‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 112 sur 186 · DORURE GALVANIQUE · texte numérisé non relu

DORURE GALVANIQUE

hasard a été pour quelque chose dans la découverte-de la galvanoplastie , on peut dire que l'art de dorer, argenter... au moyen de la pilera été inventé à la suile de recherches directes, provoquées par le désir de substituer à la méthode meurtrière du mercure, des procédés n'offrant aucun danger pour la santé des opérateurs. On sait que pour dorer ou argenter par le mercure, on étend sur la surface bien décapée du cuivre, du bronze , une couche d'un amalgame d'or ou d'argent ; on chauffe pour faire évaporer le mercure, et le métal précieux reste adhérent à la surface. Or, la présence des vapeurs de mercure est un danger pour la santé et même pour la vie des opérateurs, danger que les fourneaux perfectionnés de d'Arcet n'ont pu faire disparaire entièrement, à cause de l'insouciance des ouvriers, qui ne se conforment qu'avec répugnance aux précautions prescrites.

C'est en 1823 qu'eurent lieu les premiers essais de dorure galvanique ; essais faits parM.de La Rive. Brugnatelli, dès 1805, avait bien doré de grandes médailles, en les tenant plongées dans une dissolution d'ammoniure d'or, pendant qu'elles communiquaient avec le pôle négatif d'une pile ; et M. Becquerel, au milieu de ses «recherches sur la réduction de divers minerais par l'électricité, avait aussi obtenu des dépôts métalliques adhérents, sur des corps conducteurs. Mais ces expériences n'avaient pas été l'objet d'applications industrielles. Les premiers essais de M. de La Rive ne le conduisirent d'abord qu'à dorer le platine ; les autres métaux étaient attaqués par la dissolution , ce qui empêchait l'or d'adhérer. Plus tard, encouragé par les résultats obtenus dans la galvanoplastie, il reprit ses recherches et parvint à dorer l'argent et le laiton, par le moyen suivant : le métal à dorer était suspendu dans une dissolution neutre et très étendue de chlorure d'or renfermée dans un sac en vessie. Ce sac était plongé lui-même dans un vase de verre rempli d'eau légèrement acidulée avec de l'acide sulfurique , et entouré d'un manchon en zinc uni par un fil d'argent au métal à dorer, et destiné à fournir l'électricité. La dorure obtenue par ce moyen n'avait pas toute la solidité désirable ; mais le principe était trouvé, et il n'y avait plus qu'à perfectionner, et surtout à trouver des dissolutions d'or plus convenables que le chlorure simple. M. Elsner fit faire un grand pas à la question, en découvrant que le défaut d'adhérence provenait de ce que le métal à dorer était attaqué par l'acide mis en liberté dans la dissolution. M. Bœttger ayant alors employé une dissolution de chlorure double d'or et de potassium, parvint à dorer le fer et l'acier. Au mois de janvier 1841, M. Perrot, de Rouen, présenta à l'Académie des sciences des objets en argent, cuivre, acier, fer, parfaitement dorés, et du fer recouvert d'une couche adhérente de platine, cuivre, zinc. C'est vers cette époque que nous trouvons les premières publications de M. de Ruolz, qui a posé le premier, d'une manière nette, les conditions d'une complète réussite. Connu comme compositeur de musique, il se fit industriel à la suite de revers de fortune, et

1 Annales de chimie et ds physique, 2e série, t. LXXIHï, p. 398.

chercha avec persévérance les moyens de dorer avec certitude par la pile. H résolut complètement le problème, découvrit plusieurs dissolutions remplissant les conditions nécessaires , et étendit le procédé à d'autres métaux que For : l'argent, le platine, le cuivre, le zinc, etc. Le Mémoire où il décrit ses procédés a été lu à l'Académie des sciences en août 1841. Au moment où H se proposait d'exploiter sa découverte, un industriel anglais, M. Elkington , exhiba un brevet pris en France pour la môme invention, 'et antérieur de quelques jours à celui de M. deRuolz. M. Elkington exploitait à Birmingham, depuis 1836, un procédé de dorure sans mercure, imaginé par M. Wright , et dit dorure au trempé ; mais ce procédé ne s'appliquant qu'aux alliages du cuivre, il fit de nouvelles recherches, à la suite desquelles il se trouva en possession de procédés semblables à ceux de M. de Ruolz. Les deux inventeurs eurent le bon esprit de s'associer pour exploiter conjointement leur découverte. Nous devons dire enfin que M. Boquillon a revendiqué de son côté la découverte dé plusieurs conditions nécessaires au succès complet de l'opération.

4589. Dorure an trempé oa par Immersion. — Ce procédé , dans lequel on n'emploie pas directement l'électricité, a été exploité, dés 1836, par M. Elkington ; il ne convient qu'au cuivre et à ses alliages. Depuis longtemps, les horlogers doraient, par un procédé semblable, de petites pièces de cuivre et même d'acier , en les plongeant dans une solution bien neutre de chlorure d'or ; mais l'acide mis en liberté par le dépôt de l'or, déterminait une oxydation, dont les effets ne tardaient pas à se montrer. Pour éviter cet inconvénient, il fallait employer une dissolution renfermant un alcali qui pût neutraliser l'acide abandonné par l'or. On connaissait, depuis Macquer, la dissolution de l'or dans les carbonates alcalins ; et Proust, puis Pelletier et Duportal, purent dorer avec une semblable dissolution; mais aucun d'eux ne pensa h faire passer ces expériences dans le domaine de la pratique ; c'est ce qu'a fait le premier M. Elkington. Voici comment il prépare le bain d'or : on dissout 155 gr. d'or dans un mélange formé de poids égaux à 435 gr., d'eau, d'acide azotique ayant pour densité 1,45, et d'acide chlorhydrique ayant pour densité I,i5 ; on chauffe pour clarifier, on décante et on verse dans un vase de fer. On étend de 18 litres d'eau, on ajoute 9 kil. de carbonate de potasse, et l'on fait bouillir pendant deux heures. Le bichlorure d'or se transforme alors en protochlorure, ce que l'on reconnaît à la teinte verdâtre que prend la dissolution. Du sel d'oseille et d'autres matières organiques ajoutées au mélange, favorisent la réaction ; il en est de môme des impuretés que peut contenir le carbonate dépotasse. La qualité principale de cette dissolution est d'être alcaline, de sorte que le cuivre ne peut être attaqué par l'acide mis en liberté.

Pour dorer du cuivre ou du laiton, il suffit de les plonger dans la dissolution bouillante, et l'opération est terminée en un instant. On lave ensuite à grande eau, et l'on sèche dans la sciure de bois chaude. Ce procédé ne donne qu'une dorure très faible , qui serait bientôt usée par le frottement ; elle ne peut donc remplacer la dorure au mercure. Tandis que celle-ci dépose de 50

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