‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 133 sur 186 · CONDUCTIBILITÉ DES LIQUIDES · texte numérisé non relu

CONDUCTIBILITÉ DES LIQUIDES

On voit que la dissolution qui conduit le mieux, conduit à peu près un million de fois moins que l'argent.

4640. Iaflueaee des quantités de sel dissous. — Les sels peuvent se diviser en deux classes : ceux dont la solution présente un point de saturation, et ceux qui, étant déliquescents, se dissolvent en toutes proportions. Les dissolutions des premiers, comme le sulfate de cuivre, le sel marin, conduisent d'autant mieux l'électricité qu'elles sont plus concentrées. En appelant C leur conductibilité, et q la quantité de sel dissoute dans l'unité de volume, M. E. Becquerel représente la résistante R par la formule empirique :

A et B sont des constantes qui dépendent de la nature du sel et de sa température, et que l'on détermine au moyen de deux valeurs de R ou C correspondantes à deux valeurs de q. Cette formule exprime que les conductibilités et les poids de sel renfermés dans le même volume, forment les abcisses et les ordonnées d'une hyperbole équilatére dont les asymptotes sont parallèles aux axes des coordonnées.

La conductibilité des dissolutions des sels déliquescents, comme le nitrate de cuivre, le sulfate de zinc, va d'abord en augmentant avec le degré de concentration, et finit par atteindre un maximum, à partir duquel elle diminue quand on ajoute du sel; de sorte que certaines dissolutions concentrées, ou très étendues d'un môme sel, peuvent donner les mêmes résultats. Il existe un maximum semblable pour les mélanges d'eau et d'acide sulfurique; car l'eau acidulée conduit mieux que l'eau pure et que l'acide concentré. La formule [1] s'applique aux sels déliquescents, pour les états de concentration inférieurs au maximum de conductibilité. Nous devons dire, cependant, qu'il résulte d'expériences de M. Marié-Davy sur le sulfate de zinc, qu'il y aurait, au moins pour ce sel, deux maximum de conductibilité : l'un quand la* dissolution a pour densité 1,0542, l'autre, qui est celui qu'a trouvé M. E. Becquerel, quand elle a la densité 1,2537 '.

Antérieurement aux recherches que nous venons de citer, M. Matteucci est arrivé à plusieurs résultats remarquables *. Il compara les conductibilités d'un certain nombre de sels anhydres à l'état de fusion ignée : le courant d'une pile traversait d'abord un voltamètre, A, puis se bifurquait : un des courants partiels traversait un second voltamètre, a, et l'autre, la substance à étudier. La différence entre les volumes de gaz recueillis dans les deux voltamètres A, a, représentait la quantité d'électricité qui traversait la substance, et, par conséquent , était proportionnelle à sa conductibilité. Après avoir constaté qu'il n'y a aucune relation entre la conductibilité à l'état de fusion, et la composition chimique ,

1 Annales de chimie et de physique, 3e série, t. XIX, p. 422. 3 Annales de chimie et de physique, 3« série, t. XV, p. 498.

M. Hatteucci compara le pouvoir conducteur d'un certain nombre de sels en fusion, à leur conductibilité en dissolution concentrée. Il trouva que les sels qui, fondus, conduisent mieux que l'eau, conduisent beaucoup moins en dissolution concentrée qu'à l'état de fusion. C'est ce qui a lieu pour les nitrates de potasse et d'argent, les chlorures de sodium et de calcium, l'acétate de plomb : quand le sel dissous était placé dans l'un des courants partiels, à la place du voltamètre, tout le courant passait par le sel en fusion. Ayant ensuite comparé entre elles les dissolutions des mêmes composés, il reconnut que celles qui conduisaient le mieux étaient celles qui contenaient le sel le meilleur conducteur à l'état de fusion. D'où il conclut que le courant est transmis par le corps dissous , et que l'eau ne fait que lui donner l'état liquide nécessaire à lYJectrolyse. Des expériences faites avec le nitrate d'argent dissous dans l'eau et dans l'alcool, l'ont conduit à admettre que la conductibilité de la dissolution est la môme, quand la distance entre les molécules du nitrate dissous est aussi la même.

Il résulte de ce qui précède, que les sels qui, fondus, conduisent moins bien que l'eau , doivent avoir une conductibilité plus grande à l'état de dissolution qu'à l'état de fusion ; c'est, en effet, ce qui a été constaté sur les protochlorures d'antimoine et d'étain. Le bichlorure d'antimoine et le perchlorure d'étain, qui ne conduisent pas du tout à l'état de fusion, ne devraient pas conduire, et par conséquent ne pas se décomposer, quand ils sontdissous. Aussi M. Matteucci admet- il que leur décomposition n'est qu'un effet secondaire produit par les éléments du dissolvant préalablement décomposé.

Le même physicien a encore reconnu que, si l'on ajoute un nouveau sel à une dissolution saline, sa conductibilité est augmentée comme si le premier sel n'existait pas, pourvu qu'il ne se forme pas de précipitation. Il en résulte que, si l'on mêle plusieurs sels à une dissolution, on augmentera considérablement sa conductibilité. C'est ainsi qu'en ajoutant du chlorure de cuivre, du protochlorure d'étain et du chlorure d'iode à une dissolution de sel marin, on lui donne une conductibilité qui se rapproche de celle des métaux.

1641. inflaeaee de 1* température. — Pour comparer les conductibilités des liquides à différentes températures, M. E. Becquerel chauffait au bain-marie l'éprovvette ab {ftg. 4904), jusqu'à ce que la température parût fixe. Des expériences faites sur des dissolutions des sulfates de cuivre et de zinc, et sur l'acide nitrique, ont prouvé que la chaleur augmente le pouvoir conducteur des liquides, au lieu de le diminuer comme pour les métaux. Cela vient de ce que la chaleur facilite l'électrolyse , à la faveur de laquelle l'électricité se propage dans les liquides. II suffit d'une différence de 90 à 30° pour doubler leur conductibilité; à 100° , elle peut être jusqu'à 4 fois plus grande qu'à 0° ; tandis que celle des métaux diminue, entre les mêmes limites , dans des rapports beaucoup plus faibles , dont les extrêmes sont |f et jf, qui correspondent au mercure et à l'étain.

L'influence de la température sur la résistance des liquides a aussi été étudiée

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