MAGNÉTISME DES CRISTAUX
cuiller jusqu'à fusion du bismuth, il constata une attraction qui se changea en répulsion au moment de la solidification. La cuiller avait été frottée légèrement avec du papier teint d*oxyde de fer, de manière à être un peu attirée quand elle était vide. Déplus Texpérience a prouvé qu'une petite auge allongée, en chaux remplie de bismuth fondu, oscillait aussi vite que lorsqu'elle était vide à la même température; d'où il résulte que le pouvoir diamagnétique du bismuth est insensible dans l'état de fusion. Le changement d'état des corps non métalliques et non cristallisés, comme le soufre, le phosphore, diminue à peine leur diamagnétisme.
M. Matteucci, ayant fait fondre un globule de fer dans la cuiller en chaux , au moyen du chalumeau de Newmann, a vu que ce globule était encore attiré. Mais il fallait, pour manifester cette attraction, un énorme électro-aimant, avec 90 couples de Grove. M. Matteucci évalue le pouvoir magnétique du fer en fusion à 0,000015 de son pouvoir à la température ordinaire. Il n'est donc pas étonnant qu'on ait avancé que le fer au rouge blanc cesse d'être magnétique quand on l'essaie avec les aimants proprement dits. Le cuivre , l'or des monnaies, le zinc, la porcelaine, certaines espèces de charbon , trouvés magnétiques à la température ordinaire , deviennent diamagnétiques à une température plus ou moins élevée. Le platine reste magnétique à l'état de fosion, et son pouvoir parait à peine diminué.
La chaleur semble diminuer aussi le magnétisme des gaz. Ainsi, M. Faraday a vu Tair chaud êlre repoussé dans l'air froid (1796); il parait donc moins magnétique que ce dernier. Mais M. E. Becquerel a conclu de ses expériences sur l'oxygène , que l'influence de la chaleur n'a rien de réel , et que |es diminutions que l'on observe proviennent seulement du changement de densité. Il opérait par des pesées, avec son ballon mince rempli de gaz entouré d'une étave à double enveloppe placée sur l'électro-aimant, et dans laquelle il faisait passer un courant de vapeur d'eau.
m. Hagnétiime et dUmagnétitme des oriitanz.
48iS. Nous venons de voir que l'état de division et la fusion apportent des changements dans le magnétisme de certains corps. L'arrangement moléculaire a donc une influence sur cette propriété; et c'est surtout dans les cristaux que cette influence se manifeste d'une manière frappante. Dans ces sortes de corps, les molécules ne sont pas également rapprochées dans toutes les directions, et nous avons déjà vu comment la structure manifeste son influence, dans les expériences sur Vélastkité, la dilatabilité , la conductibilité pour la chaleur et pour l'électricité.
M. Plucker a découvert, vers 1849, le fait suivant : des lames de tourmaline taillées parallèlement à l'axe du cristal se montrent magnétiques, à cause du
fer qu'elles renferment, quand on les suspend , de manière que Taxe soil vertical, entre les pôles d'un électro-aimant; mais elles prennent la direction équatoriale quand Taxe est horizontal. D'où il conclut que Taxe est repoussé, et que la répulsion l'emporte sur l'attraction que tend à produire le magnétisme de la substance. Le spath calcaire, qui est diamagnétique, se tourne de manière que son axe ait la direction axiale. La baryte, la dioptase, qui sont magnétiques, donnent des résultats semblables.
Vers la même époque, M. Faraday découvrait rinfluence de la structure de certains cristaux métalliques sur leurs propriétés magnétiques ^. Ayant remarqué qu'un barreau de bismuth suspendu entre les pôles d'un électro-aimant se comporte différemment suivant celle de ses arêtes qui se trouve à la partir supérieure, il attribua cet effet à la cristallisation du métal. Ayant alors isé un cristal cubique de bismuth , et ayant mis en évidence la direction à clivage le plus brillant , en abattant un des angles solides, il reconnut qoe et cristal , suspendu de manière que le plan du clivage fût vertical, se place de manière que ce plan se tourne vers l'un des pôles. Si la face de clivage est horizontale, le cristal ne se dirige plus. Des cristaux d'antimoine et d'arsenir donnent les mêmes résultats. Il est à remarquer que : i^ laforce qui agit surk cristal est purement directrice, et incapable de déplacer son centre de gravité; 2o la direction se manifeste sous l'influence d'un seul pôle ma^étique ; 3^ m cristal peut se placer indifféremment dans les deux positions diamétralemeit opposées. Pour observer ces phénomènes, il faut que les pièces polaires soient terminées par des surfaces planes constituant un champ magnétique unifomu. Quand elles sont terminées en cônes, il se produit dans les points du cristal les plus rapprochés, des actions locales qui troublent les résultats , à moiiii qu'on no rende ces actions locales insensibles par l'éloignement. MM. Plucker et Béer ont passé en revue un grand nombre de cristaux, relativement à ladirectioi qu'ils prennent sous l'influence du magnétisme^.
La force qui dirige un cristal de bismuth est assez grande pour se manifester avec un aimant capable de porter une quinzaine de kilos, ou avec une béliftréophore, et alors la face de clivage se place perpendiculairement à l'axe de cette hélice. M. Faraday a même vu un cristal de bismuth se diriger soe> l'influence de la terre, mais très faiblement. M. Plucker a découvert qu'un rrisu! de njanite se dirige par la terre, et de manière à présenter toujours le mém? point au nord. Un semblable cristal peut donc remplacer la boussole. Un cristal de stannite ou oxyde d'étain, présente ce phénomène d'une manière encore pli> marquée; son axe cristallin se place dans le méridien magnétique; deplos ce cristal peut dévier alors une petite aiguille aimantée très mobile.
1813. Explication des phénomènes maynèto-crlstallliis — M.Plucker
^ Dibl. univ. de Genève (Arch. des se), t. Xll, 89; cl Ann. de ch. et de phy<., 3* s^nf. l XWVI, 247.
^ /V/fy. Ann., LXXXI, H 5; et Ann. dech. et de ph., 3« série, l. XLIX, tii.