‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels (volume 3)Chapitre 159 sur 171 · ROSÉE · texte numérisé non relu

ROSÉE

L'existence de cette couche d'air froide et stagnante explique certains faits qui paraissent, au premier abord, favorables à l*opinion que ia rosée s'exhale de la terre : ia partie moyenne de l'herbe se couvre de rosée avant l'extrémité, parce que l'air froid descend vers le sol. Une planche couverte de toile cirée et placée tout prés de la terre peut recevoir de la rosée en dessous avant qu'il y en ait à la partie supérieure ; c'est qu'une fois que l'air froid a glissé en dessous, il y reste en repos, tandis que celui qui touche la partie supérieure est sujet à se déplacer. 11 n'y a que peu de rosée sur les arbustes, les plantes élevées; parce que l'air refroidi tombe à travers le feuillage, pour être remplacé par d'autre air plus chaud. On voit aussi pourquoi la rosée se forme plus abondamment pendant la seconde moitié de la nuit. Les navires en pleine mer ne reçoivent pas de rosée, le refroidissement de l'air ne pouvant avoir lieu, à cause du contact des eaux, dont la température s'abaisse à peine pendant la nuit; il en est An même des tles de la Polynésie, dont les dimensions sont assez petites pour que l'air qui les recouvre se mélange avec celui de la mer, mélange que favorisent aussi Jes vents alizés.

Dans certaines mers, particulièrement dans la mer des Indes, les navires sont avertis de l'approche des côtes, par le dépôt de la rosée sur les cordages; c'est que la brise de* terre amène du rivage l'air, qui s'est refroidi pendant la nuit et s'est rapproché de l'état de saturation. Dans les pays arides, comme les déserts de l'Afrique et de l'Asie, des voyageurs ont pu être avertis du voisinage de lacs ou de fleuves, par l'apparition de la rosée.

f iTO. Givre. — Le qivre ou gelée blanche se forme comme la rosée : quand la température des corps descend au-dessous de 0°, l'humidité de l'air passe à l'état solide, sans passer par l'état liquide, et forme une couche de glace spongieuse dont l'épaisseur augmente peu à peu. On dit souvent que le givre est de la rosée congelée ; mais il est facile de voir que la vapeur ne s'est pas déposée d'abord à l'état liquide ; car, s'il en était ainsi, le givre se présenterait sous forme de petits mamelons de glace amorphe et transparente, et non de couche cristalline opaque, dans laquelle on distingue souvent des prismes implantés les uns à côté des autres à la surface des corps. C'est au printemps et en automne que les corps peuvent se refroidir assez par le rayonnement pour qu'il y ait formation de givre.

Les couches de glace arborisées qui se voient pendant l'hiver sur les vitres, dans des appartements, s'expliquent comme le givre ; elles forment une espèce de rideau qui retient la chaleur intérieure.

Quand un vent chaud et humide succède à un froid vif et prolongé, tous les corps se recouvrent d'une couche de glace à structure cristalline formant, sur les arbres et sur les fils d'araignée qu'ils supportent, des guirlandes, qui étincellent au soleil. Ces productions sont connues aussi sous le noni de givre, quoiqu'elles aient une toute autre origine, puisque la basse température des corps n'est pas due ici au rayonnement nocturne, et que cette espèce de givre se forme aussi bien pendant le jour que pendant la nuit.

iiVi. Drosomètre. — La quantité de rosée que reçoit annuellemeni m pays est souvent importante à considérer. En effet, quoiqu'elle ne représente qu'une très petite quantité d'eau, elle atténue les effets de la sécheresse sur les plantes, et, dans les climats froids, elle les empêche de geler en leur cédaM la chaleur latente de la vapeur qui se condense. Si cette vapeur passe à l'étal de givre, elle cède encore 79 calories, et forme une enveloppe préservatrice qui atténue les effets du rayonnement.

On n'a recueilli que très peu d'observations sur la rosée. Tantôt on compte le nombre de nuits où il s'en dépose, tantôt on mesure la couche d'eau qu'elle représente. Les instruments dont on se sert alors se nomment drosomètm. Flaugergues employait une plaque de métal peinte à l'huile, et M. de Gasparia, un plateau de verre ; on recueille l'eau qui ruisselle de la surface, et l'on Uenl compte de celle qui y adhère, en partant d'expériences préalables.

On conçoit que la position de l'instrument, et le pouvoir rayonnant de b substance dont il est formé, doivent avoir une grande influence sur les résultats. Aus5i les nombres trouvés laissent-ils beaucoup d'incertitude, eu égard surtout à la petitesse des quantités à mesurer. On a reconnu que la rosée qui se forme annuellement dans le midi de la France et en Italie, forme une coucke d'un peu plus de ô"". C'est en octobre, novembre et mai," qu'il s'en dépose te plus; en janvier, février, mars et avril, il s'en forme très peu ; et en août, à peine plus qu'en mai.

m. Hétéores produits par la condensation de la vapeur dans ratmosphère.

if 72. Condensation des vapears dans ratmosphère. — Lorsque Tair se refroidit par une cause quelconque, de manière à se trouver saturé par la vapeur qu'il contient, cette vapeur se précipite sous la forme de gouttelettes d'eau extrêmement fines, qui restent en suspension à cause de leur faible poids, comme ces poussières fines et sèches que l'air soutient malgré leur grande densité. L'adhésion de l'eau pour l'air concourt aussi à ce résultat. Cesgoutt^ lettes d'eau troublent la transparence de l'air; elles forment les hrou'tUards on les nuages, suivant qu'elles se montrent prés de la surface de la terre ou dans les régions élevées de l'atmosphère. On peut réaliser en petit la production d'un brouillard, en laissant échapper de l'air humide comprimé, ou en faiNint rapidement le vide sous un récipient : on voit un léger brouillard, qui se dissipe bientôt, parce que l'air, refroidi d'abord par la raréfaction, se réchauffe au contact de la cloche, et les gouttelettes repassent rapidement à l'état de vapeur. Dans les sas à air comprimé (I, 344), on observe souvent la précipitation delà vapeur quand on rétablit la pression atmosphérique. La vapeur de Teau chaude produit souvent un nuage épais, comme on l'observe dans les cabinets de bains, en se condensant dans l'air plus froid.

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