‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels (volume 3)Chapitre 145 sur 171 · DU RAYONNEMENT NOCTURNE · texte numérisé non relu

DU RAYONNEMENT NOCTURNE

f 1S4. R«le de ratmosphère dans im dlslrlbnlloii de la ehalear à la sarftiee ém ^lebe. Quel que soit le nombre qu*on adopte pour exprimer la température de Fespace, il est certain que cette température est très basse. Le sol que nous habitons se trouve donc dans une singulière situation : d un c6té règne la chaleur excessive du feu central, et de l'autre le froid de l'espace. La croûte solide intercepte par son épaisseur la chaleur qui vient de l'intérieur, tandis que l'atmosphère empêche la chaleur de la terre de se dissiper dans l'espace. On pourrait donc appeler l'atmosphère le vêtement de la terre ; sans elle, nous passerions de la chaleur excessive produite pendant le jour par les rayons solaires dont aucune portion ne serait interceptée, au froid intense qui résulterait, pendant la nuit, du rayonnement entièrement libre vers l'espace. Remarquons aussi, avec M! Saigey, que la présence de l'atmosphère tend à rendre plus uniforme la distribution de la chaleur solaire : pendant le jour, l'air en absorbe une partie qui sert à l'échauffer, ou qui devient latente en augmentant son volume ; pendant la nuit, l'air intercepte une partie des rayons obscurs émis par le sol, et, en se refroidissant, se contracte et ramène à l'état sensible la chaleur latente qu'il avait absorbée pour se dilater. L'atmosphère se comporte donc comme un régulateur de la chaleur, qui la fait disparaître en partie quand elle arrive trop abondamment, et la restitue quand il y a refroidissement en l'absence du soleil.

lise. EffTete da rayonneatent noetarue. — Quand l'atmosphère est pure, les corps placés à la surface de la terre rayonnent vers les espaces planétaires, qui ne leur envoient en échange que des rayons très faibles, de manière qu'ils se refroidissent au-dessous de la température ambianle, malgré l'influence modératrice de l'atmosphère. Wilson est le premier qui ait observé les effets du rayonnement nocturne; il trouva, vers la fin de i 783, qu'un thermomètre couché sur la neige marquait — 21°, 7, pendant qu'un instrument semblable suspendu à 4 pieds de hauteur, marquait — 13"", 9. Des nuages étant suH'enus, le thennomètre inférieur remonta à — 13"*, 9. Le môme observateur remarqua aussi que la différence entre la température du sol et celle de l'air à un ou deux mètres de hauteur, restait la môme, quelle que fiH la température de cet air ; résultat qui a été confirmé depuis par les observations de M. Pouillet et de divers autres physiciens, entre autres par celles dé Parry et Scoresby dans les régions boréales. Après Wilson, Pictet et Six constatèrent que l'herbe présentait, pendant une nuit calme et sereine, 7° à 8"" de moins que l'air à 2°^ de hauteur. Wells a surtout multiplié ces sortes d'expériences, dans ses recherches sur la rosée. Melloni, pour arriver à des résultats plus précis, a cherché à éviter les effets du rayonnement du thermomètre supérieur, en garnissant le réservoir d'une enveloppe mince en argent poli, fermée par un bouchon que traversait la tige du thermomètre. L'instrument ainsi armé était placé dans un vase de fer-blanc en forme de tronc de cône renversé, soutenu par de minces tubes en fer-blanc. Le thermomètre placé sur le sol était disposé de la môme manière, seulement l'enveloppe en argent était noircie. Melloni a

vérifié, au moyen de ces instruments, ce fait, constaté déjà par Pictet et Six, que la température de la couche d'air la plus basse, est beaucoup plus faible qoe celle des couches qui sont au-dessus, à cause de son contact avec le sol. C*est à un effet semblable qu'il faut attribuer le froid pénible qa*éprouvent pendant la nuit les voyageurs qui traversent les déserts de sables, où !*air, d*un calme parfait, prend dans ses couches inférieures la température du sol , notablement refroidi par son rayonnement à travers une atmosphère d'une pureté remarquable. .

Depuis un temps immémorial, on se sert, au Bengale, pour fabriquer de la glace, du froid produit par le rayonnement. Des vases plats remplis d*eaQ sont disposés dans une excavation remplie de paille de tnaîs. Un rebord en terre régne tout autour et retient Tair refroidi. Quand le ciel est serein, Tair calme et au-dessous de 10°, Teau se congèle, même quand un thermomètre coudié sur la paille marque b"", D*après M. Williams, il y a de ces manufactures de glace qui occupent plusieurs centaines d'ouvriers. Wells est parvenu, en Angl^ terre, à faire de la glace, pendant Tjêté, par le môme moyen. A Saint-Oueo, prés Paris, on a fabriqué de la glace par le même procédé ; mais la rareté dfs nuits sereines, et le bas prix de la glace des glacières, ont fait renoncer à Tentreprise.

1126. Causes qai dlmlnaent tes effets da rmy^Baeaieiit noclanif • — Parmi ces causes, nous citerons d'abord le vent, qui renouvelle sans cesse autour des corps, Tair qui leur cède de la chaleur. C'est k une cause semblable qu'il faut rapporter une pratique employée pour empêcher les vignes de geler : on les détache des échalas qui les soutiennent, afin que les ceps, agités par le moindre vent, se mettent en contact dans leurs ballottements avec une grande masse d'air.

Les brouillards, les nuages, garantissent du froid, en substituant les rayoïiN qu'ils émettent à ceux beaucoup plus faibles de l'espace. C'est quand le ciei est serein, que le froid est surtout vif pendant l'hiver. En 1762, la Seine fut prise après six jours d'un ciel pur, pendant lesquels la température moyenne fut de— 3°, 9, et le minimum de— 9®, 7; tandis qu'en 1748, la Seine ne gela pas, quoique la température moyenne fût pendant huit jours, de — 4\5; c'est que le ciel fut constamment nuageux. D'après Garcilasso di Vega, le> Péruviens, quand ils voyaient le temps très clair, brûlaient du fumier pour dégager une épaisse fumée, et former un nuage artificiel qui préservait d'un froid trop vif les pousses des jeunes plantes.

Les arbres, les édifices, les rochers, en un mot tous les obstacles qui cachent une partie du ciel, empêchent ou atténuent les effets du rayonnement nocturne En 1794, les vignes de la Bourgogne furent gelées, excepté celles qui étaient plantées d'arbres. Pendant les nuits sereines, il fait moins froid sous les arbres, au pied des murs, qu'en rase campagne. Les troupeaux, qui passent la nui: dehors dans certaines contrées, recherchent instinctivement le voisinage de> arbres ou des rochers.

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