PYRO-ÉLECTRICITÉ DES CRISTAUX
Dans cetempà-là, les tourmalines étaient fort rares en Europe, et l'on vit la même pierre passer successivement entre les mains d'jEpinus, Canton et Priestlay. Canton fit disparaître les contradictions, en découvrant que la tourmaline n'est électrique que pendant que sa température varie ; dés que cette température eststationnaire, tout signe d'électricité disparaît.
II y a plusieurs manières d'observer les propriétés de la tourmaline : Haûy posait le cristal préalablement chauffé, ab (fig. 4103) sur un support lesté convenablement, et muni d'une chappe en agate reposant sur une pointe. M. Becquerel le suspendait au moyen d'une chappe en papier et d'un fil de soie sans torsion, dans un cylindre de verre fermé en bas par une plaque métallique , dont il élevait la température (fig. 1104) ; la tourmaline s'échauffait peu à peu et devenait électrique. Quand les cristaux n'ont pas la forme de prismes Fig. 1 4 03. allongé, MM. G. Rose et P. Riess emploient , pour les explorer, une électroscope de Bohnenberger (1437), dont ils remplacent le bouton par un petit plateau sur lequel ils posent , en ayant soin de ne pas exercer de frottement, la face du cristal, dont ils veulent connaître l'état électrique.
4480. Résultats. — Jo La tourmaline n'est électrique que pendant que sa température varie; quand cette température reste stationnaire, il n'y a aucun signe d'électricité.
2° Quand une tourmaline est échauffée régulièrement, elle prend l'électricité polaire, c'est-à-dire qu'une moitié est électrisée positivement, et l'autre négativement. On peut s'assurer avec un petit plan d'épreuve, que la charge diminue des extrémités au milieu, où se trouve un espace neutre.
3° Pendant le refroidissement, l'état électrique est inverse. Le renversement de pôles se fait à l'instant où la température reste stationnaire avant de décroître. Ces faits ont été constatés d'abord par Canton, puis par Bergmann.
4° La tourmaline présente ordinairement la forme d'un prisme à 6 pans, terminé à une extrémité par trois facettes obliques, et à l'autre par six. Haûy a remarqué que c'est à la première extrémité que se trouve le fluide positif pendant réchauffement. M. Riess et les physiciens Allemands nomment pôle homologue, l'extrémité qui prend le fluide représenté par le même signe que la variation de température, c'est-à-dire le pôle que prend le fluide positif pendant que la température s'élève, et le fluide négatif pendant qu'elle s'abaisse. Le pôle à trois facettes est donc le pôle homologue. L'autre se nomme pôle antilogue ; il prend l'électricité représentée par le signe opposé à celui qui indique le sens du changement de température.
5° Si une moitié seulement du prisme est échauffée ou refroidie , elle présente seule l'électricité qui lui correspond ; l'autre restant neutre.
6° Quand une des moitiés s'échauffe, pendant que l'autre se refroidit, elles
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reçoivent toutes deux la même espèce d'électricité. Ce résultat, constaté par Bergmann, découle de ceux qui précédent.
7° 11 y a de grandes différences entre les tourmalines, relativement aux propriétés électriques. On en trouve qui ne peuvent s'électriser par la chaleur, d'autres qui ne s'électrisent que par un changement rapide de température. Les plus électriques sont les plus grosses et les plus transparentes, particulièrement les tourmalines vertes ou bleues du Brésil. Enfin, ces propriétés nç se manifestent qu'entre certaines limites de température, comprises généralement entre 10° et 450°. H. Gaugain a trouvé l'explication de la limite supérieure ; à 450°, la tourmaline est un très bon conducteur; si donc les électricités se séparent, elles se recombinent aussitôt.
8° Canton a découvert que, si l'on brise transversalement une tourmaline en voie de refroidissement, chaque fragment présente deux pôles opposés, comme lorsqu'on brise un aimant. Les plus petites parcelles ont la faculté de s'électriser : M. Brewster ayant pulvérisé une tourmaline, vit les parcelles adhérer à une lame de verre chaude, et se grouper en obéissant à leurs attractions mutuelles, quand il imprimait de petites secousses à la lame. La propriété électrique appartient donc aux particules des cristaux, et non à leur masse; ce qui explique pourquoi la scolézite, qui est très électrique, l'est tout autant, comme Ta remarqué H. Breswter, après que la chaleur l'a transformée en une masse opaque et friable, composée de particules indépendantes.
1481. Etat de l'électricité daas la tournai lac. — Les fragments de tourmaline conservant les propriétés du cristal entier, on peut comparer ce cristal en voie d'échauffement ou de refroidissement aux aimants, ou aux piles sèches. On peut encore rapprocher l'état électrique des tourmalines de celui des corps isolants dans lesquels on a développé l'électricité polaire en en approchant un corps électrisé (1353); seulement, ici, l'état polaire est déterminé parla chaleur. M. Becquerel compare aussi la tourmaline aux piles électriques formées de condensateurs (1318), et il attribue l'électricité polaire du cristal échauffé, à l'écartement qui a lieu entre ses couches transversales , écartement qui les électrisé d'une manière différente sur les deux faces, comme cela a lieu dans le clivage. Cette explication s'applique surtout à la topaze, qui se clive perpendiculairement à son axe.
L'électricité de la tourmaline peut se répandre au dehors; on peut l'étudier avec le plan d'épreuve, et s'en servir soit pour charger un électroscope, soit pour produire un courant. M. du Bois-Reymond, qui a obtenu ce dernier résultat, enveloppait les extrémités d'une grosse tourmaline chauffée par une lampe à alcool, de feuilles de platine communiquant avec un réométre très sensible. Le courant partait du pôle homologue pendant réchauffement, et du pôle antilogue, pendant le refroidissement. Cependant M. Becquerel n'avait pu réussir à charger le condensateur d'un électromélre, au moyen d'une tourmaline isolée en voie de refroidissement, et il en avait conclu qu'elle ne laissait pas