De la Nature et de la Propagation de la
Lumière^
997* Lorsqu'un corps lumineux répand sur tous les autres corps renfermés dans sa spbëre un éclat qui affecte nos yeux , et rend ces corps yisibles pour nous , cet effet suppose nécessairement l'existence d'ttn<» fluide dont l'action s'exerce et sur les objets éclairés y et sur l'organe qui les aperçoit. Ce fluide est-il une matière subtile qui remplit toute la spbëre de l'univers , et à laquelle le corps lumineux imprime une agitation qui se transmet ensuite de procbe en proche, comme les vibrations du corps sonore se propagent par l'intermède de l'air ? Telle était l'hypothèse de Descartes , admise par plusieurs physiciens modernes qui j pour l'adapter au phénomène de la réflexion et à celui de la propagation de la lumière ^ y ont fait quelques changemens , en supposant que les particules de ce fluide , au lieu d'être inflexibles et tout^L-^fait contiguës , comme le voulait Descartes , étaient élastiques et laissaient entre elles de petits intei*valles. La lumière provient-elle j au contraire, d'une émission ou d'un écoulement des particules propres du corps lumineux qu'il lance sans cesse de tous côtés , par un effet de l'agitation continuelle que lui-même éprouve? Dans cette hypothèse, qui est celle de Newton, il en serait de la lumière, du moins quant à la manière dont elle est produite, comme des corpuscules émanés des corps odorans*
Un rayon de lumière , selon Descartes , est une file de molécules dont les mouvemens consistent dans de très petites oscillations qui se répètent continuellement : suivant Newton , c'es'. une file de molécules qui onttoutes un mouvement de transport , et se succèdent sans interruption- Dans les deux hypothèses , on considère chaque point d'uf corps lumineux comme le sommet commun d'une infinité de cônes d'une très petite épaisseur , composés de rayons qui s'étendent indéfiniment tant que rien ne les arrête. On donne queli|uefoiâ àoes cônes eux-^mèmeBlli nom ààrayonsy et alors l'axedu
•■* TRAITE £I.E3IE?(TAiBB
cMeest la ligne k laqudle on rapporte la directîoodn iMtouyfe^ mmeat de la Ituniëre.
Le systëme de Descartes a été adopté par Eoler, arec la diffisrence]qiie nous ayons énoncée pltis haut, et cTaprès laquelle la matière d'où dépend la jwopagatkm de la lumière , et à laqiKik jl donne le nom d'étfaer , est douée d'une âastîcîté incomparahle^ ment plus grande que celle de Pair (i).
Uopinîon d^Suygens , sur rémission de la kuniere , rentre dans celle dont nous Tenons de. parler ; mais le terme de comparaison auqud il rapporte cette ànission^ n'est pas le même y et il la considère comme l'effet d'un mouTement ondulatoire , imprimé par le corps lumineux à la mati^ éthérée y et semUabk à odni que produit dans l'eau une pierre que l'on j a jetée.
998. Dans cette même opinion , un point lumineux est le centre d'une sphère composée d'arcs concentriques qui subissent une dilatation > en même temps que leurs particules font de petites vibrations analogues à celles qui sont produites dans l'air pendant la transmission du son« Mais , de plus y chacune des particules qui composent l'onde devient à son tour le centre d'une onde particulière dont l'arc terminal est tangent à celui de Vondulatibn totale. II en résulte que les arcs des ondes voisines s'entrecoupent de toutes parts y en sorte que les particules de l'éther sont soumises à deux sortes d'actions^ dont l'une est dirigée suivant des lignes perpendiculaires à la surface de l'onde tqtale , et l'autre, qui a lieu sur des directions transversales, provient des pressions mutuelles que les ondes exercent les unes sur les autres dans le même sens. Mais , à cause de la symétrie qui règne dans les positions de ces ondes , soit entre elles , soit à l'égard de l'onde totale , les pressions dont il s'agit se font équilibre et s'entre-détruisent, en sorte que la seule action dont l'effet subsiste sans altération, e^t celle qui fait mouvoir les particules dans le ^ns de la normale. Huygeas conclut de là que les rayons) dç la lumière peuvent être considérés comme autant de lignes droites.
(i) Lettrcj^à une Piinccssc d'AUeflRigne , 1. 1 , p. 86.
999. Les deux hypothèses ont chacune en leur fayeur des autCMrités d'un grand poids. Cependant , si on les compare sous tous les rapports , on nepourm refuser la préférence à celle de Newton. Celle de Descartes a d'abord contre elle une objection très forte, à laquelle on a tenté en vain de répondre d'une manière satisfaisante ; car, dans cette hypothèse, la lumière ne se répandrait pas seulement en ligne directe , mais son mouvement se transmettrait dans tous les sens comme celui du son , et irait porter l'impression des corps lumineux dans les espaces situés au-delà des obstacles qui se présenteraient pour l'arrêter. Nous derrions donc ayoir un jour perpétuel ) et jamais > dans les éclipses totales de soleil, nous n'aurions cette disparition de la lumière qui change tout d'un coup Féclat d'un jour serein en une nuit profonde.
1000. Les difficultés qu'on oppose a l'hypothèse newtonienne n'ont pas, à beaucoup près , la même force. On a objecté que les rayons de la lumière qui nous sont envoyés par les astres sous une infinité de directions différentes , se feraient obstacle les uns aux autres ; et ne pourraient continuer leur mouvement rectiligne. Mais on peut supposer que les molécules delà lumière étant d'une ténuité extrême , comme tout nous porte à le croire , leurs distances respectives sont incomparablement plus grandes que leurs diamètres; et comme les molécules d'un rayon trou?ent vn passage d'autant plus libre entre celles des autres rayons, ou sont d'autant moins exposées à les rencontrer , que le rapport entre les distances et les diamètres est plus considérable , l'obstacle deviendra sensiblement nul , si l'on conçoit que le rapport
soit presqu'infini (1).
Par une suite nécessaire, la quantité de lumière fournie parles
-astres , même pendant une durée immense , sera si petite ^ que
leur volume n'en sera pas sensiblement diminué.
Les partisans de l'autre hypothèse n'ont point à résoudre ces
difficultés, parce qu'il en est des vibrations de la lumière, dans
cette hypothèse, comme de celles de l'air y et ainsi on peut leur
(i) SoDÎifi, Traite d'Optique , tradaocica française j 1767 , p. 721.
1 5o TRAITE iLEMENTAIRB
appliquer ce que nous avons dit (544) de la propagation des sons simultanés, qui se croisent sans se confondre : mais l'ayantagc qu'elle paraît avoir à cet égard est déjà f lus que balancé par- l'objection que nous avons citée*, et tous les ^ts que nous exposerons dans la suite tendront à établir de plus en plus la supériorité de l'hypothèse newtonienne. En général^ on ne pourrait reprocher à celle-ci que de mener à des conséquences qui étonnent l'imagipation , et elle a çda de cçmmiun avec plusieurs vérités incon-* testables.
Au reste, quand même on ne la regarderait pas comme suffisamment démontrée , elle mériterait d'être adoptée, par cela seul qu'elle conduit à une explication aussi heureuse que satisfaisante des phénomènes , entre autres , de ceux de la réfraction et de l'aberration , tandis qu'il est très difficile de les concevoir dans l'by^ 'pothèse de Descartes.
^JSfaiblissement de la Lumière, à mesure qu'elle s'éloigne des Corps lumineux.
looi. Considérons maintenant un des cônes de lumière qui ont leurs sommets aux différens points d'un corps lumineux , et concevons un plan qui coupe ce cône dans un sens que nous supposerons , pour plus grande simplicité, être perpendiculaire à l'axe du cône. Si nous faisons mouvoir ce plan parallèlement à lui-même, en allant du sommet vers la base , il interceptera des cercles dont les surfaces iront en croissant comme le carré de la distance au sommet , laquelle est mesurée par la partie de l'axe qu'il intercepte en même temps ; et puisqu'il reçoit toujours un même nombre de rayons , il en résulte que l'intensité de la lumière dans un espace donné, pris sur ce plan , est en raison inverse du carré de la distance. Donc, si l'on suppose que le plan dont il s'agit soit le cercle de la pnmelle de l'oéil , on en conclura que la lumière reçue par cet œil doit s'affaiblir dans le même rapport à mesure qu'il s'éloigne du corps lumineux.
Concevons que l'œil, placé d'abord à une certaine distance d'an llaïubeii^u , s'en écarte ensuite à «ne distance trois fois plus grande j
DE PHYSIQUE. l5l
les rayons qui passaient par la prunelle, dans le premier cas, se répandront sur un espace neuf fois plus grand , d'où il suit que la prunelle en reœyra peuf fois moins ; et, par conséquent, si l'on Toulait que l'impression faite sur l'œil fût toujours la même , il faudrait remplacer le premier flambeau par un autre , dont la limiiëre fût neuf fois plus forte, c'est-à-dire, neuf ibis plus abon* dante sur un même espace.
De rOmhre.
1 002. Un corps opaque ne peut jamais être éclairé qu'en partie par un corps lumineux , et l'espace privé de lumière qui est situé du côté delà partie non éclairée, est ce qu'on appelle ombre. Ainsi V ombre y proprement dite, représente tm solide dont la forme dépend à la fois de celle du corps lumineux , de cdle du corps opaque, et de la position de celui-Gi à l'égard du corps lumineux.
ioo3. Supposons que les deux corps soient des globes r et s {Jlg. 32 ) , et que le diamètre du corps lumineux r soit plus grand' que celui du corps opaque z : l'ombre sera un cône que l'on déterminera en supposant une ligne droite oc qui joigne les centres des deux globes, puis en menant une tangente db commune aux deux globes , jusqu'à La rencontre en a de cette même ligne prolongée. Si l'on conçoit que la tangente, en restant fixe par le point a , oir elle coupe la ligne qui joint les centres, tourne autour de cette li^ie, de manière à faire toujours le même angle avec die, elle décrira évidemment la surface d'un cône qui aura pour base l« oerde du globe opaque , terminé par tous les points du contact'; d'où l'on voit que la partie éclairée du globe opaque sera plus grande que la partie obscure, le plan qui distingue l'une de l'autre étant un des petits cercles de ce globe , situé dans l'hémisphère opposé à celui qui regarde le corps lumineux.
loo4. Si les deux globes sont égaux , l'ombre sera un cylindre d'une longueur indéfinie , et la partie éclairée du globe opaque sera un hémisphère, ainsi que la partie obscure.
loq5. Si le globe opaque est plus- gros que le globe éclairant, l'ombre deviendra un cône tronqué d'une longueur pareillement
l52 TRAITE ELEMENTAIRE
indclinic, dont les points de contact avec le globe opaque seront sur la circonférence d'nn de ses petits cerdes , en sorte que la partie éclairée de ce globe sera moindre que sa partie obscure.
1006. L'ombre y considérée sur un plan situé derrière le corps opaque qui la produit , n'est autre cbose que la section de ce plan dans le solide qui représente Pombre *, d'oit il suit que , dans le cas des deux globes que nous ayons cités pour exemple, la figure de l'ombre sur un plan sera un cercle , une ellipse ou qudqu'autre section conique, suivant les positions du plan à l'égard duc^ie d'ombre formé par l'interposition du corps opaque entre ce plan et le corps lumineux.
] 007. Lorsque l'ombre d'un corps est projetée sur un plan, die ne succède point, par un passage nettement tranché, à la lumière qui éclaire les parties environnantes *, mais cdle-ci éprouve une sorte de dégradation , au mo^ien de laquelle son Intensité va ton* jours en diminuant , depuis les points le plus fortement édairés, jusqu'à l'espace occupé par l'ombre pure , ou proprement dite. Soit de nouveau r (/^. 33 ) le corps lumineux , s le corps opaque, et 1^ , un plan situé derrière cdui-ci ; px représentera la projection deFombre pure. Maintenantmenons les lignes n/, qs,fh , etc. , tangentes au globe opaque s, et qui aillent rencontrer le gldie lumineux , et bornons-nous à considérer ce qui se passe à la gaucho du point p en allant vers u* La ligne fh , tangente aux doux gldn's , étant à la plus grande distance possible de/> , parmi toutes les lignes susceptibles d'atteindre le globe r , il est facile de voir que le poiut/", et à plus forte raison les points plus reculés vers M , reçoivent autant de raytmsque si le gldbe z n'existait pas; savoir, tous ceux quipartcnt des points compris depuis h jusqu'en é^ mais que k point q ne reçoit aucun des rayons envoyés par les points situés entre A et s ; que le point m est privé de tous ceux qui ont pour origine les points compris entre A et /*, et qu'enfin, tous les rayons qu^envoie la partie du globe r , tournée vers le plan i(> , sont perdus pour le point/» ; d'o& il suit que l'effet delà lumii^'e dècn>tt progressivement depuis / jusqu'en p, qui est la limite de Pes)MLce/uf , occupé par FonadMe pure. On a donné le mmi de pénombre k cette lumiiTe graduellement décroissante.
DE PHYSIQUE, ï53
qui s'étend y d'une part^ depuis/* jusqu'en/?, et>d^une autre part, depuis g jusqu'en x. Les astronomes emploient la considération de la pénombre dans la théorie des éclipses , et nous en ferons usage lorsque nous parlerons de la lumière décomposée par Fin* tennëdedu prisme.
1008. L'ombre pure d'une yerge perpendiculaire ou oblique sur un plan est un triangle que l'on déterminera en menant par le sommet de layerge une droite qui aille toucher le corps lumineux, en faisantle plus petit angle possible ayec la yerge. Les côtés du triangle seront : i**. la partie de cette droite comprise entre le sommet de layergeet le plan donné; 2^ la verge elle-même; 3^. la ligne menée par le pied de la verge jusqu'à' la rencontre de la droite dont nous avons parle : cette dernière ligne sera l'ombre considérée sur le plan donné : elle croîtra et décroîtra à mesure que l'angle I dont le sommet se confond avec celui de la verge , sera plus ou moins grand ; c'est-à-dire, à mesure que le corps lumineux s'abaissera ou s'élèvera par rapport au plan donné; et si ce même corps s'écarte à droite ou à gauche de la position qu'a-* vait d'abcnrd le triangle qui détermine l'omlnre, celle-ci fera sup le plan des mouvemens en sens contraire. Cest sur ces principes qu'est fondée la Gnomonique jou l'art de tracer des cadrans (1 ).
f^itesse de la Lumière.
loog. On a cru pendant long-temps que le nx>uvement de la lumière était instantané; mais cette opinion était uniquement fondée sur ce que la vitesse de ce mouvement paraissait échapper à tous les moyens qu'on aurait pu employer pour la déterminer.
(1) On peac, au moyen de Pombre projetée sur un terrain Iiorizontal , mesurer à peu près la hauteur d'une tour ou d'un autre objet semblable. On plantera Tcrticalement un bâton , dont on mesurera la partie clevce au-dessus du sol; on mesurera aussi l'ombre de ce bâton et celle de la tour. Les longueurs des ombrçs étant proportionnelles aux hauteurs des deux ol^ets qni les produisent', on aura la hauteur de la tour, en multipliant la longueur de son ombre par la hauteur du bâton , et en diTÎvint le produit par la longueur de l'ombre du ^ton.
l54 TRAITÉ ÉLÉMENTAIRB
Roëmeret Gassini découTrirent enfin une mesure de ccmouTe* ment dans l'observation des éclipses du premier satellite de Jupiter : cette planète ayant im diamètre plus petit que celui du soleil, le cercle qui sépare sa partie éclairée de sa partie obscure est la base d'une ombre conique située yers cette dernière partie. Les satellites qui tournent autour dé la planète principale entrent dans ce cône y et en sortent successiTcment ^ de • manière que leur partie éclairée devient eUe-méme obscure, et disparaît à mesure qu'ils se plongent dans le cône d'ombre y pour reparaître ensuite au moment où ils s'en d^^agent Supposons que la terre approcbe du terme où elle serait placée sur une même ligne dBOÎle entre Jupiter et le soleil*, dans ce cas, il s'écoulera «iviron 4a^ beures^ entre la fin d'une éclipse du premier satellite de Jupiter et celle de l'éclipsé suivante. G>ncevons maintenant que la terre, en parcourant la moitié de son orbite , ait été se placer vers le point op* ppsé, de manière qu'alors elle se trouve derrière le soleil, par rapport à Jupiter. Si la lumière n'avait aucun mouvement progressif, un spectateur situé sur la terre verrait le premier satellitie de Jupiter sortir de l'ombre, après un temps égal à autant de fois 42 heures \ qu'il y aurait eu d'édipses depuis le moment où la terre était entre Jupiter et le soleil. Mais il n'en est pas ainsi , et le spectateur voit, dans ce cas, la fin de l'éclipsé environ 16 minutes plus tard que ne la donne le calcul ; de manière que, dans toutes les positions intermédiaires , la différence a toujours été en croissant jusqu'à cette limite. Or, le spectateur est alors à une distance de sa première position mesurée par le diamètre de l'orbite terrestre dont il a parcouru la moitié, et l'on sait que ce diamèti^e est d'environ soixante-dix millions de lieues. On en a conclu que la lumière emploie 16 minutes à parcourir cette distance, ce qui fait plus de quatre millions de lieues par minute. Ainsi la lumière qui nous vient immédiatement du soleil , ne parvient à nos yeux qu'au bout de huit minutes. Cest en combinant le mouvement progressif de la lumière avec celui de la terre dans son orbite, que l'on explique l'aberration des étoiles , c'est-4-dire, le mouvement apparent qui les écarte du point auquel nous devrionsles rapporter dans le ciel. D'après la vitesse de la lumière , telk-
BK PHYSIQUE. l55
que nons Tenons ie l'indiquer , on trouve y ]^ar l'aberration , une quantité ^ale à odle que donne l'observation , ce qui garantit à la fois et la justesse de l'explication et celle de la conséquence déduite du retard que subissent les éclipses de Jupiter. Nous retiendrons dans la suite avec plus de détail sur le phénomène de l'aberration.
De r Aurore boréale.
loio. Nous placerons ici la description d'un météore que les modernes ont appelé aurore boréale j et que nous ne considérons que comme un simple phénomène de lumière, dont la cause n'est pas encore bien connue. On trouve dans les anciens auteurs un grand nombre de passages qui prouvent que ce phénomène avait été remarqué depuis très long-temps. Chacun le décrivait à sa manière; et , suivant les divers aspects sous lesquels il se présentait , on lui donnait différens noms , tels que ceux de lampes y de torches ardentes j de lances , etc. Ce n'est que dans le siècle dernier que l'on a commencé à l'étudier, d'après les règles d'une saine physique ; et personne ne s'est plus attaché que Mairan à en déterminer les diverses circonstances , dont voici les principales (i). Ce phénomène se montre presque toujours du côté du nord , en tirant un peu vers l'ouest. Il commence ordinairement trois ou quatre heures après le coucher du soleiL II s'annonce par une espècede brouillard; qui présente à peu près la figure d'imsegment de cercle dont l'horizon forme la corde. La partie visible de sa circonférence paraît bientôt bordée d'une lumière blanchâtre , d'où résulte un arc lumineux, ou plusieurs arcs concentriques, dont la distinction est marquée par des bordures composées de la matière obscure du segment Des jets et dei rayons de lumière diversement colorés s'élancent ensuite de l'arc ou plutôt du segment nébuleux , où il se fait presque toujours quelque brèche éclairée , qui semble leur donner une issue. Quand le phénomène augmente et qu'il doit occuper une grande étendue, son progrès se mani-
(0 Traité p1iysiqu« et hi6tonc|ue de TAurore boré«ie, p. Ii5 et soIt.
l56 TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE
^te par un mouyement général et une espèce de trouble dans toute la masse. Des brèches nombreuses se forment et disparaissent k l'instant dans Tare et dans le segment obscur; des vibrations de lumière et des édairs Tiennent frapper, comme par secousses, toutes les parties de la matière du phénomène qui occupent l'hémisphère visible du ciel. Enfin , lorsque cette matière parvient à sa plus grande extension, il se forme au zénith une couronne enflammée qui est comme le point central dans lequel^ tous les mouvemens d^alentour paraissent concourir. C'est la le n&oment où le phénomène se développe dans sa plus grande magnificence^ tant par la variété des figures lumineuses qui se jouent de mille manières au haut de l'atmosphère, que par la beauté des couleurs dont plusieurs d'elles sont ornées. Le phénomène diminue ensuite par degrés, de manière cependant que les jets lumineux et les vibrations se renouvellent de temps en temps ; mais enfin le moihvement cesse *, la lumière qui occupait les parties méridionales et celles de l'orient et de l'occident se resserre et se concentre dans la partie boréale; le segment obscur s'édaircit et finit par s'éteindre, tantôt subitement , et tantôt avec lenteur , à moins qn^il ne se prolonge jusqu'à se fondre, en quelque sorte, dans le crépuscule du matin , comme cela a lieu dans la plupart des grandes aurores boréales.
ICI 1. Ce phénomène a été d'abord attribué aux vapeurs et aux exhalaisons de la terre , qui , après s'être mêlées , entraient en fermentation et finissaient par s'enflammer. D'autres ont imaginé que les glaces et les neiges de la zone polaire réfléchissaient ks rayons solaires vers la surface concave des bouches supérieures de l'atmosphère, d'où' ces rayons étaient ensuite xenvoyés vers nous, et produisaient toutes les apparences que présente l'aurore boréale.
1012. Parmi les diverses causes dont on faisait dépendre ce phénomène, l'électricité ne pouvait être oubliée, et le développement d'une théorie fondée sur cette cause. appartenait, comme de droit , à Francklin. Suivant ce célèbre phpicien , le fluide électrique transporté de l'équateur vers les régions polaires, par les nuages qui en étaient chargés, descendait avec la neige sur la glace qui couvre ces régions, et, après s'y être accumulé , remontait à
DB PHTSfQUB. l57
travârs rntmoftphàre. ArriTé ensuite dans le vide qui était au-^ dessus, il se dirigeait du côté de l'équatenr^ en diyergeant comme les méridiens. Là il formait ces jets de lumière et toutes ces ya-> riétés de figures qu'on observe dans le spectacle d'une aurore bp" réale (i). Au reste, Francklin ne propose cette idée qu'en dou^ tant; et', dans le premier ouvrage oji il l'ait publiée, il finit par cette phrase qui renferme le jugement qu'il en portait lui-mèm^ (c celapourrait passer pour une explication de l'auroreboréale (a) » .
ioi3. Mairan n'avait étudié avec tant de soin les circonstances de l'aurore boréale, que pour chercher à mieux étayer l'opinion particulière qu'il s'était formée sur l'origine de ce phénomène. Voici les principes sur lesquek était fondée cette opinion.
Diverses observations indiquent que le soleil est environné d'une atmosphère lumin!éuse par elle-même , ou seulement éclairée par les rayons de cet astre ^ et l'on a r^ardé cette atmosphère comme la cause d'un autre phénomène , qui porte le nom de lu" irUère zodiacale. Cette lumière, qui est faible et bhtnchàtre, parait surtout yers le printemps, quelque temps après le coucher du soleil, ou, avant le lever, vers la fin de l'automne (5). Mairan suppose que l'aurore boréale a lieu, lorsque la matière de l'atmosphère solaire s'approche assez de la terre pour être plus en prise à l'attraction de cette planète qu'à celle du soleil. Une fois entrc« dans la sphère d'activité de la terre, elle tombe dans notre atmosphère, et bientôt le mouvement circulaire plus rapide des particules d'air situées vers l'équateur , la repousse vers les pôles où la vitesse de rotation est moindre. Cest pour cela que l'aurore boréale parait le plus souvent du côté du nord. Mairan s'efforce ensuite d'expliquer, d'après les mêmes principes , toutes les circonstances du phénomène.
Comme la position de l'aurore boréale, qui, selon Mairan , a son siège dans l'atmosphère, est quelquefois élevée à plus de 260
(i) Journal de Physique ; juin 1779, p* 4<>d ^^ ^^^*
(1) Ezpër. et Obscrv. sur l'Électricité j Paris , 175a, p. 118.
(3) Mairan , Traité de TAûrore boréale , p. ^la.
l58 TRAITÉ É1ÉMBNTAIR.K
lieues au-dessus de la surface de la terre (i) , ce physicien àtait été obligé de supposer à cette atmosphère une hauteur incompa* rablement plus grande que celle qu'on lui attribuait commune* ment L'objection lui en fut faite par le célèbre Euler^ qui en même temps proposa , sur la cause des aurores boréales, une nonyeUe opinion (2) queMairan/^à son tour^ s'efforça de combattre (5). Suivant cette opinion, les rayons solaires, exerçant leur impdr
. sion sur les particules de l'atmosphëre , les chassent h. une grande distance, et les rendent lumineuses, en se réfléchissant sur lear surface. Euler étendait cette explication à l'apparition des queues
. des comètes et à celle de la lumière zodiacale, en vertu d'une impulsion semblable, qui agissait, d'une part, sur l'atmosphère des premières, et, dé l'autre, sur celle du soleil lui»méme.
10 14. EnjBn , quelques savans ont considéré le fluide magnétique comme l'agent du phénomène dont il s'agit*, et la correspondance que l'on avait remarquée dans certains cas, entre ses apparitions et les affollemens de l'aiguille aimantée (9^0), semblait être &vorable à cette opinion. Des observations plus récentes, dont on est redevable à AIM. Dalton et Arago, annoncent du moins un lien caché entre les causes de l'aurore boréale et celles du magnétisme terrestre. Ces deux physiciens ont reconnu que le point du ciel où vont concourir les rayons de lumière diversement colorés , qui jaillissent du segment nébuleux dont nous avons parlé plus haut, est précisément celui vers leiquel se dirige une aiguille ai-* mantée suspendue par son oentre de gravité ; et que les cercles concentriques qui se montrent avant les jets lumineux, reposent chacun sur deux parties de l'horizon, également éloignées du mé* ridien magnétique, de manière que ce dernier plan renferme les iommets de tous les arcs (4). M. Arago tire de là cette consè-
(i) Mairan , Traite de TAnfore boréale , p. 63.
(1) Recherches physiques sur la cause des queues des comètes, de la lumière boréale et de la lumière zodiacale j Mémoires de l'Académie deBer« lin, 1746, t. II.
(3) Traité de TAurore boréale ; septième éclaircissement, p. 34 1 et êul^,
(4) Voyez les Annales de Chimie et de Physique, t. X, p. lao.
D£ PHTSIQtTB* l5q
quence, que le ïnétéore dont H s'agît est, comme l'arc-en-ciel , un phénomène de position ; c'est-à-dire que chaque obserrateur yoit son aurore boréale à part, puisque le méridien magnétique e^t différent pour les diyers points de la surface du globe.
D'après les détails dans lesquels nous yenons d'entrer, ilsembls que toutes les hypothèses aient été épuisées pour expliquer Faurore boréale ; mais l'incertitude qui reste encore sur tout ce qui concerne ce phénomène , est une nouyelle preuye que ce qu'il'y a de plus anciennement connu , n'est pas toujours ee qui l'est le mieux.