I. 9a tonnent
1360. La découverte des principales propriétés de l'électricité a permis d'expliquer divers phénomènes atmosphériques dont la cause était restée inconnue jusque-là. Un des plus remarquables est le phénomène du tonnerre, qui accompagne les orages. Un orage consiste en une pluie, ordinairement à grosses gouttes, tombant de nuages épais, au milieu desquels s'élancent de longs sillons de lumière, ou éclairs, suivis d'un bruit intense nommé roulement du tonnerre. Quand l'éclair aboutit à un point de la surface de la terre, on dit que ce point est frappé par la foudre. La foudre n'est donc autre chose que l'éclair arrivant jusqu'à terre1. On dit alors vulgairement que le tonnerre tombe.
De la eaose du tonnerre. — Les plus anciens philosophes regardaient le tonnerre comme un attribut de la divinité ; quelques-uns en faisaient un esprit, et n'en cherchaient pas davantage. Suivant d'autres, le tonnerre était le résultat de la rencontre de certaines influences que se renvoyaient mutuellement les astres ; ou bien le produit d'émanations s'élevant de la terre; idée ridiculisée par Aristophane dans sa comédie des Nuées. Sénèque explique le tonnerre par le choc des nuages poussés les uns contre les autres ; opinion développée par Lucrèce, dans le dernier chant de son poème de rerum naturâ. Les physiciens ont d'abord attribué ce météore à l'inflammation de certaines exhalaisons venues de la terre; les chimistes, à la réaction d'un mélange do nitre, soufre, fer, esprits acides, huiles essentielles, qu'ils supposaient exister
1 Sénèque faisait déjà cette distinction : a Pulguratio est fnlmen, non in terras usque perlatum. . Et rnrsns licet dieu, fulmen esse (ulgorationem, usque in terras perductam (JVoiurûJ. quœtt., lib. H, cap. XXI). »
dans les régions supérieures de l'atmosphère. L'identité de composition de l'air à toutes les hauteurs, démontre l'inanité de ces systèmes.
Ce n'est qu'après la découverte de l'étincelle électrique, que l'on commença à soupçonner la véritable cause du tonnerre. Wall, qui, le premier, obtint d'un gros morceau d'ambre des étincelles assez fortes, compara leur éclat à celui de« Téclair, et le bruit qui les accompagne, -à celui du tonnerre, sans qu'il paraisse cependant qu'il ait eu d'autre intention que de faire un rapprochement curieux. Gray, en 4 735, semble avoir le premier soupçonné une analogie entre l'étincelle et Téclair. La même idée est formulée d'une manière très nette par Nollet : après avoir combattu l'hypothèse, adoptée par Newton, que le tonnerre est dû à un « mélange d'exhalaisons capables de s'enflammer, en fermentant, ou par le choc et la pression des nuées..., » il fait connaître les motifs spécieux qui lui font supposer que le tonnerre a pour cause l'électricité, et que les effets merveilleux qu'elle engendre entre nos mains « sont de petites imitations de ces grands effets qui nous effrayent, et que tout dépend du même mécanisme l. »
On n'avait encore fait que des conjectures et quelques rapprochements plus ou moins heureux, lorsque Franklin, en étudiant la bouteille de Levde, parvint à fondre des fils métalliques par sa décharge, et à volatiliser la dorure d'un objet de bois, sans le brûler. 11 compara ce résultat à certains effets de la foudre, qui fond l'argent dans une bourse sans l'endommager, la pointe d'une épée dans son fourreau qui reste intact, et le fer d'un javelot sans brûler le bois. Dès lors, Franklin eut des idées bien arrêtées sur l'origine électrique du tonnerre ; il ne lui manquait qu'une preuve directe de la présence de l'électricité dans les nuages orageux, et cette preuve, il travailla avec ardeur à l'acquérir. Il venait de découvrir le pouvoir des pointes, et pensa d'abord à s'en servir pour soutirer, suivant l'expression erronée d'alors, le fluide des nuages. Il songea même, dés ce moment, en 4749, à l'application au paratonnerre. Il se proposait de planter une pointe de fer isolée, au sommet d'un clocher que l'on construisait à Philadelphie, et, en attendant, il publia ses idées, et indiqua les moyens de les mettre â exécution. D'Alibart, répondant le premier à cet appel, dressa dans une plaine élevée, à Marly-La-Ville, une barre de fer, abo (fig. 4019) de 44 mètres de hauteur, terminée en pointe, s'appuyant en o
1 Leçons de physique exjdrimentale (ATH), t. IV, p. 344.
sur un tabouret isolant , et soutenue en c, c', par des cordons de soie attachés à trois mâts. Le 10 mai 1752, il put tirer des étincelles du pied de la barre, pendant le passage d'un nuage orageux. Cette expérience, célèbre sous le nom d'expérience de Marly-La-Ville, fut répétée par Delor, Mazéas et Lemonnier, en France ; Canton, en Angleterre ; Beccaria, en Italie ; Richmann, en Russie... D'Alibart et Canton adaptèrent à la barre un carillon électrique, qui avertissait de la présence de l'électricité, et qui, de plus, constituait un appareil préservateur par lequel l'électricité pouvait facilement s'écouler dans le sol, à cause de la faible distance des timbres. Ce rôle du carillon est loin d'être inutile : des observateurs furent renversés violemment par des étincelles parties de barres isolées, et Ricbmann, à Pétersbourg, paya de sa vie l'oubli de semblables précautions '.
4364. Cerf-volant électrique. — Cependant Franklin, las d'attendre l'achèvement de son clocher, conçut l'idée de lancer vers les nuages, un cerfvolant en soie armé d'une pointe. 11 procéda à cette expérience accompagné de son fils seul, craignant, comme il le dit lui-même naïvement, le ridicule qui s'attache souvent aux expériences originales, quand elles ne sont pas couronnées de succès. La corde était retenue à son extrémité inférieure par un cordon de soie. D'abord il n'obtint aucun résultat ; mais la pluie ayant mouillé la corde, il vit des filaments se dresser, et ayant aussitôt approché le doigt, d'une clef suspendue à la corde, il vit, avec une vive émotion, jaillir une première étincelle, et put ensuite en obtenir un grand nombre.
L'expérience de Franklin est de 1753 Un an après, Romas, ignorant les essais du célèbre Américain, faisait en France des expériences semblables, pour répondre -à une question proposée en 1749 par l'Académie de Bordeaux, sur les analogies entre la foudre et l'électricité 3. Il eut l'idée heureuse de rendre la corde du cerf-volant conductrice, en l'entrelaçant avec un fil métallique ; aussi obtint-il des résultats d'une intensité remarquable. La corde était retenue par un cordon de soie fixé sous un auvent qui le préservait de la pluie, et elle portait à son extrémité un cylindre en fer-blanc. La première expérience de Komas fut faite en juin 1753. Il vit d'abord des brins de paille s'élancer vers le cylindre, au grand plaisir des spectateurs ; il tira ensuite des étincelles au moyen d'un excitateur, imaginé à cette occasion, et qui consistait en un conducteur métallique communiquant par une chaîne, avec le sol, et tenu par un manche de verre. Plus tard, il put obtenir, pendant un orage assez faible, des centaines d'étincelles, dont 'quelques-unes ayant jusqu'à 4n de longueur et 3cnK d'épaisseur, produisaient plus de bruit qu'un coup de pistolet.
i Richmann avait planté sur un toit une barre de fer, isolée par une bouteille percée qu'elle traversait, et communiquant, par une chaîne, avec une tige, aussi isolée, fixée au plafond de son cabinet. Cette tige était terminée par une boule, dont il tirait des étincelles en en approchant un conducteur communiquant avec le sol. S'étant trop approché de la boule, il fut frappé à la tempe par une étincelle, à une distance de 0m,3, et tomba raide mort.
3 Mémoires des satanU étrangers, t. H, et IV.
Chariot électrique. — Ces expériences (tirent répétées par Charles, Beccaria, Cavallo... Le premier se servait du chariot électrique, imaginé par Roraas. Ce chariot porte un treuil soutenu par des colonnes de verre, et autour duquel s'enroule la corde du cerf- volant. On fait tourner le treuil au moyen d'une manivelle en verre, et pendant tout le temps qu'on file la corde, on la fait communiquer avec le sol par une chaîne, qui s'attache, d'une part à l'axe du treuil , et d'autre part à un piquet en fer enfoncé en terre. Quand on veut expérimenter, on enlève la chaîne avec des tiges de verre, et la corde se trouve isolée. Il faut procéder avec une extrême prudence ; Charles avait coutume d'entourer son appareil d'un cercle de pieux en fer, en dehors duquel il avait soin de se tenir.
Il résulte des ces expériences que les nuages orageux contiennent des quantités prodigieuses d'électricité. Cette électricité est tantôt positive et tantôt négative; par exemple, Canton a vu l'électricité que lui donnait une barre isolée terminée en pointe, changer de nature plusieurs fois pendant une heure. Nous ne rechercherons pas, pour le moment, d'où vient cette électricité ; nous remarquerons seulement, avec Franklin, de Saussure, Beccaria..., que, le plus souvent, il y a au moins deux couches de nuages, entre lesquelles jaillissent les éclairs. Ces nuages sont animés de mouvements produits par le vent, ou par les attractions ou répulsions électriques qu'ils exercent les uns sur les. autres. Il s'agit maintenant d'expliquer l'éclair et le roulement du tonnerre.
136e. de LicLinu — L'éclair n'est autre chose qu'une immense étincelle électrique partant entre deux nuages. 11 affecte, en effet, la forme sinueuse ou en zig-zag de l'étincelle ; il en a l'instantanéité, et présente les mêmes couleurs ; ainsi, il peut être blanc, d'une teinte violacée, verdàtre.
Supposons deux nuages en présence l'un de l'autre, l'un électrisé positivement et l'autre négativement. Ces deux nuages vont s'attirer, et quand la distance sera assez petite, la décharge aura lieu. Il n'y a, ici, de difficile à concevoir que l'énorme longueur du trait lumineux ; car dans les pays de montagnes, où l'on peut, en dominant l'orage, mieux juger des dimensions des éclairs, on a reconnu qu'ils pouvaient présenter plus de 10 kilomètres de longueur. Il semble qu'une telle longueur suppose une tension prodigieuse dans l'électricité des nuages ; mais il existe plusieurs circonstances qui facilitent la décharge et lui permettent de se produire à une très grande distance : 1<> l'air des hautes régions de l'atmosphère est très raréfié, ce qui permet à l'étincelle de partir à une grande distance (1284) ; 2° cet air étant très humide, est sensiblement conducteur; il n'oppose donc qu'un faible obstacle à la réunion des fluides ; 3° enfin, il peut exister entre les nuages, des lambeaux de nuages ou des gouttelettes disséminées formant comme un léger brouillard, * dont les particules jouent le rôle des grains de limaille des tableaux magiques, sur lesquels on obtient des sillons lumineux d'une longueur considérable (1286).
Les mêmes nuages donnent successivement un grand nombre de décharges. Cela tient d'abord à leur imparfaite conductibilité, qui fait que chaque éclair
ne les décharge que partiellement ; en second lieu, ces nuages croissent et se renouvellent pendant quelque temps, et les parties qui se forment, apportent avec elles de nouvelles quantités d'électricité. Quand les nuages cessent de se régénérer, les éclairs deviennent de plus en plus rares et de plus en plus faibles, et Forage s'éteint peu à peu. Une partie de l'électricité des nuages est aussi enlevée par la pluie abondante qui accompagne les orages, et qui éprouve souvent une recrudescence marquée après chaque coup de tonnerre ; la nuit, les gouttes de pluie peuvent paraître lumineuses en arrivant à terre.
Durée de l'éclair. — Les éclairs isolés n'ont qu'une durée inappréciable. M. Weatstone a prouvé que cette durée n'est pas d'un millionième de seconde. Pour cela, il recevait la lumière d'éclairs nocturnes, sur un disque portant des rayons très serrés, et auquel il imprimait une très grande vitesse de rotation. Quelle que fût cette vitesse et le nombre des rayons, le disque paraissait toujours fixe pendant qu'il était illuminé par l'éclair ; il n'avait donc pas le temps de se déplacer pendant la durée de ce dernier. Désignons par n le nombre de tours que fait le disque par seconde, et par r, le nombre de ses rayons, la durée de l'éclair est moindre que le temps que met un rayon pour venir prendre la place de celui qui le précède. Or, ce temps est égal à une fraction de la durée d'un tour, égale à 1 : r, ou à la Traction de seconde 1 : nr. Si le disque était éclairé au moyen d'une lampe dont on découvrirait un instant la lumière, en levant et abaissant aussi rapidement que possible un écran, ce disque paraîtrait toujours d'une teinte uniforme, et l'on n'y distinguerait aucun rayon.
Souvent les éclairs sont discontinus, comme s'ils étaient produits par plusieurs décharges se succédant très rapidement, et provoquées les unes par les autres, à des intervalles de temps sensibles à cause de l'imparfaite conductibilité des nuages. Cela se voit directement; mais on peut le reconnaître aussi, comme l'a fait M. Dove, au moyen du disque tournant : les rayons semblent osciller, parce qu'ils apparaissent successivement dans différentes positions, pendant les illuminations instantanées et très rapprochées.
£eia!» 4e seconde classe. — indépendamment des éclairs dont nous venons de parler, qu'il nomme éclairs de première classe, Àrago distingue des éclairs de seconde classe, qui consistent en lueurs instantanées qui illuminent les nuages, tantôt sur leur contour seulement, tantôt par toute leur surface. La couleur de ces lueurs est rouge intense, quelquefois bleuâtre ou violette ; il ne paraît pas qu'elle soit accompagnée de bruit perceptible. On peut regarder ces sortes d'éclairs comme des décharges ou des mouvements brusques de fluide, qui se font dans l'intérieur d'un même nuage imparfaitement conducteur, en produisant des lueurs analogues à celles que l'on observe sur une lame de verre humide avec laquelle on cherche à décharger une machine électrique. Du reste, quelques-unes de ces lueurs peuvent être dues à des éclairs de première classe séparés de l'observateur par un rideau de nuages, qu'ils illuminent subitement.
1343. Des éclairs sans tonnerre. — A la suite des journées chaudes,
on aperçoit souvent à l'horizon des lueurs counues sous le nom A' éclairs de chaleur; elles sont dues à des orages lointains dont le bruit ne parvient pas jusqu'à l'observateur, tandis que les éclairs, reflétés par l'atmosphère, se distinguent à une distancé beaucoup plus grande '. Cette explication, donnée par Sénéque, a été souvent vérifiée ; on a constaté que dés orages avaient éclaté du côté où l'on avait aperçu des éclairs de clutleur, et à la même heure. M. Kaeratz a fait bien des fois cette observation. Souvent aussi, l'apparition de ces lueurs a été suivie d'orages venus, pendant la nuit, des points de l'horizon où on les avait aperçues.
Indépendamment de ces éclairs à l'horizon, on a observé des éclairs silencieux, dans des conditions toutes différentes. Le Père de Lozeran de Fesc parle d'éclairs très vifs et non accompagnés de bruit. Deluc le jeune cite un orage dans lequel il vit au zénith des éclairs nombreux, après lesquels il n'entendait rien. Or, il y a des nuages orageux qui sont à plus de 8 kilomètres de hauteur ; si ces éclairs jaillissaient à de semblables hauteurs (ce qu'on ne dit pas), on concevrait que le son, éprouvant de nombreuses réflexions en traversant des couches d'air de densité croissante (I, 530), ait pu s'affaiblir au point d'être à peine perceptible ; c'est ainsi que le bruit du tonnerre ne s'entend pas ordinairement à plus de 5 à 6 lieues, tandis que le bruit du canon se distingue encore à plus de 30 lieues. De plus, les vents violents qui régnent autour des nuages orageux, empêchent la propagation régulière des ondes sonores, et peuvent, dans certains cas, réduire notablement la distance à laquelle elles se propagent. Du reste, parmi les éclairs observés par Deluc, il y en avait qui étaient accompagnés d'un très faible bruit ; un seul produisit une violente explosion, ce qui peut tenir à ce qu'il s'était produit à une bien moindre distance que les autres.
On voit que les faits précédents ne prouvent aucunement l'existence d'éclairs sans tonnerre. Le fait suivant semble, au premier abord, trancher la question : M. Griswold se trouvant dans l'illinois, à 400 mètres environ d'une trombe, vit des éclairs éblouissants allant des nuages à la terre, tout prés ou le long de la surface extérieure de la trombe, et il n'entendit aucun brait. Il admet néanmoins que le bruit existait, mais que le tourbillon d'air enveloppant la trombe détruisait les ondes sonores. Cette explication ingénieuse nous paraît satisfaisante, et il ne manque pas de raisons spécieuses pour l'appuyer.
S'il n'y a pas de motifs pour admettre qu'il existe des éclairs non accompagnés d'un ébranlement de l'air > nous n'en voyons pas, non plus, d'admettre
i Plusieurs observations directes prouvent que le bruit du tonnerre ne parvient guère qu'à 5 ou 6 lieues, tandis que la lueur des éclairs se distingue à plus de 25 lieues. Pour donner une idée de rénorme distance à laquelle peut ainsi parvenir la lumière réfléchie par Patmosphère, nous dirons que des observateurs ont pu voir , à 60 lieues de dislance , la lueur de quelques grammes de poudre que Ton brûlait à l'air libre pour faire des signaux, tandis que la rondeur de la terre empêchait devoir la flamme elle-même.
le tonnerre sans éclairs. Arago cite bien quelques observations où l'on a entendu le bruit du tonnerre sans voir d'éclairs ; mais comme il n'est pas dit que le phénomène ait été observé pendant la nuit, ni si le bruit était fort ou faible, ces observations ne nous semblent pas concluantes ; car il suffirait que l'orage eût été éloigné, et les éclairs séparés de l'observateur par un rideau de nuages, pour que l'éclair n'eût pas été aperçu en plein jour.
1364. îfnrutnffT du Tamnau. — La décharge de nos appareils est accompagnée d'une explosion instantanée, tandis que le bruit du tonnerre se prolonge avec des diminutions et des augmentations d'intensité alternatives suivies d'un grondement sourd qui va en s'afTaiblissant graduellement. On a d'abord attribué ce résultat à des échos renvoyés par les montagnes ou par les nuages ; mais alors le bruit devrait toujours aller en diminuant d'intensité, puisque les sons réfléchis qui arrivent les derniers ont parcouru le plus d'espace. H faut don<T chercher une autre cause, tout en reconnaissant que des réflexions sur les nuages peuvent contribuer k l'effet général ; car les membres du Bureau des longitudes, dans leurs expériences sur la vitesse du son (I, 435), ont remarqué que le bruit du canon se répétait plusieurs fois quand il passait quelques nuages. C'est par exemple à de semblables échos qu'on peut attribuer le grondement sourd qui termine les coups de tonnerre.
R. Hooke a donné l'explication suivante, en s'appuyant sur la grande longueur de l'éclair et sur la transmission progressive du son : l'éclair n'a pas de durée appréciable , l'ébranlement qu'il produit dans l'air existe donc au même instant dans tous les points de son parcours. Or, un ébranlement se propage avec une vitesse de 337™ par seconde. Les ébranlements produits en a, c, b (fig. 1020), arriveront donc à l'oreille d'un observateur placé en A , les uns après les autres. Par exemple , si la différence entre les distances 6A et «A est de 337m , le son, engendré en b arrivera en A , une seconde après celui qui a pris naissance en a. Comme, entre ces^deux distances, il y en a une infinité d'autres passant des unes aux autres d'une manière continue, on voit que le bruit sera lui-même continu.
Les changements d'intensité proviennent de deux causes : 1° l'éclair, dans ses vastes sinuosités, passe à travers des couches d'air de densité très différente, soit à cause des inégalités dans la pression, provenant des diverses hauteurs, soit à cause des quantités variables d'humidité ; or, l'intensité du son à son origine, dépend de la densité du milieu ébranlé (I, 525). 2° Différents points de l'éclair pouvant être à la même distance de l'observateur, les ébranlements
Fig. 1020.
produits en ces points arriveront en même temps à l'oreille, et produiront un renforcement subit.
Il y a des coups de tonnerre déchirants, que Lucrèce compare au cri du papier ou du parchemin que Ton déchire, et qui ne sont que des bruits violents séparés par des interruptions très courtes. On peut les expliquer, soit par plusieurs décharges presque simultanées, soit par des décharges ayant lieu en même temps entre plusieurs nuages qui sont sous l'influence les uns des autres, comme les losanges des tubes étincelants, de manière à former un éclair interrompu, accompagné par conséquent d'un bruit discontinu.
Evaluation de 1» distance et de la longueur de l'éclair. — Le son parcourant 337œ par seconde, le nombre de secondes écoulées entre le moment où Ton voit l'éclair et le commencement du bruit du tonnerre étant multiplié par 337, donnera la distance du point le plus rapproché de l'éclair. Quand on n'a pas besoin d'une grande précision, on peut mesurer le temps par les battements du pouls, qui marquent à peu prés des secondes.
La durée du roulement qui suit l'éclair peut donner une idée de sa longueur; car cette durée, multipliée par 337, fait connaître la différence entre les distances de ses deux extrémités à l'oreille de l'observateur. Cette différence est plus petite que la ligne droite qui joindrait les deux extrémités de l'éclair ; car, dans le triangle qui aurait pour sommets les points a, 6, A (fig. 1020), le côté ab est plus grand que la différence des deux autres aA, 6A. Or, Delisle a observé, à Paris, des roulements de tonnerre ayant duré 39*, 41* et 45», ce qui correspond à 3,3 ; 3,4; 3,8 lieues! mais il faut remarquer que le grondement sourd qui termine le roulement aurait dû en être séparé, parce qu'il doit être attribué à des échos sur les nuages.
1365. de Là poudib. — Quand un nuage fortement électrisé est assez rapproché de la terre, il décompose par influence l'électricité neutre du sol, principalement dans les objets élevés, attire vers la surface le fluide de nom contraire, et refoule dans les profondeurs de la terre, le fluide de même nom. Le nuage est alors soumis à une attraction, qui accumule son électricité dans ses parties inférieures, et tend à le faire descendre ; et, les gouttes de pluie facilitant la décharge, les deux fluides en présence, se joignent à travers l'air; et le point du sol où aboutit l'étincelle est foudroyé. Dans ce cas, on entend un coup simple, parce que l'éclair étant à peu près vertical, et de peu de longueur, ses différents points sont à des distances sensiblement égales de l'observateur. Quelquefois cependant le coup est déchirant; nous allons voir pourquoi.
Fondre* blfarqaées, etc. — On a vu l'éclair se bifurquer , et même, mais bien plus rarement, se trifurquer en approchant du sol ; phénomène analogue à celui qui s'observe dans l'étincelle des machines. 11 parait que la subdivision peut aller au-delà de ce que l'observation a constaté ; car, en examinant les effets produits par un seul coup de foudre, on a reconnu plusieurs fois que l'éclair avait dû aboutir en même temps à cinq ou six points assez éloignés les
uns des antres. C'est quand la foudre se subdivise ainsi, que le bruit est déchirant, parce qu'il y a plusieurs lignes d'ébranlement inégalement distantes de l'observateur.
136*. Des objets exposés a ls foudre. — Les objets les plus élevés sont naturellement les plus exposés à être foudroyés : les arbres isolés» les clochers, les navires en mer, les sommets des montagnes, sont fréquemment frappés de la foudre. Cependant la nature des corps a une grande influence , qui peut l'emporter même sur celle de la hauteur. Ainsi, les corps bons conducteurs, dans lesquels le fluide contraire à celui du nuage peut s'accumuler çn grande quantité, sont atteints de préférence à d'autres plus élevés ; on a vu , par exemple, la foudre frapper des buissons aux pieds de hautes tours construites en matériaux secs mauvais conducteurs, dans lesquels la décomposition du fluide neutre n'avait pu se faire qu'à un faible degré. Le tonnerre frappe souvent les cheminées, tant à cause de leur position élevée, que de la conductibilité de la suie qui en garnit l'intérieur, et que le fluide ne manque pas de suivre. Les arbres sont dans le même cas ; ils sont bons conducteurs, excepté les arbres résineux, que la foudre n'atteint que rarement. On ne saurait donc trop recommander de ne jamais se réfugier sous les arbres isolés, en temps d'orage. Il faut éviter aussi le voisinage des meules de blé ou de fourrage, qui forment un point culminant au milieu des champs, et dont les couches superficielles deviennent conductrices, par la pluie qui ruisselle à leur surface.
Si quelque partie du sol est douée d'un pouvoir conducteur prononcé, soit à cause de sa nature, soit à cause de la présence de couches aquifêres, la foudre pourra les frapper de préférence à des édifices ou à des points élevés situés dans le voisinage. La foudre frappe souvent la surface des eaux. On voit parfois le liquide se soulever en obéissant à l'attraction de l'électricité du nuage, le monticule ainsi formé se déplacer en même temps que ce dernier, et la foudre éclater en faisant bouillonner l'eau, et quelquefois en tuant un grand nombre de poissons.
136*9. Du trajet de la fondre dams les édifiées. — Quand la foudre frappe un édifice, la route que suit le fluide est très irrégulière et en apparence capricieuse. Mais quand on examine avec attention l'état des lieux, on reconnaît toujours que partout où il y a eu un changement brusque de direction, ce changement a été provoqué par quelque cause; le plus souvent par la présence de quelques pièces de métal cachées dans l'épaisseur des murs. Ces pièces agissent pour diriger le fluide, comme les losanges des tubes étincelants. — L'existence de causes déterminantes est bien évidente dans les deux faits qui suivent : le 25 avril 4676, la foudre frappa le clocher de l'abbaye de St-Médard, à Soissons, et parcourut l'édifice, en se divisant et en suivant plusieurs routes très irrégulières, où elle marqua son passage par divers dégâts. Onze ans auparavant, le même édifice avait été foudroyé, et le fluide avait suivi exactement les mêmes routes et produit les mêmes effets. L'autre fait est cité par Arago, dans sa Notice sur le tonnerre : la foudre frappa le clocher d'Antrasme,
prés de Laval, pénétra dans l'église, y fondit des dorures, perça des trous, et produisit différents dégâts qui furent réparés avec soin. Un an après, la foudre produisit les mêmes effets, en passant exactement par les mêmes points.
L'influence des masses métalliques est attestée par une foule de faits. La foudre suit les tiges de métal, les tuyaux de descente des toits, les dorures des cadres et des lambris. En 1773, le tonnerre tombe, à Naples, sur l'hôtel de lord Tylney, traverse sept pièces dans lesquelles il y avait plus de 300 personnes, et deux antichambres où attendaient au moins 250 domestiques, et cela sans blesser personne dangereusement, grâce aux dorures des cirniehes des plafonds, et des baguettes des tapisseries et des fauteuils ; le fluide parcourut ces dorures en fondant et volatilisant l'or. — On a vu la foudre suivre un fil de fer, en le fondant en partie ; puis, arrivée en un certain point , le quitter brusquement pour traverser un mur, à la hauteur de l'extrémité d'un fusil appuyé du côté opposé. En 1 759, à la Martinique, des soldats se réfugient prés du mur d'une petite chapelle ; deux sont tués par la foudre, qui perce le mur derrière eux à la hauteur d'un système de barres de fer soutenant un tombeau, du côté opposé, etc., etc.
Quand la foudre trouve des corps bons conducteurs et de dimensions suffisantes, elle les suit sans produire de dégâts : ce n'est qu'au moment où elle quitte ces corps, au moment où elle trouve de la résistance, que ses effets désastreux se manifestent. Ainsi, quand le fluide parcourt une barre de fer, on est sûr de trouver des dégâts notables à l'extrémité de cette barre. Ce résultat, facile à concevoir, a été constaté fréquemment.
4368. BFFR8 db Là muras. — Les effets de la foudre sont semblables à ceux que nous produisons au moyen de nos batteries ; seulement, ils sont beaucoup plus intenses. Ainsi, il y a des effets physiques, mécaniques, chimiques, magnétiques et physiologiques.
l. Effets physiques. ~ La foudre met le feu aux édifices, aux amas de fourrage. Quelquefois l'incendie se déclare en plusieurs points à la fois, ce qui fait qu'il est difficile de s'en rendre mattre.
Les tiges minces métalliques, comme les fils de fer des sonnettes, des sonneries des horloges, sont souvent fondues par la foudre : quand la décharge est faible, les fils sont simplement raccourcis. Sigaud-Lafond cite un coup de foudre (20 juin 1690) qui tortilla un gros fil de fer, comme un crin qu'on aurait approché d'une flamme ; effet produit aussi par la décharge des batteries (1336). On a vu les chaînons de grosses chaînes se souder les uns aux autres, de manière à former une barre rigide; les marteaux des horloges se souder à la cloche. Les masses métalliques trop considérables n'éprouvent de fusion qu'à leur superficie, particulièrement aux angles. Les corps altérables par le feu qui sont en contact avec les métaux, restent le plus souvent intacts : c'est ainsi qu'une bourse dans laquelle les pièces de monnaie présentent des traces de fusion, le cuir du fourreau d'une épée, ne sont pas brûlés par le métal en fusion. Ces résultats singuliers, cités par Sonéque, avaient conduit Franklin à