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CHAPITRE PREMIER

6. Loi de la causalité. — La première loi de la physique , commune à cette science et à toutes les autres, est la loi de la causalité , en vertu de laquelle tout ce qui arrive doit avoir une cause. On donne encore à cette loi le nom de principe de la raison suffisante , parce que , répondant à un besoin universel de notre intelligence , elle nous pousse , chaque fois que nous assistons à un phénomène , à en rechercher la raison d'être. La loi de la causalité est une consécpience immédiate de la régularité que nous observons dans les phénomènes de la nature et qui nous oblige à regarder tout phénomène comme l'effet d'une cause. Attendu que cette régularité est un fait d'expérience, la loi de la causalité est considérée dans la science de la nature comme un axiome expérimental ; cet axiome , étant le plus général de tous , possède un degré de certitude- aussi grand que peut l'être la certitude empirique ellemême.

Il résulte de la loi de la causalité que chaque chose demeure en l'état où elle se trouve , aussi longtemps qu'aucune cause nouvelle ne vient s'ajouter aux causes déjà existantes. On peut présenter cette proposition sous une autre forme quand il s'agit de l'approprier aux phénomènes physiques ; nous avons vu, en effet, que tous les changements observés dans la nature se ramènent, en définitive , à des mouvements , et que les causes de mouvement s'appellent des forces. Donc , une fois qu'un corps se trouve dans un état déterminé , il y persiste aussi longtemps qu'aucune force nouvelle ne vient à agir sur lui ; s'il est au repos, il reste en repos ; s'il est en mouvement, il continue à se mouvoir. Tel est le principe connu sous le nom de loi ou force d'inertie.

Aucune autre loi physique ne découle immédiatement et forcément de celle de la causalité ; mais il existe un certain nombre de principes généraux qui , après la loi de la causalité, sont les plus simples qu'on puisse imaginer pour se rendre compte des phénomènes de la nature et. qui, en outre, se trouvent mutuellement dans un état de connexion si intime que chacun d'eux présuppose l'existence de tous les autres ; ils ont une certitude égale à celle que peut généralement donner l'expérience, car ils sont d'accord avec tous les faits observés et ne sont en contradiction avec aucun d'eux.

Nous pouvons distinguer les principes fondamentaux suivants : 1° la loi de la conservation de la matière ; 2" la loi de l'égalité de l'action et de la réaction ; 3° la loi de l'action rectiligne des forces ; 4° la loi de la composition des forces ; 5° la loi de la conservation de la force.

7. Loi de la conservation de la matière. — La matière ne peut être ni créée ni détruite : tel est l'énoncé de la loi de la conservation de la matière. On ob serve dans certaines circonstances, telles que la combustion, le passage des corps à l'état gazeux , des faits qui semblent en opposition avec la loi dont il s'agit ; mais la physique et la chimie se sont chargées de lever ces contradictions apparentes et de les convertir en preuves conûrmatives du principe qui sert de base fondamentale à toutes les sciences de la nature.

La loi de la causalité donne déjà une grande probabilité à celle de la conservation de la matière ; car la production ou la destruction de la matière ne pourrait être rapportée à aucune cause physique , et , pour expliquer un événement de ce genre , il faudrait recourir à l'intervention d'une cause occulte et surnaturelle.

De ce qu'on ne peut ni créer ni détruire la matière , il s'ensuit de toute évidence que les changements qu'on observe dans la nature consistent en mouvements : si , en effet , la quantité de matière existante ne peut être ni augmentéé ni diminuée, il faut nécessairement que les changements dont elle est le siège soient le résultat du déplacement de ses différentes parties constituantes.

8. Loi de l'égalité de l'action et de la réaction. — La loi de V égalité de V action et de la réaction s'énonce ainsi : lorsque deux corps agissent l'un sur l'autre pour s'attirer ou se repousser, l'action du premier corps sur le second est égale à celle du second sur le premier ; [en d'autres termes , la réaction est égale et opposée à l'action']. Exemples : un aimant et un morceau de fer s'attirent mutuellement avec la même force ; lorsque nous exerçons sur un corps une certaine pression, nous éprouvons de la part de ce corps une contrepression de même intensité; un objet placé sur la terre attire celle-ci, en vertu de la gravitation , avec une force précisément égale à celle qui le sollicite à tomber; seulement, l'attraction exercée par le corps à l'égard de la terre ne produit pas d'effet sensible, parce qu'elle se répartit sur toute l'énorme masse de notre planète.

L'égalité de l'action et de la réaction n'est pas seulement un principe confirmé par l'expérience de tous les instants ; c'est en même temps l'hypothèse la plus simple que nous puissions imaginer relativement à l'action des corps les uns sur les autres. Si, d'autre part, on admet que cette action réciproque qui s'exerce entre deux corps résulte de la somme des actions élémentaires de chacune de leurs parties constituantés , on déduit immédiatement du principe en question la conséquence suivante : la force avec laquelle deux corps agissent mutuellement l'un sur Vautre doit être proportionnelle au produit de leurs masses; cette dernière proposition , se trouvant, réellement vérifiée par les faits , peut être considérée , à son tour, comme une preuve que l'action exercée par l'ensemble d'un corps se compose des actions individuelles de ses particules élémentaires.

9. Loi de l'action rectiligne des forces. — On peut énoncer la loi de l'action

rectiligne des forces de la manière suivante : lorsque deux points matériels soumis à dos forces agissent l'un sur l'autre, leur action s'exerce toujours suivant la droite qui réunit les deux points considérés, en sorte que , si aucune force nouvelle n'intervient pour empêcher ou pour modifier le mouvement de ces points, ceux-ci se meuvent dans la direction que nous venons d'indiquer.

De ce principe résulte : 4° que, toutes les fois que nous voyons des corps parcourir des trajectoires qui ne sont pas rectilignes, nous devons les supposer soumis à l'action simultanée de plusieurs forces ; 2° que tout mouvement , quelque compliqué qu'il soit, peut être considéré comme composé d'une infinité de mouvements rectilignes.

En vertu du principe relatif à la direction des forces, celles-ci, en agissant sur les particules matérielles , ne peuvent que les rapprocher ou les éloigner les unes des autres; de là résulte que les seules forces possibles dans la nature sont ou attractives ou répulsives.

A ce même principe de l'action rectiligne des forces se rattache intimement la loi suivante : l'intensité avec laquelle deux centres de forces agissent l'un sur l'autre dépend de leur distance mutuelle. On donne le nom de forces centrales à toutes les forces qui présentent les deux caractères que nous venons d'indiquer relativement à leur direction et à leur intensité; par conséquent, on peut poser en principe que toutes les forces physiques sont centrales. •

Le physicien a ensuite à déterminer, pour chaque cas particulier, la loi suivant laquelle l'intensité de la force varie avec la distance. Dans un grand nombre de phénomènes physiques, et notamment pour toutes les actions à grande distance, telles que la gravitation, l'attraction et la répulsion électriques ou magnétiques, la loi est connue: de semblables forces agissent toujours avec une intensité qui varie en raison inverse du carré de la distance. Par contre, on ignore encore la relation qui existe entre l'intensité de la force et la distance, lorsqu'il s'agit d'actions qui s'exercent entre des particules matérielles très-rapprochées les unes des autres : on admet souvent que la force d'attraction, dans le cas de distances très-petites, reste inversement proportionnelle au carré de la distance; mais on n'en sait rien; on n'a pas non plus découvert la loi qui régit, dans ces conditions, les intensités de la force de répulsion en fonction de la distance; il est probable, toutefois, que l'intensité de cette dernière force décroît plus rapidement que le carré de la distance n'augmente (cf. § 14).

Nous avons vu, dans le paragraphe précédent, que la force avec laquelle deux corps s'attirent ou se repoussent mutuellement est en raison directe du produit do leurs masses; en y ajoutant cette autre loi que Vintensitè de la force varie en raison inverse du carré de la distance, on obtient, comme expression générale de l'action d'uno force

centrale , la formule : /= tp —~ , dans laquelle m et m> représentent les masses des

deux corps qui agissent l'un sur l'autre, d leur distance et cp l'action de l'unité de masse sur l'unité de masse, à l'unité de distance.

10. Loi de la composition des forces. — La loi de la composition des forces se rattache directement à la précédente; elle peut s'énoncer ainsi: lorsque plusieurs forces agissent simultanément sur un même point matériel, elles font subir à celui-ci le même changement de position que si elles avaienl agi successivement; [en d'autres termes, chacune d'elles produit le même effet que si elle était seule.]

Au moyen de ce principe, il qst toujours possible de déterminer l'effet

produit par un nombre quelconque de forces agissant sur un point matériel pendant un temps donné ; il suffit de connaître l'effet que produirait chacune des forces , si elle agissait isolément ; on n'a alors qu'à faire suivre à ce point d'abord le chemin qu'il aurait parcouru sous l'influence de la première force, puis celui qu'il aurait suivi sous l'action de la deuxième force , et ainsi de suite; quand on a ainsi considéré successivement l'action de toutes les forces en jeu, le point se trouve finalement amené à la position que lui ferait prendre l'action simultanée des mômes forces. L'ordre à suivre dans cette décomposition des forces est tout à fait indifférent ; le résultat final est toujours le même.

On peut considérer le principe dont il s'agit comme une vérité découlant directement de la loi de la causalité, car, en vertu de cette dernière, une somme donnée de causes, toutes choses égales d'ailleurs, doit toujours produire le même effet, que ces causes agissent simultanément ou qu'elles se succèdent dans un ordre quelconque.

La loi de la composition des forces , [connue aussi sous le nom de principe de V indépendance mutuelle des effets de plusieurs forces agissant simultanément sur un même point matériel libre,'] forme le complément essentiel des lois de l'inertie, [de l'égalité de l'action et de la réaction] et de l'action rectiligne des forces; ce sont ces [quatre] axiomes [expérimentaux] qui servent de base aux lois fondamentales de la mécanique.

11. Loi de la conservation delà force. — On énonce la loi de la conservation de la force en disant que la somme de toutes les forces physiques reste toujours la même. Pour- comprendre le sens de cette loi, il importe défaire une distinction essentielle : bien que l'expression de force s'applique exclusivement à la cause d'un mouvement, une force ne peut manifester son effet sous forme de mouvement que si elle n'en est pas empêchée par la présence d'une autre force agissant en sens contraire ; un corps sollicité à la fois par deux forces égales et diamétralement opposées reste en repos tout aussi bien que s'il n'était soumis à l'action d'aucune force; mais les forces, ainsi neutralisées dans leurs effets, n'en sont pas moins aptes à agir, et on peut mettre en évidence l'activité de l'une en supprimant l'autre ; on voit alors le corps entrer en mouvement sous l'influence de la force qu'on a laissée agir.

Nous pouvons donc distinguer des forces qui engendrent des mouvements effectifs, et d'autres qui tendent seulement à produire du mouvement, mais qui , ne pouvant y parvenir, entravées qu'elles sont dans leurs effets par l'action de forces pressant [ou -tirant] en sens contraire, sont réduites à se manifester sous forme de pression [ou de traction.] On donne le nom de forces vives aux forces de la première espèce , celles qui produisent en réalité des mouvements, et on appelle forces de tension ou forces tensives celles qui tendent seulement à produire le mouvement. [Ces dénominations adoptées par M. Helmholtz1 ne sont pas employées par tous les auteurs: M. Rankine remplace le terme de force vive par celui d'énergie actuelle, et l'expression de force

1 HELMHOLTZ, Die Erhaltung der Kraft und Wechsclwirkung der Naturkrlifte , Berlin 1847. — Mémoire sur la conservation de la force, ■précède' d'un exposé élémentaire de la transformation des forces naturelles, traduit de l'allemand par L. Pdrard, Paris 18G9.

de tension par celle d'énergie potentielle. Leibnilz, qui a créé l'expression de force vive, appelait force morte celle cpii ne produit pas de mouvement, et il désignait par force vive le produit mu2, dont la moitié représente le travail que la force accomplit pendant une seconde quand elle agit sur une masse entièrement libre; ces expressions ont été acceptées par les auteurs français qui ont écrit sur la mécanique1; on peut donc les conserver, en se rappelant toutefois que les forces mortes , c'est-à-dire les forces de pression ou de traction , ne sont mortes qu'en apparence, et que, si elles ne produisent pas de mouvement, c'est que leur action est paralysée par celle d'autres forces ; quant au terme de force vive, il est d'autant plus juste, appliqué aux forces qui produisent un mouvement réel, que l'effet ou le travail de ces forces peut se mesurer par le

produit^!-.]

Gela posé, ni les forces vives, d'une part, ni les forces de tension, de l'autre, ne constituent, prises séparément, une quantité constante ; c'est la somme des forces vives et des forces mortes qui est invariable. Tel est le véritable énoncé du principe de la conservation de la force. Ce principe signifie , nonseulement qu'il peut continuellement y avoir transformation des forces vives en forces mortes , et inversement , des forces mortes en forces vives , mais encore que, dans cette transformation , la quantité de force de tension développée doit être précisément égale à la force vive qui est consommée , ou, inversement, que la force vive qui prend naissance correspond à une quantité égale de force tensive disparue.

Le mouvement d'une horloge est un des exemples les plus simples où se retrouve l'application de la loi en question. Pour monter une horloge ordinaire à poids , on emploie une certaine quantité de force vive , qui est transmise au poids qu'on élève et emmagasinée à l'état de force de tension ; si on permettait à ce poids de retomber rapidement, il dépenserait en un instant toute la force vive qui lui a été communiquée ; mais , comme il est entravé dans sa chute par l'action des rouages de l'horloge, il descend lentement et ne restitue ainsi que petit à petit , dans l'espace de quelques heures , la force vive qu'il a absorbée pour s'élever. Au moment où l'horloge est montée et se trouve prête à marcher, la force vive est tout entière à l'état de force de tension , mais celle-ci fait sentir son action en pressant sur les rouages , et elle repasse lentement à l'état de force vive durant la marche de l'horloge ; à un instant quelconque du mouvement, la somme de la force vive déjà dépensée et de la force morte ou force de tension qui ne s'est pas encore transformée en force vive est une quantité constante et égale à toute la force qui a été employée pour remonter le poids ; lorsque l'horloge est arrivée à la lin de sa course , elle se trouve avoir dépensé en force vive toute la force qui lui avait été communiquée [et qu'elle avait mise en réserve à l'état d'énergie potentielle]. Mais la force ainsi consommée n'a pas été anéantie pour cela : elle a servi, en partie , à vaincre le frottement des différents rouages, en partie à triompher de la résistance opposée par l'air au mouvement du pendule ; or le frottement des roues entre elles, celui de l'air contre le pen-

[l Les auteurs français ont ou lo tort d'appliquer le nom ilo force vive au produit tmfl, qui u'u aucune signification théorique ni pratique, au lieu do le réserver nom- la moitié de ce produit.]

dule , développent de lu chaleur. On voit donc que la force vive dépensée par le poids durant sa chute s'est transformée en une autre force physique ; s'il était possible de mesurer cette dernière force, à savoir la chaleur dégagée pendant tout le temps que l'horloge a marché , on trouverait une quantité de chaleur précisément égale au calorique nécessaire pour développer une force capable d'élever une masse équipondérante à celle du poids qui l'ait mouvoir l'horloge , à une hauteur égale à la distance parcourue par ce poids moteur pendairt sa chute.

lla. Équivalence des forces. — Il suit de ce qui précède que le fait de la transformation réciproque des forces physiques les unes dans les, autres est le complément indispensable du principe de la conservation de la force. Cette transformation s'opère toujours en proportions équivalentes, dételle sorte que, si une force s'est convertie en une autre , et si cette dernière vient à reprendre la forme de la première, la quantité de force développée dans cette seconde transformation est précisément égale à la quantité de force qui existait dans le principe. Je suppose, par exemple, qu'une force, capable d'élever un poids de 1 kilogramme à la hauteur de 424 mètres , développe , en se transformant en chalelir, la quantité de calorique exactement nécessaire pour accroître de 1 degré la température de 1 kilogramme d'eau; réciproquement, la quantité de chaleur qui élèverait de 1 degré la température de 1 kilogramme d'eau doit pouvoir, en se transformant en force mécanique, faire monter un poids de 1 kilogramme à la hauteur de 424 mètres. C'est ainsi qu'il faut entendre ce qu'on appelle le principe de l'équivalence des forces.

llb. Importance du principe de la conservation de la force et de l'équivalence des forces. — Dans le cours de cet ouvrage, nous aurons souvent à faire appel au principe de la conservation de la force et à celui de l'équivalence des forces, car les sciences physiques presque tout entières offrent des applications de ces deux principes importants. Il nous suffira, pour le moment, d'en faire ressortir quelques-uns des principaux points. L'expérience a prouvé que la force mécanique , la chaleur, l'électricité , la lumière, les réactions chimiques , [toutes les forces , en un mot] , peuvent se convertir les unes dans les autres : ainsi , dans le frottement , le travail mécanique se change en chaleur ; la machine à vapeur opère la transformation inverse , celle de la chaleur en travail mécanique ; l'électricité peut être produite par des réactions chimiques , par des actions magnétiques, par le frottement l'un contre l'autre de deux corps différents; elle peut à son tour donner naissance à des effets mécaniques, calorifiques, [acoustiques], lumineux, magnétiques, cliimiques.

L'étude de cette transformation réciproque des forces sera terminée le jour où l'on aura déterminé l'équivalent de chaque force par rapport à l'une d'elles prise comme unité, par exemple par rapport au travail mécanique; mais, jusqu'àf présent , on ne connaît avec un peu d'exactitude que l'équivalent mécanique de la chaleur. D'après les recherches de M. Jouir , on peut , avec la quantité de chaleur nécessaire pour échauffer 1 kilogr. d'eau de 1 degré centigrade, développer une force capable .d'élever un poids de 424 kilogr. à la hauteur de 1 mètre, fait qu'on exprime d'une manière abrégée en disant quel calorie équivaut à un travail mécanique de 424 kilogrammèlres ; réciproquement , un

travail mécanique de 424 kilogrammètres fournit , par sa transformajâon en chaleur, une quantité de calorique suffisante pour élever de 4 degré la température de 1 kilogr. d'eau. S'il était possible de faire repasser à l'état de chaleur tout le travail mécanique développé dans le mouvement d'une machine à vapeur , et de faire servir de nouveau la chaleur ainsi obtenue à réchauffement de l'eau contenue dans la chaudière, on aurait une machine à mouvement perpétuel, c'est-à-dire une machine qui d'elle-même entretiendrait indéfiniment son mouvement, sans qu'il soit besoin de l'alimenter de combustible; mais le rendement d'une pareille machine serait nul, c'est-à-dire qu'on n'en pourrait obtenir aucun travail extérieur. D'ailleurs, comme il n'arrive jamais que la chaleur fournie par une quantité donnée de travail mécanique se laisse transformer totalement en travail, il en résulte que, même sous cette forme, le mouvement perpétuel d'une machine est impossible.

Toute force naturelle existe, tantôt à l'état de force vive , tantôt à celui de force morte. Une force mécanique, par exemple, peut, suivant les cas, produire un mouvement réel, ou passer à l'état latent, c'est-à-dire s'efforcer seulement d'engendrer le mouvement. De même , il est possible à la chaleur de devenir latente; c'est ce qui arrive lorsqu'elle agit sur des corps solides ou liquides, et qu'elle augmente les distances respectives de leurs particules élémentaires : elle communique alors à ces particules une force de tension qui est rendue sensible par la diminution de force vive de la chaleur, mais qui réapparaît sous forme de chaleur aussitôt que les particules matérielles reviennent à leur position primitive. L'électricité à l'état statique est une force de tension; lorsqu'elle est en mouvement, elle devient force vive. Les forces chimiques, enfin , consistent en attractions qui s'exercent entre des atomes de nature différente ; quand ces forces n'existent que comme une simple tendance des atomes à entrer en combinaison, elles représentent des forces mortes ou potentielles; elles passent à l'état de forces vives lorsqu'elles parviennent à effectuer la combinaison. Les atomes, à l'état de liberté ou de combinaison peu stable, possèdent une force potentielle plus ou moins grande, c'est-à-dire qu'ils ont de la tendance à'entrer dans des combinaisons stables. L'oxygène libre, par exemple, possède une force potentielle, ou, comme on dit, une force d'affinité , qui l'attire vers tous les corps oxydables : lorsqu'il se combine réellement avec ces derniers, sa force morte passe à l'état de force vive, et celle-ci, dans le cas, par exemple, de la combustion de l'hydrogène en présence de l'oxygène, apparaît sous forme de chaleur et de lumière. L'eau qui résulte de cette combustion, étant un composé très-stable, ne renferme plus de force potentielle appréciable; [les affinités réciproques de l'oxygène pour l'hydrogène sont, comme on dit, satisfaites]. Veut-on ensuite décomposer l'eau en ses éléments, il faut lui communiquer une force vive étrangère, telle que l'électricité ; les produits de la décomposition, l'oxygène et l'hydrogène, renferment alors, sous forme de force potentielle , la force vive qu'on leur a communiquée pour les séparer l'un de l'autre.

11°. Représentation mathématique de la loi do la conservation de la force. — On

peut donner au principe du la conservation do la force une forme mathématique extrêmement simple

Reprenons l'exemple précédemment choisi, à savoir le mouvement d'une horloge, et désignons par p le poids moteur, par 2J la hauteur à laquelle on l'a élevé pour monter l'horloge : le produit pli représente [le travail accompli pour élever le poids p à la hauteur H, c'est-à-diro] la force vive primitivement communiquée au système [car, dans le cas particulier, lo travail et la force vive ont la même expression (cf. § 25)].

Supposons maintenant l'horloge en mouvomont, et considérons l'état des choses k un instant donné quelconque : lo poids, en tombant, a parcouru une distance h; la force do tension encore existante est cp. En vertu de la loi indiquée, on a donc:

ph -4- cp = pH

[en remplaçant les produits ph et pH par leurs valeurs en fonction des forces vives

m»2 , mV2 . , mv2 , mV2-,

et ___ , d vient: — + cp = -j-]

c'est-à-dire que la force vive déjà dépensée, plus la force potentielle encore existante, égale la force vive primitivement communiquée au système. Or cette force vive primitivement

communiquée m 'Y est une quantité constante pour chaque machine en particulier; en

désignant par C cette quantité constante, on peut mettre l'équation précédente sous la forme :

mv2 , n

2 + cp G

équation qui n'est autre chose que le symbole mathématique du principe de la conservation do la force.

Si, au lieu d'une simple horloge, nous considérons l'ensemble de toutes les forces qui agissent dans l'univers, nous pourrons encore y appliquer le principe en question. [Étant donné, en effet, un système de masses m, m\ m", m'"..., animées de vitesses v, v\ v", v"\.., et possédant à ce moment-là des forces potentielles respectivement égales à

fi ?'» ?"'••■■> on a:

ou, en désignant d'une manière abrégée, la somme des forces vives par et la

somme des forces mortes par 2 (cp) :

12. Corrélation des lois physiques fondamentales. — Il est facile de voir que les lois physiques qui viennent d'être établies se trouvent réciproquement dans un état de connexion si intime qu'il est impossible d'en supprimer une seule sans porter du même coup atteinte à toutes les autres. La loi de la conservation de la matière et celle de la conservation de la force ne sont, en définitive, que les expressions d'un seul et même principe considéré sous ses deux faces : la matière ne se révèle à nous que par les forces qu'elle développe ; la matière privée de force [c'est-à-dire de mouvement] , aussi bien que la force existant en dehors de la matière , sont des abstractions qui ne répondent pas à la réalité. Or, du moment que la matière n'est que le substraliun des forces naturelles, l'indestructibilité de la matière et. celle de la force sont deux principes inséparables l'un de l'autre. La loi de la conservation de la force conduit nécessairement à celle de l'action rectiligne des forces; car, si on admet qu'il peut y avoir dans la nature d'autres forces que des forces centrales, le principe de la conservation de la force perd toute sa valeur. Il y a de même, en ce qui concerne les lois de la composition des forces, celle de l'égalité de l'action et de la réaction, celle de l'action rectiligne des forces, une étroite corrélation

qui unit ces trois lois entre elles ou qui les rattache au principe de la conservation de la force.

13 Application des lois physiques les plus générales aux phénomènes. — Des

principes fondamentaux que nous avons fait connaître clans les pages précédentes, on déduit immédiatement les lois qui régissent le mouvement produil sous l'influence de forces physiques quelconques; la mécanique est la science qui s'occupe de tirer ces déductions et de les développer. La physique tout entière n'est donc que de la mécanique appliquée , puisque tous les faits naturels peuvent se ramener à des mouvements. Mais il s'en faut de beaucoup que la science actuelle soit déjà arrivée à ce degré de perfection, et, si nous ne sommes pas plus près du but, cela tient principalement à ce que la connaissance que nous avons, au point de vue physique, de la matière et des forces moléculaires, est encore hypothétique. Si, en effet, les lois de la mécanique sont tout à fait générales, c'est-à-dire applicables à tous les cas, quelle que soit la nature des forces agissantes et quelles que soient les propriétées et la position dans' l'espace des points ou des masses qui sont sollicités par ces forces, d faut cependant, pour pouvoir appliquer les lois en question aux phénomènes de la nature, que nous partions de notions déterminées sur la constitution de la matière qui sert de support à toutes les forces naturelles. Or, ces notions ne s'appuient jusqu'ici que sur des probabilités, suffisantes si l'on veut, pour les faire accepter; mais enfin, aussi longtemps qu'elles n'auront pas trouvé, dans l'étude des phénomènes naturels, des preuves irrécusables 1 de leur réalité, elles ne pourront avoir que la valeur d'hypothèses l.

Nous allons, dans le chapitre suivant, faire connaître les idées généralement admises sur la constitution physique de la matière ; nous donnerons ensuite, dans deux autres chapitres, un exposé succinct des lois générales du mouvement.

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