PARATONNERRES
Quand il n'y a pas de puits à proximité, on fore, avec une large sonde, un trou vertical, assez profond pour atteindre une couche aquifère. Dans Taxe du trou, on fixe l'extrémité de la barre terminée par plusieurs branches, et Ton remplit le trou avec du coke en très petits morceaux, ou du charbon calciné, par exemple de la braise de boulanger (f, fig. 1022). L'emploi du charbon a été indiqué par Patterson, en 1790. Le charbon ordinaire ne peut convenir, car il est mauvais conducteur (1262). On ne saurait trop insister sur ce point; des accidents, qui pouvaient avoir une immense gravité, ont eu lieu, parce qu'on avait employé du charbon ordinaire : par exemple, le tonnerre tomba, en 4829, sur le paratonnerre du magasin à poudre de Bayonne, et causa divers dégâts aux plombs de la toiture : le conducteur était entouré de charbon ordinaire.
La commission de 1854 conseille aussi d'adapter, au point où le conducteur pénètre dans le sol, une branche secondaire s'étendant dans la couche superficielle, laquelle devient conductrice pendant les pluies d'orage, et peut se trouver séparée des couches humides profondes, par des couches devenues mauvaises conductrices à la suite d'une longue sécheresse.
Quand on ne peut trouver de couche humide, comme, par exemple, lorsqu'on est sur le roc, il faut creuser une longue rigole avec de nombreuses ramifications, dans lesquelles on place le conducteur entouré de charbon calciné, afin de compenser, par l'étendue de la surface de contact, ce qui manque à la conductibilité du sol.
Un paratonnerre qui communique intimement avec le sol ne peut être dangereux ; mais cette condition est essentielle. Si elle n'est pas remplie convenablement, l'édifice est plus exposé qu'en l'absence de l'appareil, à cause de sa grande élévation et de sa nature métallique; et môme, si la foudre ne le frappe pas, il s'y accumule une grande quantité d'électricité repoussée par celle du nuage, électricité qui peut se porter sur les corps voisins, avec une violente explosion, comme cela est arrivé àRichmann (1360).
On a vu la foudre causer de grands dégâts à des édifices armés d'un paratonnerre dont le conducteur se terminait dans une citerne étanche; le ciment et la maçonnerie empêchant la sortie de l'électricité.
1388* Paratonnerres «or les navires. — Les navires sont très exposés aux coups de foudre, puisqu'ils présentent une grande élévation au dessus de la mer. La prudence commande donc de les munir de paratonnerres. La tige, qui se réduit à la partie en cuivre de la fig. 1023, se place à l'extrémité du mât. Un cable en fil de fer part du pied de cette tige, passe dans un anneau fixé au porte-hauban, et se réunit à une barre de fer qui communique avec le doublage en cuivre du navire. Les gros navires sont armés de deux paratonnerres, un sur le grand mât, l'autre sur le mât de misaine.
M. Harris, qui s'est occupé tout particulièrement des paratonnerres des navires, forme le conducteur, d'une série de feuilles de cuivre appliquées sur le mât, et qu'il fait communiquer avec le doublage, par l'intermédiaire de
larges plaques métalliques circulant sur les flancs du navire, de manière à offrir à l'électricité un passage plus facile que par toute autre voie. Ces plaques se prêtent à toutes les positions de la mâture, et protègent le navire, même quand ses mâts sont endommagés ou brisés ; car elles sont tellement distribuées et unies entre elles que, quel que soit le point frappé par la foudre, l'électricité ne peut entrer dans un circuit dont ces conducteurs ne feraient pas partie. Ce système, adopté par la marine d'Angleterre, a reçu, en 1851, à l'Exposition de Londres, une récompense de premier ordre.
f383. De l'utilité des paratommerres. — Dés l'invention des paratonnerres, en 1752, on en a contesté l'utilité; on les a même accusés d'être dangereux et d'attirer la foudre. Cette opposition, bien concevable du reste, quand on considère qu'on s'attaque au plus redoutable des météores, et quand on compare la simplicité des moyens à la grandeur des effets que l'on veut conjurer, a cédé devant l'évidence des faits, et les paratonnerres ont fini par être adoptés dans tous les pays civilisés. C'est à Philadelphie qu'on les a d'abord appliqués ; et cette ville, où les accidents par la foudre étaient autrefois si fréquents, n'en a plus qu'un très petit nombre à enregistrer. D'Amérique, les gardes-tonnerres comme on disait alors, passèrent en Italie et en Allemagne ; Guiton de Morvau établit à Dijon, les premiers qu'on ait vus en France.
Après avoir reconnu que les paratonnerres préservent les édifices de la foudre, on voulut contester l'utilité des pointes. Les Anglais, le roi Georges à leur tête, en haine de Franklin, recommandaient de terminer les tiges des paratonnerres par des boules. Prétendre enlever aux nuages une quantité sensible d'électricité, c'était, disaient-ils, vouloir vider un lac au moyen d'un simple robinet. Remarquons qu'il ne s'agit pas de détruire toute l'électricité des nuages, mais d'en enlever seulement une quantité suffisante pour qu'une décharge sur la terre ne soit plus possible. Or, les quantités enlevées sont considérables, comme le prouvent les expériences de Romas (1360), et l'expérience suivante, citée par Arago : Beccaria, en 1753, dressa sur une église de Turin, une barre isolée portant une pointe mobile, qu'on pouvait tourner vers le ciel ou vers la terre, en tirant un cordon de soie. Cette pointe communiquait avec le sol, par un conducteur présentant une large solution de continuité. Par un temps d'orage, quand la pointe était tournée vers le ciel, des étincelles, tellement rapprochées qu'elles semblaient n'en former qu'une, remplissaient l'interruption ; et quand on laissait retomber la pointe vers la terre, il n'y avait plus d'étincelles, ou du moins elles étaient très rares.
Du reste, on a pu constater plus d'une fois que des orages poussés par le vent au-dessus d'édifices armés de paratonnerres à pointes, s'apaisaient presque aussitôt, ou du moins diminuaient notablement d'intensité.
Il résulte, de plus, d'une multitude d'observations, que, non seulement les paratonnerres à pointes préservent l'édifice quand la foudre le frappe, mais encore qu'ils empêchent le plus souvent l'explosion d'avoir lieu sur cet édifice. Voici quelques faits empruntés à la Notice d'Arago. Dans la Carinthie, une