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I. Organe de renie

•69. Description de Torgane de TouTe. — L'organe de l'ouîe, chez l'homme, se compose de trois parties : Voreille externe, Voreille moyenne et r oreille inteime. Les deux dernières parties sont creusées dans le rocher, TR (fig. 514), prolongement osseux de l'os temporal TT, qui s'enfonce dans l'intérieur du crâne, de chaque côté de la tête.

U oreille externe se compose de deux parties : 1<> le pavillon P, lame dèmiovale, à surface irrégulièrement contournée, formée de fibres et de cartilages, et détachée de la tête dans la plus grande partie de son étendue. On y remarque une espèce d'entonnoir arrondi c, placé en avant et nommé conque ; i^ le conduit auditif exteime a qui s'enfonce au fond de la conque et se recourbe un peu en haut et en avant ; il est formé d'un tube en partie osseux et en partie cartilagineux.

LoreïUe moyenne consiste dans la caisse, ou tympan, C, cavité osseuse de forme à peu prés hémisphérique, remplie d*air, et séparée de Toreille externe par une membrane très délicate /, nommée membrane du tympan. Cette membrane, un peu concave en dehors, est tendue obliquement sur un cercle osseux, au fond du conduit auditif. La caisse est percée de quatre ouvertures : une d'elles communique avec un canal membraneux e, nommé trompe d'Euztacht, qui va déboucher dans la partie postérieure des fosses nasales ; elle sert à établir la communication entre Tair de la caisse et l'atmosphère. Deux autres sont placées à l'opposé delà membrane du tympan : ce sont la fenêtre ovale e\ la fenêtre ronde, ainsi nommées à cause de leur forme. Elles sont fermées l'une et l'autre par une membrane très mince. Enfin, une quatrième ouverture, placée en haut, établit la communication entre la caisse et de grandes cellulesK

creusées dans la partie supérieure du rocher.

Dans la caisse, se trouvent quatre petits os, formant la chaîne des osselets ; ils sont représentés à part en mjio, avec leur grandeur réelle, et dans leur position relative.

Le premier est le marteau w, dont une des branches est engagée dans la membrane du tympan, et peut la presser, sous l'influence d'un petit muscle /", /" . Les autres sont Yenclume w, Voslenticulairel eX Vétriero.

Ce dernier est muni d'un petit muscle m' qui l'appuie sur la membrane qui ferme la fenêtre ovale, membrane à laquelle il adhère par sa base.

Voreille interne ou lal)yrinthe, est la partie la plus importante de l'organe auditif; elle se compose de plusieurs cavités creusées dans le rocher, et qui sont : io le vestibule v (fiy. 514), qui communique avec la caisse par la fenêtre ovale ; 2® les canaux semi-circulaires, au nombre de trois, de forme arrondie, renllés â l'une de leurs extrémités, cl débouchant dans le vestibule; 3Me limaçon, sorte de canal conique enroulé en spirale autour d'une colonne osseuse nn (fig. 515), de manière à faire deux tours et demi. Ce canal est partatiçé en deux par une cloison longitudinale ce, moitié osseuse, moitié membraneuse, interrompue au sommet, de manière que les deux parties communiquent entre elles. L'une d'elles est, en outre, en communication avec le vestibule, et l'autre avec la caisse, par la fenêtre ronde. L'oreille interne renferme un sac membraneux qui s'enfonce dans presque toutes ses parties, et forme ce que l'on appelle le labyrinthe membraneux. La membrane est séparée

Fig. rii4. — 3/,

ORGANE DE l/oUÏE. 633

des parois osseuses, dans les canaux semi-circulaires et dans le vestibule, par

un liquide aqueux nommé lymphe de Cotugno ; et Tintérieur du labyrinthe

membraneux est rempli par un liquide gélatineux , désigné par Breschet sous

le nom de viinne auditive. Dans ce liquide viennent se ramifier les branches

d'un nerf spécial *, nommé nerf acoustique N

(fig. 514), de manière que les dernières

ramifications y soient flottantes. Ce nerf

pénètre dans le labyrinthe par un canal

osseux, le conduit auditif interne y et se

partage en quatre branches : une d'elles

entre dans le vestibule, deux autres dans les

ampoules des canaux semi-circulaires, et la

quatrième dans le limaçon; celle-ci est le

prolongement du tronc. Le vestibule et les F»6- ô<5-

canaux paraissent être les parties les plus

importantes de l'organe de l'ouïe ; ce sont elles qui disparaissent les dernières,

quand on suit la dégradation continue de l'organe de l'ouïe dans l'échelle des

animaux'^.

670. Mécanisme de i*andltioii. — Voici comment Savart rend compte du phénomène de l'audition. Les vibrations de l'air se communiquent à la membrane du tympan, qui les transmet, par l'intermédiaire de la chaîne des osselets, à la membrane qui ferme la fenêtre ovale, et par l'air de la caisse à celle qui ferme la fenêtre ronde. Le liquide qui remplit le labyrinthe et baigne ces membranes entre donc lui-même en vibrations, ainsi que les fibres du nerf acoustique qui flottent dans ce liquide ; et de l'ébranlement de ces fibres résulte la sensation de son.

Savart a mis en évidence les vibrations de la membrane du tympan, en jetant du sable sur une semblable membrane fraichemcnt extraite d'un cadavre ; il a vu le sable fln s'agiter et s'arranger en lignes nodales. La membrane du tympan concentre sur la chaîne des osselets les vibrations qu'elle reçoit dans toute son étendue, et les transmet d'autant plus intenses qu'elle présente plus de surface. Aussi, G. Cuviçr a-t-il remarqué que l'ouïe est plus fine quand cette membrane est plus oblique, et par suite plus étendue.

Cette théorie fort élégante et fort simple laisse aujourd'hui prise à une objection grave. Elle suppose que, comme l'admettait Savart, une môme membrane peut répondre à tous les sons compris entre certaines limites. Mais nous

1 Nerf de la builièroe paire; partant de la moëUe allongée, près du corps restiforme.

3 On remarque que le vestibule et les canaux sont d^autant plus développés que le reste de l'appareil auditif est plus imparfait , comme cela se voit surtout chez les poissons, qui manquent des autres parties de Torgane de Touïe.

3 Les poissons à squelette osseux n'ont pas de communication entre Toreille interne et rextérieur; iU n'entendent donc que par l'intermédiaire des os du crâne.

avons vu qu*il n*en est pas ainsi pour les membranes carrées, et très probable ment pour celles qui présentent une autre forme (637). Il nous semble q[D'il est facile de répondre ù. cette objection. La membrane tympanique est une meish hTzneii tension variable; le muscle du marteau agissant pour modifier cette tension en appuyant plus ou moins cet osselet sur la membrane, et cela instinctivement, de même que l'œil se dispose différemment pour voir nettement, suivant l'éclat de la lumière, la distance et la couleur des objets. Du reste Finfluence de la tension sur la perception des sons plus ou moins aigus peut se prouver par diverses expériences. En voici une due à Wollaston: On peut en se bouchant le nez et fermant la bouche, comprimer Tair des poumons, et en pousser une partie dans la caisse par la trompe d'Eustache ; alors la membrane tympanique est tendue de dedans en dehors, et Ton peut encore entendre les sons aigus, mais les sons graves sont à peine perceptibles. Quand on éternue,rair chassé brusquement des poumons produit le même effet. L*état de compression de l'air de la caisse persiste quelque temps, ce qui indique que la trompe d'Eustache, qui est membraneuse, peut être obstmée par l'affaissement de ses parois. En contractant les muscles du fond de la bouche, comme pour avaler, il se pioduit des tractions en divers sens qui ouvrent la trompe, et la surdité partielle disparaît subitement. On peut aussi diminuer la pression dans la caisse, en aspirant fortement pendant que la bouche et les narines sont fermées ; la membrane du tympan est alors trop tendue de dehors en dedans, et les effets sont les mêmes. On peut conclure de là que la trompe d'Eustache est destinée à maintenir l'égalité de pression entre l'air de la caisse et l'air extérieur; elle sert aussi à l'écoulement des sécrétions qui encombreraient la caisse.

Quant à l'action du muscle du marteau sur la membrane du tympan pendant ((u'on écoute, elle nous parait démontrée par une observation que nous avons faite fréquemment : lorsqu'on manie dans le silence des objets très petits, et qu'on en laisse tomber un par mégarde, on entend un tintement aigu et bref, dû très probablement au mouvement brusque du marteau, provoqué par l'attente du bruit qui accompagne ordinairement la chute d'un corps. Du reste, les mouvements de ce muscle sont volontaires. Fabrice d'Aquapcndente pouvait agir à volonté sur ce muscle, de manière à produire un bruit dans son oreille. M. Muller possède la même faculté, de manière qu'un observateur en approchant son oreille de la sienne, peut entendre une espèce de craquement dû au mouvement brusque des osselets.

I.e rcMe si mystérieux du muscle du marteau se trouve donc ainsi naturellement expliqué : il est destiné à faire varier, suivant le degré d'acuité des sons, la tension de la membrane du tympan, de manière (|u'elle pui>s«» répondre à tous les sons, du moins entre certaines limites. Déjà Rirliat av.ùl avancé que le marteau agit sur la membrane pendant (ju'on prête l'oreille, M. Longet pense qu'il est destiné à tenir la membrane dans un état de tension convenable, malgré les variations d'humidité de l'air. Mais nous voyons que le

ORGANE DE L*OUÎE. 635

rôiedu muscie du marteau est beaucoup plus important qu*on ne Tavait pensé.

evf . Théorie de raudicion. — En partant des faits qui précédent, nous pensons que Von peut établir ainsi la théorie de l'audition. Quand on n'écoute pas, le marteau n'est pas appuyé assez fortement sur la membrane du tympan, et cette dernière n'a pas la tension convenable pour vibrer facilement ; cependant ses vibrations se transmettent à l'air de la caisse et de là à la membrane de la fenêtre ronde : c'est ainsi que Ton entend- sans écouter, comme lorsque l'attention est occupée ailleurs, ou pendant le sommeil. Quand on écoute, le marteau s'appuie sur la membrane du tympan par la contraction de son muscle, en régie la tension, et les vibrations de cette membrane se transmettent à la chaîne des osselets et de là à la fenêtre ovale. Ce ne serait que dans ce c^s que l'on pourrait apprécier les sons, quoiqu'on puisse avoir une idée vague de leurs qualités quand on n écoute pas, à cause de la communication qui existe entre toutes les parties de l'oreille interne (669). En résumé on entend avec le limaçon, par l'air^ de la caisse et la fenêtre ronde, et on écoute par la chaîne des osselets, le vestibule et les canaux semi-circulaires. Ce qui confirme cette manière de voir , c'est que l'ablation du limaçon ne modifie pas sensiblement la faculté d'apprécier les sons. De plus. M, Michel a reconnu dans l'oreille interne d'un sourd de naissance, que le développement des canaux était incomplet, tandis que le reste de l'appareil auditif paraissait à l'état normal. Enfin, M. Flourens a reconnu que la destruction des canaiTx semi-circulaires rend l'ouïe confuse. Les oiseaux chanteurs, auxquels on peut apprendre des airs, et que l'on peut même dresser à chanter en partie, par exemple les moqueurs de l'Amérique, n'ont qu'un limaçon incomplet, et cependant ils sont capables d'apprécier les sons au point de vue musical.

Si l'on saisit bien ainsi l'ensemble du phénomène de l'audition, il n'est pas aussi facile de rendre compte dj) rôle des différentes parties de l'organe compliqué qui sert à la perception des sons.

Rôle de Toreiiie externe. — Le pavillon semble destiné à réfléchir les rayons sonores dans l'axe du conduit auditif, quelle que soit leur direction. D'après Boerhaave, les inégalités que l'on remarque sur sa surface présentent une courbure parabolique dont le foyer correspond au conduit auditif. Il résulte aussi des expériences de Buchanam, que l'ouïe est d'autant plus fine que le pavillon est plus écarté du crâne. L'angle peut varier de 10° à 45° environ. L'expérience montre aussi qu'en soulevant la partie postérieure du pavillon on entend mieux, de même qu'en ajoutant à l'étendue de sa surface, au moyen delà main. Savart, ayant constaté que les cartilages qui soutiennent le pavillon sont susceptibles de vibrer et de transmettre directement les vibrations au tympan, remarque que les circonvolutions de l'oreille externe présentent toujours quelques parties normales à la direction des rayons sonores pour en recevoir les vibrations. Muller a reconnu, en effet, qu'un corps vibrant appuyé sur le pavillon produit une impression de son plus forte que lorsqu'il est appuyé sur toute autre des parties de la tête, qui peuvent aussi, comme nous l'avons . vu, transmettre

les vibrations (486). Chez certains animaux mammifères ( cheval, âne, lapin, chat, etc.), l'oreille externe est très développée, et en forme de cornet dont ib peuvent diriger l'ouverture du côté d'où viennent les sons, pour mieux entendre. Cette partie agit ici évidemment comme un cornet acoustique, instrument que nous décrirons bientôt.

La courbure vers le haut, du conduit auditif, paraît destinée à empêcher les corps extérieurs d'atteindre la membrane du tympan. La longueur de ce conduit, d'après Muller, est destinée à renforcer les sons, comme le fait toute colonne d'air limitée. Voici une expérience que chacun peut faire facilement et qui vient à l'appui de cette manière de voir. Si, pendant que l'on émet un son avec la bouche fermée, on bouche les oreilles avec le doigt, le son perçu est plus intense. La colonne d'air logée dans le conduit auditif se comporte alors comme celle d'un tuyau fermé, et les vibrations lui sont sans doute communiquées par la membrane du tympan, ébranlée elle-même par l'air de la caisse qui communique avec l'organe vocal par la trompe d'Eustache.

L'oreille externe est la partie la moins importante de l'organe auditif; son ablation ne fait perdre que peu de chose à la finesse de l'ouïe. On remarque, en effet, que c'est elle qui manque le plus souvent chez les animaux '.

Rôle de Toreiiie moyenne. — La membrane du tympan concentre sur la chaîne des osselets les vibrations qu'elle ' reçoit dans toute son étendue. L'irrégularité de forme de la chaîne des osselets n'empécho pas les vibrations de se transmettre, en conservant leur direction (fg. 516), d'après la loi de la transmission des mouvements vibratoires (6G3). 11 suffit que le pied de l'étrier soit parallèle à la membrane du tympan t, ce qui a lieu en jffet. Quant à l'utilité des angles que font entre eux les osselets, Savart pensait qu'ils sont destinés à amortir, par les flexions qui en résultent , les chocs trop bnisques qui pourraient déchirer la membrane de la fenêtre ovale; par exemple, dans le cas des coups de canon, dont l'onde aérienne est capable, comme on sait, de briser les vitres des fenêtres. Les osselets produisent alors le même effet que les ressorts des voitures, qui amortissent l'effet des chocs des roues sur les pavés. M. Longet pense que U flexibilité de la chaîne des osselets a aussi pour objet de permettre au marteau de s'avancer vers la membrane du tympan, sans arracher l'étrier de la fenêtre ovale.

Fig. 516.

• \.Qi mammifères sont les seuls animaux qui aient une oreille externe, encore maDqu^• t-olle chez quel'.ues-uns ^baleine?, phoques). Le conduit audilif, qui existe encore cbei If* oiseaux, manque g/néralement chez les reptiles. Les poissons ne possèdent que Poreille ÏDlen*.

ORGANE DE L'oUÏE. 637

M. Muller a fait une expérience qui montre combien ia transmission du son par une colonne solide, comme la chaîne des osselets, est plus complète que par Tair. Le son d'un tuyau à bouche t (fig. 517), fermé par une membrane m représentant celle du tympan, se transmet à la membrane r par l'air de la caisse C, et à celle qui ferme l'ouverture o, par la tige de bois h terminée par un petit plateau collé à la membrane o. L'appareil plonge dans de l'eau, qui reçoit les vibrations des membranes r et o, et les transmet à l'oreille au moyen d'un tube conducteur, dont une extrémité plonge dans l'eau, et l'autre est enfoncée dans le conduit auditif.

Quant à l'utilité de la forme du limaçon et des canaux semi-circulaires, on n'en a pas donné jusqu'à présent d'explication satisfaisante. Autenrieth et Kerner, considérant que les trois canaux sont perpendiculaires entre eux et répondent ainsi aux trois dimensions de l'étendue, pensaient qu'ils étaient destinés à indiquer la direction du son ; mais s'il en était ainsi, on devrait se tromper sur cette direction quand on est couché ou qu'on incline seulement la tête ; ce qui n'a pas lieu.

eVS. Rapport da Jagement avec la sensation. — L'impression se produit dans l'organe même, où se trouvent les filaments nerveux ébranlés. Nous pouvons ensuite rapporter cette impression, par un jugement que l'expérience nous a appris à établir avec une certaine certitude, à son origine, c'est-à-dire que nous pouvons apprécier la direction suivant laquelle le son nous arrive, et la distance à laquelle nous sommes du centre phonique.

Direetion. — Quand les deux oreilles sont aflFectées avec la même intensité, l'expérience nous a appris que le son vient dans une direction normale à la face. C'est alors que l'impression est à son maximum. Quand le son vient par derrière, les impressions sont encore égales sur les deux oreilles, mais moindres que lorsqu'il vient en face, à cause de la direction des pavillons, dont la conque ne peut plus recevoir directement les ondes. Quand une oreille est plus impressionnée que l'autre, l'éducation de l'organe nous a appris que le son vient du côté de l'oreille la plus vivement affectée. Les expériences des échos nous montrent ce résultat d'une manière frappante. Entre deux murs, le son réfléchi paraît provenir de celui qui sert de centre phonocamptique, tandis que son origine est du côté opposé. Dans les expériences du croisement des ondes (591), le son paraît venir tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, suivant celle des deux oreilles qui se trouve le plus prés d'un ventre. On a avancé que la direction des mouvements vibratoires par rapport à la surface de la membrane du tympan ou par rapport à la chaîne des osselets et aux parties du labyrinthe, était pour quelque chose dans l'appréciation de la direction des rayons sonores ; cependant, comme l'expérience montre qup la conservation de la direction des ébranlements n'a plus lieu pour les surfaces courbes (663), il nous paraît plus probable que le jugement de la direction des ondes dépend seulement de la manière différente doAt sont impressionnées les deux oreilles, et aussi de ia direction suivant laquelle ces ondes rencontrent le pavillon.

11 faudrait observer à cet égard si Tabscnce de pavillon rend plus difficile le jugement de la direction du son.

Distance. — Quand un son vient de loin, il est faible. On pourra donc juger de la distance du centre phonique par l'intensité de Timpression ; mais seulement dans le cas dosons dont Tintensité est à peu près constante; par exemple, l'explosion d'un canon, d'un pistolet, les sons de la trompette. Dans tout autre cas, l'intensité seule ne pourra suffire, puisque des sons forts peuvoit venir de très loin et des sons faibles, de très prés. Pour expliquer le jugefflent de la distance, remarquons d'abord qu'il n'y a pas de sons simples ; tous sont accompagnés d'autres sons plus faibles, qui sont, soit des harmoniques, soit des sons provenant de vibrations communiquées. La voix elle-même est accompagnée de sons concomitants qui lui donnent son timbre particulier, sa douceur et son charme. Or, ces sons secondaires, plus faibles que le son principal, disparaissent à mesure qu'on s'éloigne du centre phonique, et le son principal, dépouillé de cet accompagnement habituel, paraît plus dur, plus scord. Il en est de même quand on entend à travers un mur, et, dans ce cas, le soo parait venir de très loin, si l'on ignore la présence du mur. Dans un vaste édifice, dans certaines vallées étroites où i! y a résonnance, nous ne pouvons plus juger des distances, les sons n'étant plus dépouillés de sons concomitants. Il en est de même quand il s'agit d'un son inusité , comme du cri de certains animaux, pour le voyageur qui vient pour la première fois dans les régions qu'ils habitent. Les ventriloques produisent l'illusion que tout le monde connaît, en étouffant la voix, de manière à ne laisser entendre que le son principal. Souvent ils parlent en aspirant, et le son est sourd et étouffé, comme s'il avait dû traverser des masses solides, ou comme s'il venait de très loin. En imitant les inflexions que Ton emploie quand on crie de très loin, et en désignant le côté d'où ils veulent que les sons semblent provenir, ils complètent l'illusion, en se faisant aider de l'imagination du spectateur.

•73. Cornet aeonMlqne. —

^0 ^^^^ ^^"^ suppléer au défaut de sensibi-

lité de l'ouïe, on augmente l'intensité ^^^- ^^^' des sons au moyen du cornet acous-

tique. Cet instrument consiste en un tube conique évasé (/î^. 518), que l'on contourne de diverses façons et dont le sommet ouvert o s'engage dans le conduit auditif. Le renforcement des sons par cet instrument a été d'abord attribué à la réflexion des rayons sonores qui convergeraient ainsi à l'ouverture o, et on a cherché la forme la plus favorable pour remplir celte condition : par exemple, on a remplacé le c6ne par un paraboloïde dont le foyer était à l'orifice o. Mais ces différentes formes n'ont que peu d'influence sur le résultat. De plus, la nature des parois, l'état de leur surface intérieure, qui peut être polie ou dépolie, et même recouverte de drap, ne change rien à l'accroissement d'intensité des sons. La seule

condition à remplir, c'est que Touverture extérieure soit plus grande que celle que Ton engage dans l'oreille. L'effet du cornet acoustique s'explique alors de la manière suivante : les tranches d'air comprimées ou dilatées qui arrivent à l'ouverture extérieure transmettent feur compression à des tranches de plus en plus petites, et, par conséquent, la transmettent avec une intensité croissante. Les choses se passent comme dans une série de billes élastiques de plus en plus petites ; si l'on éloigne la plus grosse pour la lancer sur la suivante avec une certaine vitesse, la plus petite, placée à l'extrémité opposée de la série, partira avec une vitesse beaucoup plus grande. De cette manière, la tranche qui est en o reçoit et transmet à la membrane du tympan une compression, ou une dilatation, beaucoup plus forte qu'en l'absence de l'instrument.

n. De U fïJL

674. L'appareil vocal de l'homme est composé du larynx, dans lequel se forment les sons, des poumons qui fournissent le vent, enfin des cavités qui se trouvent immédiatement au-dessus du larynx, comme l'arrière-bouche, la bouche, les fosses nasales. Le vent vient des poumons par la trachée-artère, tube formé d'anneaux cartilagineux, interrompus à la partie postérieure dans \ environ de leur circonférence, superposés et réunis par des membranes qui achèvent de fermer le tube à la partie postérieure. A l'extrémité supérieure de la trachée-artère se trouve le larynx, botte cartilagineuse, formant en avant du cou la saillie connue sous le nom de pomme d'Adam. C'est dans le larynx que se produit la voix; car, si l'on pratique une ouverture à la trachée, au-dessous du larynx, l'air s'échappe par cette ouverture et la production des sons n'est plus possible. On a vu des personnes chez lesquelles la trachée était ainsi perforée par suite d'accident, et qui ne pouvaient parler qu'après avoir fermé l'ouverture avec un tampon. Quand l'ouverture est au-dessus du larynx, l'émission des sons n'est pas empêchée. Enfin, en soufflant dans un larynx fraîchement extrait du cadavre, on lui fait rendre des sons.

675. Deserlptlon du larynx. — Le larynx est soutenu à sa partie supérieure par un petit os en forme de fer à cheval, nommé os hyoïde i , it, (fig. 519) ; il est formé de plusieurs cartilages : le cartilage thyroïde, placé en avant et formant la pomme d'Adam, il est réuni à l'os hyoïde par une membrane m; au-dessous, le cartilage cricoide r, r, de forme annulaire; et les deux cartilages aryténoïdes a, en forme de pyramides courbes, articulés en arrière au bord du cricoïde, et dont les sommets sont rapprochés l'un de l'autre. Tous ces cartilages peuvent être déplacés les uns par rapport aux autres dans un certain degré, et d'une manière bien arrêtée, au moyen de muscles spéciaux. Il nous reste encore à signaler Yépiglotte, espèce de soupape cartilagineuse e, qui garnit l'ouverture par laquelle le larynx communique avec- le pharynx, sorte d'entonnoir

formant la continuation de rarriére-bouche et communiquant avec Testomac. L'épiglotte est destinée à fermer le larynx pendant qu'on avale les aliments, afm de les empêcher d'y pénétrer, ce qui produirait la suffocation. Le pharynx est en communication avec la caisse de TAreille, par la trompe d'Eustache.

Dans l'intérieur du larynx se trouvent, de chaque côté, deux replis c, c. formés de substance jaune élastique analogue au tissu des artères. Ces replis sont dirigés un peu obliquement d'avant en arrière, et nommés ligaments inférieurs de la glotte ou cordes vocales ; ils laissent entre eux une fente

Fig. 519 1.

nommée ouverture de la glotte. Au-dessus sont deux autres replis c', c\ nommés ligaments supérieurs de la glotte; l'espace v compris entre ces quatre ligaments constitue le ventricule de la glotte. Les cordes vocales c, c sont fixées par leur partie postérieure aux cartilages aryténoïdes, qui, par leurs mouvements, peuvent les tendre plus ou moins, et élargir plus ou moins la fente qui les sépare. La fig. 520 représente, d'après Dugôs, une coupe transversale du larynx de l'homme. H, et de la femme, F, faite à travers le ventricule. On voit que ce dernier t», ne s'étend pas jusqu'à la partie postérieure, de manière que l'ouverture de la glotte peut être regardée comme formée de deux parties 1 et 2, dont la postérieure peut être fermée par les mouvements des arjténoïdes a.

«76. iHéeanlsine de la voix. — On a de tout temps comparé Torgano voral à un instrument de musique. Les uns, comme .\rislote, Galien, chez les anciens, et Dodarl, en 1700, l'ont comparé aux instruments à vent; d'autres, et particulièrement Ferrein, l'ont considéré comme un instniment à conles» dans lequel l'air, en frottant les cordes vocales, ferait fonction d'archet. Le fait est que le larynx est un appareil spécial dont on ne peut comparer le jeu à celui d'aucun instrument connu. Pour expliquer aujourd'hui la formation du son dans le larynx, on s'accorde généralement à admettre que les cordes vocales vibrent, comme des espèces d'anches membraneuses, sous l'influence du rourant

» Celte ri|;ure ropnVenlc le lann\ dépouiUé de ses muscles extérieurs, d'alxird de pri>fil, puis \u par devant. I.e troisième dessin montre une coupe faite dans le lann\ |K»r un pbn vertical dirigé d\ivant en arrière, et passant par son milieu.

d'air venant des poumons. Le mouvement vibratoire s'explique ici comme dans les anches libres (504), et la sortie intermittente de l'air produit le son (595). Le ton dépend du degré de tension, de la largeur et de la longueur de l'ouverture de la glotte, déterminées par les déplacements volontaires des cartilages aryténoïdes. G. Cuvier compare le jeu des cordes vocales à celui des lèvres qui vibrent dans une embouchure de cor avec une vitesse qui dépend de la tension et du degré d'écartement qu'on leur donne.

Celte théorie nous semble satisfaisante : en germe dans les Mémoires de Dodart, elle a surtout été développée par M. Muller. On a fait une multitude d'expériences pour la confirmer. D'abord, pour rtontrcr que les sons sont produits parles cordes vocales, M. Magendie, M. Longet... ont enlevé sur des animaux Tépiglotte, les ligaments supérieurs de la glotte, et même la partie supérieure des cartilages aryténoïdes, sans détruire la propriété de produire des sons ' . Au contraire, l'altération des cordes vocales, ou la lésion des nerfs

(|ui animent les muscles servant à les tendre, empêche la production des sons. Enfin, en souillant dans un larynx humain séparé du cadavre, on voit vibrer les cordes vocales.

Quand on respire sans émettre de sons, l'air passe principalement par la partie postérieure de la glotte, 1 (fig. 5î20), partie qui est fermée pendant la production du son, par le rapprochement des aryténoïdes, ce qui n'empécho pas l'émission des sons d'être possible quand elle est un peu ouverte. Mayo a vu, chez un homme qui s'était coupé la gorge immédiatement au-dessus des cordes vocales, que la glotte était linéaire quand il voulait parler, et triangulaire, c'est-a-diie élargie a la partie postérieure, quand il ne faisait que respirer. M. Magendie et M. Malgaigne ont observé le même fait chez des animaux. .\vec un larynx séparé du cadavre, les sons sortent difficilement, quand la partie postérieure est ouverte. Cependant, quand on tend les ligaments et qu'on rétrécit un peu la partie postérieure, les sons peuvent encore se produire.

1 Chez tes animaux ruminants, il n^y a ni ligaments supérieurs ni ventricules de la glotte, ce qui ne les empùche j.as d'émettre des sons

'^ f, cartilage thyroïde; r, cartilage cricoïde; a, cartilage arylém/ide ; r, ventricule de la glotte.

•7S. Usas® d^* parties supérlenres de Tapparell voeal. — M. LoDget a prouvé que le ventricule de la glotte est aussi une partie importante de Vorgane vocal ; car, Tayant supprimé sur des chiens, il a reconnu que les sons ne sortaient plus qu'avec difficulté. Ayant alors enfoncé jusqu'aux cordes vocales, des tuyaux de même diamètre que le larynx, et de longueur convenable pour que Tair y pût vibrer à Tunisson des vibrations du larynx, à Finstant, les sons naturels se sont produits. Le ventricule fonctionne donc comme un tuyau renforçant, dont les ligaments supérieurs modifient les dimensions en se rapprochant plus ou moins. Il se comporte comme le tuyau d'un hautbois, d'une clarinette ou d'un co^, sans lequel l'embouchure de ces instruments ne résonne que difficilement, et ne peut qu'avec peine être amenée au ton vouia. En même temps, le larynx se déplace pour restreindre plus ou moins la cavité comprise entre l'épiglotte et les ligaments supérieurs, comme on peut le reconnaître en mettant le doigt sur la pomme d'Adam ; on la sent remonter pour les sons aigus et descendre pour les sons graves. Les fosses nasales et la cavité de la bouche représentent aussi un tuyau renforçant. Pour les sons aigus, la langue se rapproche de la voûte du palais, pour diminuer la cavité buccale, et elle s'abaisse pour les sons graves, cpmme il est facile de s'en assurer en chantant devant une glace. Les cavités situées au-dessus des cordes vocales agissent donc comme les cornets d'harmonie des tuyaux à anche. En même temps, le voile du palais s'avance en avant pour agrandir la cavité du pharynx quand on émet des sons graves, et recule en se relevant, pour les sons aigus, et ses piliers se rapprochent l'un de l'autre. Quand on ouvre plus ou moins la bouche, le ton ne change pas, mais c'est que, en même temps, la langue s'abaisse quand l'ouverture est plus large, et se relève dans le cas contraire.

076. Divers physiciens et physiologistes, parmi lesquels il faut citer MM. Biot, Malgaigne, Cagnard- Latour, Muller, ont essayé d'imiter les' sons de la voix humaine , au moyen de glottes artificielles construites avec des bandes élastiques en caoutchouc, ou faites avec le tissu jaune des artères. Ces ban(ie> sont tendues à l'extrémité d'un tube, de niank^re ^\. ô2i 1. à laisser entre elles une fente plus ou moins large.

La fig. 521 représente un larynx artificiel en caoutchouc, construit par M. Muller, et dans lequel on peut tendre à volonlc les bords de la fente supérieure, au moyen des pinces o, o, pour faire monter ou baisser le son. Les sons de cet appareil ressemblent assez à ceux de lavoir humaine, surtout quand on le surmonte de tuyaux renforçants de forme convenable ; ce qui confirme la théorie que nous venons d'exposer.

1 c, carlilage cricoïde ; 6a, chevalet antérieur ; oa, chevalet postérieur mobile autour tiu point o; i% vis qui peut pousser le chevalet antérieur en avant.

677. Théorie de SaTart. — Savart a établi une théorie de la voix, toute différente ; il compare le larynx au réclame ou appeau des oiseleurs, petit instrument composé d'un tambour ah (fig. 52^) percé de deux trous opposés o et c. Si Ton vient à faire passer un courant d'air à travers les deux ouvertures, il se produit un son dont le ton dépend de la vitesse du vent et de la grandeur des trous opposés. La nature des parois, quand elles sont flexibles, a aussi une grande influence sur le ton, et il y a toujours un son qui sort plus facilement que tous les autres. Savart explique de la manière suivante les sons produits dans ce petit instrument : le courant qui le traverse

fait diminuer la pression intérieure, en entraînant une a

partie du gaz qui remplit le tambour. Bientôt la vitesse a^HH|||OIH& n*est plus assez grande pour refouler Talr atmosphé- ^H^HlulH rique, qui tend à rentrer dans l'instrument, et le courant est refoulé et interrompu, il recommence ^^' ^*^-

ensuite, pour s'arrêter de nouveau, et de ces alternatives très rapides résulte un son. D'après Savart, l'organe vocal agirait comme un appeau, dont on ferait monter le son en augmentant la force du vent et en resserrant les ouvertures qui séparent les ligaments supérieurs et inférieurs de la glotte. Cette explication ne peut être admise, puisque nous avons vu que l'ablation de toute la partie supérieure du larynx, à partir des cordes vocales, n'empêche pas la production des sons (674).

678. Partienlarités de la iroix. — Étendue. — La VOix d'un même individu embrasse généralement deux à trois octaves. Voici, d'après M. Muller, le tableau des intenalles que peut parcourir la voix des divers chanteurs, en prenant pour utt , Vut grave du violoncelle, ou i30,5 vibrations simples par seconde au nouveau diapason :

-SOPR.\NO^

mi, . . . Mt2 .... /a.^ .... w/3 .... /fls ... . M/4 . /(Ï4 . . . . u/5

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