VIL DU MAGNÉTISME
S5 8f. L'aimant a été regardé, pendant long-temps, comme une simple pierre qui avait la propriété d'attirer le fer , et la trace de cette opinion s'est conservée dans le langage vulgaire, qui désigne encore par le nom de pierre d'aimant , la mine tic fer naturellement pourvue de la propriété dont il s'agit. On aura juge de sa substance par les particules pierreuses dont elle est souvent mêlée , et qui lui sont purement accidentelles.
859. Les anciens ont connu la vertu attractive que l'aimant exerce sur lé fer*, ils avaient même remarqué qu'il communiquait au fer la vertu d'attirer un autre fer. Mais quoique l'aimant , par cette sympathie qu'il semblait montrer pour le fer >
dût être une de ces espèces de jouets que la curiosité se plaît i exercer 7 et qu'elle retourne de toutes les manières y la plus belle et la plus importante des propriétés de ce minéral ^ celle qui lui fait regarder le nord par une de ses extrémités, et le Sud par l'autre , a long-temps échappé à Tobservation. Il parait que c'est ▼ers le douzième siècle qu'a été faite cette découverte, dont plusieurs nations se disputent l'honueur.'
860. Les premières théories sur le magnétisme se ressentent des idées systématiques qui dominaient alors parmi les physiciens. Les tourbillons de Descartes avaient tellement séduit le» esprits, que l'on essaya d'en mettre partout» On en donna aux corps électriques. L'aimant eut aussi les siens. On imagina ensuite de simples effluves de matière magnétique, dont les molécules s'accrochaient les unes aux autres, ou prenaient un mouv^nent de recul, suivant la manière dont les effluves de deux aimans se rencontraient. Il y avait dans le fer des espèces de petits poils qui faisaient la fonction de valvules , pour permettre au fluide de passer dans un sens,«t lui refuser le passage quand il se présentait dans un sens contraire. Telle était entre autre l'opinion d& Dufay; et ce physicien célèbre, qui avait si bien vu le principe des mouvemens électriques , lorsqu'il en vint au magnétisme , ne donna qu'une machine de son invention, au lieu du mécanisme <^ la nature.
861. JËpinus est le prenlier qui, pour expliquer les phénomènes du magnétisme, ait employé de simples forces soumises au calcul. Ce fut en tenant une tourmaline , qu'il conçut l'idée qui a servi de base à sa théorie. Il venait de découvrir que les effets de cette pierre étaient dus à l'électricité , et avait remarqué qu'elle repoussait far un côté , et attirait par l'autre , im petit corps électrisé. Il donna à ces deux côtés le nom de pâles, et ce mot , qui aurait pu ne passer que pour une expression plus commode, devint, dans son esprit, le véritable mot II vit dans là tourmaline une espèce de petit aimant électrique; et comparant les phénomènes des vrais aimans avec oeux des corps isolans, il trouva que les actions des deux fluides pouvaient être ramenées aux mêmes lois, et joignit ainsi au mérite d^avoir pcn»
fectionné la théorie de l'électricité, et créé ponr ainsi diie la théorie du magnétisme, celui d'attacher à un même anneau ces deux grandes portions de la chaîne de nos connaissances.
Coulomh, en reprenant des mains d'JEpinus la première dé ces théories, pour lui donner un nouveau déreloppement, avait par là même contracté une espèce d'engagcfment de perfectionner encore la seconde; et l'exposé que nous ferons bientôt de ses résultats, prouvera combien il a été jfidèle à s'acquitter.