TENOR
Les voix de hasse-taille et de ténor appartiennent aux hommes, et celles d'alto et de soprano, aux femmes et aux enfants. On voit que l'échelle entière de la voix humaine comprend à peu prés quatre octaves. Il y a des chanteurs qui, exceptionnellement, descendent jusqu'à w^, (130,5 vibrations par seconde), et même à«t|, et d'autres qui montent au-delà de if/5 (2088 vibrations). Les voix de femmes sont plus aiguës que celle des hommes, à cause des dimensions beaucoup plus petites du larynx; ainsi, la fente de la glotte de l'homme est à peu près double de celle de la femme et des enfants. Vers l'âge de 18 à 20 ans, le laiynx de ces derniers se développe de manière à acquérir des dimensions doubles, en peu de temps.
Timbre de la voix. — C*est le timbre surtout qui distingue la voix des divers individus. Le timbre est dû, en partie, aux cavités supérieures ao larynx ; car toute altération dans les dimensions de ces cavités, modiûe le timbre. Par exemple, si Ton comprime les fosses nasales, ou si elles sont obstruées, comme dans le coriza, la voix prend un timbre particulier; on dit que l'on parle du nez. Dans ce cas, les fosses nasales résonnent comme une chambre séparée. On peut produire aussi le nasonnement avec les narines ouvertes; alors le larynx s*éléve et la langue se rapproche de la voûte du palais. U timbre dépend encore de la résistance plus ou moins grande des parois da larynx. Quand les cartilages en sont épais et en partie ossifiés, la voix est forte et ferme. Chez les femmes, dont les cartilages sont plus flexibles, la voiiest plus douce, et a quelque chose d'indécis qui en augmente le charme. Les luyaoi à anche munis d'une large ouverture fermée avec une peau flexible (595) engendrent aussi des sons qui ont plus de douceur que lorsque les parois sont entièrement rigides.
Voix de faosset. — On nomme ainsi une voix grêle et un peu aigre dont les chanteurs se servent pour les sons aigus. On a cru d'abord que la voii de fausset formait la continuation de la voix de poitrine ; mais M. Manuel Garcia a montré que ces deux espèces de voix sont distincles l'une de l'autre, car des chanteurs peuvent produire un certain nombre de sons avec l'une ou l'autre, à volonté. Pendant la voix de fausset, le bord antérieur du cartilage crifoide s'élève notablement, et les ligaments supérieurs se rapprochent et se tendent fortement. La forme de la cavité du larynx est donc modifiée, ce qui suflit pour motiver une ditfércnce de timbre ; de même que deux anches à l'unisson diffèrent beaucoup par le timbre, quand elles sont montées sur des porte-venl de forme très différente.
Intensité. — L'intensité de la voix dépend de la force du courant d'air, des dimensions du larynx, de la fermeté de ses cartilages, et enfin de l'appareil renforçant formé par les cavités du pharynx, de la bouche et des fosses nasales. Plus ces cavités sont vastes et leurs ouvertures extérieures larges, plus la voix a de sonorité. Quelques chanteurs se font enlever les amygdales, sortes dr glandes qui rétrécissent l'isthme du gosier, pour augmenter l'éclat de leur voix. Les poumons et la poitrine vibrent aussi pendant l'émisson des sons, et leurs vibrations concourent encore à augmenter l'intensité.
619. Parole. — Xu\ SOUS produits dans le larynx, nous pouvons joindre, sans en changer le ton, certaines modifications qui constituent la voix artkuke ou la parole, et qui prennent naissance dans les cavités qui surmontent le larynx. En effet, on peut prononcer sans produire de sons véritables; par exemple, quand on parle à voix basse. Comme le dit Mersenne, la voix n'est que la matière de la parole.
Les sons articulés se divisent en voyelles, qui peuvent se prolonger autant que la respiration le permet, et correspondent aune situation fixe de tout l'appareil vocal ; et en consonnes qui ne peuvent être soutenues qu'un moment, ou
sont accompagnées de mouvements, par lesquels cet appareil se dispose pour former une voyelle. Il y a des consonnes que Ton peut soutenir comme Ys, Yf, mais sans émettre en même temps de son proprement dit. L> fait exception, en ce sens qu'on peut le soutenir en raccompagnant d*un son musical.
La prononciation dépend de la position et des mouvements du pharynx, du voile du palais, de la langue et des lèvres. La langue paraît jouer ici le rôle le plus important ; cependant d'autres parties peuvent la remplacer, car on cite des exemples de personnes privées de langue, qui prononçaient nettement. On est parvenu à imiter la parole au moyen d'instruments spéciaux. TWersenne cite un orgue qui prononçait les voyelles et les consonnes. De Kapelen, qui s'est beaucoup occupé du mécanisme de la voix humaine, a fait connaître, en 1791, une machine parlante, à laquelle il faisait prononcer, par l'action d'un courant d'air, des mots et de courtes phrases.
Expériences de ■• Helmholfs sur le timbre des iroyelies. — M. Helmholtz est panenu à imiter le timbre des voyelles de la voix chantée, au moyen de sons mélangés*. L'appareil qu'il emploie se compose de huit diapasons munis de tuyaux renforçants, que l'on peut fermer et ouvrir à volonté au moyen de soupapes que l'on fait jouer en appuyant sur des touches. Les diapasons peuvent être maintenus dans un état de vibration permanent au moyen (Télectro-aimanls, par un artifice que nous ferons connaître plus tard. Quand les tuyaux renforçants sont fermés, on n'entend qu'un léger murmure. Sept des diapasons donnent les harmoniques du plus grave, qui fait iS"2 vibrations doubles par seconde; ce qui correspond à «,. En adoptant le nouveau la normal, les harmoniques sont donc
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dont les deux extrêmes représentent à peu prés les limites de la voix humaine. Voici les résultats obtenus au moyen de cet appareil :
A s'obtient en ajoutant au son fondamental, les sons 3, 5, 6 et 7, le son 3 étant assez faible. En supprimant ce dernier, la voyelle prend un ton nasal.
É résulte dé la combinaison des sons 1 , 2 et 3 ; le son 2 étant plus faible que 3. On peut aussi y joindre 4 et 5 très faibles.
Ë s'obtient en combinant le^sons 1, 3, 5, le son 3 étant assez faible.
1 résulte de la combinaison de i faible, avec 2, 3 très faible, A très fort, et 5 un peu moins fort. Les sons 3 et 5 ne sont pas absolument indispensables.
0 s'obtient au moyen des sons 1 et 2 à peu prés de môme intensité. En y joignant les harmoniques 3 et 4 très faibles, le résultat est encore meilleur.
* Annales de Poggendor[[ (1859), l. CVIU, p. 280} et Annales de chimie et dephysique, 3C8Lrie, l. LVIll, p. 249.
U se produit en combinant les sons 1 et 3.
OU est donné à peu près par un seul tuyau; mais on le rend encore mieoi en ajoutant le son 3 très faible.
EU s'obtient au moyen des sons i, 2, 3 à peu près de m^roe force.
Les différences de phase des divers sons n*ont aucune influence sur les résultats, car si Ton altère un peu Faccord des diapasons, en les chargeant de petites masses de cire, la différence de phase varie sans que Foreille s*en aperçoive.
L*existence des harmoniques dans les sons de la voix a été, en outre, prouvée directement par M. Helmholtz en chantant devant un vase sphérique àdeni ouvertures, contenant une masse d'air capable de vibrer à l'unisson de rhannonique dont il voulait vérifier la présence dans le son de la voyelle qu'il produisait. Cet harmonique se distinguait par le renforcement que lui faisait éprouver le vase sphérique.
680. Porte-iroU. — Pour se faire entendre à une grande distance, on se sert du porte- voix. Cet instrument est formé d'un tube un peu conique oP (fiy. 523), terminé en pavillon de cor P. En o est l'embouchure, qui peut entourer la bouche sans gêner le mouvement des lèvres. D'après un ouvrage attribué
Fig. 523.
à Aristote et cité par Kircher, le porte-voix était connu d*Alexandre-le-Grand. qui s'en servait pour commander son armée. Aujourd'hui on s'en sert habituellement en mer pour se faire entendre malgré le bruit du vent et des flots.
Pour expliquer le renforcement des sons dans le porte-voix, on admet généralement que les rayons sonores éprouvent plusieurs réflexions sur le^ parois, de manière à se rapprocher de plus en plus de la direction de Taxe de l'instrument. On ajoute quelquefois à cette cause, le mouvement vibratoire des parois. Lambert a prouvé, en 1763, que ce dernier mouvement ne peut avoir que des inconvénients, en rendant confus les sons articulés.
L'explication par la réflexion des rayons n'est pas admissible. En effet, le pavillon a une influence considérable, et il devrait être inutile, dans celte théorie. La forme conique devrait être, au contraire, indispensable, et Hassenfratz a constaté qu'un tube cylindrique terminé par un pavillon, renforçait h peu près autant qu'un tube conique. Ayant doublé l'intérieur d'un porte-voix avec du drap, il trouva que l'intensité des sons restait la môme, quoique la réflexion des
rayons sonores ne pût se faire que faiblement Nous ajouterons que les sons émis à travers un porte-voix ne sont pas renforcés dans la direction de son axe seulement, mais dans toutes les directions, que Tinstrument soit muni ou non de son pavillon. Un moyen très simple de le constater consiste à parler dans un porte-voix, à une distance de quelques centaines de métrés d*un mur élevé, on entend un écho sensiblement de même force, quand le pavillon est tourné vers le mur, et quand il est tourné du côté opposé.
L*effet du porte-voix n'est donc pas dû à la réflexion des rayons sonores sur ses parois, mais simplement, comme le remarque Hassenfratz, au renforcement que la colonne d*air qu'il contient fait éprouver aux sons. Quant à l'influence énorme du pavillon, elle est de la même nature que celle qu'il produit, comme nous l'avons vu (598), dans les instruments à vent, et comme pour ceux-ci, elle n'a pas pu encore être expliquée.