ACTIONS LENTES
manière à ne laisser sortir l'électricité que parleur extrémité. En les déplaçant convenablement, on modifie à volonté l'épaisseur du dépôt aux différents points, de manière à obtenir la nuance désirée. Au moyen de 6 couples de cuivre et zinc amalgamé chargés avec de l'eau faiblement acidulée, l'opération est terminée en une ou deux minutes. On lave ensuite à grande eau, et l'on sèche. D'après M. Becquerel, la dissolution est un plombate de potasse, et l'oxyde de plomb se dépose sur l'électrode positif en passant à l'état de peroxyde, aux dépens de l'oxygène de l'eau décomposée. Quand le courant est trop fort, on a un dépôt jaune non adhérent, que M. Becquerel regarde comme formé de peroxyde combiné avec un équivalent d'eau.
L'or, l'argent, le platine, le cuivre, l'acier, le maillechort..., peuvent ainsi recevoir les couleurs les plus vives ; la nuance dépend de l'épaisseur de la couche, et aussi de la couleur du métal ; car le dépôt est tellement mince, qu'il est transparent Le succès tient surtout au soin que l'on apporte à rendre bien nette la surface à recouvrir. L'or, le platine, le fer et l'acier sont simplement lavés à la brosse dans une eau alcaline ; le cuivre et ses alliages sont décapés dans les acides, comme pour la dorure. Il faut éviter de toucher la surface avec les doigts. Malgré les précautions les plus minutieuses, l'opération peut manquer ; on plonge alors la pièce dans l'acide acétique, pour enlever la couche d'oxyde, et l'on peut ensuite recommencer.
Les couleurs dues h l'oxyde de plomb s'altèrent à l'air par l'action des exhalaisons acides ou ammoniacales, qui enlèvent de l'oxygène au peroxyde. Pour éviter cet inconvénient grave, M. Becquerel recouvre la pellicule colorée, d'un vernis saturé d'oxygène. Pour préparer ce vernis, on chauffe modérément pendant deux heures dans un pot vernissé, un demi-litre d'huile de lin mêlée avec 4 à 8 grammes de litharge et 2 grammes de sulfate de zinc; on filtre ensuite, pour séparer l'excès de litharge. Ce vernis s'applique simplement au pinceau. S'il était trop épais, on y mêlerait de l'essence de térébenthine, purifiée de tout acide en la faisant bouillir sur de la litharge.
. VI. Applieatlens diverses. — Aottens lentes produites par les courants très faibles.
4SS4. Nous venons de décrire les applications que l'on fait de la précipitation électro-chimique des métaux ou de leurs oxydes. L'électricité peut encore produire d'autres effets quand elle agit très faiblement pendant un temps très long ; elle peut alors précipiter des substances qui ne peuvent l'être par des courants à forte tension, et produire des combinaisons inconnues dans les laboratoires de chimie, mais que la nature, qui dispose d'un temps illimité, offre toutes formées à l'étude du minéralogiste. M. Becquerel, qui s'est le premier livré à des recherches suivies sur les actions lentes de l'électricité, est parvenu à obtenir un grand nombre de composés curieux, et à lever ainsi un
coin du voile qui cache leur mode de formation dans le sein de la terre '. Nous allons citer quelques eiemples, susceptibles de donner une idée des différentes méthodes employées dans ce genre de recherches. Commençons par la précipitation de corps simples.
Silicium. — Davy ne put décomposer la silice au moyen d'une pile à très forte tension ; M. Becquerel en a séparé le silicium par le moyen suivant : deux tubes verticaux (fig. 1176) plongent dans un flacon plein d'eau salée; ils sont bouchés à leur partie inférieure avec de l'argile imbibée d'eau salée, et retenue par un linge. L'un des tubes est rempli de silice en gelée dans de l'acide chlorhydrique du commerce, qui contient un peu de fer. L'autre tube est rempli d'une dissolution saturée de sel marin. Dans ce dernier plonge une lame de zinc /, et dans l'autre une lame de platine /'. On fait communiquer ces deux lames, à l'extérieur, au moyen d'un fil métallique; alors, l'acide chlorhydrique est décomposé, l'hydrogène à l'état . naissant décompose la silice et l'oxyde de fer, et il se dépose de petites lamelles de siliciure de fer, puis des lamelles de silicium qui conservent leur éclat tant que dure le courant Si le courant cesse, elles sont promptement dissoutes. Quand on veut les conserver, on les retire rapidement du tube, on les lave, on les fait sécher dans le vide, et on les introduit avec du potassium, dans un tube qu'on scelle à la lampe.
Aluminium. — Ce métal, qui ne peut être séparé directement de l'alumine par un courant à forte tension, peut être précipité par de très faibles courants. M. Becquerel verse dans un tube en U dont les deux branches sont séparées par de l'argile humide, d'un côté une dissolution concentrée de chlorure d'aluminium dans laquelle s'enfonce une lame de platine, et de l'autre de l'eau salée, avec une lame de zinc. Les deux lames étant unies par un fil métallique , le platine se recouvre peu à peu de cristaux d'aluminium contenant un peu de fer. Le magnésium, le zirconium ont été précipités par le même moyen.
Arbre de satané. — On remplit un flacon, d'une dissolution limpide d'acétate de plomb. Au bouchon, est fixée une lame de zinc à laquelle on accroche plusieurs fils de laiton qui plongent, ainsi que le zinc , dans la dissolution. Le bouchon est luté avec soin avec de la cire. Le zinc et le laiton forment un couple ; le zinc attaqué prend l'électricité négative et la transmet au laiton, et le fluide positif se répand dans le liquide, de manière à former un courant qui va du zinc au cuivre. Ce courant décompose l'eau, et l'hydrogène transporté sur le cuivre, réduit l'oxyde de plomb et précipite le métal sous forme de lamelles brillantes, qui apparaissent à la partie supérieure des fils , se multiplient et grandissent, en formant des ramifications , nommées arbre de saturne, dont la disposition
1 Traité d'eîectro-chimie, et Annales de chimie et de physique, patsim.