‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 61 sur 186 · PARATONNERRES · texte numérisé non relu

PARATONNERRES

église placée sur une éminence était si souvent foudroyée, qu'on avait fini par la fermer pendant l'été. Après qu'on l'eût armée d'une pointe, elle ne reçut, en 25 années, qu'un seul coup de foudre, qui ne produisit aucun dégât. Le palais Valentino à Turin, l'église Saint-Marc de Venise, la tour de Sienne, étaient souvent endommagés par la foudre, avant qu'on y eût établi des paratonnerres. Dans le port royal, à la Jamaïque, deux vaisseaux sont foudroyés au milieu d'un grand nombre d'autres ; ils étaient seuls dépourvus de paratonnerres. On pourrait citer plusieurs observations du môme genre. Le 21 mai 1831, le vaisseau la Calédonia était entouré, pour ainsi dire, de coups de foudre qui frappaient la mer et le rivage, dans la baie de Plymouth, et il ne fut pas atteint, grâce à son paratonnerre. On peut conclure de là que les paratonnerres à pointe sont rarement frappés de la foudre ; ce qui, du reste, est d'accord avec ce que nous savons des propriétés des pointes.

Les paratonnerres à longues tiges terminées par des boules, ou dont la pointe a été détruite, ne sont pas dans le même cas : ils peuvent provoquer la foudre, à cause de leur grande élévation et de leur nature métallique; mais sans danger pour l'édifice, qu'ils préservent toujours efficacement, quand la communication avec le sol est bien établie.

Quand on considère les dégâts considérables qu'occasionne la foudre, les incendies qu'elle allume, et les accidents redoutables auxquels sont exposés les habitants des maisons foudroyées, on ne comprend pas comment tous les édifices élevés dans les villes, les maisons isolées, et particulièrement les églises de campagne, ne soient pas toujours armés de paratonnerres, surtout quand on compare la dépense à faire à celles qu'entraînent les réparations des dégâts produits si fréquemment dans ces derniers édifices. Il suffirait, en effet, le plus souvent, d'unir au sol par un conducteur, la croix qui surmonte le clocher. — Les maisons des paysans peuvent être préservées très économiquement , par une corde en paille partant du point le plus élevé du toit, et dont l'extrémité inférieure s'enfonce dans la terre1.

Sur mer, les coups de foudre sont très fréquents, et les accidents bien plus à redouter, puisqu'ils peuvent entraîner la perte du navire avec tout ce qu'il contient. M. Harris, qui travaille depuis bien longtemps à propager les paratonnerres sur les vaisseaux, cite, dans un travail présenté au conseil de l'amirauté, plus de 200 cas de foudre ayant endommagé des vaisseaux de la marine anglaise. Il a constaté, entr' autres, qu'à une certaine époque, en temps de guerre, 40 vaisseaux de ligne, 20 frégates et 10 corvettes, ont été mis hors de service par 70 coups de foudre, parmi lesquels 10 ont mis le feu aux mâts, aux voiles ou à d'autres parties du navire. Il remarque encore que, sur 54 vaisseaux marchands foudroyés, 18 ont été complètement perdus.

Nous devons dire, en terminant, que les paratonnerres n'ont pas d'action sur le tonnerre en boule (1376), phénomène heureusement assez rare.

i Cosmos, Revue du progrès des sciences t. XIV, p. 29.

HI. Formation et répartition des oragts . — Grêle. — Trombt*.

4394. Formation des nuages orageux. — Le mode de formation des nuages orageux est assez obscur; il en est de même de leur constitution électrique. On peut cependant se rendre compte des phénomènes dans leur ensemble. Disons d'abord que les nuages orageux peuvent se former de deux manières : \° par la rencontre de deux vents opposés; c'est ce qui a lieu surtout pour les rares orages de la saison froide ; 2° par l'ascension d'une colonne d'air chaud et humide. Quel que soit le mode de formation des nuages orageux, on admet généralement qu'ils empruntent leur électricité à l'atmosphère, qui en renferme habituellement une certaine quantité, comme nous le verrons (1400), quantité d'autant plus grande que la couche considérée est plus élevée. Décrivons d'abord la formation d'un orage par une colonne d'air ascendante.

Ces sortes d'orages prennent naissance vers la fin des journées chaudes : l'air est d'abord calme, étouffant; on éprouve un malaise général, qui fait dire que le temps est iourd, et que l'on attribue à ce que l'humidité de l'air ralentit la transpiration. Aussi le thermomètre n'est-il pas aussi haut qu'on pourrait le croire d'après l'impression éprouvée. Cependant la température est très élevée, surtout près de la surface du sol, et le décroissement est très rapide quand on s'élève. En même temps, le baromètre baisse graduellement. Bientôt l'atmosphère perd sa transparence, le ciel devient d'un bleu très pâle, puis on aperçoit, à une grande hauteur, une tache sombre qui grandit rapidement et devient un cumulus très dense, d'un gris sombre, à contours arrondis, et bien marqués '.M. Espy explique la formation de ce nuage par l'ascension d'une colonne d'air humide, autour de laquelle l'air est violemment agité, comme nous l'avons expliqué précédemment (11,1152). Ce nuage contient toute l'électricité du volume de vapeur qui s'est condensé pour le former.

De ce nuage partent de longues ramifications qui s'étendent, envahissent le ciel et contribuent, en se réunissant les unes aux autres, à l'extension du nuage principal. Vu d'une montagne qui le domine, ce dernier présente à sa partie supérieure d'énprmes proéminences, des espèces de colonnes verticales qui s'élèvent à une grande hauteur.

On remarque aussi, assez souvent, de petits nuages blancs isolés, qui se meuvent irrégulièrement en s'approchant du nuage principal, qui les attire évidemment, et finissent par s'y réunir. Ces petits nuages, remarqués par Virgile, ont été désignés par Beccaria sous le nom à'ascitizi, c'est-à-dire nuages subordonnés ou additionnels. Cet observateur en a vu souvent appa-

1 M. d'Abadie a vu, en Ethiopie, des nuages à éclairs , assez peu denses pour laisser voir les étoiles (Compta-rendus de l'Académie des sciences de Paris, t. XXXIV, p. 896).

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