MIRAGE
regarde ensuite des lettres» à travers la coache mixte, et Ton voit, du côté du liquide le moins réfringent, leur image renversée.
19SV. Mirage em mer. — Le mirage se produit sur la mer, quand Tair plus froid que Teau, se trouve dans un calme parfait. On voit alors les rivages, les navires éloignés, présenter leur image renversée, et souvent presque aussi nette que les objets eux-mêmes. La partie inférieure des images du soleil, dans la figure 1470, est due à un effet de mirage sur mer. Monge a facilement étendu sa théorie, au cas du mirage en mer ; les couches d*air en contact avec les eaux étant moins réfringentes que celles qui les recouvrent, parce qu'elles sont dilatées par le contact de l'eau plus chaude. On conçoit que le mirage en mer puisse avoir lieu à des heures très différentes ; c*est, en effet, ce qui a lieu, et nous en avons observé un cas bien caractérisé, au mois d'octobre, vers 6^ du matin, à l'embouchure de la Tamise. Dans les régions polaires même, sur un sol glacé ou sur la mer, le mirage se produit assez fréquemment, quand le soleil se montre avec quelque éclat, et échauffe la surface de la mer ou celle du sol. Scoresby a été témoin, dans les mers polaires, de nombreux effets de mirages dont plusieurs très bizarres que nous allons citer.
i9S8. lllra«e iHTerse, latéral. — Le mirage fait voir le plus souvent l'image au-dessous de l'objet ; mais il peut arriver, quoique beaucoup plus rarement et principalement sur la mer, que l'image se forme au-dessus de Tobjet, auquel cas on aie mirage inverse ou renversé, M. Vince, de sa maison de Ramsgate, vit avec un télescope, en regardant du côté de Douvres, un navire qui se trouvait à l'horizon, reproduit en l'air et renversé, de manière que les extrémités des m&ts de l'image étaient en contact avec les extrémités de ceux du navire. On a observé des phénomènes analogues dans les mers du Groenland : un jour, le fils de Scoresby ayant été séparé par une tempête, du navire la Fama, baleinier monté par son père, aperçut dans les airs l'image renversée d'un navire, assez nette pour qu'il pût reconnaître la Fama, qui était très éloignée et entièrement cachée par la courbure de la mer. Scoresby a vu aussi plusieurs fois, en l'air, deux images du même vaisseau, Tune au-dessus de l'autre et renversées. Une fois, l'image la plus élevée était droite.
MM. Biot et Arago, étant en Espagne, dans le royaume de Valence, sur la montagne de Desierto de las Palmas, à l^b"^ au-dessus de la mer, observaient une lumière placée à une distance de 161 kilomètres et à 420°^ de hauteur sur la montagne de Campwey, dans Ttle d'Yviza. Ils virent plusieurs fois, indépendamment de la lumière elle-même, une, deux, trois images de cette lumière ou davantage, placées sur la même verticale, et se formant et disparaissant dans un ordre quelconque. Le lendemain matin, la mer était couverte de brouillards précipités pendant la nuit, ce qoi indiquait combien l'air avait été humide pendant l'apparition des images.
Pour que le mirage renversé se produise, il faut qu'il y ait à une certaine hauteur des couches d*air sensiblement horizontales, allant en diminuant de densité de bas en haut assez rapidement pour que les rayons lumineux soient
infléchis d'une manière prononcée. Ce n'est donc que dans des conditions atmosphériques exceptionnelles qu'il peut se produire.
■iras« latéral. — Il peut arriver près des côtes, on dans les pajs de montagnes, que l'air soit séparé jusqu'à une certaine hauteur, par un plan à pea près vertical, en deux parties, l'une échauffée par le soleil, l'autre dans l'ombre du rivage ou de quelque colline ; il peut se faire encore qu'une partie de l'air ait reçu de la chaleur par contact, du flanc d'une montagne qu'elle recouvre. On conçoit que le passage de la partie échauffée à la partie plus froide ne se fera pas brusquement, et que l'air sera, dans une certaine étendue, partagé en couches i peu près verticales , et allant en décroissant de densité de la partie froide à la partie chaude. Si donc un observateur est placé dans le prolongement des couches de passage, il pourra voir, dans la partie chaude, 1 image symétrique des objets situés dans la partie froide, à une grande distance
du lieu qu'il occupe, comme s'il y avait un miroir vertical dans les couches de passage. Cette sorte de mirage se nomme mirage latéral ; il est beaucoup plus rare que les autres, et dure beaucoup moins.
MM. Soret et Jurine en ont observé <J^ ^ ^ __- 1 un cas remarquable , sur le lac de
4» - J^^. Z r ^ - ' Genève, près de la côte de Belte-Rive.
Les observateurs regardaient au télés- Pig, ^473, cope, dans la direction ob(fig, 4473),
une barque b située à 8 kilomètres, et qui s'avançait de leur côté. La barque prenant successivement les positions e et d, ils virent des images c' et d' parfaitement nettes, et même visibles à l'œil nu quand les voiles étaient éclairées par le soleil. L'air situé à gauche de la ligne ob recevait directement les rayons solaires dans la direction f, tandis que l'air situé à droite de cette ligne était resté dans l'ombre une partie de la matinée, et il devait y avoir, dans la direction o6, une surface à peu près verticale s' élevant à une certaine hauteur, et séparant l'air chaud de l'air froid. On explique par le mirage, le phénomène de la fata Margana propre an détroit de Messine. Quand le soleil est à 45 "^ environ de hauteur, en regardant la mer, des collines qui dominent Messine, on voit en l'air et à une grande distance, des pilastres, des arcades, des châteaux, des navires, plus ou moins déformés, droits, renversés, inclinés, et changeant de position et d'aspect d'un instant à l'autre. Ce phénomène , dont la magnificence paraît avoir été beaucoup exagérée par les voyageurs, se voit aussi de Naples, de Reggio , et de plusieurs autres points de la côte de Sicile. On peut l'expliquer par la déviation des rayons lumineur partant d'objets réels, et traversant des masses d'air de température différente juxta-posées accidentellement dans des positions très diverses, et produisant l'effet de miroirs placés dans différentes directions.
MIRAGE. IÛ7
La mobilité des images vient de ce que ces masses d*air se mélangent peu à peu et se déplacent en obéissant aux lois de Thydrostatique. Brydone, qui a été témoin du phénomène, en 1770, remarque qu'il se produit après que Tair, fortement échauffé, a été agité par des vents violents qui l'ont ensuite abandonné dans un calme plat. On conçoit que les masses d'air très inégalement échauffées, à cause de la configuration des côtes du détroit, puissent être juxta-posées sans se mêler intimement, et donner lieu aux effets de réfraction les plus variés.
i9S9. Dépla«eneBta. — SaspeasloBs. — Les objets terrestres placés prés de Thoftzon peuvent être, dans certaines circonstances, déplacés, quelquefois latéralement prés des montagnes, mais le plus souvent dans le sens vertical, auquel cas ils paraissent plus ou moins élevés au-dessus de leur position réelle. Quelquefois, l'objet se voit double, certains rayons arrivant à l'œil sans avoir été sensiblement déviés, tandis que d'autres décrivent à travers des couches de densité croissante, une courbe assez* prononcée pour que la tangente au point d'arrivée fasse un angle sensible avec le rayon direct. Ces phénomènes ont été souvent désignés sous le nom de mirage, mais ils se distinguent du mirage proprement dit, en ce que l'image n'est pas renversée ; ce qui indique l'absence de réflexion. Citons quelques exemples.
En 4858, M. Parés, étant à Âigues-Mortes, aperçut un soir des villages et des arbres, au-dessus de dunes qui les cachent ordinairement. Le D<^ Vince, étant à Ramsgate, à 24 mètres au-dessus de la mer, vit, le 6 août, 1806, à 7 heures du soir, le château de Douvres très distinctement jusqu'à sa base, comme s'il eût été transporté sur les collines qui le cachent habituellement presque totalement. Douvres est à 20 kilomètres de Ramsgate, et un tiers de cette distance du côté de Ramsgate est occupé par la mer. — M. de Bréauté aperçut un jour, de Dieppe, les côtes d'Angleterre, quoiqu'elles soient cachées par la courbure de la mer. On a vu quelquefois, de la rive anglaise, les côtes de Calais et de Boulogne, singulièrement rapprochées. Les marins ont été longtemps intrigués par l'apparition fantastique d'une tie entre l'tle d'Àland et la côte suédoise, qui disparaissait quand on voulait en approcher. L'illusion était produite par un écueil situé à une petite profondeur, et qui paraissait élevé au-dessus de la mer, par la courbure des rayons lumineux dans l'atmosphère.
H. Andraud vit, en 1852, d'une distance de 40 kilomètres, le clocher de Strasbourg illuminé un jour de fête publique. L'image d'une grosseur colossale, paraiss<iit n'être qu'à 2 kilomètres, et était assez nette pour qu'on pût distinguer les couleurs des différentes parties de l'illumination. — M. Blondat a vu, d'une maison de la rue de Fleurus, à Paris, le dôme de la Sorbonne et les toits des maisons voisines à une certaine hauteur dans l'air , en même temps qu'il voyait les objets réels. La distance verticale de l'image suspendue, au dôme réel, était égale à deux fois la hauteur de ce dernier ^ Ce phénomène,
> Comptes-rtnàut de V Académie des sciences, t. XXIY^ p. A 02-, et XLI , p. 87.
désigné sous le nom Ae suspension, a été observé dans bien d'autres cas; on a vu des villes reproduites ainsi dans les airs, d'une manière assez distincte pour qu'on pût en reconnaître les principaux édifices. Les exemples d'apparition de villes aériennes, d'armées et même de batailles au milieu des airs, que l'on trouve dans les récits du moyen-âge, s'expliquent par des effets de suspension. En voici un cas assez récent : en septembre 1835, on vit plusieurs jours de suite, en Angleterre, vers 5 heures du soir, des corps de cavalerie défiler dans les airs au milieu d'un ciel qui semblait couvert de vapeurs assez épaisses. On distinguait parfaitement le cavalier et son cheval, et même l'allure de ce dernier*.