient traversé toute l’épaisseur du corps, (l’est à l’aide de cette ingénieuse supposition qu’il a pu expliquer et calculer une fouie de phénomènes parti culiers que présentent les' lames superposées, il a même été conduit à admettre, dans certains cas, que les molécules lumineuses tournent continuellement dans le même sens , en traversant un corps; ce qu’il a nommé polarisation tournante .
INous regrettons que les bornes de cet ouvrage, sa mr
DE LA LUMIÈRE
ture élémentaire et le genre d’étude des lecteurs auxquels nous le destinons, ne nous permettent pas d’entrer dans de plus grands détails sur celte partie intéressante de îa physique delà lumière. Mais, pour démontrer qu’elle est déjà sortie du genre des considérations purement spécu- latives , nous citerons une de ses applications les plus intéressantes.
On avait présumé depuis long-temps que la lumière qui nous vient du soleil appartenait à une atmosphère environnant cet astre, et ne provenait pas d’un noyau solide en combustion. Mais on était loin de penser que l’on pût obtenir une preuve physique de ce fait. C’est cependant cette preuve qui a été fournie par les recherches sur la polarisation. Fn effet, la lumière qui émane d’un corps solide ou fondu 11e provient pas seulement de son extrême surface; une portion s’est échappée d’une certaine profondeur du corps, et a dû traverser une couche même de sa substance. Il en résulte que toute lumière provenant d’un corps solide ou londu est en partie polarisée : au contraire, les lluides élastiques n’ayant pas la propriété de polariser la 1 umière, celle qui provient de pareils corps en combustion, ou de ce qu’on nomme la flamme , n’est polarisée dans aucune de ses parties. Or, la lumière directe du soleil n’étant jamais polarisée, il devient extrêmement probable, si ce n’est tout à fait démontré, que cette lumière a sa source dans une atmosphère embrasée qui environne le globe du soleil.
Quelques difficultés que doive présenter l’exposition des faits dont nous allons parler sous une forme élémentaire nous ne croyons pas pouvoir nous dispenser d’en indiquer l’existence.
Les chimistes et les physiciens sont jusqu’ici fort peu d’accord, et se croient fort peu instruits sur la question de
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savoir comment les molécules des corps sont groupées ou arrangées entre elles dans les différens composés.
Pour donner une idée de cette complète incertitude, nous disons , par exemple , que dans le nitrate de potasse il est impossible d’affirmer qu’il y ait de l’acide nitrique et de la potasse , on est seulement certain qu’il y a de l’azote , du potassium et de l’oxigène ; il est même assez peu probable qu’un même corps, l’oxigène, puisse se trouver combiné en partie à l’azote , en partie au potassium pour constituer de l’acide nitrique et de la potasse , desquels d’ailleurs on ne retrouve aucune propriété dans le nitrate de potasse.
Si quelque chose peut démontrer avec évidence cette grande vérité que toutes les lois de la nature se tiennent , c’est que les phénomènes de la lumière puissent servir à reconnaître et à distinguer le genre de combinaison chimique des corps ou l’arrangement moléculaire réel qu’ils présentent. C’est en effet ce qui résulte d’une nouvelle série d’expériences des plus remarquables à laquelle se livre depuis quelque temps M, Biot, qui a déjà donné tant de preuves de l’élévation de ses idées théoriques, et de son extrême perspicacité dans l’investigation des faits les plus délicats.
M. Biot s’occupe de rechercher les phénomènes de polorisation que la lumière éprouve de la part de certaines solutions , dans lesquelles il fait varier la nature et la proportion de certains principes constituans. Il a déjà recueilli à cet égard des résultats importans qui donnent l’espoir de voir un jour éclaircir par la physique les questions les plus difficiles de la chimie.
DISSERTATION