‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernement (volume 2)Chapitre 91 sur 186 · DU CONTACT · texte numérisé non relu

DU CONTACT

plateau de cuivre, en faisant communiquer ces plateaux au moyen d'un fil métallique isolé. Dans ce cas, le plateau de zinc s'oxyde sous l'influence de l'humidité de l'air, comme le prouve la rapidité avec laquelle il se ternit. Si Ton éloigne cette cause d'oxydation, le condensateur ne se charge pas. M. de La Rive ayant recouvert les plateaux d'une couche de vernis, très épaisse excepté sur les faces en présence, n'obtint aucune charge ; des tiges de platine fixées aux plateaux et sortant à travers le vernis, servaient à établir la communication. Peclet a cependant obtenu de l'électricité avec des plateaux vernis ; mais H. de La Rive attribue ce résultat à ce que la couche préservatrice était trop mince. Il a reconnu, en effet, que la charge est d'autant plus faible que cette couche est plus épaisse. M. Plaff et M. Fechner ont bien obtenu aussi des charges électriques, en mettant le condensateur dans le vide ou dans l'air desséché; mais on sait combien il est difficile d'enlever toute humidité d'un récipient en verre, et nous venons de voir combien il se dégage d'électricité dans l'oxydation de quantités imperceptibles de zinc.

Il se présente ici une anomalie sur laquelle il est nécessaire de s'arrêter : on observe que le plateau de zinc se charge de fluide positif, tandis que l'oxydation devrait lui donner le fluide négatif (1358). M. de La Rive explique cette contradiction, par la polarisation électrique (1364) et le jeu des électricités dissimulées f : le plateau de zinc polarise les molécules de la vapeur d'eau qui le touche. Dés qu'on établit la communication entre les deux plateaux, le fluide négatif repoussé du zinc, passe dans le cuivre, et le zinc se combine avec l'oxygène de l'eau décomposée, avec neutralisation de son électricité par celle de l'oxygène. Quant à l'électricité positive de l'hydrogène, comme elle ne peut s'échapper à travers l'air mauvais conducteur, elle se porte sur le zinc, où elle est aussitôt dissimulée par le fluide négatif du plateau de cuivre ; le zinc se trouve donc, en définitive, chargé d'électricité positive.

Considérons maintenant le premier procédé qu'avait employé Volta en appliquant l'un sur l'autre deux disques en zinc et en cuivre, avec lesquels il chargeait l'électromètre condensateur. Après chaque contact, le disque de zinc est chargé de fluide positif, provenant de l'action de l'air humide; mais, ici, le résultat n'est pas aussi facile à expliquer. Cependant M. de La Rive le rattache au cas précédent, en remarquant que les deux disques se comportent comble un condensateur dont la lame isolante serait formée d'une très mince couche d'air. M. Fechner a, en effet, remarqué qu'un disque de zinc, remplaçant le bouton d'un électroscope , et sur lequel était appliqué un disque de cuivre , ne produisait d'abord aucune divergence des feuilles d'or ; mais que cette divergence se manifestait, quand ensuite il enlevait le disque de cuivre. M. Plaff et Peclet ont aussi constaté qu'un pareil système se comporte comme un condensateur, les deux lames ne se touchant que par quelques points, et Peclet a reconnu que, si les surfaces sont parfaitement polies de manière qu'il y ait adhérence,

* Traité d'électricité théoriqw et appliqua, t. II, p. 776.

360 SOURCES d'électricité.

le système ne se charge plus. M. Fechner a cm remarquer, au contraire, que l'effet est plus prononcé quand les surfaces sont polies. Enfin, M. Grove a montré que l'électricité des disques ne peut être due à leur contact, et qu'ils se comportent comme s'ils formaient un condensateur, quand on les sépare par une bande annulaire en papier. Il a pu ainsi répéter l'expérience de Volta, et charger le condensateur; seulement il lui fallait répéter plus souvent l'opération, à cause de la plus grande épaisseur de la lame d'air interposée entre les

II nous reste enfin à parler de deux faits qu'on a tout particulièrement invoqués pour soutenir l'hypothèse du contact :

4° Peltier, a vu un condensateur dont les plateaux étaient l'un en or, l'autre en platine, réunis par un fil de platine isolé, se charger d'électricité; le platine prenant le fluide négatif. M. de La Rive trouve l'origine de cette électricité dans l'action de l'air sur le platine. En effet, ayant recouvert ce métal d'une couche de vernis de plus en plus épaisse, il vit la charge aller en diminuant. M. E. Becquerel a confirmé l'existence de cette action de l'air, par l'expérience suivante 2 : il prit un condensateur formé de deux plateaux en platine, qui ne donnaient aucun signe d'électricité quand on les réunissait par un fil du même métal ; ayant ensuite plongé l'un des plateaux dans de l'hydrogène , puis l'ayant replacé sur l'autre, l'appareil se chargea, et le plateau qui était resté dans l'air prit le fluide négatif. M. de La Rive admet que le platine condense l'oxygène à sa surface , et qu'il se combine lentement avec lui ; il remarque, pour confirmer l'existence de cette action, que l'on peut rapprocher de plusieurs propriétés du platine } entr'autres de son rôle dans la pile à gaz, que, s'il a été plongé alternativement et plusieurs fois dans l'air et dans l'hydrogène, sa surface devient rugueuse.

2° Si les plateaux du condensateur sont en zinc et en platine, et qu'on les fasse communiquer par un fil métallique, le platine prend le fluide négatif ; mais si l'on établit la communication, avec les doigts mouillés, il prend le fluide positif. Dans le premier cas , l'air agit sur le platine, qui reçoit le fluide négatif, et en même temps sur le zinc, qui prend le fluide positif, comme nous l'avons dit ci-dessus. Dans le second, le zinc oxydé par l'humidité des doigts éprouve une action chimique, qui l'emporte sur l'action exercée par l'air Sur le platine, et il reste chargé d'électricité négative.

149V. Da eontaet des liquides et des né tan. — On voit, par ce qui précède, que toutes les fois que le contact des métaux est accompagné d'une production d'électricité, il y a toujours quelque action chimique qui rend compte de la présence de ce fluide. Si parfois il y a quelque chose d'obscur dans la manière dont se fait la distribution des fluides, ou dans la nature de l'action chimique, du moins l'existence de cette dernière peut toujours être démontrée. Les partisans du contact ont alors invoqué le contact des métaux avec les

' Comptes-rendus de l'Académie des sciences de Paris, 1. XXII, p. 677.

Page 1