‹ Traité élémentaire de physiqueChapitre 6 sur 38 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

combinés avec des conducteurs humides^ a construit des piles ap* •pelées piles secondaires ou piles à c/iarger, et qui, sans avoir une action spontanée comme la pile de Yolta , empruntent leur Tertu de celle-ci , par l'intermède du contact. Pour mettre une de ces piles en activité , on fait communiquer ses deux extrémi^ tés avec celles d'une pile ordinaire, et au bout de quelques minutes , on supprime la communication. La pile secondaire se trouve alors électrisée, de manière que cbacun de ses pôles est dans le même état que le pôle correspondant de la pile qui a servi à la cbarger, et l'on peut la substituer à cette dernière, pour obtenir des effets analogues , tels que la commotion, les étincelles, la dé-* composition de l'eau. Mais sa vertu s'affaiblit bientôt, et finit par disparaître après quelques instans.

827. Le célèbre inventeur de cette nouvel le pile en a modifié par degrés la construction, relativement au nombre et à l'arrangement respectif des disques decbaque espèce. Ainsi , il a d'abord employé k la construire trente-deux disques de cuivre et autant de disques de carton mouillé , formant trois séries, dans cbacune desquelles il n'entrait que des disques d'une seule espèce; les trente-deux disques de cuivre pris seize à seize, composaient les deux séries extrêmes, et la série intermédiaire renfermait de suite les trentedeux disques de carton. L'auteur déplaçait ensuite quelques-uns des disques de cuivre, pour lès intercaler entre les disques de carton , jusqu'à ce qu'enfin ceux des deux espèces se succédassent un à un , en commençant et en finissant par le cuivre , auquel cas le nombre des disques de carton n'était plus que de trente-un. Il a disposé dans le même ordre soixante-quatre disques de cuivre > puis cent vingt-liuit , entremêlés de disques de carton.

828. Ritter comparait cliaque fois les trois effets principaux de la pile; savoir, l'effet chimique ou la décomposition de l'eau, l'effet physiologique où la commotion , et Feffet physique ou la tension électrique. Il remarqua que ces effets ne s'accordaient pas entre eux , relativement à la variation de leur intensité , soit lorsqu'il multipliait les intercalations , sans augmenter le nombre des disques*, soit lorsque l'alternative étant établie entre ceux des deux espèces^ il donnait plus de longueur à la pile. D'abord lea

trois efiets croissaient en même temps; mais PcfTet chimique fut le premier à s'affaiblir y et devint nul à un certain terme. Audelà, l'effet physiologique continua de s'accroître, pour rétrograder à son tour, et quant à l'effet physique, il alla toujours en augtnentant.

Sag. Nous nous bome)x>ns ici a considérer > sous le rapport de la théorie, le dernier mode de construction > dans lequel les disques des deux espèces sont disposés alternativement, parce qu'il est comme la limite , dont tous les autres assortimens se rapprochent toujours davantage, à mesure que les intercalations deviennent plus nombreuses. Or on conçoit que l'action de la pile secondaire dépaid , en général , de ce que les deux fluides dont ses extrémités se sont chargées par leur communication avec la pile de Volta, éprouvent une certaine difficulté pour se réunir, en obéissant à leur attraction mutuelle. Cette difficulté provient d'abord de ce que la propriété conductrice des disques humides est , beaucoup moindre que cdle des disques de cuivre; mais elle augmente encore , à raison d'une certaine résistance que les surfaces planes des deux substances hétérogènes opposent à la transmission des fluides, à l'endroit où elles sont en contact Fune avec l'autre. De là résulte dans le mouvement des mêmes fluides une lenteur qui recule le moment oii leur réunion £aiit disparaître la vertu de la pile.

Il y a donc aussi , au milieu de ces sortes de piles , un point ou

plutôt un petit espace, qui est neutre, et en général la partie

moyenne approche d'autant plus de l'état naturel, surtout dans

les premiers instans, que la pile est plus longue. D'une autre part^

les centres d'action étant aussi plus Soignés dans ce même cas, la

force répubive mutudle des molécules du fluide situé vers chà-«

que extrémité, agit avec plus d'énei^e, parce qu'elle est moins

balancée par la force contraire qui réside dans l'extrémité oppo**

sée. On voit par là pourquoi la tension des deux fluides, mesurée

par l'électromètre, augmente dans les pôles , à mesure qu'on

donne plus de longueur à la pile. Il n^en est pas de même de la

commotion qui diminue, p^ssé un certain terme. Pour en aper**

oevoir la raison , il suffit de considérer que cet effet dépend non^

feulement de la tension qui a lieu aux extrémités , et qui s'accroit, comme nous l'ayons dit , avec la longueur de la pile , mais encore de la facilité avec laquelle s'opère la décharge, et qui est moindre, dans une pile plus longue. 11 suit de là que s'il y a un terme où Fobstacle qui provient de cette dernière cause soit prédominant, la commotion perdra de sa force. A l'égard de l'effet chimique , ou de la décomposition de l'eau, pour se faire une juste idée des circonstances qui déterminent son maximum y il faudrait avoir une connaissance plus exacte de ce qui se passe dans cet effet luijnéme , dont la considération est , pour ainsi dire , le côté nébuleux de la théorie.

83o. Avant l'invention de l'appareil dont nous venons de parler, on connaissait diverses expériences faites par d'autres physiciens , et dont les résultats ont de l'analogie avec ceux de la pile s^ondaire. Nous nous contenterons d'en citer une dont Volta est l'auteur. Ce. savant ayant mis les deux extrémités d'une bande de papier imbibée d'eau pure, en communication avec celles d'une, pile ordinaire , remarqua que chacune de ses deux moitiés avait acquis l'espèce d'électricité qui résidait dans le pôle corresponr dant de la pile, et que la densité électrique diminuait de part et d'autre, en se rapprochant du milieu de la bande , où il y avait lui point neutre (i). Cette bande a été appelée le ruban de Volta, Il est facile de voir que la conservation de la double électricité dont elle jouit, au moins pendant un instant , tient à l'imperfection de lajaculté conductrice , soit dans le papier , soit dans l'eau dont il est imbibé. On conçoit même que l'effet dont il s'agit puisse avoir encore lièi^, proportion gardée, par rapport à des substances beaucoup plus susceptibles que le papier et l'eau , de transmettre les deux fluides électriques. Car , conmie H n'est aucun corps qui possède la faculté conductrice dans un degré absolu , la marche des deux fluides , le long de la surface , est toujours plus ou moins progressive; et ainsi, quelque légère que soit la rési-

(i) Voyez r^xcellent Exposé fait par Halle, des principales expériences de Yolu ; Bulletin des Sciences de la Société Philom. , xuvôse an x , n*^ 58.

DE PHTSIQUB. 3^

Blance que le corps oppose au mouyement de ces fluides, leur densité peut être assez petite , pour que cette résistance devienne capaUe de balancer leur tendance à se réunir , et de retarder , pendant un temps appréciable , le retour du corps à l'état naturel

Des Substances qui ont, par rapport à V Electricité Galvanique , une faculté conductrice particulière.

83 1. Les corps qui tiennent le premier rang, rdatiyement à la propriété de conduire l'électricité ordinaire , tels que les métaux , sont à la fois les meilleurs conducteurs de l'électricité galvanique ; et ceux qui isolent le mieux les effets de la première , teb que le Terre et les résines, conservent la même prééminence, relativement à la seconde. De plus , cbacun de ces corps agit constamment de la même manière, toutes choses égales d'ailleurs, et, dans aucune circonstance , on ne le voit passer brusquement d'une propriété à celle qui lui est opposée.

832. Entre les deux extrêmes dont nous venons de parler, il existe une multitude d'intermédiaires, qui ayant, dans un degré plus faible, la faculté, soit de conduire l'action électrique , soit d'en arrêter la propagation , la manifestent aussi sans diversités , dans les phénomènes relatifs aux deux espèces d'électricité. Tels sont entre autres les organes des animaux.

Mais parmi les termes de cette série , le célèbre Erman en a découvert d'extrêmement remarquables, dont les propriétés, toujours uniformes dans les expériences électriques ordinaires , su« bissent dans celles qui ont rapport au galvafnisme, des varia f tions auxquelles on ne se serait pas attendu, en sorte que le même corps transmet ou arrête l'action électrique, suivant les circonstances dans lesquelles on le place.

833. Les substances qui présentent ces sortes d'exceptions aux lois jusqu'alors connues de la communication de l'électricité, sesous-divisent en deux classes , distinguées entre elles parla diversité des phénomènes. Dans l'une se trouve la flamme de l'alkobol j

et dans l'autre le sayon alkalin parfaitement desséché. Nous al-« Ions décrire successivement les expériences faites par M. Erraan sur ces deux substances , et dont nous ayons vérifié en grande partie les résultats, dans le ricbe cabinet de Physique de M. Trémer^, qui a bien voulu concourir, par ses soins éclairés , au succès des opérations,

834. On met en contact , avec l'un quelconque des pôles d'une pile isolée, un électromètre à feuilles d'or , très sensible, et lorsque ces feuilles ont atteint le degré de divergence qui répond à la tension du fluide, on introduit dans la flamme d'une lampe à at* kobol un fil métallique qui communique avec le pôle opposé à celui que touche l'électromètre, et un autre qui communique avec le sol. A l'instant l'électromètre acquiert un surcroît de divergence aussi considérable que dans le cas où la communication avec le sol étant établie à l'aide d'un conducteur métallique non interrompu , le zéro qui jusque-là se trouvait au milieu de la pile , passe dans le sommet avec lequel ce conducteur est en contact (797).

Après avoir attaché un électromètre à chaque pôle de la pile toujours isolée, on fait partir de ces mêmes pôles deux fils métalliques que l'on rapproche jusqu'à ce qu'ils entrent dans la flamme de l'alkohol. L'appareil est disposé de manière que les fils métalliques et l'alkohol soient isolés comme la pile. Tant que cet isole^ ment a lieu , les électro.mètres divergent à peu près comme dans le cas oh les fils métalliques et la flamme n'existeraient pas. Mais si l'on plonge dans la flamme un autre fil métallique qui commu-» nique en même temps avec le sol , aussitôt le pôle \itré est dé-^ chargé, ou, ce qui revient au même, le zéro se trouve à l'endroit de ce pôle, et la divergence de l'électromètre appliqué au pôle résineux est à son maximum,

835. Ainsi , lorsque la flamme ne communique qu'avec un seul pôle, soit vitré soit résineux, et qu'en même temps e\le est en com-^ munication avec le sol , elle agit comme corps conducteur. Si elle est en communication avec les deux pôles à la fois , et qu'elle reste isolée-, elle agit comme corps non conducteur. Enfin, si étant en communication avec les deux pôles, eUe communique en même

DB PHYSIQUE. 3o

temps avec le sol, elle fait la fonction de corps isolant , relativement à l'effet du pôle résineux de la pile, et ceUe de corps conducteur rdatirement à l'effet du pôle vitre. On la voit y avec une double surprise, passer d'un extrême à l'autre, et devenir un point de réunion pour les deux extrêmes. M. Ërman a varié ces expériences de différentes manières , qui toutes ont offert la confirmatioA ^ mêmes pliénomënes.

836. Si l'on substitue à la flamme de l'alkobol un prisme /^e savon alkalin bien desséché, les effets sont les mêmes, excepté que le dernier présente l'inverse de celui qui avait lieu dans les expériences précédentes. Le prisme mis en contact par une de ses extrémités avec l'un ou l'autre des pôles de la pile, tandis qu'une chaîne ou une verge métallique descend de l'autre extrémité jusqu'au sol, propage l'électricité du pôle qui lui est contigu. Si l'on introduit dans ses extrémités des fils métalliques qui partent des deux p^es de la pile, et qu'on laisse le tout isolé , ces pôles continuent d'agir comme ils faisaient sans l'intervention du savon. Mais , les choses étant dans cet état , si l'on établit une communication entre un point quelconque du prisme de savon et le réservoir commun, à l'instant le pôle résineux est déchargé, et la tension du pôle vitré parvient à son maximum, Nous avonsmême obtenu cet effet , en prenant le point de communication du savon avec le sol , à une très petite distance de Textrémité dans laquelle était plongé le fil métallique qui partait du pôle vi^ tré-) c'est-4i-dire de celui dont l'action restait isolée.

M. Erman s reconnu les mêmes propriétés dans la flamme du phosphore, et il les a entrevues dans quelques autres substances,, telles que la gélatine desséchée à un certain degré, et l'ivoire. Mais d'autres masses de ces dernières substances n'ayant donné que des résultats, équivoques , il s'abstient, pour le présent, de prononcer sur leur analogie avec le savon et le phosphore»

857. L'auteur^ en résumant les différentes manières d'agir des corps que l'on peut mettre en communication avec les pôles de la pile , a établi une distribution méthodique de ces corps , assortie à leurs propriétés distinctives , avec une nomenclature propre à les désigner par des expressions simples et précises.

4o TBAÏTÉ iLEMENTAIRE

Il partage d'abord ces corps en deux grandes séries, dont Tune comprend les corps isolans , qui n'exercent aucune action con* ductrice , soit que leurs extrémités communiquent séparément ^ ou toutes les deux à la fois, avec les pôles de la pile. Tels sont le» corps résineux et le verre. La seconde série est composée des corps conducteurs y qui se sous^Liyisent en conducteurs parfaits et en conducteurs imparfaits. Les premiers , tels que les métaux , sont également susceptibles de décbarger cbaque pôle en particulier, et d'établir une circulation rapide d'un pôle à l'autre. Les conducteurs imparfaits, qui n'ont qu'une action faible ou simplement partielle, sont ou bipolaires ou unipolaires.ïJ auteur appelle bipolaires , ceux qui , en mènie temps qu'ils déterminent une circulation d'un pôle à l'autre, ont leurs deux moitiés dans des états opposés. De ce nombre sont l'eau commune et certains corps im-' bibés de ce liquide (i). Les conducteurs unipolaires sont ceux qui, étant mis en communication avec les pôles de la pile et en même temps avec le sol, ne conduisent que l'électricité d'un seul pôle, et ils sont unipolaires^ positifs ou unipolaires négatifs, suivant que le pôle qu'ils décbargent est le pôle vitré ou le pôle résineux. A l'aide du tableau suivant^ on saisira d'un coup^'œil cette distribution :

iisolans.

i parfaits, conducteurs < i bipolaires.

l imparfaits ^ {positifs.

unipolaires

négatifs.

858. Les propriétés des corps qui ont donné lieu à la décou* verte de M. Ërman, méritent également de fixer l'attention, soit par la différence d'action que manifeste chacun de ces corps comparé à lui-même, dans les expériences relatives à Félectricité ordinaire et à l'électricité galvanique, soit par la diversité quepré^

(i) Noos avohs déjà parlé fies effets de ces sortes de condacteurs y à Tobc»sion des piles qnc Ton a nommées secondaires (83o}..

DE PHYSIQUE. ^i

sentent ces mêmes corps , comparés aux autres conducteurs de l'o* lectricité.

Si l'on met , par exemple, le prisme de savon en contact par une extrémité avec le crochet d'une bouteille de Leyde électrisée, et par l'autre extrémité y avec la gariiit* re extérieure, la réunion des deux lluides aura lieu , et la bouteille se déchitrgr^a, quoique imparfaitement ( i ) , soit <|u'on laisse le sayori isolé , ou qu'on le mette en comnmnication avec le sol , ce qui est tout diflereut de l'effet que produit le savou sur la pilp. Au reste , quoique nous ignorions encore à quoi tient préclsémetit cette différence, on en sera moins surpris , si l'on considère qu'il en existe une très sensible dans la manière dont se charge Tun et l'autre instrument , ainsi que dans les circonstances qui accompagnent leur décharge, à l'aide des moyens ordinaires.

839. Mais ce qu'il y a de plus singulier dans la découyerte de M. £rman, c'est la ligne de démarcation qu'elle semble tracer entre les corps qui ont été soumis à l'expérience par ce physicien , et ceux qu'on avait essayés iusqu'alops. Parmi ces derniers, les uns, tels que le verre, s'opposent, dans toutes circonstances, à la transmission de l'électricité*, les autres, tels que les métaux, s'y prêtent, de quelque manière qu'on les emploie. Au contraire, les choses se passent à l'égard du savon et de la flamme de l'alkohol, comme si la faculté de transmettre l'électricité vitrée et celle de transmettre l'électricité résineuse , ne pouvaient exister que solitairement , et étaient incompatibles. Ainsi , quand le corps n'est en conununication qu'avec un seul sommet de la pile , celle des deux facultés qui est relative à la position de ce corps s'exerce librement ;lorsqu'ensui te le corps étant isolé et en communication avec les deux sommets de la pile, les deux électricités se présen-tent à la fois, les facultés conductrices, qui ne pourraient s'exercer que conjointement, sont sans effet, et la pile demeure dans le même état. Mais si l'on ouvre une issue à l'électricité , en

(i) Si , dans cette expérience , on tient le savon entre les doigts, on ressent. une petite commotion , ce qui prouve que les organes sont de meilleuia coa« éucteuis que le saron.

4^ TRAITÉ ELÉMEKTAIRB

établissant une communication entre le corps et le sol; alors rien né s'oppose à ce que l' une des deux facultés conductricespuisse s'exercer indépendamment de l'autre, et c'est tantôt celle de l'électricité vi* trée et tantôt celle dël'électricité résineuse qui a lieu de préférence» Au reste, ceci n'est qu'une manière d'envisager les faits, propre à nous faire mieux saisir l'aspect sous lequel l'expérience nous les offre. Mais ce ne sera qu'après en avoir bien étudié toutes les circonstances, et les avoir soumis a de nouvelles observations, que l'on parviendra à eh donner la véritable Ibéorie^ et à dévoiler les rapports qui les lient aux autres faits, à travers les contrastes qu'ib semblent former avec eux.

Des Poissons électriques.

840. Onconnaissait depuis long-temps la vertu qu'a un poisson du genre des raies , d'engourdir les membres de ceux qui le touchent : de là le nom de torpille qu'on lui avait donné. Mais tandis que les preihiers observateurs étaient embarrassés pour déterminer la cause de l'effet exprimé par ce mot , les Arabes avaient rencontré, comme par instinct, une dénomination puisée dans une analogie à la fois plus savante et plus vraie; ils appelaient ce poisson râad ou raxisch , nom qui, dans la langue de ces peuples ^ signifie tonnerre,

84 1. L'organe dont la torpille se sert pour exercer son pouvoir engourdissant, est composé d'un grand nombre de tubes aponévrotiques , d'une forme hexagonale et quelquefois pentagonale , rangés parallèlement les uns aux autres autour des branchies, et dont une base est adjacente à la peau de dessus et l'autre à celle de dessous. Tous ces tubes sont exactement fermés à leurs extrémités par une membrane aponévrotique, qui s'étend de chaque côté sur toute la siurface de l'organe. De plus, chaque tube est traversé horizontalement par des feuillets aponévrotiques placés ai;-idessusl'un de l'autre à de petites distances , en sorte que le tube peut être considéré comme un assemblage de cellules su-* perposées. L'intérieur de ces cellulçs est rempli d'une substance^ qui; d'après les expériences de M. Geoffroy; est composée d'albu-*'

mine et de gélatine (i). Enfin , tout cet appareil est fourni de nerfii remarquables par leur volume^ qui s'insèrent entre les tubes ^ et finissent par se distribuer dans leur intérieur.

Ma- Réaumur a obserré que quand la torpille voulait mettre son organe en activité, elle diminuait d'abord, insensiblement la courbure de son dos , qui s'aplanissait , et même quelquefois devenait concave y puis le relevait par un mouvement subit qui lui faisait reprendre sa convexité (a). Si , dans ce moment , on toucbaît la torpille avec le doigt, on éprouvait une commotion semblable à un engourdissement

845. Parmi les pbysiciens , les uns attribuaient ce pbénomène à l'émission d'une infinité de corpuscules qui sortaient continuellement de la torpille, mais dont l'effluve était plus abondant en certaines circonstances , et qui , en s'insinuant dans les membres, les engourdissaient, soit parce qu'ils s'y précipitaient en trop grand nombre, soit parce qu'ils y trouvaient des routes peu as^ sorties à leurs figures. Selon d'autres , l'action de la torpille consistait dans un ébranlement particulier qu'elle imprimait aux nerfs, et d'où résultait une sensation désagréable qui engourdissait le membreou elle était produite.

844. Une nouvelle opiniçn, qui n'avait pas plus de fondement que les précédentes, mais qui méritait mieux que l'on fit des efforts pour la détruire, est celle de Schilling, qui avait cru re* connaître dans Faugmlle de Surinam, que l'on sait avoit^la même vertu que la torpille , des effets magnétiques très sensibles. Selon ce physicien, l'anguille, placée dans le voisinage d'un aimant, était attirée par ce corpsi et y restait attachée ; on parvenait avec peine à l'en séparer, et alors elle était languissante, et l'on pouvait la toucher impunément De plus, l'aimant qui avait servi à l'expérience paraissait couvert de particules de fer, et lorsqu'^on

(i) Ployez la description détaillée que ce saTant naturaliste a donnée de la torpdle et des autres poissons pourras de la même Tertu , dans le cinijoièmo cahier des Annales du Mnséûni d'Histoire naturelle , p. Sga et suir.

(i) Mémoires de l'Académie des Sciences j année 1714*

^^ TKAtTÉ ELimÈWTAIRE

mêlait de la limaille de ce métal à l'eau dans laquelle l'anguille était plongée, celle-ci se ranimait et reprenait ses forces (i).

Ces assertions ont été entièrement détruites par plusieurs physiciens distingués, entre autres par Ingenhousz et SpaUanzani, qui, ayant répété, avec beaucoup de soin, les expériences indiquées par Schilling, n'ont pas remarqué que l'aimant exerçât la plus légère action sur l'anguille (2). M. Hahn , professeur de Médecine à Leyde , qui a sagement discuté l'opinion de Schilling, observe que les fleuves d'Amérique, dans lesqueb on trouve l'anguille de Surinam , charient du sable magnétique , et présume que des grains de ce sable s'étant attachés à la peau gluante du poisson , qui en était probablement tout couvert , au moment où Schilling a fait ses expériences , ont pu être une des principales causes de l'illusion qui a séduit ce physicien (3).

845. Le docteur Bancroft paraît être le premier qui ait soupçonné de l'analogie entre les phénomènes de la torpille et ceux que produit l'électricité. Walsli s'étant proposé de vérifier ,cette naître si la torpille agirait de la même manière qu'une bouteille de Leyde chargée. On plaça un de ces poissons récemment retiré de l'eau sur une table où était une serviette mouillée. On suspendit /ttu plancher deux fils courbes de laiton, à l'aide de deux cordons de soiequiles soutenaient par le milieu. L'un des fils delaiton reposait par yn bout sur la serviette mouillée, et était plongé par l'autre bout dans un bassin plein d'eau posé sur une seconde table , où l'on avait mis quatre autres bassins semblables. Le second fil métallique descendait par une de ses extrémités dans l'eau du dernier bassin. Cinq personnes étaient rangées autour de cette seconde table. La première plongeait un doigt d'une main dans le bassin où était le fil de laiton en communication avec la serviette

(i) G. W. Schilling, Diatribe de Morbo in Europd penè ignoto, Jaws dicto , 1770.

(a) Recueil de Mem. sur TAnalogie de rËlectricit^ et da Mag^ëûime» par H. Van Swinden ; 1784 1 t I, p» 4^9 et soir.

(3) Ibid. p. 438.

mouillée, et un doigt de l'autre main dans le bassin suivant Lase* conde plongeait un doigt d'une main dans ce même bassin ; et un doigt de l'autre main dans celui qui venait après ^ et ainsi de suite, jusqu'à ce que les cinq personnes conununiquassent l'une avec l'autre, par l'intermède de l'eau contenue dans les cinq bassins. Walsk ayant pris le second fil de laiton par la partie située hors de l'eau, toucba le dos de la torpille avec l'extrémité de cette même partie, et à l'instant les cinq personnes ressentirent une commotion qui , suivant le rapport qu'elles en firent , ne différait de celle que fait éprouver l'expérience de Leyde , qu'en ce qu'elle était plus faible. Walsh, qui n'était point compris dans la chaîne, et n'avait £ait que tenir l'excitateur , ne reçut aucune impression. Cette expérience fut répétée plusieurs fois, même par huit personnes, et toujours avec un égal succès. On remarqua que chaque effort que faisait la torpille, pour donner la commotion, était accompagné d'une dépression de ses yeux , à laquelle on pouvait même

846. On a découvert la même vertu dans plusieurs autres poissons , dont les plus connus sont le gymnote eiigourdissant ou VanguiUe électrique de Surinam , dont nous avons déjà parlé (844), et le silure trembleur; d'où l'on voit que la propriété électrique , que l'on aurait été tenté de regarder comme l'indice d'un rapport générique entre les animaux qui la partagent, n'est qu'une qualité spécifique, qui forme comme des saillies dans des familles d'ailleurs très distinguées les unes des autres. 11 arrive ici à peu près la même chose qu'à l'égard des minéraux, oii la propriété de s'électriser par la chaleur est dispersée, pour ainsi dire, dans des espèces de différentes natures.

On retrouve dans les poissons électriques différens de la torpille, un organe analogue au sien, qui est un assemblage de cellules composées de feuillets aponévrotiques entrelacés, et dont l'intérieur est rempli d'albumine et de gélatine. Mais la forme générale de cet organe et sa position varient d'une espèce à l'autre.

647. Walsh I en répétant le« expériences de la torpille sur U

44 TKAtTE ÉLéllIEITTAIRS

mêlait de la limaille de ce métal à Teau dans laquelle l'anguille était plongée, celle-ci se ranimait et reprenait ses forces (i).

Ces assertions ont été entièrement détruites par plusieurs physiciens distingués, entre autres par Ingenliousz et SpaUanzani, qui, ayant répété, avec beaucoup de soin, les expériences indiquées par Schilling, n'ont pas remarqué que l'aimant exerçât la plus légère action sur l'anguille (2). M. Hahn , professeur de Médecine à Leyde , qui a sagement discuté l'opinion de Schilling, observe que les fleuves d'Amérique, dans lesquels on trouve l'anguille de Surinam , charient du sable magnétique , et présume que des graius de ce sable s'étant attachés à la peau gluante du poisson, qui en était probablement tout couvert, au moment oh Schilling a fait ses expériences , ont pu être une des principales causes de l'illusion qui a séduit ce physicien (3).

845. Le docteur Bancroft paraît être le premier qui ait soupçonné de l'analogie entre les phénomènes de la torpille et ceux que produit l'électricité. Walsh s'étant proposé de vérifier , cette naître si la torpille agirait de la même manière qu'une bouteille de Leyde chargée. On plaça un de ces poissons récemment retiré de l'eau sur une table où était une serviette mouillée. On suspendit /au plancher deux fils courbes delaiton, à l'aide de deux cordons de soiequiles soutenaient par le milieu. L'un des fils de laiton reposait par yn bout sur la serviette mouillée, et était plongé par l'autre bout dans un bassin plein d'eau posé sur une seconde table , ou l'on avait mis quatre autres bassins semblables. Le second fil métallique descendait par une de ses extrémités dans l'eau du dernier bassin. Cinq personnes étaient rangées autour de cette seconde table. La première plongeait un doigt d'une main dans le bassin où était le fil de laiton en communication avec la serviette

(i) G. W. Schilling, Diatribe de Morbo in Europd penè ignoto, Jaws dictOf 1770.

(3) Recueil de Mem. sur PAnalogie de rËlectricit^ et du Magaétiffmey par H. Van Swinden ; 1784 1 t* I; P* 4^9 et suir. (3) Ibid. p. 438.

mouillée, et un doîgt de l'autre main dans le bassin snirant. Lase* conde plongeait un doigt d'une main dans ce même bassin ; et un doigt de l'autre main dans celui qui venait après , et ainsi de suite, jusqu'à ce que les cinq personnes communiquassent l'une avec l'autre, par l'intermède de l'eau contenue dans les cinq bassins. Walsk ayant pris le second fil de laiton par la partie située hors de l'eau, toucba le dos de la torpille avec l'extrémité de cette même partie, et à l'instant les cinq personnes ressentirent une conunotion qui, suivant le rapport qu'elles en firent , ne différait de celle que fait éprouver l'expérience de Leyde , qu'en ce qu'elle était plus faible. Walsh, qui n'était point compris dans la chaîne, et n'avait ûdt que tenif l'excitateur , ne reçut aucune impression. Cette expérience fut répétée plusieurs fois , même par buit personnes , et toujours avec un égal succès. On remarqua que chaque effort que faisait la torpille, pour donner la commotion, était accompagné d'une dépression de ses yeux , à laquelle on pouvait même

846. On a découvert la même vertu dans plusieurs autres poissons , dont les plus connus sont le gymnote engourdissant ou Vanguille électrique de Surinam , dont nous avons déjà parlé (844), et le silure trembleur; d'où l'on voit que la propriété électrique , que l'on aurait été tenté de regarder comme l'indice d'un rapport générique entre les animaux qui la partagent, n'est qu'une qualité spécifique, qui forme comme des saillies dans des familles d'ailleurs très distinguées les unes des autres. 11 arrive ici à peu près la même chose qu'à l'égard des minéraux, oji la propriété de s'électriser par la chaleur est dispersée, pour ainsi dire, dans des espèces de différentes natures.

On retrouve dans les poissons électriques différens de la torpille, un organe analogue au sien, qui est un assemblage de cellules composées de feuillets aponévrotiques entrelacés, et dont l'intérieur est rempli d'albumine et de gélatine. Mais la forme générale de cet organe et sa position varient d'une espèce à l'autre.

64/. Walsbi en répétant le« expériencos de U torpille sur h

4^ TKAtTÉ ELEMÈWTAIRB

mêlait de la limaille de ce métal à l'eau dans laquelle l'anguille était plongée, celle-ci se ranimait et reprenait ses forces (i).

Ces assertions ont été entièrement détruites par plusieurs physiciens distingués, entre autres par Ingenhousz et SpaUanzani, qui, ayant répété, avec beaucoup de soin, les expériences indiquées par Schilling, n'ont pas remarqué que l'aimant exerçât la plus légère action sur l'anguille (2). M. Hahn , professeur de Médecine à Leyde , qui a sagement discuté l'opinion de Schilling, observe que les fleuves d'Amérique, dans lesquels on trouve l'anguille de Surinam , charient du sable magnétique , et présume que des grains de ce sable s'étant attachés à la peau gluante du poisson , qui en était probablement tout couvert , au moment oi\ Schilling a fait ses expériences , ont pu être une des principales causes de l'illusion qui a séduit ce physicien (3).

845. Le docteur Bancroft paraît être le premier qui ait soupçonné de l'analogie entre les phénomènes de la torpille et ceux que produit l'électricité. Walsh s'étant proposé de vérifier ,cette naître si la torpille agirait de la même manière qu'une bouteille de Leyde chargée. On plaça un de ces poissons récemment retiré de l'eau sur une table où était une serviette mouillée. On suspendit /au plancher deux fils courbes de laiton, à l'aide de deux cordons de soiequiles soutenaient par le milieu. L'un des fils de laiton reposait par yn bout sur la serviette mouillée, et était plongé par l'autre bout dans un bassin plein d'eau posé sur une seconde table , ou l'on avait mis quatre autres bassins semblables. Le second fil métallique descendait par une de ses extrémités dans l'eau du dernier bassin. Cinq personnes étaient rangées autour de cette seconde table. La première plongeait un doigt d'une main dans le bassin où était le fil de laiton en communication avec la serviette

(i) G. W. Schilling, Diatribe de Morbo in Europd penè ignoto, Jaws dictOf 1770.

(a) Recueil deMem. sur TAnalogiede rËlectricit^ et du Magaëtifine} par H. Van Swinden ; 1784 1 t I, p» 4^9 et suir.

(3) Ibid. p. 438.

mouillée, et un doîgt de l'autre main dans le bassin suivant. Lase* conde {^longeait un doigt d'une main dans ce même bassin ; et un doigt de l'autre main dans celui qui venait après , et ainsi de suite, jusqu'à ce que les cinq personnes communiquassent l'une avec l'autre, par l'intermède de l'eau contenue dans les cinq bassins. Walsb ayant pris le second fil de laiton par la partie située bors de l'eau, toucba le dos de la torpille avec l'extrémité de cette même partie, et à l'instant les cinq personnes ressentirent une commotion qui, suivant le rapport qu'elles en firent , ne différait de celle que fait éprouver l'expérience de Leyde , qu'en ce qu'elle était plus faible. Walsh, qui n'était point compris dans la cbaîne, et n'avait £ait que tenir l'excitateur , ne reçut aucune impression. Cette expérience fut répétée plusieurs fois, même par buit personnes, et toujours avec un égal succès. On remarqua que cbaque effort que faisait la torpille, pour donner la commotion, était accompagné d'une dépression de ses yeux , à laquelle on pouvait même

846. On a découvert la même vertu dans plusieurs autres poissons , dont les plus connus sont le gymnote engourdissant ou VanguiUe électrique de Surinam , dont nous avons déjà parlé (844), et le silure trembleur; d'où l'on voit que la propriété électrique, que l'on aurait été tenté de regarder comme l'indice d'un rapport générique entre les animaux qui la partagent, n'est qu'une qualité spécifique, qui forme comme des saillies dans des familles d'ailleurs très distinguées les unes des autres. 11 arrive ici à peu près la même cbose qu'à l'égard des minéraux, oii la propriété de s'électriser par la cbaleur est dispersée, pour ainsi dire, dans des espèces de différentes natures.

On retrouve dans les poissons électriques différens de la torpille, un organe analogue au sien, qui est un assemblage de cellules composées de feuillets aponévrotiques entrelacés, et dont l'intérieur est rempli d'albumine et de gélatine. Mais la forme générale de cet organe et sa position varient d'une espèce à l'autre.

647. Walsbi en répétant le« ^expériences de la torpille sur h

44 TKAtTÉ £LéllI£ITTAIES

mêlait de la limaille de ce métal à Teau dans laquelle rangtulk était plongée, celle-ci se ranimait et reprenait ses forces (i).

Ces assertions ont été entièrement détruites par plusieurs physiciens distingués, entre autres par Ingenbousz et SpaUanzani, qui, ayant répété, avec beaucoup de soin, les expériences indiquées par Schilling, n'ont pas remarqué que Faimant exerçât k plus légère action sur Tanguille (2). M. Hahn , professeur de Médecine à Leyde , qui a sagement discuté l'opinion de Schilling, observe que les fleuves d'Amérique, dans lesquels on trouve l'anguille de Surinam, charient du sable magnétique, et présume que des graius de ce sable s'étant attachés à la peau gluante du poisson , qui en était probablement tout couvert , au moment oh Schilling a fait ses expériences , ont pu être une des principales causes de l'illusion qui a séduit ce physicien (3).

845. Le docteur Bancroft paraît être le premier qui ait soupçonné de l'analogie entre les phénomènes de la torpille et ceux que produit l'électricité. Walsh s'étant proposé de vérifier cette naître si la torpille agirait de la même manière qu'une bouteille de Leyde chargée. On plaça un de ces poissons récemment retiré de l'eau sur une table oh était une serviette mouillée. On suspendit /au plancher deux fils courbes delaiton, à l'aide de deux cordons de soiequiles soutenaient par le milieu. L'un des fils de laiton reposait par yn bout sur la serviette mouillée, et était plongé par l'autre bout dans un bassin plein d'eàu posé sur une seconde table , ou l'on avait mis quatre autres bassins semblables. Le second fil métallique descendait par une de ses extrémités dans l'eau du dernier bassin. Cinq personnes étaient rangées autour de cette seconde table. La première plongeait un doigt d'une main dans le bassin où était le fil de laiton en communication avec la serviette

(i) G. W. Schilling, Diatribe de Morbo in Europd penè ignoto, Jaws dicto f 1770.

(3) Recueil de Mem. sur TAnalogie de rËlectricit^ et da Magiyiëtisme, par H. Van Swinden ; 1784 1 t I, p. 439 et suir.

(3) Ibid. p. 438.

DB physique; 45

moufflée, et un doîgt de l'autre main dans le bassin snirant Laseconde {^longeait un doigt d'une main dans ce même bassin ; et un doigt de l'autre main dans celui qui venait après, et ainsi de suite, jusqu^à oe que les cinq personnes communiquassent l'une avec l'autre, par l'intermède de l'eau contenue dans les cinq bassins. Walsk ayant pris le second fil de laiton par la partie située hors de l'eau , toucba le dos de la torpille avec l'extrémité de cette même partie, et à l'instant les cinq personnes ressentirent une commotion qui , suivant le rapport qu'elles en firent , ne différait de celle que fait éprouver l'expérience de Leyde , qu'en ce qu'elle était plus faible. Walsb, qui n'était point compris dans la chaîne, et n'avait ûdt que tenir l'excitateur , ne reçut aucune impression. Cette expérience fut répétée plusieurs fois, même par huit personnes, et toujours avec un égal succès. On remarqua que chaque effort que faisait la torpille, pour donner la commotion, était accompagné d'une dépression de ses yeux , à laquelle on pouvait mêmft

846. On a découvert la même vertu dans plusieurs autres poissons , dont les plus connus sont le gymnote engourdissant ou VanguiUe électrique de Surinam , dont nous avons déjà parlé (844), et le silure trembleur; d'où l'on voit que la propriété électrique, que l'on aurait été tenté de regarder comme l'indice d'un rapport générique entre les animaux qui la partagent, n'est qu'une qualité spécifique, qui forme comme des saillies dans des familles d'aQleurs très distinguées les imes des autres. 11 arrive ici à peu près la même chose qu'à l'égard des minéraux, ou la propriété de s'électriser par la chaleur est dispersée, pour ainsi dire, dans des espèces de différentes natures.

On retrouve dans les poissons électriques différens de la torpille, un organe analogue au sien, qui est un assemblage de cellules composées de feuillets aponévrotiques entrelacés , et dont l'intérieur est rempli d'albumine et de gélatine. Mais la forme générale de cet organe et sa position varient d'une espèce à l'autre.

^47. Walsby en répétant le« expériences de U torpille sur U

46 TRAITÉ £L:éM£NTAIRB

gymnote engourdissant , dont la vertu est beaucoup plus énergî* que y parvint à obtenir un effet qui acbeva de le confirmer dans l'opinion que le véritable agent était ici l'électricité. Il appliqua sur un morceau de verre une feuiUe d'étain , dans laquelle il avait laissé une petite séparation. Cette feuille avait ses deux bords en communication avec les corps à travers lesquels se faisait la décharge du poisson. A l'instant de cette décharge^ on voyait trës distinctement paraître une étincelle qui franchissait le petit intervalle pratiqué dans la feuiUe d'étain. Il fallait pour cela que le poisson fût exposé à l'air libre , et lorsqu'on essayait de faire l'expérience dans l'eau ^ on ne voyait plus d'étincelle (i).

848. Les effists des poissons électriques avaient été remarqués^ depuis long- temps , par les pécheurs. Redi rapporte que c'était une opinion généralement répandue parmi ces derniers , que la vertu de la torpille se communiquait à la main et au bras de celui qui la péchait , par l'intermède du filet et du bâton auquel ellis était suspendue (2). Les poissons doués de cette vertu s'en servent comme d'une arme invisible, pour transmettre à travers l^u une violente secousse aux poissons d'une eépfece différente, sur lesqueb ils se jettent après les avoir étourdis, et dont ils font leur proie.

849. Terminons cet article par quelques détails sur la théorie à l'aide de laquelle on a essayé de lier les phénomènes dont il s'agit avec ceux de Pâectricité ordinaire. Quoique Walsh eût tenté inutilement d'obtenir des attractions et des répulsions entre des balles de moelle de sureau suspendues à des fils qui communiquaient avec la torpille, il n'avait pas laissé de regarder ce poisson comme une es-* pèce d'instrument électrique'animé^ et il avait cherché à expliquer les différences qui modifiaient les rapports qu'il avait d'ailleurs avec la bouteille de Ley de. 11 observait que la même quantité de fluide électrique qui, concentrée dans cette bouteille, était capable de produire les effets connus de tous les physiciens , n'agirait

(1) Philosophie, TransacU , t. LUI, p.461, et t. LXIV , p. 465. (a) Experimentu circa res âiversas naturaUs,

DE PHYSIQUE. f^^

]4u8 de la même manière , si on la raréfiait en la distribuant sur plusieurs grandes jarres ^ dont les parties, garnies de feuilles d*étain , offriraient une surface totale quatre cents fois plus grande que celle des garnitures de la bouteille ; car alors il n'y aurait plus d'attractions ou de répulsions sensibles, tandis que le même fluide , ainsi dilaté^ serait encore capable de faire éprouver une commotioti, à l'instant où l'on déchargerait l'appareil. Or, cette distribution avait lieu dans la torpille, où le fluide électrique était répandu et raréfié sur la somme de toutes les surfaces des prismes qui formaient l'organe de ce poisson. C'était tout ce que la théorie pouvait alors suggérer de plus plausible; et ce qui est très remarquable, c'est que l'on n'ait pas balancé à faire dépendre de l'électricité ces phénomènes qui , dans la réalité, ne sont autre chose qu'un résultat de cette même action galvanique , qui , depuis , a donné naissance à de nombreuses discussions entre les savant des divers pays, sur la véritable nature du fluide qui la produit.

85o. Les physiciens qui sont venus après Walsh ont continua de comparer les comjnotions données par la torpille avec celles que l'on éprouve en se servant de la bouteille de Leyde. Mais de* puis les dédouvertes de Y olta , c'est la pile qui doit être le véritable terme de comparaison. Ce célèbre physicien présume que parmi les substances humides dont l'organe de la torpille est composé , les unes sont propres k faire naître la vertu électrique par leur contact mutuel , et les autres à la transmettre^ en sorte que la superposition des différentes couches formées de ces substances est analogue à celle des métaux et des conducteurs imbibés d'eau qui se succèdent dans la pile (i). La détermination exacte de ces mêmes substances et de leurs fonctions est l'objet d'un problème intéressant, dont la solution, réservée aux efforts réunis de la Physique et de la Zoologie , offrira une nouvelle preuve des secours mutuels que les sciences peuvent se prêter , en marchant de concert vers un même but.

(i) Annale» de Chimie; 3o firimaire an x , p* 25S*

Des Effets chimiques de l'Electricité

Galvanique.

Décomposition de l'Eau.

85 1. Deux savans anglais, Carlisle et Nicholson, ayant plon^ dans l'eau deux fils métalliques, dont l'un communiquait avec le disque supérieur d'une pile ordinaire , et l'autre avec le disque inférieur , aperçurent les indices de deux gaz qui se dégageaient a.ux extrémités de ces fils , et qu'ils reconnurent être les mêmes que ceux qui entrent dans la composition de Feau ( i).Pour £^re cette expérience, on se sert ordinairement d'un tube recourbé , dont les deux brandies sont remplies d'eau jusqu'àune certaine hauteur, et fermées avec des bouchons à travers lesquels on introduit les fils métalliques. Les extrémités de ces fils sont plongées dans l'eau , de manière à laisser entre elles un certain intervalle. L'oxigëne paraît sous la forme de bulles , à l'extrémité du fil en communication avec le disque de zinc qui produit l'électricité vitrée , et l'hydrogène se dégage , sous la même forme , à l'extrémité du £1 en contact avec le disque de cuivre qui forme la hase de la pile , c'estrà-dire de celui qui donne l'électricité résineuse. Si les métaux sont oxidables , on ne voit que très peu de bulles à l'extrémité du fil qui répond au disque de zinc , parce que ' l'oxygène se fixe sur ce fil, en même temps qu'il le fait passer à l'état d'oxide.

852. Ce nouveau phénomène attira bientôt l'attention des savans, et surtout des chimistes, auxquels il offrait un problème délicat à résoudre, pour le concilier avec la théorie relative à la nature de l'eau. On voulut d'abord savoir si l'oxigène et l'hydrogène provenaient de la même molécule d'eau , ou de deux molécules distinctes. On avait remarqué que quand on plongeait les fils dans deux vases séparés, il ne se faisait aucun dégagement de gaz ; mais cela pouvait venir de ce que la communication néces-* saire pour que la décharge de la pile eût lieu , se trouvait alors

(i) Bibliothèque Britannique, t. XV, p. il.

interrompue, Davy trouva un moyen fort simple pour prouver que c'était efiFectivement cette interruption qui erapécbaît les gaz de se dégager. Il plongea deux doigts d'une même main dans les deux vases , et aussitôt les gaz se montrèrent.

853. Ici se présentaient diverses questions. Peut-on concevoir que ce soit la même molécule d'eau qui se décompose, lorsqu'il y a un intervalle trës sensible entre les gaz qui se dégageiU? et si la décomposition a lieu par rapport à deux molécules différentes , que devient l'hydrogène à l'eadroitoii l'on n'aperçoit que del'oxîgène, et que devient à son tour l'oxigène, à l'endroit oîi l'hydrogène seul se manifeste ?

854. La solution la plus naturelle que l'on ait imaginée jusqu^ici cl-^ cette difficulté, est celle qui a été proposée par Monge et Bcr- Ihollet (i). Selon ces savans, le fluide vitré a la propriété de dégager l'oxigène préférahlement à l'hydrogène j c'est le contraire par rapport "au fluide résiueux. D'une autre ])art, l'eau a la faculté de recevoir , c*omme toutes les autres substances composées , différentes quantités relatives des principes qui concourent à sa formation. Ainsi Feau de la rosé© est oxigénée , et c'est pour cela qu'elle contribue au blanchiment des (ils et des toiles qu'on expose à l'air*, l'eau distillée, au contraire, est hydrogénée, et c'est à cela qu'elle doit cette saveur particulière qu'on lui fait perdre , en l'agitant fortement avec le contact de l'air. On peut donc supposer que dans l'expérience citée, l'eau de chaque vase , ou celle qui est renfermée dans chaque portion d'un même tube , conserve en excès celui des deux gaz qui ne manifeste pas sa présence.

855. Le pbénomène de la décomposition de l'eau , par l'électricité galvanique , offrait un nouvel objet de comparaison entre les effets de la machine ordinaire et ceux de la pile. Van-Marum a obtenu le même phénomène, en faisant passer une forte décharge

' à travers un fil de fer plongé dans l'eau (2). WoUaston a répété l'expérience avec un fil d'or très délié, tellement engagé dans un

(i) Stalique chimique, 1. 1, p. 216.

(a) Annales de Chimie, n» lai , p. 77.

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