THÉORIE DE FARADAY
qui contenait de l'air : il a trouvé la tension du bouton du premier plus grande que la moitié de sa tension primitive.
M. Harris, M. Masson et M. Belli ont aussi fait des expériences sur les pouvoirs inductifs. M. Harris employait des condensateurs plans, dont il changeait la lame isolante, en suivant la marche que nous venons de décrire. Voici quelques résultats trouvés par M. Faraday, (F), et par M. Harris, (H) :
spermaeeti (F), vtrre{¥), retint {H), poix (H), cire d'abeille (H), gomme laque (F), $oufre(¥). 4,45 4,76 4,77 4,80 4,86 2,00 2,24
Les différents gaz, comprimés ou raréfiés, à 0° ou à 200°, ont présenté le même pouvoir inductif.
1359. De la théorie électrique de M. Faraday. — Noua voyons que le milieu isolant interposé entre deux conducteurs, joue un rôle actif dans l'induction. M. Faraday va plus loin et considère ce milieu comme nécessaire à l'induction, et ce ne serait que par suite dune décomposition moléculaire d'électricité neutre se propageant de proche en proche avec une rapidité extrême et comme cela a lieu dans les tubes étincclants, que l'induction se produirait à distance. En partant de là, M. Faraday a été conduit à formuler une nouvelle théorie des phénomènes électriques, dans laquelle il repousse les actions à distance (si ce n'est à la distance des molécules), et les ramène toutes à des effets d'induction se manifestant par la polarisation électrique. Cet éminent physicien admet que l'état électrique absolu d'un corps ne peut exister sans qu'il y ait à l'extérieur des corps conducteurs ou isolants dans un état électrique opposé ; de même qu'un ressort ne peut être tendu et prêt à agir qu'autant qu'il existe une réaction égale à l'action dont il est capable, et exercée en sens contraire sur quelque obstacle. Dans cette théorie, l'accumulation de l'électricité à la surface des conducteurs ne serait qu'apparente; dans Tintérieur, on ne trouverait pas d'électricité, parce que toutes les particules se neutraliseraient mutuellement, tandis que les molécules de la surface, recevant l'induction des corps extérieurs, leur électricité deviendrait sensible. Si cette électricité est plus marquée aux points saillants des surfaces, c'est que ces points sont exposés aux actions inductrices des corps environnants, dans un plus grand nombre de directions. Quand cette induction est très forte, comme aux pointes, il y a dans le milieu ambiant des décharges moléculaires qui forment les aigrettes lumineuses. Les corps électrisés de la même manière s'écartent, non par la répulsion des fluides qu'ils contiennent, mais par l'attraction des molécules polarisées du milieu ambiant ou des corps placés en dehors de part et d'autre, lesquelles sont constituées, par induction, dans un état électrique opposé.
Nous ne donnerons pas de plus longs détails sur cette théorie très ingénieuse et très profonde ; mais nous ferons remarquer que le point de départ est l'induction et son explication par la polarisation des diélectriques. Or, cette
explication est contredite par certaines expériences de M. Matteucci1, faites avec la balance électrique décrite plus haut (fig. 10f5). Quand les boules électrisées se sont écartées d'une certaine quantité, on introduit une lame isolante dont une des faces est garnie d'une feuille d'étain communiquant avec le sol, et dont l'autre face s'applique sur la boule fixe; cette boule forme ainsi la seconde armature d'un petit condensateur. On voit aussitôt la balle mobile se rapprocher; et, en détordant le fil de manière à reproduire le même écart, on peut évaluer la force répulsive qui reste. Quand on ôte ensuite la lame isolante, après 5 minutes de contact, on évalue de môme la quantité d'électricité emportée par cette lame, en reproduisant encore l'écart primitif. On peut comparer ainsi les degrés d'induction de différentes lames interposées entre deux armatures. On trouve d'abord que les répulsions électriques pendant le contact, et après qu'on a enlevé la lame, sont beaucoup plus petites quand la lame est armée d'une feuille d'étain que lorsqu'elle est nue (1350); ce qui montre encore que la perte est due à la pénétration des fluides, et que les différences observées dans la comparaison des pouvoirs inductifs pourraient bien provenir, presque en totalité, d'une cause analogue. Pour vérifier cette conjecture, M. Matteucci construisit une petite caisse, en réunissant avec de la gomme laque, des feuilles de mica laissant entre elles un espace de I0œm. Il recouvrit les deux faces de cette caisse, dune couche de gomme laque de 2m",5 d'épaisseur, et opéra comme nous venons de le dire, avec cette caisse pour lame isolante. H répéta ensuite l'expérience, après avoir coulé du soufre dans l'intérieur, qui d'abord lie contenait que de l'air ; et il trouva les mêmes résultats. Deux lames différentes produisent donc les mêmes effets quand les couches superficielles qui les terminent sont les mêmes ; les parties intérieures n'ont donc pas d'influence, ce qui est en contradiction avec la supposition que l'induction est produite par la polarité du diélectrique interposé. Des expériences faites avec une lame de soufre, ou avec des lames de verre ou de gomme laque recouvertes d'une couche de soufre suffisamment épaisse , ont conduit à la même conclusion.
Remarquons encore que l'induction a lieu à travers un récipient vide, quelles que soient ses dimensions, avec la même intensité que lorsqu'il est rempli d'air, ou de tout autre gaz à une pression et une température quelconque. La nature des molécules interposées, et leur état de condensation, devraient pourtant avoir une influence sensible sur l'induction, si elle était* la conséquence d'une polarité préalable du milieu interposé. L'explication de la répulsion ne peut convenir au cas des corps dans le vide, où elle s'exerce sensiblement avec la même intensité que dans l'air (1223). D'un autre côté, les actions à distance (qu'il faut bien admettre aussi dans la théorie de M. Faraday pour la distance des molécules) n'ont rien qui répugne à l'esprit, puisque nous les voyons s'exercer à des dislances immenses entre les corps célestes, et aussi entre les aimants séparés par des substances non magnétiques.
Nous pensons donc pouvoir conclure de ce qui précède, que la théorie dans
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laquelle on considère l'électricité comme un fluide agissant à distance est toujours celle qui, jusqu'à présent, explique le mieux l'ensemble des phénomènes électriques. Le fait de la polarisation dans des corps isolants ne lui est pas contraire, et vient même la compléter, en montrant comment les deux électricités prennent naissance dans les molécules, pour les quitter ensuite, et venir à la surface, quand les corps sont bons conducteurs.
La propagation de l'électricité par des décharges successives entre les particules, constitue un phénomène à part, établi et généralisé par M. Faraday, mais qui est relatif à la manière dont le fluide se déplace dans les corps. Ici la polarisation moléculaire explique bien ce qui se passe dans les aigrettes électriques ; elle n'est nullement en contradiction avec la théorie de Symmer, et ne fait qu'interpréter un phénomène particulier, au moyen des principes mêmes de cette théorie.