‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels à l'usage des facultés, des établissements d'enseignement secondaire et des écoles spéciales du gouvernementChapitre 48 sur 195 · COULEURS DES CORPS · texte numérisé non relu

COULEURS DES CORPS

Parmi ces résultats, il en est un auquel on ne se serait pas attendu ; c*est la production du blanc au moyen des rayons bleu» et jaunes, tandis que le mélange de substances de ces deux couleurs donne toi\jours du vert. M. Helmhoitz a contrôlé ce résultat par le moyen suivant : il pose sur une table noire deux disques colorés, Tun par le jaune de chrome ou la gomme gutte, l'autre par le bleu d*azur de cobalt; entre les deux, il fixe verticalement une glace sans tain, et place l'œil de manière que Timage de Tun des disques vu par réflexion se superpose à Tautre disque vu à travers la glace. Les deux couleurs se trouvent ainsi mélangées dans Tœil, et Ton voit un disque blanc. Avec Toutremer artificiel, il y a une légère teinte rougeâtre, et avec le bleu de Prusse une teinte verdàtre. Si le mélange des substances bleues et jaunes donne du vert, c'est que les parcelles translucides sont traversées par les rayons lumineux, qui, se réfléchissant à une certaine profondeur, viennent mêler aux rayons réfléchis à la surface, des couleurs provenant d'une décomposition par absorption. — La méthode qui précède peut servir à trouver Tefiet du mélange de deux couleurs quelconques. En éloignant plus ou moins les disques, de la glace, on modifie Tintensité relative des rayons qu'ils envoient à l'œil.

MI6S. m hk QBOLBDi US coin. — Des corps différents éclairés par une même source de lumière peuvent présenter des couleurs différentes. C'est à Nevrton que l'on doit la première explication rationnelle de ce phénomène, sur lequel on n'a eu, longtemps, que des idées vagues et confuses. Plutarque nous a conservé quelques-unes des opinions des philosophes de l'antiquité sur ce sujet. Empédocle, Platon, les pythagoriciens regardaient la couleur comme appartenant en propre aux corps. Epicure regarde au contraire la couleur comme appartenant à la lumière ; les c^rps la réfléchissent, en en modifiant les propriétés suivant l'arrangement de leurs parties superficielles. Parmi les pérîpatéticiens, les uns regardèrent la couleur comme appartenant aux corps ; d'autres la faisaient naître d'un mélange d'ombre et de lumière; d'autres enfin la regardaient comme une émanation, variable suivant la nature du corps. Boyie et Vossius revinrent à l'opinion que la couleur appartient aux rayons lumineux , et le premier fit quelques expériences pour Tappuyer. Descartes adopta cette idée, mais il supposa que le plus ou moins d'intensité des rayons réfléchis déterminait la sensation des différentes couleurs. Le P. de Châles, qui a fait, trente ans avant Newton, beaucoup d'expériences sur le spectre, est arrivé, en combattant l'opinion de Descartes, à formuler quelques idées qui ne sont pas sans analogie avec celles que Newton a étayées d'un si grand nombre d'expériences,

MIS6. He la 4écoBip««ttl*B 4e la lamlère par réflexion. — Pour expliquer les couleurs des corps, Newton admet qu'ils décomposent & leur surface la lumière incidente, en absorbant une partie des rayons qui la composent, et réfléchissant l'autre diffusément (1896) ; de manière que celle-ci est colorée parce qu'elle n'est pas composée de rayons simples réunis dans les mêmes proportions que dans la lumière incidente. Les corps notrs sont ceux qui

absorbent toute la lamiëre incidente ; les corps blana^ ceux qui réfléchissent en mêmes proportions tous les rayons simples qui la composent. Ces deux sortes de corps agissent de la même manière sur toutes les espèces de rayons. Entre ces deux extrêmes se trouvent une infinité de corps qui réfléchissent les divers rayons colorés en proportions très difiérentes. Ainsi, un corps rouge est celui qui réfléchit principalement les rayons rouges; un corps jaune réfléchit en plus grande proportion les rayons jaunes, etc. Il n*est pas plus difficile de concevoir cette différence d'aptitude à absorber et à réfléchir les divers rayons colorés, que de concevoir l'inégale absorption de ces rayons par des corps diaphanes. La couleur n'appartient donc pas à la matière, qui ne fait que décomposer la lumière incidente, eu absorbant certains rayons et renvoyant les autres. Du reste, quand le corps est opaque, la décomposition a lieu dans les couches superficielles d'épaisseur insensible qui le terminent, et le résultat est indépendant des couches qui sont au-dessous. Cette théorie est basée sur un grand nombre d'expériences, dues, pour la plupart, à Newton.

io Si l'on fait tomber sur une surface blanche les rayons dispersés par un prisme, chaque point réfléchit la lumière qu'il reçoit, et parait de la couleur de cette lumière. Si la surface est rouge, elle est très éclatante dans la partie rouge du spectre , mais les autres couleurs sont faibles , la surface rouge réfléchissant abondamment les rayons rouges, mais en faible proportion les antres rayons. Si le corps est susceptible d'absorber totalement certains rayons, on voit des parties noires dans le spectre ; et, si l'on éclaire le corps avec cette espèce de rayons seulement, il parait noir.

2» Une surface colorée éclairée par un faisceau de même couleur, présente le même aspect qu'une surface blanche éclairée par ce même faisceau ; mais si la lumière incidente est d'une autre couleur que la surface^ celle-ci présente généralement une nuance difiérente de celle de la surface blanche; la première réfléchissant en proportions difiérentes les divers rayons qui composent le faisceau incident, tandis que la surface blanche les réfléchit tous également. On fait cette expérience au foyer de la lentille de la fig, 1544, en interceptant certains rayons du faisceau dispersé. Si l'on intercepte précisément les rayons que la surface colorée réfléchit le plus abondamment, elle pourra présenter la même couleur qu'une surface blanche; c'est ainsi que l'or prend la même couleur que l'argent, quand on interceple les rayons jaunes.

9^ Si l'on éclaire un même corps coloré, au moyen de difiérenles sources lumineuses, il peut présenter successivement des couleurs difiérentes; les spectres formés par ces diverses sources n'étant pas composés des mêmes couleurs dans les mêmes proportions. C'est ainsi que des corps verts à la lumière du jour, paraissent bleus à celle d'une lampe ; les rayons jaunes étant moins nombreux dans le spectre de la flamme, que dans le spectre solaire. Certains verts d'eau paraissent fauves à la lampe. Un corps qui parait blanc un peu avant le lever du soleil est bleuâtre au grand jour. S'il est blanc à la lumière d'une lampe, il est jaune ou brun aux rayons solaires. Les teints bruns

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