Vacoustique a pour objet l'étude du son
Le son est la sensation produite sur Vorgane de l'ouïe par les vibrations ia corps sonores, vibrations transmises jusquà Voreille pur l'intermédiaire dm milieu élastique, qui est ordinairement l'air atmosphérique.
Pour justifier cotte définition, il faut montrer : 1» que toutes les fois qu'un corps produit un son, il est en vibration; 2« qu'entre ce corps ci l'oreille, il existe un milieu élastique, susceptible de transmettre à notre orj^ane l'ébranlement produit par le corps vibrant.
481. Tout eorps qui produit un son est en vibration. — Si le Corp> sonore est solide et rigide, comme, par exemple, une cloche, un diapason, qne l'on fait sonner en les frappant , ou en les frottant avec un archet, il suffit de les toucher légèrement avec une pointe p (fitj. 387) ; on entend alors un bruit particulier provenant des chocs de la partie vibrante contre la pointe. On peut encore approcher du corps vibrant une petite balle d'ivoire suspendue à un fil. pendant que le corps résonne ; la balle est lancée chaque fois qu'elle le touche, et le frappe à coups précipités en retombant sur lui. La fig. 386 montre comment se fait l'expérience avec une cloche. En toucliant le corps avec b main, on arrête le mouvement vibratoire, et le son cesse de se faire entendre.
Fig. 386.
Fig. 387.
Quand le corps sonore présente une surface plane, on dispose celte surface dans la posilion horizontale, et Ton y jette du sable, que Ton voit sauter vivement pendant que le son se produit. On voit aussi que les grains de sable s'arrangent
suivant certaines lignes de
repos, nommées lignes nodules,
que nous étudierons plus tard.
Quand le son est produit
par une corde, on reconnaît
qu'elle vibre, en remarquant
qu'elle paraît renllée vers le
milieu, ou en la touchant légèrement avec le doigt : on sent
une espèce de chatouillement
provenant des chocs rapides de la corde. Quand elle est courte et fortement tendue, on place dessus de petites bandes de papier pliées, ou des anneaux en fil ou en papier, que 1 on voit sauter vivement quand on passe l'archet sur la corde.
Dans les instruments î\ vent, c'est la colonne d'air qu'ils contiennent qui entre en vibration. Pour le prouver, on emploie un tuyau d'orgue en verre (fig. 388), que l'on fait résonner en y poussant un courant d'air par le pied o. On introduit ensuite dans l'intérieur une petite membrane de baudruche B tendue sur un cercle de carton, et soutenue horizontalement au moyen d'un fil. Du sable jeté sur la membrane , saute en produisant un bruit particulier ; ce qui prouve que la membrane vibre en obéissant au mouvement vibratoire de l'air qui l'environne. On pourrait attribuer les vibrations de la membrane au choc du courant d'air qui traverse Tinstruraent ; mais elles n'ont plus lieu quand la membrane est placée au milieu de la longueur du tuyau, où il existe une surface de repos, tandis que, en deçà et au-delà de cette position, elle vibre, et d'autant plus fortement qu'elle en est plus éloignée. On reconnaît aussi que les parois des instruments à vent ne vibrent pas d'une manière essentielle, en ce 'qu'on peut les presser dans les mains, sans étoufl'er le son. 48S. Le son me se propage pas dans le ^Ide. — Il nous reste à prouver que les corps qui vibrent ne peuvent produire l'impression de son, qu'autant qu'il existe entre l'organe de l'ouïe et le corps sonore, une substance élastique non interrompue, substance qui est ordinairement l'air.
Pour prouver que le son ne se propage pas dans le vide, on place sous le récipient de la machine pneumatique, un petit système de rouages (fig. 389), mu par un ressort, et qui fait battre un marteau sur un timbre. Un levier / l 29
Fig. 388.
Fig. 390.
arrête le mouvement, quand il est pressé contre une des roues. Ce système est posé sur un coussin rempli d'une matière non élastique, pour empêcher les vibrations de se transmettre à la platine de la machine pneumatique, et de là à l'air extérieur. Après avoir fait le vide dans le récipient, on déplace le levier I
au moyen du crochet c ,
dont la tige t entre dans
le récipient à travers
une boîte à cuir; on voit
alors le marteau battre
vivement le timbre, et
cependant l'on n'entend
aucun son. Si on laisse
rentrer un peu d'air, on
commence à entendre
un son faible; en en
laissant rentrer davantage, le son est plus
distinct, et d'autant plus
({ue la quantité d'air
introduite est plus considérable.
L'expérience se fait aussi au moyen d'un ballon à robinet ((ig. 390), dans lequel une clochette est suspendue par des filaments de chanvre sans torsion. Quand, après avoir faille vide, on imprime des secousses au ballon, on n'entend pas le son de la clochette.
Mersenne et les académiciens de Florence croyaient que le son se propageait dans le vide. Otto de Guerickc a prouvé, en faisant le vide plus exactement, qu'il n'en est pas ainsi ; mais il se trompa, en attribuant le son à une effluve de matière sublile lancée par les corps sonores. Boyie a démontré que Tair est le véhicule du son, et qu'il doit cette propriété à son élasticité. On avait objecté que le timbre ne produit pas de son, quand il est frappé dans le vide; Hauksbée a levé l'objection, en laissant le récipient plein d'air, et le recouvrant d'un second récipient dans lequel il faisait le vide ; quoique le timbre vibrât dans l'air, le son ne se transmettait pas au dehors.
483. Transmission du son par les fj^az et les vapeurs. — Tous les gaz sont susceptibles de propager le son. Si l'on remplit avec un gaz quelconque le récipient de la fig. 389, le son s'entend au dehors; mais il est d'autant plus faible, à égalité de pression, que le gaz est moins dense : avec le gaz hydrogène, c'est à peine si on l'entend.
Les vapeurs peuvent aussi propager le son ; M. Biol l'a prouvé en adaptant
au robinet r du ballon (/?//. 390), une pièce H, R', dite robinet à cuvette.
Le corps R' du robinet n'est pas percé de part en part comme dans les
ibinets ordinaires, mais il porte seulement une cavité, de manière à intercepter
la communication, dans quelque position qu on le tourne. Après avoir fait le vide dans le ballon, on visse la pièce R, R', on y verse un peu de liquide, et, faisant tourner la clef R, on amène la cavité, tantôt du côté du liquide tantôt du côté du ballon. On introduit ainsi dans le vide, quelques gouttes de liquide, qui se réduisent aussitôt en vapeur; et alors Iç son de la clochette devient perceptible.
484. L.*air qui transmet un son est en vibration. — Pour reconnaître cet état de Tair, il suilit d'approcher du corps sonore, une membrane tendue sur laquelle on a mis du sable : on voit le sable sauter et s'arranger suivant des lignes nodales d'autant plus nombreuses que le son est plus aigu. Il est évident que, si la membrane vibre, elle le doit au mouvement vibratoire qui anime l'air qui l'environne. Pour que la membrane vibre facilement, il faut que sa tension soit mise en rapport avec la hauteur du son produit. C'est ce que Ton peut faire au moyen d'un petit appareil nommé pendule acomliqney dont la première idée est due à M. Scebeck. La membrane m est fixée au contour d'un anneau aa (pg. 391), dans lequel entre un second anneau rc, que l'on enfonce plus ou moins au moyen de vis, r, et qui presse le contour de la membrane de manière ^^^' ^®^-
à en modifier la tension. L'appareil étant placé verticalement, un pendule très léger p oscille vivement dès que la membrane vibre.
Une corde d'un instrument tenu à la main, entre en vibration, et fait entendre un son appréciable, quand on produit à côté un des sous qu'elle est susceptible de produire elle-même. Ce fait paraît avoir été remarqué pour la première fois par Fracaster , c'est ce qu'on appelait autrefois vibrer par sympathie. — Deux diapasons égaux montés sur des caisses renforçantes, étant tenus à la main à 20 mètres l'un de l'autre, si l'on vient à faire sonner l'un d'eux, l'autre sonne aussitôt, par la communication des vibrations de l'air.
i>e Tandition. — Nous pouvons, dès à présent, nous rendre compte de la manière dont les vibrations des coi^ps sonores se transmettent à l'organe de l'ouïe. Au fond du conduit extérieur de l'oreille, se trouve une petite membrane tendue très délicate, nommée membrane du tympan. Les vibrations de l'air ébranlé par le corps sonore, font vibrer cette membrane avec la même rapidité, C4)mme dans l'expérience ci-dessus, et ce mouvement vibratoire se transmet lui-même à un nerf spécial, le nerf acoustique, par l'intermédiaire de parties que nous décrirons en détail en traitant de l'organe de l'ouïe.
485. Transmission du son h travers Ic^s liquides. — L'eau et les autres liquides transmettent les sons, et avec une plus grande énergie que les gaz. Un plongeur entend sous l'eau les sons produits au dehors, quoique très affaiblis. Noilet a reconnu que l'alfaiblissement a lieu dans le passage du son, de l'air dans l'eau ; car, à la profondeur de l"", il entendait aussi bien qu'à celle de 0",1. Une montre à réveil, renfermée sous une cloche remplie d'air et enfoncée sous l'eau, s'entend au dehors.
Fig. 392.
Fig. 393.
La propagation des vibrations à travers les liquides est la conséquence de leur élasticité. On peut mettre en évidence cette propagation, au moyen des deux expériences suivantes : !<> Savart fixe une tige / {fig, 392) sous le fond d'un vase v, rempli du liquide sur lequel il veut opérer, et fait flotter sur ce
liquide une membrane n, tendue
sur un cercle de bois épais.
Frottant ensuite la tige t, avec un
morceau de drap saupoudré de
colophane, il produit un son ; et du
sable jeté sur la membrane, saute
et dessine des lignes nodales.
Si cette membrane était tenue à la
main à une certaine distance du
liquide, le sable ne s'agiterait pas;
la membrane vibre donc parc^ que
le liquide lui transmet le mouvement vibratoire qu'il reçoit du
vase, ébranlé lui-même par la tige
frottée. 2° M. Marloye appuie le pied d'un diapason d (fig. 393) sur une caisse c, ouverte h l'une de ses extrémités; le son est beaucoup renforcé, par la communication du mouvement vibratoire, du diapason à la caisse sonore et à l'air qu'elle contient. Le pied do diapason étant ensuite appuyé sur la surface d'un liquide contenu dans nn vase î», le son est encore renforcé ; ce qui prouve que le mouvement vibratoire se transmet à la caisse à travers le liquide.
"186. Transmission h travers les eorps solides. — Les COrps solides élastiques propagent aussi le son. Dans les expériences relatives à la transmission du son dans l'air (4-82), les vibrations, imprimées au gaz qui remplit l'appareil, se propagent au dehors à travers les parois solides du récipient ou du ballon. On entend, d'une chambre, les sons produits dans la chambre contiguê, toutes les ouvertures étant fermées. Le bruit du canon peut se distinguer à une distance de plus de 40 kilomètres, quand on appuie son oreille par terre; la transmission se faisant par les matières solides qui composent le sol. Si l'on met de petites pierres sur un tambour posé par terre, on les voit légèrement sauter, quand il passe de la cavalerie à une distance même assez grande ; et si l'on appuie alors l'oreille par terre, on entend une espèce de roulement sounl. {\i\ aux vibrations imprimées au sol par les pieds des chevaux. Deux mineurs qui creusent des galeries opposées s'entendent mutuellement, et peuvent ainsi se diriger l'un vers l'autre. Dans les mines d'étain de Corhouailles, en Angleterre, il y a des galeries qui s'étendent sous la mer, et l'on distingue, à travers l'épaisseur des voiUes, le bruit des flots, et celui que produisent les galets en s'entrechoquant.
M. Wlieatstone a fait assez récomment une expérience très curieuse. Quatre
longues tringles verticales en sapin, de 2 centimètres de diamètre, s'appuient par leur extrémité inférieure, la première sur la table d'harmonie d'un piano, la seconde sur le chevalet d'un violon, la troisième sur celui d'un violoncelle, et la quatrième sur la base de l'anche d'une clarinette. Ces instruments sont placés dans une cave, dont les tringles traversent la voftte, de manière que leur extrémité supérieure se trouve dans une chambre élevée de rédifice, où elles soutiennent des caisses renforçantes en bois mince et élastique. Quand les instruments sont joués, ensemble ou séparément, leurs vibrations sont communiquées aux caisses par l'intermédiaire des tringles, et l'on entend la musique du petit orchestre, avec tous ses caractères et sans qu'il y ait aucune confusion. Vient-on à séparer une des tringles de la caisse qu'elle soutient, on n'entend plus l'instrument qui lui correspond; l'extrémité de la tringle frappant Fair par une trop petite étendue.
Citons encore quelques e.xpériences faciles à répéter : si l'on applique l'oreille à l'extrémité d'une longue poutre, on entend distinctement le plus léger choc produit sur l'autre extrémité. Les parties solides de la tète transmettent les sons à l'organe de l'ouïe avec une grande facilité : un diapason qui vibre trop faiblement pour qu'on l'entende, étant posé sur le front, sur les dents, etc., est entendu distinctement. Deux personnes parlant très bas, et tenant entre leurs dents les extrémités d'une baguette ou d'un fil, s'entendent à une grande distance ; celle qui parle peut aussi appuyer l'extrémité de la baguette sur la poitrine, sans changer sensiblement l'intensité du son transmis. Si l'on frappe sur une cuiller d'argent suspendue à un fil tenu entre les dents , les oreilles étant bouchées, on entend un son grave transmis à l'organe de l'ouïe, par le fil et les parties osseuses de la tète.
On fait entendre les sourds-muets par les dents, quand la surdité ne provient que du défaut des organes extérieurs. L'abbé Cot, en parlant dans un tuyau dont le sourd serre le bord entre ses dents, lui fait entendre des mots qu'il peut répéter aussitôt. En serrant les bords d'une boîte h musique avec les dents, les sourds-muets entendent les sons, et manifestent une joie et un ravissement qui prouvent qu'ils sont sensibles au charme de la musique. M. Strauss Durckheini paraît avoir le premier fait entendre des sourds-muets %par l'intermédiaire des dents, les faisant participer ainsi à l'exercice d'un sens dont ils soupçonnaient à peine l'existence.
Les corps non élastiques, comme l'étoupe, les étoffes, les matières très divisées, la limaille de bois, la farine, etc., ne transmettent pas les sons. Ces substances placées dans l'épaisseur d'une cloison, empêchent d'entendre les bruits qui se produisent du côté opposé ; on les nomme mauvais conducteurs du son.
487. HAHIÈRES DE FAIBE VIBRER L*AIR. — Nous avons VU (484) que l'air qui transmet les sons est en vibration, et que ce sont ces vibrations qui ébranlent la membrane du tympan de l'oreille et produisent ainsi la sensation du son. 11 résulte de là que l'on pourra produire des sons par tous les moyens capables
de déterminer, dans les molécules de Tair, des mouvements rapides de va-etvient, sans qu'il soit indispensable d'employer pour cela un corps vibrant. Ainsi, on pourra produire un son par la sortie périodique d'un gaz dans Tair, ou par une suite de chocs, si les pulsations, produites ainsi, sont assez rapides. Sortie Intermittente de Tair. — L'orifice d*un tube communiquant avec un réservoir d*air comprimé, est effleuré par les dents d'une roue tournant rapidement ; le passage de Tair est presque interrompu, toutes les fois qu'une dent vient se placer au devant de l'orifice, et devient libre un instant après, et l'on entend un son musical bien caractérisé. On peut encore employer le petit instrument (flg, 394) : un courant d'air lancé par le tube / , fait tourner rapidement une petite roue, dont les aubes rasent les parois intérieures du tambour dans lequel elle est renfermée. L'air, engagé entre les aubes, s'échappe par intermittences par F* 3^5. l'ouverture o, et il en résulte un son. C'est par une cause semblable, que les ventilateurs à force centrifuge (86) font entendre un ronflement ou son très grave, quandlls tournent très rapidement. La figure 395 représente une autre disposition, imaginée par M. Cagnard- Latour ; ab est un tube dans lequel on fait arriver un courant d'air fur l'orifice 6. Un disque D, mobile autour d'un de ses diamètres, tourne rapidement sous l'influence de ce courant, qu'il intercepte quand il se place transversalement, et qu'il laisse passer librement quand son plan est dirigé suivant l'axe du tube ; de là un son qui se propage dans l'air. La sirène, que nous décrivons plus loin, produit aussi des sons par la sortie périodique de l'air.
Impulsions intermittentes. — Un corps de révolution, portant une pro^ minence en un point de son équateur, engendre, quand il tourne rapidement, un son grave, provenant de la compression produite dans l'air par la proéminence, en chaque poipt où elle arrive ; compression suivie d'une dilatation de l'air, qui se précipite dans l'espace qu'elle abandonne derrière elle. •\ Fronde musicale. — Cc petit instrument con-
siste en une bande mince en bois ou en métal, ah (/îf/. 39G), attachée à un fil , et pouvant tourner sur elle-m(*me autour d'un axe dirigé suivant le prolongement du fil. Si l'on fait tourner ce système comme une fronde, on entend un son sourd d'autant plus aigii que la vitesse de rotation est plus grande. La résistance de l'air fait tourner la bande sur elle-même, de manière que l'air est frappé, tantôt par sa surface, tantôt par son tranchant ; d'oà résultent l'ébranlement produit dans ce milieu , et le son qui en est la
Fig. 'MU\.
conséquence. Si Ton peint en noir la moitié inférieure de la bande a6, et d*un seul côté, on reconnaît quelle tourne sur elle-même, par Tapparmce cd qui se manifeste pendant la rotation.
4SS. Sons produits par des chocs très rapprochés. — Harmonica thcrmiqae. — Quand OU appuic un corps très chaud sur un corps froid , il se produit, dans certaines conditions, un son musical. Ce phénomène, découvert en 1805, par Schwartz, avec un lingot d'argent qu'il avait posé sur une enclume, pour le faire refroidir plus promptement, a été observé de nouveau par M. Trevelyan en 1829 On le vérifie de la manière suivante : on pose sur une masse de plomb de forme annulaire P {fig. 397), une barre de laiton ou de fer, travaillée en forme de gouttière, et qu'on a fait fortement chauffer. Le son se produit,
d'autant plus intense que la différence ^^^- ^^^•
de température des deux corps est
plus grande. M. Forbes pensait que les deux substances en contact devaient être métalliques et de nature différente. Mais M. Tyndall a montré que le fer sur le fer, le cuivre sur le cuivre, donnent très facilement des sons, quand on pose la pièce en gouttière sur une arête de l'autre corps *. Si l'on pose cette pièce sur un bloc de même substance, le son ne se produit plus. Le verre, le quartz, la porcelaine et une foule d'autres substances non métalliques, conviennent pour former le corps froid. Avec le sel gemme, l'expérience réussit très facilement, et il suffit que la barre soit portée à 100''.
Le son qui se produit dans cette expérience, connue généralement sous le nom d'expérience de Trevelyan, a été expliqué par M. Faraday, avant même les expériences de M. Tyndall : le corps froid se dilatant brusquement au point de contact, par la chaleur que lui communique le corps chaud, soulève ce dernier et l'écarté vivement. Ce point de contact se refroidit aussitôt par la dispersion de la chaleur dans les parties voisines, se contracte, et la pièce chaude retombe en produisant un choc, pour être lancée de nouveau, après avoir échauffé le point frappé ; et ainsi de suite. Pour que ces chocs produisent un son, il faut qu'ils se succèdent très rapidement, c'est-à-dire que les corps se refroidissent et s'échauffent au point de contact avec une grande rapidité ; ce qui dépend de leur forme en ce point et de leur substance. La forme de gouttière favorise ces mouvements, parce que la barre peut se soulever avec facilité d'un côté ou de l'autre, en tournant autour d'une des arêtes inférieures.
489. Harmonica chimique. — Si l'on enveloppe un jet de gaz hydrogène enflammé à l'extrémité d'un tube effilé / (fig. 398) d'un gros tube T que Ton
' Annalen de chimie et de physique, 3® série, t. XLÏ, p. I>00.
abaisse peu à peu, la flamme se rétrécit sans augmenter sensiblement de longueur, puis tout à coup il se produit un son, tantôt rude et déchirant, tantôt d'one douceur remarquable. En même temps les bords de la flamme présentent des dentelures animées d'un tremblement très visible. M. Tyndall a remarqué que le son produit est un de ceux que peut engendrer le tujau quand on le fait sonner à la manière des tuyaux d'oi^e. Ce phénomène a été décrit pour la première fois par le D'' Higgins. G. àe la Rive en a donné TexpUcation suivante : la vapeur formée par la combustion de l'hydrogène se condense sur les parois froides du tube, ce qui détermine une rentrée brusque de Tair par ses extrémités. Cet air est ensuite refoulé par de nouvelle vapeur et rentre un instant après, quand elle se condense à son tour; d'où résulte un mouvement vibratoire de l'air à l'orifice du tuyau T. Mais M. Faraday a montré, en 1818, que le son se produit encore quaod le tube étant porté à plus de 100°, la vapeur ne peut pas se condenser. Il a alors expliqué le phénomène par des explosions se succédant très rapidement. Il remarque d'abord qu'il s'établit dans le tube T, nn courant ascendant d'air, qui rend la flamme plus étroite, et d'autant plus qu'il est plus rapide. L'air se môle au gaz hydrogène non encore brûlé, le mélange détone, se renouvelle un instant après, et les explosions sont assez rapprochées pour qu'il en résulte nn son. Pour contirmor cette explication, M. Faraday a produit des sons avec l'oxyde de carbone, qui brûle sans donner de vapeur d'eau, et en général avec tous les gaz inflammables, et môme avec les vapeurs d'éther et d'alcool. Il a aussi remplacé le tube T par des ballons, des tuyaux de papier, des cloches fermées par le haut; dôs que le courant d'air peut se produire autour delà flamme, le son éclate. C'est parce qu'il donne le plus de chaleur, et qu'il s'éteint dittlcilemenl sous l'influence du courant d'air, que l'hydrogène résonne mieux que les autres gaz. Les becs de gaz à cheminées de verre donnent aussi quelqjiefois un son musical quand on vient de les allumer.
M. Marions a complété l'explication de M. Faraday , en montrant que les explosions rapides se produisent au-dessus de la flamme dans la partie r dn tube T (/?(/. 398). Ces explosions sont dues à un mélange de gaz avec l'air <]ui, parcourant le tube, refroidit assez le gaz à l'extérieur de la flamme, poiu" renipOcher de brûler. L'hydrogène est donc entraîné, ce qui explique la diminution de diamètre de la flamme, et le mélange formé détone après s'être élevé jus(ju'en V. Pour prouver qu'il en est ainsi, M. Martens partage transversalement le tube T en deux parties, au moyen d'un morceau de toile métallique, qui a la propriété, comme nous le verrons plus tard, d'empêcher Tinflammation
Fig. 398.
de se communiquer ; et il trouve que le son ne se produit plus, quand Textrémité de la flamme est à une distance de deux millimètres au plus de la toile. En soulevant peu à peu le tube, la toile s'éloigne, et le son commence à se produire, d'abord faible, puis très éclatant.
M. Wheatstone, puis M. Tyndall, ont prouvé que la flamme est rendue discontinue par les explosions, en en recevant la lumière sur un miroir tournant rapidement. Quand la flamme ne produit pas de son, les rayons réfléchis forment sur un écran, une bande lumineuse continue ; mais, dés que le son éclate, la bande parait divisée par de nombreux espaces obscurs qui correspondent aux instants des explosions.
Davy ayant plongé une lampe, dont la flamme était entourée d'une toile métallique, dans un mélange gazeux explosif, obtint aussi des sons, par l'explosion rapide des portions du mélange qui pénétraient à travers la toile. Si l'on soufile à travers une grande flamme, on entend une sorte de roulement formé d'une série d'explosions sourdes provenant des mélanges qui se forment entre le gaz non encore brûlé et l'air lancé au milieu de la masse, mélanges qui détonent aussitôt qu'ils sont formés. En soufflant à travers la flamme de rhydrogéne sortant par un tube effilé, on produit un pétillement, provenant aussi d'une suite de petites explosions.
490. Sons dans les tubes h boule.. — L'explication que G. de la Rive avait donnée du son des flammes, convient très bien à un autre mode de génération du son qu'il décrit dans le même mémoire '. Quand on fait chauff'er dans la flamme d'une lampe à alcool, une boule de verre soufflée à l'extrémité d'un tube capillaire, et contenant un peu d'eau, on entend un son musical d'autant plus grave que la boule est plus grosse, et le tube plus long et plus étroit. La vapeur, chassée de la boule, se condense sur les parois froides du tube, de manière à laisser un vide dans lequel l'air extérieur se précipite, pour être refoulé aussitôt par une nouvelle vapeur, qui, se condensant à son tour, détermine une nouvelle rentrée d'air, et ainsi de suite. L'éther, l'alcool, l'acide sulfurique concentré peuvent remplacer l'eau. Mais il faut toujours en introduire une très petite quantité ; autrement, le tube (fst bientôt obstrué par le liquide provenant de la vapeur condensée, et le son cesse. A. Pinaud a confirmé l'explication de M. de la Rive, en montrant qu'il ne se produit plus de son quand l'intérieur de la boule est bien desséché.
491. Des qualités du son. — On distingue dans un son, trois qualités : la hauteur ou ton, Yintensité, et le timbre,
lo La hauteur esi cette qualité qui fait qu'un son est grave ou aigu. Nous verrons que la hauteur dépend de la rapidité du mouvement vibratoire, les sons aigus répondant aux vibrations les plus rapides.
2^ Vintensité du son est l'énergie avec laquelle l'oreille est ébranlée. Un
• Journal de physique, t. LV, p. 173.
son est d*autarit plus intense qu*on peut Tentendrc de plus loin. Cette qualité dépend de Y amplitude des vibrations de Pair.
3<^ Le limhre est une qualité qui nous fait distinguer Tun de Fautre deai sons de même hauteur et de même intensité. C'est ainsi que Ton ne confond pas les sons d'une flûte avec ceux d'un violon ou d'une trompette. Le timbre dépend de plusieurs circonstances du mouvement vibratoire, que nous feron> connaître plus loin.
S 2. — DE LA PROPAGATION Dl SON.