‹ Traité élémentaire de physiqueChapitre 2 sur 38 · De r£lectricité galvanique · texte numérisé non relu

De r£lectricité galvanique

765. Li'iLECTRiciTÉ, enrichie par les travaux de tant de pliysîcîens distingués , semblait être arrivée au terme oii une science n'a plu& de pas importans à faire, et ne laisse à ceux qui la cultiveront dans la suite , que l'espoir de confirmer les découvertes de leurs prédécesseurs, et de r.'pandre un plus grand jour sur les vérités dévoilées. On eût cru que toutes les recherches pour diversifier les résultats de l'expérience étaient épuisées , et que la théorie eDe-même ne pouvait plus s'accroître , qu'fen ajoutant un nouveau degré de précision aux applications des principes déjà conmas. Tandis que la science paraissait tendre ainsi vers le repos , les phénomènes desmouvemens convulsifs, observés par Galvanî daîis les muscles d'une grenouille mis en communication avec des métaux, vinrent s'offrir à l'atteation et à rçtonnement des physiciens, avec des caractères faits pour en imposer ^br le mcca-

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nisme qui les produisait. Mais au moins Télectricité fut nommée dans les premières explications- qu'on essaya d'en donner. Tous les esprits se tournèrent dès-lors vers cette nouvelle branche de Physique. On varia , ou plutôt on accumula les expériences ; et les phénomènes, qui d'abord avaient été bornés à jouer un rôle dans l'économie animale , passèrent depuis dans le domaine de la Chimie, où leur manière d'opérer la décomposition de l'eau devint , pour plusieurs savans , un sujet de douter que le fluide électrique fût ici le véritable agent.

y 66, Pendant que les incertitudes se multipliaient avec les discussions , Volta , placé au sein de cette même Italie , qui avait été le berceau des nouvelles connaissances , découvrit le principe 'de leur véritable théorie dans un fait qui ramène l'explication de tous les phénomènes au simple contact de deux substances de différentes natures. Ce fait est devenu entre ses mains comme la germe de l'admirable appareil auquel sa manière d'être et sa fé- ^ndité, assignent un des premiers rangs parmi ceux dont le génie de l'homme a enrichi la Physique.

Nous allons exposer d'abord les phénomènes qui ont donné naissance à l'électricité appelée galpanique ; nous ferons connaître ensuite la théorie à l'aide de laquelle Volta est parvenu à les expliquer *, de là nous passerons à d'autres phénomènes qui , comme les premiers, tiennent à l'économie animale, mais qui sont produits parles mouvemens spontanés de certains poissons, dont le plus connu est la torpUle; enfin nous considérerons l'éleclectricité galvanique sous les rapports qui la li^t avec la Chimie par la décomposition de l'eau.

Origine de VElectricité galvanique.

. 767. Les premières traces de l'espèce d'électricité dont il s'agit îci,^ trouvent dans le récit que Sulzer a publié en 1767, de l'expérience suivante, aujourd'hui très connue. On prend deux pièces de deux métaux différens, tels que le plomb et l'argent -, on en place une sur la langue et l'autre en-dessous, de. manière qu^elles dépassentlc ]|y)ut de cet organe , puis on les incline l'une vers l'au-;

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Ire par leurs extrémités saillantes, jusqu'à ce qu^cUes se touclient, iau moment du contact , on éprouve une saycur que Sulzer compare à celle qu'excite le sulfate de fer. Il en conclut que la jonction des deux métaux opère dans l'un ou dans l'autre , ou dans tous les deux , une vibration de leurs particules , qui doit nécessairement agir sur les nerfs de la langue , et y produire la sensation dont nous avons parlé. Il arrive assez souvent à ceux qui font cette expérience , d'être 6n mène temps affectés par une espèce de lueur qui semble leur passer devant les yeux.

768. Le pbénomène que nous venons de citer, quoique du même genre que ceux qui appartiennent à la nouvelle branche d'électricité, n'eut d'abord aucune suite. Ce ne fut qu'en 1789 qu'un autre fait, amené ]^r le hasard , donna l'impulsion aux esprits pour se porter vers une carrière où tant de résultats intéressans les attendaient. Un étudiant en Médecine^ de Bologne > était occupé à disséquer une souris vivante, qu'il tenait d'une main dans une position jBxe , lorsque ayant touché un des ner& avec son scalpel , il ressentit aussitôt une commotion semblable à celle que produit l'électricité (i). Ce fait, dont le bruit se répandit en Italie , donna lieu à diverses conjectures sur la nature de l'agent dont il dépendait, et que plusieurs physiciens regardé* rent comme étant le fluide nerveux , qu'ils identifiaient avec le fluide électrique.

769. Peu de temps après , un nouveau phénomène se présenta , et d'une manière encore inattendue, chez Galvani, professeur d'Anatomie dans la même ville. On avait placé sur une table où se trouvait une machine électrique, des grenouilles écorchées que l'on destinait à faire des bouillons. Un élève s'avisa d'approcher la pointe d'un scalpel des nerfs cruraux d'un de ces animaux; k l'instant tous les muscles de la grenouille éprouvèrent de fortes convulsions. Un autre élève crut avoir remarqué que cet efflit avait eu lieu au moment où l'on tirait une étincelle du conducteur de la machine. Galvani , qui alors était occupé d'un objet > Il I I . I ■ ■ ■ I . I I .. - ■

(i) Essai sur THistoire générale des Sciences , pendant la révolutioa frao' çaise, par J.-B. Biot, p. 19.

différent, ayant été averti de ce qui Tenait de se passer, répéta Texpérience , tantôt en faisant de même concourir l'étincelle électrique avec l'application de la pointe du scalpel sur les nerfs de la grenouille, tantôt en employant séparément , soit l'action de la machine, soit celle du scalpel , et il vit que les contractions n'avaient pas lieu dans ce dernier cas , et que l'étincelle suffisait pour les faire naître (i). On conçoit aisément que les grenouilles se trouvant dans la spliëre d'activité de la machine , et n'étant pas isolées , devaient acquérir l'électricité résineuse , pendant que la machine était en jeu. Venait-on à tirer une étincelle du conducteur ? la rentrée subite du fluide vitré dans le corps de la grenouille , déterminait un effet semblable à celui qui est connu sous le nom de choc en retour (735).

Galvani varia l'expérience de plusieurs manières; il se servit de l'électropbore et de divers appareils; il essaya même l'action produite par l'électricité de la foudre, et dans tous les cas où les moyens qu'il employait se trouvèrent propres à mettre en activité une certaine quantité de fluide électrique, il d)tint des effets analogues.

770. Jusqu'ici ce physicien s'était agité vainement , pour chercher quelque chose de nouveau dans des phénomènes, où des connaissances plus approfondies ne lui auraient laissé apercevoir que des résultats de l'électricité ordinaire. Toutes ses tentatives n'avaient abouti qu^à manifester l'extrême susceptibilité des animaux à sang froid relativement à l'action électrique, et s'il y avait ici un fait remarquable, il n'intéressait que la Physiologie. Un jour qu'il tenait une grenouille suspendue par la modle épinière à un crochet de cuivre , il lui vint en idée de presser ce crochet contre les barreaux de fer d'un balcon , et en répétant cette opération , il vit plus d'une fois les muscles de la grenouille entrer en contAction; et peu s'en fallut qu'il ne s'éblouît sur cette heureuse indication , en rejetant la cause duifjphcnomène sur l'électricité de l'atmosphère (2). Mais ayant transporté la grenouille dans un

(0 Aloysii Galyatd , de f^iribus Electricité , in motu musculari Cornmentar., p. 3.

'(2, Ihid, p 17^

«ppartement dont les fenêtres étaient fermées , il la plaça sur unt plaque de fer , et tandis qu'il pressait contre cette plaque le crochet auquel était attachée la grenouille, il vit les contractions se renouveler. Une suite d'expériences du même genre le conduisit à écarter tout ce qui était étranger au phénomène, et à circonscrire l'appareil dans ses véritables limites , en réduisant tout à une communication établie entre les muscles et les ner£i d'une grenouille, par le moyen d'un arc métallique.

771. Galyani avait remarqué que quand cet arc n'était formé que d'un métal, les contractions étaient ou nulles ou trës lé^jèrcs et que pour les rendre fortes et durables, il fallait employer un arc composé de deux métaux dilFérens (1). Une autre observation , non moins importante , qui est due au même physicien , consiste en ce que pour exciter des contractions dans la grenouille , il n'est pas indispensable de faire intervenir l'action d'un corps étranger. Lorsque les grenouilles sont fratches , et que leur irritabilité jouit de toute son énergie , il suffit de mettre les muscles cruraux en contact avec les nerfs lond^aires, pour obtenir des effets sensibles (a) Aldini, neveu de Galvani, et l'un de ses collaborateurs^ a vérifié ce fait, depuis peu, dans des expériences entreprises sur de grands animaux , et sur des hommes dont la mort était récente.

772. Reprenons maintenant , avec plus de détail, les résultats obtenus par Galvani, en y joignant ceux des autres physiciens qui se sont occupés des mêmes expériences Le but général de ces expériences est d'établir, au moyen d'un conducteur composé ordinairement de plusieurs métaux difFérens , une communication entre deux points de l'animal , pris dans une suite d'organes nerveux ou musculaires. On a nommé arc animal la partie de ces organes située entreles points de contact , et arc excitateurles substances métalliques à l'aide desquelles ces mêmes points sont misen communication.

yjS, Les organes que l'on a choisis de préférence pour les soumettre à l'expérience, sont les nerfs cruraux et les muscles de la

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(i) Aloysii Galvani , etc. , Commentât, , p. ao. ^3) Histoire du GalTanisme , par Sue, L I, p. i3d.

6 TRAITÉ ELEMENTAIRS

mcme partie, dans lesquels les premiers se distribuent Lorsqn'oni a mis , par exemple, un nerf crural à nu , si l'on place une feuille de plomb au-dessous de ce nerf, puis une feuille d'argent sous bi cuisse située du même côté , et qu'ensuite on établisse la commu-* nîcation entre le plomb et l'argent, au moyen d'un excitateur de cuivre , les muscles cruraux éprouyeront , au moment du contact^ tme forte contraction , qui se manifestera par un mouyement convulsif de la cuisse et de la jambe.

774. Si l'on place un des supports à l'extrémité du nerf, et l'autre sur le milieu du même nerf, le double contact de Tare excitateur produira également des conyulsions dans la cuisse et la jambe yoisine.

775. Si on laisse la grenouille reyétue de sa peau, et qu*après l'avoir fixée on place une feuille de plomb sur le ventre et une d'argent sur le bassin , les mouvemens convulsifs auront encore lieu , par le double contact de l'arc excitateur , mais fls seront beaucoup plus faibles.

'j'jG. On peut supprimer un des supports, par exemple, celui du nerf, et se contenter de mettra en contact ce nerf nu avec une des extrémités de l'arc excitateur , tandis que l'autre extrémité va toucher la feuille d'argent placée en dessous du muscle. Les convulsions ont lieu pour celui-ci, conune dans le cas de deux supports.

777. Enfin, on réussira encore à produire les convulsions, en plaçant le nerf et le muscle sur des pièces faites d'un même métal , et en rapprochant ensuite ces pièces l'une de l'autre jusqu'au contact. Mais alors les commotions sont moins sensibles; on ne les obtient pas indifféremment par tous les temps , et elles deviens nent nulles y. si les grenouilles sont faibles ou fatiguées.

Lies détails relatifs à une belle suite d'expériences de ce genre ,. exécutées avec autant de sagacité que de soin , se trouvent consi^ gncs dans un rapport fait par le célèbre Halle, à la classe des Sciences mathématiques et physiques de l'Institut national , au nom de la cen)fpaission nommée pour examiner et vérifier les phé" nomènes du galvanisme.

On ne connaissait pas encore à cette époque la théorie de

Volta sur le même sujet , et il ne sera pas indifférent de reprendre ici plusieurs circonstances particulières qui s'étaient offertes à HalIé et à d'autres physiciens , dans le cours des expériences entreprises sur les grenouilles , et qui ont dû faire naître une surprise que les résultats du célèbre physicien de Payie ont dissipée.

778. Nous ayons déjà dit que pour mieux assurer le succès de ces expériences^ il était nécessaire de composer l'arc métallique de plusieurs métaux différens. Ainsi , dans la première expérience que nous avons citée ^ l'arc métallique était formé d'une lame de plomb , d'une pièce d'argent , et d'un conducteur de cuivre. On pouvait encore réussir, en composant l'arc métallique seulement de deux pièces , pourvu qu'elles différassent au moins en quelque chose par leur nature ; et ici de simples nuances qu'on aurait été tenté de regarder conmie d'une légère conséquence, semblaient faire la loi aux réstdtats.

Vailli, que l'on pourrait regarder comme le successeur de Galvani , relativement aux recherches sur la nouvelle branche d'électricité, avait (^)servé que quand les deux pièces dont on armait les organes de la grenouille étaient faites avec du plomb de vitrier, un arc excitateur du même plomb ne produisait aucun effet ; mais si l'on substituait du plomb d'essai , qui est toujours beaucoup plus pur, à une des armures seulement, et que Ton continuât d'employer un excitateur fait avec du plomb de vitrier, ainsi que l'autre armure , les convulsions reparaissaient. Halle y. pour déterminer une différence entre deux métaux, qui étaient d'ailleurs identiques , se contentait d'en frotter un avec quelqu'autre métal. Ainsi, il plaçait sous le nerf une plaque d'argent qui était intacte , et sous le muscle une autre plaque du même métal , frottée auparavant avec du cuivre , de manière que la partie qui avait subi le frottement fut en contact avec l'organe , et il sufi&sait de réunir tes deux plaques pour obtenir un effet sensible. Dans une autre expérience , il combina une plaque d'argent pur, avec une seconde , où le même métal était alKé seulement de tV ^^^ métal différent -, et les convUsions se manifestèrent. Les faits suivans méritent encore de fixer l'attention : une des armures étant d'argent, et l'autre de plomb, l'expérience a

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