‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 117 sur 186 · CONSTITUTION DU COURANT · texte numérisé non relu

CONSTITUTION DU COURANT

près des bords. On peut encore appuyer en deux points quelconques de cette bande, les deux bouts du fil d'un réomètre ; si Ton fait en sorte que les deux points touchés soient sur des perpendiculaires à la longueur de la bande toujours également espacées, le réomètre donne les mêmes indications.

Si la plaque n'avait pas une dimension plus grande que les deux autres, la diffusion se montrerait encore, mais l'intensité ne serait plus la même partout; les lignes de même intensité présenteraient des formes ovales en formant une figure semblable à l'œuf électrique. M. Kirchoff a soumis au calcul la distribution de l'électricité dynamique passant entre deux points dans une plaque et dans un corps à trois dimensions. Nous verrons plus loin & quels résultats il est parvenu (1 624) .

M. de La Rive a constaté la diffusion des courants dans les liquides électrolysés. Pour cela, il fait arriver l'électricité dans un baquet rempli d'eau salée ou acidulée, par deux boules en platine de 1 centimètre de diamètre , soutenues par des fils enveloppés d une couche isolante. Les boules sont situées sur un même diamètre du baquet, et à la même distance de l'axe. Les deux extrémités en platine du fil d'un réomètre , sont maintenues à une distance constante l'une de l'autre, et plongées, toujours à la même profondeur , en différents endroits du liquide ; lia portion du courant qui traverserait l'espace compris entre les deux fils , passe ainsi dans le réomètre qui présente une moindre résistance que le liquide , et l'on trouve qu'il y a des courants dans toutes les parties du liquide, même derrière les pôles. L'intensité est la plus grande sur la ligne qui joint les centres des électrodes , et va en diminuant sur cette ligne, de chaque boule au milieu de l'espace qui les sépare ; ce qui montre que les courants s'épanouissent , comme l'électricité dans l'œuf électrique. Du reste, cette diffusion des courants est d'autant plus prononcée que le liquide est moins bon conducteur. M. Matteucci est arrivé aux mêmes résultats par une méthode semblable.

4SS8. Plusieurs couraats peaveat se croiser sans se aiedlller. — M. Marianini a constaté cette loi en faisant passer deux courants à travers de l'eau acidulée, et en disposant les lignes des électrodes de l'un d'eux obliquement par rapport à la ligne des électrodes de l'autre. Même quand l'angle est très petit, et que l'un des courants est beaucoup plus fort que l'autre , on trouve que chacun d'eux agit de la même manière sur le réomètre quand il passe seul et quand il passe en même temps que l'autre. Trois courants perpendiculaires entre eux ne se modifient pas davantage. Il en est de même de plusieurs courants parallèles de même sens ou de sens contraires très rapprochés les uns des autres dans le même liquide, et provenant de piles distinctes. Enfin, si plusieurs courants parcourent en même temps le fil d'un réomètre, chacun d'eux agit comme s'il était seul. Pour s'en assurer, on fait passer un des courants seul, et l'on observe la déviation d qu'il produit ; puis on fait passer un second courant seul, et, en tournant convenablement le cadre du réomètre par rapport au méridien magnétique, on ramène l'aiguille au zéro ; 111 33

on fait alors passer le premier courant conjointement avec le second, et l'on trouve que l'aiguille donne de nouveau la déviation d l.

4599. Etat de réie«triclté dans les courants. — Les propriétés qui précédent sont incompatibles avec la supposition d'un transport réel des électricités à travers les conducteurs ; car, dans ce cas, il y aurait un écoulement d'électricité positive prés du pôle positif de la pile, et d'électricité négative, prés du pôle opposé. Au milieu du fil conjonctif, il y aurait l'état neutre, et il serait impossible de concevoir que les effets fussent les mêmes dans tous les points du circuit. On doit donc considérer d'une tout autre manière l'état de l'électricité dans un courant continu.

Voici comment on le conçoit aujourd'hui : les électricités qui se portent aux pôles de la pile décomposent par influence le fluide neutre des molécules les plus rapprochées, du fil conjonctif. Ces molécules ainsi polarisées agissent sur les molécules suivantes, qu'elles polarisent à leur tour, et ainsi de suite de proche en proche, comme dans les tubes étincelants. Cette polarisation a lieu dans les mauvais conducteurs comme dans les bons conducteurs (1353) ; mais dans les premiers, à moins de très grandes tensions , les électricités séparées dans les molécules ne peuvent en sortir en franchissant l'espace qui les sépare. Dans les bons conducteurs , au contraire, l'électricité passe facilement d'une molécule à l'autre en produisant des décharges , comme dans les tubes étincelants, et c'est par cette série de décharges que se propage l'électricité, comme nous avons déjà eu l'occasion de l'énoncer (1442). Nous avons une image fidèle de la diffusion des courants jjans les larges conducteurs , par l'expérience des carreaux magiques (1286). Nous avons dit aussi comment M. Faraday explique, par la polarisation des molécules, le passage de l'électricité à travers les gaz, quand elle s'échappe par des pointes; en formant des aigrettes lumineuses ou invisibles (1287). Nous avons vu enfin, comment M. de La Rive rend compte, au moyen de ces décharges intermoléculaires, de réchauffement des conducteurs traversés par les courants (1522).

Dans cette théorie de la propagation de l'électricité, on conçoit qu'il doit exister une résistance aux décharges intermoléculaires ; que cette résistance doit dépendre de la facilité avec laquelle la décomposition par influence se fait dans les molécules du corps, et de la distance de ces molécules; ce qui nous explique pourquoi la conductibilité varie d'une substance à une autre, et dans une même substance avec la température (1527). On conçoit aussi que l'électricité éprouvera d'autant plus de difficulté à passer, que la section renfermera moins de molécules, et que la longueur du conducteur sera plus grande; c'est, en effet, ce qui a lieu. Mais avant d'entrer dans l'étude de ces influences, nous allons chercher à nous rendre compte de la rapidité avec laquelle se propage l'électricité.

1 Annales de chimie et de physique, 2e série, t. XLII, p. 434.

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