CHAPITRE H
DE LA CONSTITUTION DE LA MATIÈRE ET DE SES DIVERS [ÉTATS D' AGRÉGATION.
14. Propriétés générales de la matière. — La matière est étendue, c'est-àdire qu'elle occupe une certaine portion de l'espace. Nous ne la connaissons que par les forces qu'elle manifeste; ce sont ces forces qui, en agissant sur nos organes des sens, nous procurent la perception de la matière. L'élude des propriétés physiques de la matière consiste à rechercher, aussi complètement que possible, le mode d'action des forces en question.
La matière qui compose tous les corps possède deux propriétés générales : Vëtendue et [l'impénétrabilité, ou, si on veut,] la propriété eu vertu de laquelle elle oppose une certaine résistance à l'action des forces extérieures.
' Les questions qnl ont fait l'objet du présent cliapltro so trouvent examinées, au point do vuo do lour Importance philosophique, dans un opuscule do l'auteur Intitulé : Die physikalischen Axiome und ihre Bezichung zum Causalprincip [Les axiomes physiques ot leur rapport avec lu principe do lu causalité] , Erlaugcn 18Gfi.
WTJNDT, Physique médicale. I
[Nous rétablissons ici lo tormo d'impénétrabilité, que l'auteur a évité d'employer, peutêtre parée qu'il le considère comme impropre. Sans doute, on commettrait une grave erreur, si, on disant que la matière est impénétrable, on entendait exprimer par là que doux corps no peuvent pas occuper simultanément une même portion de l'espace; nous pourrions citer de nombreux exemples de pénétration réciproque des corps, dans lesquels on voit plusieurs corps se fusionner intimement en un seul, occupant un espace plus petit que la somme des volumes primitifs des corps composants; ce sont même les faits de ce genre qui ont contribué à faire admettre, comme nous le verrons tout à l'heure, que la matière est formée par l'agrégation de particules élémentaires nommées atomes, séparées par des intervalles vides. Mais, ce qui n'est pas vrai pour la matière en tant que réunion d'atomes, l'est évidemment pour les atomes mêmes; chacun d'eux, pris isolément, est impénétrable, et les auteurs modernes qui parlent de l'impénétrabilité de la matière entendent en faire une propriété générale, non des corps, mais seulement des" atomes qui les constituent. On peut, au besoin, étendre la signification du mot impénétrabilité en le définissant la propriété en vertu de laquelle la matière oppose, en général, une certaine résistance à la pénétration dans son intérieur d'une nouvelle quantité de matière, sans augmentation du volume primitif.
L'impénétrabilité ainsi définie est une propriété qui convient aussi bien aux corps eux-mêmes, c'est-à-dire aux agglomérations d'atomes, qu'aux atomes isolés; elle suppose, d'ailleurs, l'impénétrabilité réelle des atomes, et correspond, en outre, à la propriété indiquée par l'auteur au lieu et place de l'impénétrabilité, qu'il passe sous silence. Quoi qu'il en soit, le terme &! impénétrabilité étant consacré par l'usage pour désigner une propriété générale de la matière parfaitement définie et connue, nous le conserverons, puisque nous ne voyons aucune raison qui puisse en justifier le rejet.
L'étendue et l'impénétrabilité sont deux propriétés non-seulement générales, mais encore essentielles, c'est-à-dire sans lesquelles il est impossible de concevoir la matière. On peut donc définir la matière tout ce qui est étendu et impénétrable, et c'est même là la seule bonne définition qu'on en puisse donner, car au fond nous ne savons pas ce que c'est que la matière, quelle est sa nature intime; nous en sommes réduits à la définir par ses propriétés essentielles qui nous sont révélées par les sens. L'étendue seule ne suffit pas pour constituer les corps: l'image d'un objet, son ombre, par exemple, possèdent l'étendue; mais elles ne sont pas impénétrables, et, partant, pas matérielles.]
14°. Théorie atomistique ou atomique. — Pour qui désire se faire une idée générale de la matière, il importe d'étudier avant tout les forces qui sont en connexion avec les deux propriétés fondamentales de tous les corps , l'étendue et l'impénétrabilité. Toutefois les notions ainsi acquises conserveront toujours un caractère hypothétique , parce que les forces intérieures de la matière échappent à notre investigation directe , et que nous sommes obligés de conclure du mode d'action des forces extérieures à ce qui se passe à l'intérieur même des corps. Ces réserves faites, et considérant que les corps , en agissant les uns sur les autres, manifestent des forces attractives et répulsives, on peut en induire, par analogie, comme extrêmement probable que les particules élémentaires de la matière sont aussi douées de forces attractives ou répulsives. Nous admettrons, par exemple, que la cohésion des corps est le résultat de l'attraction réciproque de leurs particules : si cette force attractive cessail de se faire sentir , le corps se réduirait sur-le-champ en une poussière impalpable.
Nous rapporterons, au contraire, à l'action simultanée de forces attractives et répulsives la propriété que présentent les corps de résister aux forces exté-
rieures qui tendent à les déformer; cette propriété est celle qu'on appelle ['élasticité. Quand nous voyons un corps ne céder qu'avec effort à l'action d'une force extérieure qui tend à le dilater, puis reprendre son volume primitif aussitôt que cette force cesse d'agir, nous attribuons ce phénomène à la