‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels (volume 3)Chapitre 150 sur 171 · GLACES POLAIRES · texte numérisé non relu

GLACES POLAIRES

La Méditerranée, entourée de terres, est plus chaude que TOcéan. Dans les mers polaires, la proximité des côtes est une cause de refroidissement. MM. Ch. Martins et Pottier, lors du voyage de la Recherche \ ont constaté l'influence refroidissante des côtes du Spitzberg, pendant que la corvette courait des bordées, dans lesquelles elle s'en rapprochait de 26 kilomètres au plus, et s'en éloignait jusqu'à 80 kilomètres. La température était de l'',70, à une distance de moins de 40 kilomètres; de 2'',66 entre 40 et 60 kil., et de 3'',75 entre 60 et 80, M. Ch. Martins attribue ce résultat : l^" à l'air, qui, refroidi au contact des montagnes neigeuses de l'fle, glisse sur les pentes jusqu'à la surface de la mer; 2<» surtout à l'eau à 0° provenant de la fusion des glaciers qui remplissent les vallées du Spitzberg. Cette eau de fusion est en assez grande quantité pour diminuer la densité de la surface des mers arctiques quand il y a des glaces flottantes, comme M. Marcet l'a reconnu en comparant les résultats obtenus par Ross et Franklin, sur de l'eau de mer puisée à différentes profondeurs. Par exemple, la densité étant de i,027 à la profondeur de 427", elle s'est trouvée égale à 1,026 à 144™, tandis qu'elle n'était que de i, 022,5 à i,024 à la surface. Le refroidissement de la mer autour du Spitzberg explique l'existence de la banquise de glace qui l'entoure pendant l'hiver, et qui s'étend progressivement en commençant à se former le long des côtes.

1188. Des glaces polaires. — Ces glaces ont été étudiées, principalement dans les mers arctiques, par Ross, Parry, Franklin, et surtout Scoresby, à qui on doit les observations les plus détaillées sur ce sujet. On a cru pendant longtemps que les glaces se formaient toujours le long des côtes. 11 est vrai qu'il en est souvent ainsi, et l'on voit des glaces formées dans les baies profondes et entre les îles du Spitzberg se détacher et être poussées en pleine mer par les courants provenant de la fonte des neiges et des glaciers. Mais on ne pourrait expliquer ainsi l'immense quantité de glace qui recouvre les mers arctiques. Scoresby a constaté la formation de la glace en pleine mer, jusqu'à 20 lieues des côtes ^. D'abord, la surface se recouvre d'une foule de petits cristaux, qui donnent à la mer l'aspect de l'eau mêlée de neige. La houle s'apaise aussitôt comme par enchantement; il reste cependant une faible agitation, qui brise les cristaux pendant qu'ils grossissent, et ils finissent par se souder les uns aux autres. Quand la mer est calme, la congélation est plus rapide, et la glace peut prendre 6 à S*^* d'épaisseur en 24 heures. Elle s'accroît ensuite par dessous, et forme un champ de glace, qui peut avoir plusieurs centaines de lieues carrées. Tantôt la surface est unie, tantôt irrégulière et surmontée de distance en distance de monticules, nommés hiimmock, de 8 à lO"* de hauteur, souvent d'un éclat éblouissant relevé par une couleur verte ou bleue très délicate, qui se montre dans l'intérieur de petites excavations où la lumière se joue.

> ÀnnaUt de chimie et de physique, 3« série, t. XXIV, p. 230. 3 Annales de chimie el de physique, t^ série, t. Y, p. 59.

Scorcsby pense que les champs de glace des mers arctiques se forment entre le Spitzberg et le pôle. Cependant cette glace donne de Teau douce; ce que Scoresby explique par l'accumulation, à sa surface supérieure, de neige qm fond pendant les étés pour se congeler ensuite et augmenter ainsi par le hast Fépaisseur du champ au moyen de glace d*eau douce. La glace des champs peut avoir jusqu'à 8"* d'épaisseur ; la partie submergée est égale à quatre fois environ celle qui s'élève au-dessus de la surface de l'eau.

Les vagues sont quelquefois sans action sur les champs de glace ; d'antres

fois, elles les brisent, quelle que soit leur épaisseur,' en fragments de 100 à

-200 mètres carrés. Ces fragments, quand ils sont contigus, forment un p«ci

ou banquise. Quand ils s'écartent assez pour donner passage à un narire. ue

dit que la mer est ouverte.

Les champs de glace ou les packs sont poussés vers la mer libre par les vents du nord et de l'ouest ; ils forment des glaces flottantes qui parcourent quelquefois 50 lieues en un mois, et sur lesquelles les ours blancs accomplissent leurs pérégrinations. Souvent des champs de glace se rencontrent, entraînés par des courants contraires; ils se brisent alors avec un bruit éponvantablc, des masses de glace sont lancées dans la mer, d'autres montent les unes sur les autres et forment des monticules de 10 ou 15 mètres de hauteur.

Les montagnes de glace sont formées par des masses gigantesques qm bouchent les vallées des côtes ; elles sont ordinairement à pic du c^té de la mer et présentent une couleur verte qui contraste avec la blancheur de la neige qni les recouvre. Des blocs énormes s'en détachent de temps »^ autre, soit par l'effet de leur poids après avoir été sapés par l'action des courants du sud, soit par l'expansion de l'eau qui se congèle dans leurs fissures. Si l'on peut expliquer ainsi la formation de quelques-unes des montagnes flottantes que l on voit auprès du Spitzberg, on ne peut rendre compte de la même manière, de celles plus élevées que l'on rencontre dans la baie de Baffin. Scoresby en a observé, dans le détroit de Davis, qui avaient 10 à 12 kilom. carrés, etdoflî la surface plane supérieure s'élevait de 25 à 30" au-dessus de l'eau, pendant que la partie inférieure s'enfonçait à 170 à 180". Des tours colossales surmontaient ces masses imposantes, dont le poids ne pouvait être de moins de 2 millions de tonnes. Scoresby pense qu'elles se forment et s'accroissent dans certaines baies garanties des vents et des courants, où elles peuvent séjourner pendant une longue suite d'hivers.

Les montagnes de glace deviennent très fragiles quand la température et l'air s'élève au-dessus de 0° ; on en a vu se fendre dans toute leur hauteur pour avoir été frappées d'un coup de hache. Malheur au navire qui se trouve dans le voisinage ; il est écrasé par les débris, ou submergé dans l'agitation violente des eaux qui suit la catastrophe.

1184. TEiFiBATURE DES LACS ET DES RIVIÈRES. — L'échauiïement de la surface des lacs profonds se fiût comme celui de la mer; seulement les eaux étant moins agitées et n'étant pas continuellement mélangées par des courants, les

Page 1